Chapitre 1 - Le Secret

Entourée de sa famille, avec un travail stable, Lina retrouvait un équilibre. Elle se sentait en paix. Avec elle-même. Avec les autres.
Éloïse et Tom lui manquaient, bien sûr. Mais elle avait accepté cette distance. Elle pensait à elle. À ses projets. Et plus que tout, à lui.
Ce petit être qui grandissait en elle. Ce bébé. Son bébé. Cette force silencieuse, fragile mais puissante, qui lui donnait envie d’y croire. Pour de vrai.
Bien sûr, quand elle l’avait annoncé à sa famille — surtout à sa mère —, c’était comme jeter une bombe:
— Tu es quoi ?!?
La voix avait claqué à travers le téléphone, chargée de choc. Lina, accroupie en sanglots dans la salle de bain, n’avait pas réussi à répondre.
Elle pleurait.
— Lina ? Lina ?!... Parle-moi !
Mais il n’y avait que ses pleurs. Aucun mot ne sortait. Elle entendait sa mère sans comprendre vraiment. Tout semblait irréel.
Puis, soudain, un ton plus calme, plus froid.
— C’est ce Tom, c’est ça ?
Les yeux fermés, Lina sentit son cœur s’emballer, violente détonation dans sa poitrine.
— Oui, murmura-t-elle.
Et les larmes continuèrent de couler. Plus silencieuses. Plus lourdes.
Silence.
Lina soufflait, tentait de reprendre le contrôle. Mais à chaque respiration, les sanglots revenaient.
Sa mère non plus ne parlait plus.
Enfin, après un long soupir, fatiguée et résignée, sa mère reprit la parole:
— Rentre à la maison.
— Non ! protesta Audrey à la brocante, faussement choquée.
Il faisait beau ce jour-là, un après-midi de mai comme on les aime. Lina, Anna et elle venaient de dénicher un lot de bodys d’occasion, en parfait état. Mais Audrey avait tiqué. La couleur, vraiment, c’était pas possible.
— C’est bon, Audrey, on parle de bodys. Il va pas faire un défilé, soupira Anna en souriant.
Lina, elle, restait concentrée sur les vêtements, les yeux brillants.
— Il va être si minuscule…, murmura-t-elle en caressant son ventre. Un geste qu’elle répétait dès qu’une angoisse se pointait.
Son ventre commençait à peine à s’arrondir, mais c’était suffisant. Suffisant pour savoir qu’elle l’aimait déjà, ce petit. Son amour grandissait à mesure que son corps changeait. Peut-être même un peu plus vite.
— Bah j’espère pour toi, vu par où ça sort…, lança Audrey en riant.
Anna, comme d’habitude, tenta d’adoucir l’ambiance :
— L’écoute pas. Ce sera le plus beau jour de notre vie. La nouvelle génération Cap arrive !
Elle effleura le ventre de sa sœur avec tendresse. Lina lui sourit.
Audrey reprit, toujours accrochée à son idée du début.
— Ça change rien au fait que des bodys verts caca, c’est moche!
Elles éclatèrent de rire toutes les trois.
De retour chez leurs parents, la mère de Lina avait déjà tout préparé pour le déjeuner familial. L’ambiance à table était légère, presque joyeuse.
Le plus dur, au fond, avait été de faire accepter la nouvelle à sa mère. Mais contre toute attente, elle n’avait pas jugé. Bien sûr, Lina savait qu’elle avait rêvé d’un autre avenir pour sa fille. Plus classique. Plus sûr. Mais au bout du compte… elle était restée une mère.
Et grâce au soutien — inattendu — d’Anna, elle avait fini par accueillir la nouvelle. Sans critique. Sans reproche.
Lina avait mis du temps à le comprendre, mais aujourd’hui elle le sentait : avoir sa famille derrière elle, c’était une vraie bénédiction.
Et maintenant, tout tournait autour du bébé. Sa future école — celle où Lina avait étudié. La crèche. Même la vente de son studio, qu’elle envisageait pour se rapprocher d’eux. Petit à petit, une autre vie prenait forme.
Le groupe WhatsApp des Trois Mousquetaires existait toujours. Mais il tournait un peu au ralenti. Ils ne savaient pas pour la grossesse. C’était plus simple. Plus sûr.
Tom ne serait jamais capable d’assumer un enfant. Il paniquerait. Mieux valait qu’il n’en sache rien. Et le moment venu, elle trouverait bien un plan. Un mensonge. Quelque chose pour qu’il ne fasse jamais le lien.
Moins il le saura tôt, moins ce sera évident pour lui de comprendre…Elle s’en persuadait. C’est mieux pour tout le monde, pensait-elle.
Alors les conversations restaient superficielles. Tom racontait ses aventures improbables. Éloïse parlait de son job, de Maxim. Il avait tenu parole. Il avait changé. Pour elle.
Éloïse avait été franchement déçue lorsque Lina lui avait annoncé, à la dernière minute, qu’elle ne viendrait finalement pas au Portugal. Et encore plus en découvrant la raison :
— Anna m’a trouvé une place dans sa boîte… puis c'est l’occasion de grandir, de me rapprocher de ma mère, tu vois…
Mais non, Éloïse ne voyait pas. Pas du tout.
— Lina, t’as fait un stage de dingue dans une des plus grosses boîtes au monde… et tu vas bosser dans une PME paumée parce que… parce que quoi, en fait ?
Elle avait haussé les épaules à travers l’écran.
— OK, c’est bien pour ta famille, mais de là à foutre ta carrière en l’air…
Lina avait coupé court. Éloïse ne pouvait pas comprendre. Elle était ambitieuse, brillante, toujours en train de viser plus haut. Mais elle ne savait pas tout. Et Lina n’avait pas l'intention de lui en parler.
Finalement, Éloïse s’était résignée. Elle avait respecté son choix.
La seule chose qui continuait de la titiller, c’était que Lina trouvait toujours une excuse pour éviter les appels en visio.
Tom, lui, ne s’en formalisait pas.
— Si t’es à poil, j’veux bien voir quand même, avait-il lancé en riant.
Éloïse l’avait fusillé du regard :
— Toi, tu vas tenir ta bite ! Ça ne suffit pas, deux fois la même connerie !
— Mon membre turrrrrgescent, avait-il déclaré en riant.
Même Lina avait éclaté de rire. L’autorité d’Éloïse, ça marchait toujours. Et elle ne laissait rien passer.
— On te voit pas, mais je t’entends, Madame “j’me cache” !, avait-elle ajouté à l’intention de Lina.
— C’est pas ça… La caméra bug ici… fin bref. Elle avait jeté un coup d’œil à l’heure.
— De toute façon, je dois y aller.
Et ils s’étaient laissés comme ça.
Ce samedi matin, elle avait prévu d’aller au marché avec sa mère. Anna devait les y rejoindre, avant de rester déjeuner à la maison. Lina était encore allongée dans son lit, à fixer le plafond, la main posée machinalement sur son ventre, quand sa mère l’appela.
Elle leva les yeux au ciel.
— Il est même pas encore dix heures, maman…, grogna-t-elle, résignée.
Mais elle se leva quand même. En descendant les escaliers, son cœur manqua un battement.
Lily.
Dans le salon.
En train de discuter avec sa mère.
La surprise de sa mère se lisait sur le visage de cette dernière, autant que l’admiration : elle ne pouvait cacher à quel point Lily dégageait de la prestance.
— Et donc… vous êtes une des anciennes collègues de ma fille ? Son scepticisme était à peine masqué.
Lina entra dans la pièce. Lily se leva aussitôt, radieuse, et lui adressa un sourire éclatant.
Qu’est-ce qu’elle fait là ?!
— Exactement, répondit Lily. Puis, sans quitter Lina des yeux, elle ajouta :
— Elle nous manque beaucoup chez R.B.H.
Nous ?
— Bon… je vais aller au marché avec Anna, lança la mère de Lina. Elle semblait presque hésitante, mais ajouta :
— Comme ça, vous aurez le temps de discuter.
Puis elle sortit du salon et cria dans l’escalier :
— Audrey, lève-toi !
Lina, elle, fixait encore sa mère dans le couloir. La voix de Lily la ramena brutalement à la réalité :
— J’étais sérieuse, Lina.
Elle se tourna vers elle, comme si Lily venait de la sortir d’un rêve.
— Pardon ?
— Tu nous manques, précisa Lily.
Cette fois, aucun doute : elle ne parlait pas d’elle. Ou pas que d’elle.
L’angoisse monta d’un cran. Lina fit ce qu’elle faisait toujours dans ces moments-là : elle posa la main sur son ventre, discrètement pour se calmer.
Puis elles s’assirent, sans un mot.
On entendit Audrey descendre les escaliers en râlant. La mère de Lina l’interpella : Lina avait une invitée, et elle devait lui proposer quelque chose à boire. Elle précisa aussi qu’elle partait au marché avec Anna.
Audrey s’exécuta, à contrecœur.
En entrant dans le salon et en découvrant Lily, elle eut exactement la même réaction que leur mère sans la retenue qui s'impose normalement :
— Waouh…
Lily se leva aussitôt, lui tendit la main avec un sourire taquin.
— Tu dois être la fameuse Audrey, non ?
Audrey lança un regard appuyé à Lina, genre c’est qui cette bombe ?
Qu’est-ce qu’elle fait là, merde ?
Lily déclina poliment l’offre de boisson, et Audrey s’éclipsa sans insister.
— Enfin seules, souffla Lily comme si c’était une confidence.
Lina, elle, ne souriait pas. Elle voulait comprendre.
En la voyant sérieuse, Lily perdit elle aussi son ton léger.
— Comment tu vas, Lina ?
Hein ?
— Je… je vais bien, merci. Tu es venue pour ça ? demanda-t-elle, perplexe.
Lily sourit doucement, puis baissa un peu les yeux.
— Je m’inquiétais. Elle marqua une pause, avant d’ajouter, un peu déçue :
— Tu as… disparu.
Lina détourna aussitôt le regard, s’intéressant soudain à une étagère comme si elle n’avait jamais vu d’objet aussi fascinant.
— Franchement, je vais bien, répondit-elle en essayant de dédramatiser. Elle força un petit rire.
— Tout ce chemin juste pour ça ? Un texto, et t’aurais su…
Mais Lily ne souriait plus.
— Lina… tu as disparu. Tu n’as répondu à aucun de mes messages. Tu ne m’as jamais rappelée. Et pour le mariage…
silence.
— Tu n’as jamais répondu non plus.
Chaque phrase tombait comme un poids. Lina se recroquevilla intérieurement. Mais elle tenta une nouvelle fois de désamorcer :
— J’ai eu besoin de temps après R.B.H., tu sais…Elle enchaîna, vite, trop vite.
— Et puis il y a eu plein de trucs, j’ai un peu tout oublié, enfin… je suis mal organisée… tête en l’air… j’ai perdu mon tel…
Excuses bidons. C’était la seule chose qui lui était venue.
Lily ne la quittait pas des yeux.
— Mon mariage a lieu dans deux semaines, Lina. Et j’aimerais que tu viennes.
Nouveau silence.
L’angoisse qui grondait dans la gorge de Lina faillit sortir.
— Je suis désolée, Lily…Que tu te sois déplacée pour ça, vraiment… mais je ne pourrai pas venir.
Voilà. C’était dit.
Lily voulut répondre, mais Lina ne lui en laissa pas le temps. Elle se leva d’un coup, pour écourter l’échange. Invitant Lily à faire de même.
Mais elle eut un vertige en se redressant trop vite.
Elle se rattrapa de justesse au canapé, la main posée par réflexe sur son ventre. Elle avait protégé ce qu’il y avait là, sans même y penser.
Lily se figea.
Lina vit son regard.
Je… j’ai mal dormi, hier. Et j’ai faim. Tu veux manger un truc ? Y’a une super boulangerie pas loin… Ah ! J’ai un nouveau travail aussi. Bon c’est très différent de R.B.H. Mais pas mal.
Lina cherchait à détourner l’attention de Lily. Elle réalisa que sa main était toujours posée sur son ventre. Elle la retira.
Lily fixait encore ce ventre. Puis elle leva les yeux vers Lina. Elle ouvrit la bouche, hésita… et referma aussitôt.
— Lina…
Elle réfléchit encore une seconde.
— Je suis contente que tu ailles bien.
Puis elle tourna les talons, et se dirigea vers la porte.
Dans les jours qui suivirent, Lily resta un peu dans son esprit…Puis, peu à peu, elle s’effaça.
Le lendemain, une nouvelle bien plus joyeuse occupait tous les esprits. Le sexe du bébé. Ce soir-là, à table, tout tournait autour de ça. Même Anna et son mari étaient présents.
— Faut une fille ! lança Audrey, toute souriante.
Le mari d’Anna échangea un regard complice avec le père de Lina, comme pour se dire bon courage. Mais leur père éclata de rire.
— J’ai capitulé après la naissance d’Audrey, déclara-t-il, hilare.
— Tant qu’il ou elle est en bonne santé…, ajouta Anna, posée.
Et la mère de Lina, avec un soupir mi-sincère, mi-théâtral :
— Et pitié, pas le caractère de sa mère…
Tout le monde éclata de rire. Même Lina. C’était exagéré, mais dans le fond… pas totalement faux.
Soudain, la sonnette coupa l’ambiance.
La mère de Lina lança un regard assassin à Audrey. Mais Audrey leva les mains au ciel, innocente.
— J’ai rien fait !
— Tes copines sans éducation qui débarquent en pleine nuit chez les gens…, maugréa leur mère en se levant.
En traversant le couloir, elle continua à râler tout haut.
— ELLE SORTIRA PAS, C’EST LA NUIT !!
Tout le monde riait autour de la table, même Audrey, imaginant laquelle de ses copines avait pu se pointer à cette heure-là. Laquelle de ses copines voulaient mourir ce soir.
Quelques secondes plus tard, Lina entendit sa mère l’appeler.
Elle fronça les sourcils, surprise.
Elle avait faim, alors elle attrapa quelques frites sur le plat et s’en remplit la bouche avant de se lever.
— Donne lui un coup de ventre et elle vole ! lança Quentin en rigolant.
— On croit en toi ! ajouta Audrey.
Tout le monde riait. Lina aussi, en mimant le geste d’envol avec les bras.
Elle quitta la pièce, le sourire encore aux lèvres.
Le couloir était plongé dans une lumière tamisée. La porte d’entrée était grande ouverte.
Et là, elle le vit.
Son cœur explosa dans sa poitrine.
Il était là.
Daniel









Vouiiiiiii Lily est dans la place, et Daniel Viiiiiiiiiiii.
Lily a deviné et l'a dit à Daniel, c'est sûr.
Evidemment Lily a compris..
Qu'elle essaie de nier ou de dire que le bébé est de Tom... il va la retourner vite fait pour obtenir des faits et non les élucubrations qu'une névrosée. Désolée Lina, là je suis team Daniel.. t'es vraiment trop cruelle avec lui.