Prologue
Depuis quelques semaines déjà, l’été tire sa révérence pour laisser place à l’automne, et en même temps, le début des cours à l’université a débuté. C’est toujours l’euphorie en début d’année, mais c’est ce qui motive Harvey dans son choix de carrière. Depuis plus de trente ans, il est dévoué à cette cause : celle de transmettre son savoir aux jeunes d’aujourd’hui.
Dur métier, vous en conviendrez !
Lorsqu’il a débuté sa carrière comme professeur de sciences, Hervey était au niveau secondaire. Il a bien vite compris que ses jeunes n’étaient là que par obligation et non par envie d’apprendre. Il a donc décidé d’aller enseigner à l’université, ce qui lui correspondait le plus. Il est heureux du choix qu’il a fait, même si certains jours sont plus difficiles que d’autres. La vie est beaucoup plus dure à l’université qu’à l’école secondaire, mais cela ne l’a pas empêché d’avoir toujours cette flamme de partager son savoir auprès de ses étudiants.
Il est cinq heures du matin et son réveil sonne sur sa table de chevet. Il étire son bras pour appuyer sur le bouton qui se trouve sur le dessus de celui-ci, pour mettre fin à sa tirade. Couché sur le dos, il passe ses deux mains sur son visage pour effacer les traces de fatigue encore présentes et se motive mentalement à se lever pour aller faire son jogging matinal sur son tapis roulant dans sa salle de sport au sous-sol.
À peine deux minutes plus tard, il est sur pied et déjà en marche vers sa commode pour enfiler ses habits d’exercice. Avant de sortir de la chambre, il tourne la tête vers l’autre côté du lit à la recherche de sa femme. Encore une fois, le lit est désert. Elle a encore dû coucher dans la chambre d’ami.
Depuis quelques années déjà, leur mariage bat de l’aile, mais aucun d’eux n’est encore prêt à y mettre un terme. Sûrement par peur de la solitude, étant donné leur âge déjà avancé dans la vie, ou c’est simplement par peur du changement. Peu importe la raison, ils continuent à cohabiter dans la même maison, comme deux colocataires, plutôt que comme deux personnes mariées. Chacun fait ce que bon lui semble, sans rien devoir à l’autre. Cela lui va très bien, même si quelquefois la mélancolie l’envahit en repassant aux années heureuses de leur mariage. Cela date de tellement longtemps déjà qu’il n’est plus tout à fait certain qu’ils aient vraiment déjà été heureux ensemble.
Il finit par se dire que ce n’est pas le bon moment de recenser le passé, sinon il y a de fortes chances qu’il soit en retard sur son horaire. Lui qui suit toujours une routine rigoureuse n’a aucunement l’intention d’en déroger en ce lundi matin, pour un peu de morosité.
Il sort donc rapidement de la chambre et dévale l’escalier pour se rendre au sous-sol où se trouve sa salle d’entrainement.
Il appuie sur l’interrupteur et entre, puis marche jusqu’au petit réfrigérateur qui se trouve sur le mur du fond. Il en sort une bouteille d’eau et étire le bras au-dessus de celui-ci pour prendre une serviette. Sur son chemin, il s’arrête et allume le téléviseur fixé au mur devant sa machine d’exercice. Il attrape la télécommande posée tout près et zappe jusqu’à ce qu’il tombe sur un poste de nouvelles du matin, puis s’installe enfin sur son tapis de course. Il commence d’un pas lent pour réchauffer ses muscles et, après quelques minutes à marcher sur cette cadence, il accélère jusqu’à courir à une vitesse assez rapide. Au bout de quarante-cinq minutes, il ralentit pour reprendre une allure plus tranquille, avant de finalement s’arrêter complètement. Il reprend son souffle et finit par descendre de son tapis et prend sa serviette en main, pour éponger la sueur sur son visage. Ensuite, il débouche sa bouteille puis prend une bonne rasade d’eau.
Harvey a toujours été du genre athlétique. Ancien joueur de football à l’université, il a toujours réussi à garder la forme. Même à soixante ans, il est toujours aussi actif qu’à ses vingt ans. Pour lui, une bonne santé passe par l’entrainement et une bonne alimentation.
Il sort de la pièce et ferme la lumière, puis remonte à sa chambre pour aller se revigorer dans sa douche. Au bout d’une quinzaine de minutes, il sort enfin de la salle de bain, tout habillé, fin prêt pour aller travailler.
Il ramasse sa mallette noire près de sa commode et sort de la chambre pour se rendre à la cuisine. Rapidement, il avale un bol de céréales et boit un verre de jus d’orange. Aussitôt terminé, il s’empresse d’aller brosser ses dents et regarde l’heure sur son téléphone. Six heures trente-cinq. Il se dépêche donc d’enfiler ses chaussures avant d’être en retard.
Mallette en main, ainsi que ses clés de voiture dans l’autre, il se dépêche de sortir de la maison pour s’installer dans sa voiture. Il démarre en trombe et prend la route pour se rendre au stationnement incitatif près de l’endroit où il doit prendre l’autobus pour aller à l’université. Au bout de cinquante minutes de route, il finit par se stationner dans une place libre.
Il se dépêche d’en sortir et de barrer ses portes, puis se rend au restaurant tout près, comme chaque matin depuis quelques années déjà. Il marche pendant cinq minutes et entre dans l’établissement en question. Quelques personnes sont déjà en file, donc il s’installe à la fin de celle-ci et attend son tour, toujours en vérifiant l’heure sur son téléphone, de peur de manquer son autobus.
Au bout de cinq minutes d’attente, c’est enfin son tour. La jolie serveuse le regarde et lui offre un sourire charmeur.
— Bonjour professeur, comme d’habitude ?
Cette jolie brune travaille ici depuis environ trois semaines. Depuis son entrée en service, ils discutent quelques minutes chaque matin. Il a appris qu’elle était en arrêt sabbatique, puisqu’elle ne sait pas vraiment ce qui l’intéresse comme métier et, tant qu’à payer aussi cher pour ses études, elle préfère être certaine de son choix. Cependant, ce matin, il n’a pas le temps de papoter avec elle, il est trop serré dans le temps.
— Oui, s’il te plaît, lui demande-t-il rapidement, tout en lui souriant à son tour.
Il connait ses charmes et disons qu’à moins d’être au courant qu’il a soixante ans, personne ne pourrait le deviner juste en le regardant. Il s’en délecte et en profite depuis que sa femme et lui sont devenus, disons… des inconnus.
Elle se retourne et prépare son café. En moins de deux minutes, elle lui sert son breuvage dans un verre à l’effigie du restaurant en question. Rapidement, elle le fait payer et elle le regarde avec un sourire éblouissant.
— Bonne journée à vous, Professeur.
— Merci, à toi aussi.
Elle le fixa dans les yeux et une lueur malveillante passa dans son regard avant qu’elle ne lui réponde à nouveau, sans que son sourire ne perde de vigueur.
— Merci. Ne vous inquiétez pas, elle sera mémorable.
Sans faire attention à ses derniers mots et à son regard, il sort rapidement de l’endroit et se dirige vers son autobus avant qu’il ne parte vers l’université sans lui. Encore aujourd’hui, il est heureux de pouvoir transmettre son savoir à tous ses étudiants en quête de nouveauté.
En partant du restaurant, il ne se doutait pas une seule seconde que ses heures étaient comptées.