Prologue
Alexandra vit le jour dans une petite ville ensoleillée près de Los Angeles, baignée de lumière mais marquée, dès ses premiers instants, par une ombre indélébile. Sa mère, emportée en lui donnant la vie, laissa derrière elle un vide que même le temps n’osa combler. Son père, brisé par la perte de la femme qu’il aimait éperdument, ne tenta jamais de se reconstruire. Il vécut le cœur en berne, fidèle à la mémoire de celle qu’il appelait encore « mon amour », même des années plus tard.
Leur vie fut une suite de départs précipités et d’arrivées anonymes, dictée par les exigences du travail de son père. Chaque déménagement était une nouvelle page blanche, qu’Alexandra apprenait à remplir avec la rapidité d’une enfant sociable, toujours prête à tendre la main, à rire, à croire aux liens. Mais ces amitiés naissaient vite pour mourir tout aussi brutalement, étouffées par la distance et l’oubli. À force d’adieux, son cœur se lassa de s’attacher. À dix ans à peine, elle prit une décision qui semblait trop grave pour son âge : elle serait seule. Volontairement. Par prudence, par instinct de survie. Elle n’avait plus besoin de personne. Son père, silencieux mais aimant, et ses livres, vastes refuges peuplés d’émotions sûres, lui suffisaient.
Et puis, un jour, dans une énième nouvelle ville, il y eut Léa. Tornade de rires, d’énergie et de spontanéité, impossible à ignorer. Alexandra tenta de résister, mais Léa balaya ses défenses avec la tendresse d’une sœur qu’elle n’avait jamais eue. Très vite, elles devinrent inséparables. La famille de Léa l’adopta sans condition, lui offrant ce cocon chaleureux qu’elle n’avait jamais osé espérer. Et même lorsque le pouvoir d’Alexandra se manifesta, imprévisible et effrayant, rien ne changea. Léa resta. Elle resta vraiment.
À l’université, Alexandra brillait. Elle était heureuse, pleinement, sincèrement. Elle avait trouvé un équilibre fragile mais précieux : une meilleure amie qui la voyait sans filtres et l’aimait pour cela, un petit ami doux et drôle, Nathan, qui la regardait comme si elle était l’univers tout entier, et son père, toujours là, attentif et discret. Ses études en journalisme la passionnaient, la portaient, lui donnaient enfin une direction.
Mais à vingt ans, alors que tout semblait parfait, elle brisa le miroir sans prévenir. Un soir, sans larme ni éclat, elle mit fin à sa relation avec Nathan. Sans un mot d’explication. Un silence plus douloureux que n’importe quelle rupture. Personne ne comprit. Personne n’insista. Tous respectèrent son choix, comme s’ils devinaient qu’il y avait là une vérité trop lourde pour être partagée.