À un destinataire inconnu

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Summary

Jacob, Bryan et Waym sont trois amis vivant dans un quartier tranquille. Par une journée ensoleillée après la pluie, un morceau de papier blanc immaculé est trouvé sous le paillasson de la maison de Waym. Curieusement, ce dernier ne semble pas trop ébranlé par l'événement. Jacob décide d'approfondir l'enquête, à l'insu de son ami, du moins le croyait-il. Le comportement de ce dernier devient de plus en plus suspect : sourires narquois, contacts visuels insistants et discours ambigus. L'atmosphère, par ailleurs agréable, devient de plus en plus étouffante. Il devra alors naviguer au milieu l'incertitude et de l'inconfort s'il veut espérer découvrir la vérité. Mais cela en vaut-il la peine ?

Genre
Thriller
Author
Dylan
Status
Complete
Chapters
17
Rating
2.0 1 review
Age Rating
16+

Chapitre 1: Une lettre ?

Quelqu’un toquait à la porte. Waym se leva donc d’un pas lourd pour voir qui y était. Waym était un jeune homme de 16 ans. En plus de son mètre soixante-quinze, de sa stature à peine dans la moyenne et de sa pilosité faciale (et corporelle) inexistante, sa voix oscillait entre l’acuité et la gravité, ce qui lui donnait un air enfantin. Il traînait ses pieds malgré les nombreuses remarques de ses proches lui demandant de changer sa façon de marcher; son père essaya tant bien que mal de lui faire abandonner cette “mauvaise habitude” mais rien ne semblait y faire. La porte s’ouvra sur un jeune homme assez mince ne dépassant point le mètre quatre-vingt : c’était Jacob, l’un des amis d’enfance de Waym. Similairement à ce-dernier, Jacob avait 17 ans mais ses cheveux étaient plus courts et sa peau plus foncée que celle de son ami. Ses yeux étaient marron clair, sa voix modérément grave et son visage parfaitement imberbe.

_Salut, ça va ? dit Jacob d’un ton familier

_Oui autant que la veille, quoi de neuf ?

_Je m’ennuyais donc je suis venu passer le temps, répondit-il timidement.

Jacob savait pertinemment que son ami était agacé à l’idée qu’on lui rende visite sans prévenir mais il s’entêtait à le faire de temps à autre.

_Et tu n’as pas pensé qu’il aurait été bien de me prévenir ? Vas-y entre. Dit Waym d’un ton légèrement ennuyé.

Jacob se précipita pour entrer mais il s’arrêta sur le pas de la porte et sorti une feuille de sa poche.

_Ah, au fait j’ai trouvé cette lettre sous ton paillasson, tu devrais la lire.

D’un air intrigué il prit la lettre et ils se dirigèrent vers sa chambre. Waym s’assit et commença par lire la lettre en silence ; d’un coup son visage passe de la confusion à l’inexpressivité totale. Jacob semblait ne pas comprendre sa réaction, perdit patience et réclama donc que son ami lui transmette le contenu de la lettre. Il lui tendit la lettre et se tourne pour prendre un livre posé sur sa table de chevet qu’il avait déjà entamé tandis que son ami lit la lettre en montrant clairement des difficultés à comprendre le message malgré le fait qu’il ne consistait qu’en deux phrases.

_Je ne comprends pas, tu sais de qui ça provient ? Demanda-t-il.

_Pas du tout, et je ne comprends pas non plus.

_Et ça ne te fait pas peur toi ?

_Bof, ce n’est pas la première fois et je n’ai jamais vraiment eu peur de ce genre de choses de toute façon.

_C’est vrai que t’as toujours été insensible toi, dit Jacob d’un ton un peu moqueur.

Il y avait un fond de vérité dans ce qu’il avait dit, même si il le dit d’un ton plaisantin. Waym a toujours tout pris à la légère, en apparence du moins, et n’a jamais été négativement marqué par quoi que ce soit, lorsque que quelque chose de triste ou d’impactant se passait, il arborait une expression neutre ou il détournait l’attention. Ils ne débattirent pas longtemps et décidèrent de partir pour une balade, néanmoins l’affaire de la lettre ne quitta pas l’esprit de Jacob, peut-être parce que le modèle de la lettre lui était familier, et il décida de commencer à enquêter le lendemain ou dès qu’il rentrera chez lui.

Les deux camarades déambulaient sans objectif dans les rues brouillardeuses de leur ville. C’était un dimanche assez calme ; les oiseaux chantaient, les chats étaient assoupis, les vendeurs à la sauvette fatigués de hurler prenaient leur sieste près de leurs étals. La vie semblait à l’arrêt. Le temps était rarement si agréable, la pluie étant tombée la veille, une brise rafraîchissante caressait la peau des deux jeunes hommes dans cette période inhabituellement chaude. Les deux amis discutaient avec désinvolture tout en gardant leur voix basse de peur de perturber l’ambiance environnante quand soudain des cris et des bruits d’enfants se firent entendre au loin. C’était un groupe d’enfants s’amusant dans le parc du quartier. C’était un parc assez vieux mais il avait récemment été rénové donc les enfants s’y rendaient souvent, ce qui permettait à leurs parents de trouver un peu de repos.

Les enfants étaient en pleine dispute et leurs chamailleries risquaient de déranger le quartier, pour une fois, si paisible.

_Pourquoi est-ce qu’ils crient de la sorte ? S’interrogea Waym.

_Ce sont des enfants, ça doit sûrement être pour des futilités, répondit Jacob. Je vais aller voir ce qu’il se passe.

Jacob proposa cela non pas parce qu’il était un super-héro engagé dans la défense des plus faibles ou dans la protection du calme dans le quartier, mais parce qu’il savait que son ami était extrêmement agacé par les bruits forts et en particulier par les cris des enfants. Waym le laissa donc volontiers s’occuper de calmer ces enfants tandis que lui essaye de détourner son attention afin de ne pas céder à l’agacement.

Jacob s’approcha de l’enfant en pleurs et essayait tant bien que mal de le calmer. Une fois chose faite il leur demanda la cause de toute cette agitation.

_Allons, qu’est-ce qu’il se passe ? Demanda-t-il.

_On s’amusait sur le to-to-tobo...gan quand..., bafouilla le petit garçon tout en reniflant.

Jacob sentant que ça n’allait pas marcher comme ça, prit à part le petit garçon, sortit une sucette de sa poche et lui promit de la lui donner s’il se calmait et lui expliquait tranquillement ce qu’il s’était passé. Le gamin lui raconte ensuite qu’ils étaient censés jouer au toboggan chacun leur tout mais qu’un autre garçon monopolisait celui-ci. L’enfant trouva donc un bout de papier dans un autre coin du parc et, vu qu’il ne savait pas encore très bien lire, s’amusait à déchiffrer son contenu. Rapidement, d’autres enfants se sont rassemblés autour de lui et commencèrent à s’y intéresser également. Le monopolisateur de toboggan étant donc tout seul sur ce-dernier, et semblant souffrir du complexe de l’enfant roi, s’approcha également et tenta de subtiliser le bout de papier, ce qui résulta donc à la dispute en question.

Jacob remercia l’enfant, lui donna assez de bonbons pour tous les enfants du parc et lui demanda de lui promettre d’arrêter de se chamailler entre eux. L’enfant arbora un grand sourire, essuya son visage trempé de larmes et accepta la demande du jeune homme. Avant de se précipiter pour rejoindre ses amis, il tendit la feuille à Jacob

.

_Tenez monsieur, si vous ne la prenez pas on va encore se chamailler. Dit le petit garçon.

Il prit la lettre et le petit garçon courut vers ses camarades. Jacob lit donc l’inscription sur le bout de papier légèrement froissé et sali par les enfants. Il avala sa salive et son regard s’emplit d’une inquiétude partiellement fondée. C’était une seconde lettre. Il ne faisait aucun doute que l’auteur de celle de Waym et de celle-ci était la même personne, et d’autant plus effrayant, il semblait que cette lettre également était destinée à Waym. Jacob la plia et la rangea dans sa poche et décida de ne rien dire à son ami pour le moment.

Jacob retourna auprès de son ami et ils continuèrent leur balade.

_Bravo, t’as réussi à les calmer. Dit Waym d’un ton moqueur.

_Bah ouais, tu croyais quoi ? Répondit-il fièrement.

Malgré son air insouciant, Jacob se demandait pourquoi Waym recevait ces lettres et encore plus pourquoi cette lettre se trouvait dans le parc. Il ne voulait pas éveiller les soupçons du jeune homme alors il s’abstint de lui poser des questions sur cette lettre ; mais après quelques minutes de réflexion habilement dissimulées par ce-dernier, il lui formula une phrase sans sous-entendu apparent :

_Au fait, je ne suis jamais allé à ce parc depuis sa rénovation moi, toi non plus n’est-ce pas ? Demanda Jacob.

_C’est donc à ça que tu pensais. Si, j’y vais souvent. C’est calme donc j’y reste une heure ou deux.

_Ah oui ? Pourquoi tu ne m’as jamais invité alors ? Demanda Jacob d’un ton taquin

_Parce que j’y vais pour trouver le calme, pas pour t’entendre piailler dans mes oreilles.

Jacob continua à plaisanter mais il retint que Waym y allait souvent ce qui explique pourquoi l’auteur de la lettre lui en a laissé une dans le parc. ~Il ne restait plus qu’à savoir si l’auteur et l’expéditeur de la lettre étaient la même personne~

Ils continuèrent à marcher une bonne trentaine de minutes avant de se séparer.

Ce soir-là Jacob peinait à s’endormir, il ne faisait que penser aux lettres et à Waym. Lui-même ne comprenait pas pourquoi il était autant impliqué dans cette affaire alors que le principal concerné ne l’était visiblement pas autant. Jacob se sentait étrangement intrigué par ce mystère, il ressentait un besoin inexplicable de découvrir le secret derrière ces correspondances lugubres mais il ne pouvait pas raisonnablement en parler directement à Waym car celui-ci détestait que l’on se mêle de ses affaires. Jacob ne le savait que trop bien, il en avait déjà fait les frais, la gravité de la situation ne justifiait jamais une quelconque intrusion dans sa vie privée. Même si cela était question de vie ou de mort, il était impensable pour lui d’ouvrir sa bulle à qui que ce soit; Jacob se souvint que la mère de Waym lui en avait déjà parlé. Waym avait toujours été aimable envers ceux qui l’étaient également et aussi ceux qu’il ne connaissait pas. Alors, naturellement, il était populaire aussi bien auprès des filles que des garçons; tout le monde voulait faire partie de son cercle d’amis. Autant il plaisait à certains, autant d’autres ne supportait pas son amabilité constante et son apparente joie de vivre.

Il n’y avait pas grand chose qui troublait Jacob au sujet de Waym, et il s’était toujours senti à l’aise avec lui. Enfin, en règle générale. Le sujet “tabou sans vraiment l’être” concernait la fois où un camarade de classe voulut s’en prendre à Waym. Il l’emmena dans un coin et tenta de le déshabiller pour l’humilier. Étant son ami, Jacob était naturellement allé prévenir les professeurs qui ne le croyaient pas au début mais qui, à force d’insister, daignèrent enfin le suivre. On pourrait dire que l’erreur numéro une de cette brute fut d’être venu seul. Arrivés sur les lieux, le professeur principal et Jacob étaient dans une confusion des plus totales. Mis à part les pleurs de la brute l’endroit était silencieux mais d’un silence pesant. Instinctivement, le professeur se dirigea vers la brute et l’emmena à l’infirmerie. La scène qui se dressait devant les yeux de Jacob sortait de l’ordinaire, non pas que c’était une première dans l’histoire ni même dans l’école, mais l’acteur principal de cette dernière était ce qui la rendait surnaturelle. Les mains et la bouche de Waym étaient couverts de sang et il ne fallait pas plus qu’une intelligence de prépubère pour comprendre ce qu’il s’était passé. Waym recouvert de sang et la brute saignant de la main et agrippant sa mâchoire, et le pire de tout : le visage de Waym passant de la colère légère à l’inexpressivité.

Waym n’était jamais violent ni colérique. Mais il y avait des choses spécifiques qui lui étaient insupportables, et il n’avait aucune patience avec ceux qui l’agacaient. Les gens évitaient donc de lui rendre la vie dure. Il n’en était pas pour autant une brute, il restait aimable et cela ne changea pas, il se détachait simplement de ceux qui l’ennuyaient plus que ne lui apportaient de plaisir.

Lorsqu’il repensait à lui, Jacob se souvint d’une phrase que Waym avait prononcé plus tôt dans la journée lorsqu’ils se baladaient. “C’est donc à ça que tu pensais.” Il n’y avait pas fait attention sur le coup mais c’était étrange que Waym aie su qu’il voulait poser cette question plus tôt. Waym avait toujours été intelligent et perspicace, mais Jacob pensait s’être bien débrouillé en cachant ses intentions, apparemment il avait encore beaucoup à faire avant de pouvoir se montrer plus malin que son ami.

Sur ces pensées, Jacob s’endormit bercé par les rayons du clair de la lune. La nuit était silencieuse, les stridulations des grillons formaient une mélodie apaisante, la brise nocturne s’abattant délicatement sur les volets s’harmonisait avec le bruit des feuilles d’arbre doucement balayées par le vent ; l’orchestre nocturne semblait être fait pour faciliter la nuit du jeune homme.

Le lendemain matin Jacob se leva un plus tôt que d’habitude, ses parents étaient déjà partis au travail, il comptait profiter de ses vacances en traînant chez lui et en passant du temps avec ses amis, notamment Waym et Bryan. Mais tout ce qui se passait lui fit se sentir comme dans un thriller, dans lequel, en temps normal, il aurait apprécié jouer les détectives. Mais pour une raison qui lui était encore inconnue, les évènements n’avaient rien d’amusant pour lui. Il était empli d’une inquiétude grandissante et voulait plus que tout découvrir ce qui se tramait.

Il prit sa douche, redescendit prendre son petit déjeuner et se mis en route pour voir son ami, ce coup-ci il n’oublia pas de le prévenir au préalable. Arrivé, ils se saluèrent et se posèrent au salon pour discuter et lire des bandes dessinées. Pour la première fois depuis la veille, Jacob se sentait détendu. Ils parlèrent une bonne trentaine de minute et décidèrent d’aller se prendre des glaces. Ils passèrent une fois de plus devant le parc qui était aujourd’hui silencieux. Jacob jeta des coups d’œil, qu’il pensait discrets, sur l’aire de jeu dans l’espoir de trouver à nouveau une lettre, ce qui n’échappa point à Waym.

_Qu’est-ce que tu regardes ? Demanda-t-il.

_Rien en particulier, je regardais juste le parc, répondit Jacob en détournant le regard du parc.

_Waym esquissa un sourire et prit un ton taquin. Je ne savais pas que tu étais aussi intéressé par ce parc, tu veux qu’on aille s’y asseoir ? On pourra y aller après y avoir pris nos glaces.

Les deux jeunes hommes se dirigèrent vers le parc, après avoir acheté leurs bâtonnets de crèmes glacées, et se posèrent sur un banc. Ils restèrent en silence pendant quelques temps. Waym semblait occupé à savourer son dessert glacé. “Il ressemble presque à un enfant, pensa Jacob, difficile de croire que ce petit bonhomme soit impliqué dans une histoire si étrange”. Le temps était plaisant. Les marchands installaient leurs étals et le livreur passait de maison en maison pour remplir son quota journalier. Les parents pouvaient profiter de quelques minutes de répit avant que leurs enfants ne se lèvent. Le silence entre les deux amis était parfait.

Pourtant, Waym le rompit avec une question des plus inattendues :

_Tu as trouvé une lettre ici, n’est-ce pas ?

_Jacob pris par surprise ne sut quoi répondre et bafouilla une réponse. Une lettre ?

_Je sais que tu en as trouvé une ici, sinon pourquoi tu aurais inspecté le parc du coin de l’œil ? Répondit Waym en retournant à son bâtonnet. Tu peux les récupérer mais j’espère que tu n’essayes pas de fouiner.

_Non, t’inquiètes pas. J’étais juste un peu curieux. Répondit Jacob, riant nerveusement.

Les deux garçons finirent leurs bâtonnets, discutèrent encore un moment et se séparèrent.

Jacob réfléchit encore un long moment cette nuit-là, il savait qu’il ne devrait pas persister, et normalement il ne le ferait pas, mais cette fois-ci seulement il se devait de découvrir la vérité. Il comprit néanmoins qu’il ne pouvait pas le faire tout seul et qu’il était hors de question que Waym le découvre, non pas qu’il pourrait devenir violent, mais cela pourrait résulter en la fin de leur relation. Il se rappela également pourquoi les modèles de ces lettres lui étaient si familières. Il possédait une boîte de correspondance avec des feuilles présentant les mêmes modèles. Après une intense réflexion, il se rendit à l’évidence qu’il n’y avait qu’une personne qui pouvait l’aider : Bryan. Jacob s’endormit alors, sa chambre baignée dans l’obscurité et une nuit particulièrement silencieuse marquée par l’absence des bruits nocturnes caractéristiques, avec la ferme résolution de poursuivre son enquête.