Accident rapprocheur
« Trois-Rivières, Minuit, Tristesse, Violon »
La session était enfin terminée ! Cette dernière journée d’examen l’avait complètement épuisé. Plus jamais il ne prendrait trois cours la même journée, ça avait été un véritable enfer tout l’automne. Commencer ses mardis à huit heures et demie et finir à vingt-deux heures ce n’était vraiment pas l’idéal. Que ce soit pour la remise de travaux longs ou de l’étude pour les examens.
Cameron regarda les derniers étudiants en classe, puis ramassa ses affaires avant d’aller rendre sa copie au professeur. Il aurait pu rester quarante-cinq minutes de plus pour réviser, mais il savait que tout ce que cela risquait de provoquer, c’est qu’il allait remettre en question toutes ses réponses. Et puis, il commençait à en avoir marre de la grammaire. Tant qu’il réussissait le cours d’Analyse grammaticale avec un C, il serait satisfait. Le premier examen des trois avait été une telle catastrophe, qu’il n’osait pas espérer avoir un B et encore moins un A. Il était un artiste, pas un futur professeur, merde ! Le jeune homme regarda autour de lui à la recherche de son meilleur ami. Martin lui avait demandé, voire ordonné, qu’après son dernier examen ils iraient prendre une bière au bar-bistro de l’université.
En soupirant, l’étudiant prit la direction de l’escalier en sortant son cellulaire de sa poche de pantalon. Quelle idée de génie ! Cet abruti lui avait justement envoyé un message texte pour lui dire qu’il était déjà sur place et qu’il l’attendait. Cameron se fit la réflexion qu’il pouvait toujours l’ignorer et rentrer se coucher. Sauf que Martin était suffisamment emmerdeur pour le harceler de coup de téléphone, s’il osait ne pas le rejoindre comme promis. En poussant un énième soupir, il posa sa tuque des Canadiens sur ses cheveux noirs, qu’il avait inconsciemment désordonné durant l’examen, puis il poussa la porte de la cage d’escalier pour descendre les deux étages qui le séparaient du deuxième.
Puisque l’université se trouvait sur une pente, l’arrière du bâtiment principal débouchait au deuxième étage et c’est à cet endroit que se trouvait la Chasse-Galerie, le bar étudiant. Cameron attendit d’avoir rejoint le second bâtiment, avant de retirer gants et bonnet en cherchant son ami des yeux. Comme il s’y attendait, Martin draguait un groupe de fille, se passant innocemment la main dans ses cheveux blond. Faux blond, faut-il préciser, mais ça lui donnait un air angélique qui charmait bien des filles.
Regardant une dernière fois la porte derrière lui, le jeune artiste se décida à rejoindre ce Casanova. Pendant combien de temps allait-il continuer à sauter tout ce qui bouge, à la place de se caser avec une fille bien ? Le brun lui posait régulièrement la question. Quand l’une d’elles me fera complètement oublier les autres, lui répondait-il à chaque fois, tel un mantra.
- Hey, CJ ! s’exclama ce dernier en le voyant. Enfin fini la session ?
- M’en parle pas, soupire Cameron en déposant ses choses près de son ami. Toutes ces fonctions de grammaire allaient me sortir par les yeux. Je ne veux qu’une chose et c’est aller me coucher.
- Ah non ! Tu as promis que tu prendrais quelques bières avec moi.
- J’ai promis d’en prendre une et ensuite j’y vais, rectifie Cameron. Parce que comme tu sembles l’oublier, j’avais mon premier examen à huit heures et demie ce matin et deux travaux à remettre aujourd’hui, alors je n’ai pas beaucoup dormi cette nuit.
Le blond grogna quelques mots inintelligibles, puis reporta son attention sur les demoiselles. Cameron en profita pour aller s’acheter une bière, puis il détailla les trois filles de loin. Celle sur qui son ami semblait avoir jeté son dévolu était sculptée comme un mannequin. De longs cheveux brun pâle, habillée d’un jean moulant noir et d’une chemise rouge, qui laissait voir la naissance de ses seins. Un haut rouge doté d’un décolleté, voilà pourquoi Martin l’avait choisi. Il était si prévisible.
Les deux autres discutaient tranquillement à côté. L’une était blonde avec des lunettes, vêtue d’une robe ajustée bleue, et la seconde avait les cheveux mi-longs et d’un rouge si vif, qu’il était impossible que ce ne soit pas une teinture. Par contre, sa tenue était plus sobre. Un jean quelconque, un t-shirt bleu en partie caché par une veste noire et un foulard carotté bleu et noir. Cameron remarqua un étui rectangulaire à ses pieds, mais il lui était impossible de déterminer quel instrument s’y trouvait. D’un pas trainant, il retourna à leur table et prit place aux côtés de la rousse, là où la dernière chaise de la table était libre.
- CJ, c’est le diminutif de quoi ? lui demanda soudainement la blonde.
- Cameron Jolicœur.
- Jolicœur ? Tu dois te faire taquiner souvent, sourit la jeune femme.
- C’est pour ça qu’on m’appelle CJ ou Cam. Quoique le second sonne droguer, mais bon…
- Moi c’est Nathalie.
- Maya, se présenta à son tour la rousse.
La conversation ne se poursuivit pas vraiment entre eux et le brun se contenta de siroter sa bière en regardant son ami draguer le mannequin qui s’appelait Dominique, mais qui préférait qu’on l’appelle Dee. Semble-t-il que ça faisait moins vieux. Personnellement, Cameron trouvait que Dominique sonnait plus masculin que vieux, mais bon, chacun son opinion.
Un peu avant qu’il ne termine sa bière, cette Maya annonça qu’elle devait y aller si elle ne voulait pas manquer l’autobus de vingt-deux heures quinze. L’artiste la regarda discrètement enfiler son manteau d’hiver bleu et ses gants assortis. Elle salua tout le monde, puis partit. Malheureusement, elle partit tellement vite qu’elle oublia son étui. La blonde, en s’en rendant compte se leva pour courir à la porte, mais son amie ne l’entendait pas avec ses écouteurs.
- Tellement tête en l’air, qu’elle en a oublié son violon, soupira Nathalie en revenant s’asseoir à la table.
- Elle est partie dans quelle direction ? demanda Cameron en enfilant son manteau.
- Ne te dérange pas, je vais lui ramener demain, fit la blonde.
- C’est bon, de toute façon je dois y aller, insista-t-il.
La blonde l’accompagna jusqu’à la porte et lui pointa la direction du stationnement près du centre sportif. Le jeune homme se mit à courir, autant pour la rattraper avant qu’elle n’embarque dans le bus, que pour se garder au chaud. Les hivers au Québec, surtout quand le soleil disparaissait, étaient froid. À quelques mètres de l’arrêt d’autobus, l’artiste entendit une série de juron. À la voix, cela semblait être Maya qui venait de manquer l’autobus. Il en avait de la chance, pensa Cameron en ralentissant un peu sa course. Il la rejoignit peu de temps après et en entendant du bruit derrière elle, la rousse se retourna d’un bon vers lui en retirant ses écouteurs.
- Tu as oublié ça, fit-il en levant l’étui devant lui.
En reconnaissant son bien, la jeune femme le prit en le remerciant, déclarant qu’elle serait morte si elle ne l’avait pas.
- Je suis désolée de t’avoir obligé à partir aussi tôt.
- Oh non, c’était une excellente excuse pour partir justement, sourit le brun. Martin m’aurait obligé à prendre une seconde bière dès la première terminée et avec les examens des derniers jours, je n’ai pas beaucoup dormi. Dormir est un concept qu’il semble avoir oublié, ajouta-t-il moqueusement.
La rousse rigola avec lui, mais rapidement son visage redevint déprimé.
- Je n’ai vraiment aucune chance, je vais devoir attendre une heure avant que le prochain bus ne passe, soupira-t-elle piteusement.
- Je peux te déposer, si tu veux, proposa-t-il gentiment.
- Oh non, ça va aller, je ne veux pas te déranger.
- Habituellement, quand quelqu’un propose un service, c’est généralement parce que ça ne lui dérange pas, fit remarquer le jeune homme. Bon d’accord, je suis stationné de l’autre côté des résidences pour ne pas payer la passe de stationnement, mais ce n’est qu’une dizaine de minutes d’ici tout au plus.
Le jeune homme remarqua qu’elle semblait gênée d’accepter. Croyait-elle qu’il voulait abuser d’elle ? Si oui, c’était un brin insultant.
- Je n’ai pas encore fait ma BA de l’année et on va bientôt fêter noël, ajouta-t-il.
- Merci.
Cette phrase semblait l’avoir rassurée. En silence, ils prirent la direction des résidences, qu’ils dépassèrent pour se faufiler dans la rue. Comme il l’avait dit, sa voiture était à quelques minutes de marche et un silence gêné s’installa. Ne se connaissant que depuis deux heures au plus, ils ignoraient de quoi discuter ensemble. Et cette tension persista, lorsqu’ils furent assis dans la voiture. Le peu de mots qu’ils échangèrent, furent les indications de la rousse pour se rendre chez elle. Maya habitait en bordure de la ville, ce qui n’était qu’un léger détour pour le jeune homme, qui habitait de l’autre côté du pont. Par contre, ce que n’avait pas prévu Cameron, c’est qu’un chevreuil décide de traverser devant lui et qu’en voulant l’éviter, il rentre dans un banc de neige. Le choc passé, il se retourna vers sa passagère pour s’enquirent de son état.
- Ça va, fit-elle en se massant l’épaule. Ce n’est que la ceinture qui s’est bloquée.
Rassuré, le brun tenta de redémarrer sa voiture. Mais maque de bol, celle-ci refusait. Un peu frustré, il donna un coup sur le volant pour ensuite sortir son téléphone de sa poche. Aucun réseau.
- Décidément, ce n’est pas mon soir, marmonna-t-il pour lui-même.
- Ma batterie est morte, soupira Maya.
Ils soupirèrent de concert et détachèrent leur ceinture de sécurité. Sans ouvrir sa portière, le jeune homme regarda par la fenêtre et constata qu’ils étaient dans une rue peu fréquentée à cette heure de la nuit. Vingt-trois heure vingt-trois, constata-t-il en regardant l’écran de son cellulaire.
- Désolée, on va probablement rester pris ici pour un moment, fit Maya, un peu mal à l’aise.
- Je n’osais pas le dire à voix haute, acquiesça le jeune homme en se frottant les yeux.
- Tu dois regretter d’avoir proposé de me ramener. Toi qui voulais aller te coucher.
- C’est sûr que ce n’est pas l’idéal, mais c’est toujours mieux que de me faire saouler par Martin.
Cette remarque fit rire la musicienne, ce qui emmena le brun à rire de leur malheur. Dans le fond, sa situation était cocasse et aurait pu être pire. En se calmant, Cameron tenta de passer sur la banquette arrière sans ouvrir les portes, ne voulant pas perdre la chaleur dans la voiture. En tirant sur l’un des sièges, il put prendre un sac dans sa valise et il en ressortit une couverture et des gants.
- J’ai bien fait d’écouter ma mère, sourit-il en refermant le siège. Elle est un peu froide, mais elle va nous tenir au chaud.
Comprenant qu’elle devait le rejoindre à l’arrière, Maya posa son sac de cours au sol, puis tendit son étui à violon au brun, avant d’essayer de traverser entre les deux sièges avant. Un petit cri plus tard, la jeune femme se retrouvait du côté droit de la banquette arrière, son instrument sur les cuisses. Elle ne semblait pas vouloir s’en départir. Lorsqu’il lui posa la question, Cameron aperçut une lueur de tristesse traverser son regard.
- Il a appartenu à mon grand-père. C’est lui qui m’a montré à en jouer.
- Désolé, je ne voulais pas faire remonter de douloureux souvenir.
- Ça va, assura-t-elle en ouvrant l’étui.
Elle sortit délicatement son instrument et le plaça sur son épaule en silence. Une mélodie morne et désolée emplit l’habitacle du véhicule et le jeune homme l’écouta sans l’interrompre. Hypnotisé par la mélancolie du morceau, il n’arrivait plus à détacher ses yeux de l’étudiante. Il devait avouer qu’elle était magnifique, les yeux fermés, une mèche rouge au-travers du visage. Avant même de comprendre ce qui lui arrivait, il sentit son pantalon devenir serré au niveau du bassin. Paniqué que sa passagère découvre dans quel état elle l’avait mise, il plaqua ses bras au-dessus de son érection. Son mouvement brusque ramena Maya à la réalité et elle le regarda. Il devait être rouge de gêne, se dit-il en ayant soudainement chaud.
- Tout va bien ? s’inquiéta la rousse.
- Si, si. Le morceau que tu as joué était magnifique, sourit-il pour changer de sujet.
- Merci. C’est ma composition finale pour mon cours de création.
- C’est épatant, fit le jeune homme en tentant de croiser les jambes.
- Tu es sûr que ça va ? insista-t-elle en rangeant son violon.
Non, il n’allait pas bien, mais s’il lui disait qu’il avait une érection douloureuse, il passerait sûrement pour un pervers. Et il crut mourir, lorsqu’elle se rapprocha pour toucher son front. Alors cédant à ce visage beaucoup trop proche, il attrapa son visage d’une main et l’embrassa. La demoiselle poussa un petit cri de surprise, mais elle ne le repoussa pas. Au contraire, elle se laissa aller contre lui et répondit au baiser.
Ce n’est que lorsqu’elle voulut prendre appui sur ses cuisses, que Maya comprit le malaise du jeune homme. Étonnée, elle se recula en penchant la tête vers le bassin de Cameron. Ce dernier avait honte de la réaction de son corps pour une simple mélodie de violon. Il la regarda fixer la bosse dans son pantalon, se demandant à quoi elle pouvait penser. Il retint inconsciemment son souffle, lorsqu’elle remonta les yeux pour croiser son regard. Elle ne semblait pas savoir comment réagir, constata le brun. Mais avant qu’il n’ait le temps de s’excuser, elle recommença à l’embrasser. Et avec beaucoup plus d’ardeur.
Cameron sentit son cœur rater un battement et il attrapa les hanches de la rousse. Commençant à avoir tous les deux chauds, ils retirèrent leurs manteaux sans se lâcher des yeux. L’étudiant fondit sur la gorge de la jeune femme en glissant ses mains sous son gilet. Celles-ci étant glacées, Maya poussa une petite exclamation de surprise, avant de se laisser complètement aller contre lui. Les mains agrippées à ses épaules, elle passa une jambe de l’autre côté de ses cuisses et entama une danse du ventre qui fit grogner le brun. Il retira ses mains de sous le haut de la musicienne et descendit la fermeture éclair de sa veste pour lui enlever. Ce qu’il fit aussi pour son gilet et son soutien-gorge. Sans se presser, il suçota le sein gauche de sa partenaire, provoquant des soupirs chez celle-ci, qui n’en ondula que plus le bassin.
Il dut l’arrêter, n’en pouvant plus d’être aussi comprimé dans son pantalon, et se dépêcha de détacher sa ceinture. La rousse lui donna un coup de main et rapidement, elle put prendre en main son sexe durcit par l’excitation. Elle le massa doucement, le faisant encore plus grogner. Elle s’arrêta le temps de se repositionner entièrement à la droite du jeune homme et prit le membre en bouche. Haletant, il plaqua un bras sur le dossier derrière lui, et l’autre contre la portière. Il n’avait pas imaginé une seule seconde de recevoir une fellation sur le siège arrière de sa voiture,et encore moins, avec une fille qu’il avait rencontré le soir même.
Se sentant proche de la fin, Cameron l’arrêta. Il n’avait pas envie de lui venir dans la bouche, ni toute suite en fait. Il la repoussa jusqu’à la portière droite et déboutonna son pantalon qu’il fit descendre jusqu’à ses chevilles. Malheureusement, il ne pouvait le lui retirer avec ses bottes. Mais tant pis, il allait faire avec. Les deux jambes en appuis sur son épaule gauche, le jeune homme se pencha vers le sexe humide de la musicienne. Maya ne put retenir un gémissement sonore en sentant cette langue glisser entre ses lèvres intimes et remonter vers son clitoris.
La position était inconfortable, l’obligeant à se tenir d’une main au dossier du siège arrière et l’autre à celui du siège avant, le dos appuyé contre la portière, mais les jeux de langue dans son intimité eurent raisons de tous ces inconvénients et au bout d’une dizaine de minutes elle se contracta sous l’orgasme. Elle vit le brun se redresser en se léchant les lèvres, alors qu’elle tentait de retrouver son souffle.
- Dis-moi que tu as un préservatif, souffle-t-elle.
Malgré la surprise que cette supplique provoqua chez l’étudiant, il se dépêcha de fouiller dans ses poches pour sortir son portefeuille. Ce soir, il remerciait Martin d’en avoir glissé un dedans quelques jours plus tôt, car habituellement, il n’en traînait pas sur lui lorsqu’il était célibataire. Après tout, il n’était pas un adepte des coups d’un soir comme son ami.
Alors qu’il terminait de l’enfiler, la rousse se redressa et vint prendre place sur ses genoux en lui tournant le dos, les mains agrippées à chaque siège devant elle. Cameron l’aida à s’empaler sur son membre, puis la laissa bouger à son rythme en lui caressant les hanches ou les seins. L’une ayant déjà atteint l’orgasme et l’autre au seuil depuis plusieurs minutes, le brun ne fit pas long feu dans son vagin déjà contracté et il se vida en grognant, la tête appuyée contre le dossier. La jeune femme fit encore quelques mouvements de bassin, puis s’arrêta doucement. Les deux amants étaient haletants et ce n’est que lorsque le froid ambiant revint dans la voiture, qu’ils se décidèrent à se séparer pour se rhabiller.
Le silence qui suivit n’était plus empreint de gêne et sans un mot de plus, ils se couvrirent de la couverture et s’endormirent dans les bras de l’autre. C’était plus agréable qu’il n’y paraissait et le début d’une belle histoire, qui se poursuivit, même après avoir été secouru par un bon samaritain, qui passa près d'eux un peu après le lever du soleil.