Road Trip catastrophique

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Summary

Un groupe d'amis éloignés depuis le lycée se retrouve pour un road trip organisé par leur ami décédé. Entre panne de voiture, rencontres loufoques et confessions nocturnes, ils redécouvrent leur amitié... et leurs secrets. Warning ⚠️⚠️⚠️⚠️ : Les chapitres sont extrêmement courts. [ Au moins je vous aurais prévenu].

Status
Ongoing
Chapters
4
Rating
n/a
Age Rating
13+

Prologue


La pièce sentait la javel et les draps trop changés. Une odeur de fin, déguisée sous des parfums d'hygiène. Il faisait trop chaud. Les néons grésillaient au plafond, et chaque bruit résonnait dans la poitrine d'Alex comme un écho de plus en plus sourd.

Le lit grinçait à chacun de ses mouvements. La couverture rugueuse le recouvrait à peine - un tissu trop rêche pour quelqu'un qu'on savait condamné.

Alex inspira difficilement, ses côtes semblant protester à chaque battement de cœur. Il ne dormait presque plus. La douleur l'empêchait de sombrer. Mais ce soir-là, ce n'était pas la souffrance qui le tenait éveillé. C'était l'urgence. L'urgence de laisser quelque chose. De ne pas partir dans le silence.

Il avait volé un stylo dans la poche d'une infirmière la veille. Un Bic bleu, presque vide. Depuis, il noircissait les pages de ce vieux carnet noir à spirale, celui qu'il avait trimballé partout avec eux. Celui qu'il n'avait jamais osé ouvrir depuis cet été-là. Celui des promesses oubliées.

La pluie martelait les vitres, goutte après goutte, comme un rappel que dehors, la vie continuait. Il se souvenait de cette nuit-là, il y a des années, dans la camionnette. Léa dormait contre la fenêtre, son appareil photo toujours dans les mains. Nathan parlait à Éloïse en chuchotant, croyant que personne ne les entendait. Kévin chantait faux, le genre de fausse note qui faisait rire tout le monde.

Et lui, Alex, observait tout ça en silence. Parce qu'il savait, déjà. Il savait que ce genre de moments ne duraient jamais.

- Ils vont m'en vouloir, murmura-t-il.

Sa voix n'était plus qu'un souffle.

Il posa le carnet sur ses genoux. Sa main tremblait trop. Il tenta d'écrire. Encore. Les lettres s'écrasaient, vacillaient, mais il continuait :

« Ne vous laissez pas tomber.

Ne vous laissez pas tomber.

Ne vous- »


Les mots perdaient leur forme. L'encre bavait. Il ferma les yeux, laissa sa tête retomber contre l'oreiller.

Flash.

Un souvenir. Léa qui criait dans le vent, sur le toit de la camionnette.

- Si on tombe, on tombe ensemble !

Rires. Un feu de camp. Une promesse chuchotée dans la nuit :

- Si l'un de nous part, les autres partent le chercher. Toujours.

Il se réveilla en sursaut. L'alarme de la perfusion venait de s'éteindre, remplacée par ce silence électrique qui suivait chaque interruption mécanique.

La douleur revint. Plus forte. Implacable. Il tenta de se redresser, mais n'y parvint pas. Une tache rouge apparut sur la page. Sa main s'était fendue.

Pas le temps.

Il ouvrit le carnet à la page marquée par un trombone rouillé. Il y avait noté, quelques jours plus tôt, un message. Un dernier défi. Une énigme, comme ils en laissaient autrefois dans les jeux de piste :

« Cherchez les étoiles là où le soleil se noie.

La vérité est enterrée sous vos pires mensonges. »

Ils comprendraient. Ils devaient comprendre. Ce voyage, cette quête... ce n'était pas une blague. Ce n'était pas un caprice.

Alex glissa sa main sous l'oreiller et en sortit une photo. Le polaroid était corné, jauni par le temps. Ils étaient là, tous les cinq. Sur cette plage déserte, les pieds dans l'eau, la camionnette en arrière-plan. Il pleuvait ce jour-là. Ils riaient malgré tout.

Il effleura les visages du bout des doigts.

- Nathan... Arrête de faire semblant d'être fort. Laisse les autres t'aider.

- Léa... Arrête de courir. Tu sais très bien ce que tu fuis.

- Éloïse... Tu n'es pas faible. Pas parce que tu pleures.

- Kévin... Pardonne. Juste... pardonne.

Il sourit, malgré la douleur.

- Je vous aime, bande d'idiots...

Le stylo tomba de sa main.

Le carnet glissa du lit, atterrissant doucement sur le carrelage froid. Les lignes étaient tordues, presque illisibles. Les battements de la machine se firent plus lents. Plus irréguliers.

Quand l'infirmière entra, en retard de quelques minutes, elle ne remarqua pas tout de suite le corps figé dans la pénombre. Elle ne vit pas non plus la lettre inachevée, qui portait encore la chaleur de ses doigts.

Elle ne lut pas la dernière phrase, écrite en diagonale, le long de la marge :

« Si vous lisez ceci, j'ai déjà perdu...

...mais vous, vous pouvez encore gagner. »

Et dehors, la pluie cessa soudainement.