Torrides Murmures

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Summary

Chaque mercredi à 23h17 précisément, la chambre 217 de l'hôtel Éclipse s'éveille... et gémit. Derrière le mur, j'écoute. Je ne voit rien de ceux qui s'aiment si fort dans cette pièce voisine. Mais leurs murmures fiévreux m'obsèdent, m'envahissent, et me consument. Ce qui n'était qu'un plaisir solitaire devient une addiction sensorielle, un fantasme vivant. Jusqu'à ce qu'un soir, une note glissée sous ma porte change tout : « Tu veux jouer avec nous ? » Commence alors un jeu de corps, de voix, et de désirs murmurés à l'oreille. Mais jusqu'où peut-on aller sans tout brûler ?

Status
Ongoing
Chapters
6
Rating
4.0 1 review
Age Rating
18+

Chapitre 1

Juin 2025

Depuis quelques semaines maintenant, je vis à l'hôtel, pas par choix mais par nécessité. Mon appartement est en travaux depuis une éternité, et l'idée de retourner chez mes parents, même temporairement, me donne des sueurs froides. Hors de question, ils sont trop... frigides.

Alors j'ai posé mes valises ici, à l'hôtel Éclipse. Un trois étoiles, discret, dans le 10e arrondissement, avec un ascenseur qui tombe sans arrêt en panne et du personnel transparent.

J'arrive devant ma chambre, la 216, à côté de LA chambre, celle dont je ne peux plus me passer.

Tout a commencé un mercredi soir où j'étais rentrée tard d'une soirée entre amis, sans même l'énergie de me faire couler un bain, et en m'installant dans le lit, je les ai entendus.

Des murmures, sensuels, maîtrisés, des mots tout bas prononcés avec une certaine domination, avec cette voix rauque, étouffée et animale par moments.

Je suis restée figée sur mon lit, la main sur ma peau qui était torturée de frissons incontrôlables.

La première nuit, j'ai juste tendu l'oreille, par curiosité ; la deuxième, j'ai éteint la lumière ; et la troisième, je n'en pouvais plus, j'ai glissé ma main sous ma dentelle.

Ils étaient justes-là, derrière ce mur, et je ne sais pas s'ils étaient deux, ou plus. Un homme et une femme ? Deux hommes ?

Une voix féminine étouffée, une autre plus grave qui donnait des ordres. Un rythme tantôt lent, tantôt effréné, et des mots en italien ou en espagnol – enfin je crois – je ne comprenais pas tout, mais le ton me faisait frissonner.

Ma respiration se synchronisait à la leur, et je me suis caressée comme jamais je ne l'avais fait seule. Lentement, rapidement, en suivant le rythme de leurs soupirs et en imaginant des mains fermes sur mes hanches, des lèvres chaudes dans mon cou, et des ordres murmurés contre mon oreille.

J'ai alors joui sans honte, le front appuyé sur le mur, en m'imaginant traverser ce mur de plâtre pour rejoindre leur sauterie.

J'avais ensuite plongé dans mes draps, nue, le cœur battant de m'être glissée dans une intimité qui ne m'appartenait pas. Et maintenant, elle m'est devenue indispensable.

Le lendemain matin, je me réveille nue, un peu moite, mais l'esprit léger. On est mercredi. Et c'est the jour.

Je regarde l'heure sur mon téléphone. 7h12. Trop tôt pour une éditrice en fin de cycle, mais trop tard pour faire semblant d'avoir la grippe et rester au lit. Arf. J'enfile un pull large sans rien dessous, et je traîne mes jambes jusqu'à la douche.

L'eau brûlante me réveille rapidement, et mon esprit vagabonde déjà vers ce soir. À 23h17, j'y serai. Ma peau, elle, frissonne déjà d'anticipation.

Mais d'abord : café, métro, boulot, et Nora.

Nora, c'est ma meilleure amie depuis sept ans, et le seul rayon de soleil autorisé dans mes journées grises.

Grande gueule, du mascara toujours impeccable, des cheveux roux aussi ardents que le feu, et un rire communicatif. Elle dit tout ce qu'elle pense, surtout quand elle ne devrait pas. Et elle a ce talent étrange de savoir exactement quand je mens. Même par omission. Une meuf attachiante, quoi.

Quand j'arrive au bureau, elle m'attend déjà avec deux cafés et un croissant qu'elle a grignoté sur un coin.

— T'as une sale tête mais de jolies joues rouges. Tu t'es envoyée en l'air, Elena ?

— Bonjour Nora.

— Non mais regarde-toi. Ce petit air de chatte repue. T'as rencontré quelqu'un ou t'as juste rêvé fort ?

Je ris en secouant la tête, mais je sens mes joues qui chauffent.

Je ne peux pas lui dire. C'est trop... intime. Du moins pour le moment. De toute façon, je ne saurais pas lui expliquer que je me fais du bien avec des gémissements de l'autre côté d'une cloison. Alors je fais ce que je fais de mieux : je détourne.

— Et toi, t'es encore venue bosser en tailleur léopard ?

— Ce n'est pas un tailleur, c'est une déclaration de guerre à la monotonie.

— C'est une attaque contre mes yeux surtout.

— T'es simplement jalouse, mais je te pardonne car tu as l'air habitée, ce matin. Littéralement.

Elle me fait un clin d'œil, puis s'éloigne vers son bureau avec un mug licorne à la main.

Je soupire et souris malgré moi, me forçant à ouvrir ma boîte mail, mais rien ne fonctionne. Mon corps est ici, en tailleur noir sur une chaise ergonomique, mais mon esprit est ailleurs. Il est dans la chambre 217, à travers le mur, avec eux. Et ce soir, à 23h17, je serai à nouveau à ma place.

En train de supprimer un énième mail inutile quand la voix que je redoute le plus au bureau retentit derrière moi.

Un ton faussement suave, avec ce petit filet nasillard qui me donne envie de fuir.

— T'es toujours aussi sérieuse Elena, c'est très excitant, tu sais ?

Je ferme les yeux une seconde, il me gonfle celui-là. Alors j'affiche mon demi-sourire et me retourne. Lui, Xavier Dumas, mon supérieur hiérarchique et directeur éditorial. Un type d'une cinquantaine d'années bien passées, un brushing figé, une haleine café-clope dégueulasse et une chemise un peu trop ouverte sur un torse désespérément imberbe. Le genre d'homme qui croit que le sourire d'une femme est un appel au violon. Le genre qui dit « j'aime les femmes de caractère » et essaie de les dompter.

— Bonjour Xavier.

— J'étais à la machine à café, je t'en ai donc pris un, à moins que tu désires autre chose ?

Me demande ce gros dégueulasse en se penchant au-dessus de moi avec son haleine de poney.

Je grogne, et lui, il rigole, croyant que je plaisante. Malheureusement pour lui, je ne plaisante jamais.

— Le silence, Xavier, j'adore le silence.

— Tu devrais sortir, Elena, profiter de la vie, me dit ce bougre en se penchant sur moi, sa main effleurant la mienne.

— C'est du gâchis de voir une femme comme toi, seule.

— Une femme comme moi ? répété-je en fronçant les sourcils. Tu veux dire une femme indépendante, occupée et surtout pas intéressée ?

— J'aime beaucoup t'a répartie, tu sais.

— Et moi, les chiens qui sont bien dressés. Quel dommage, n'est-ce pas ?

Il rit. Il me croit seule, mais il n'a aucune idée de mes soirées. S'il savait ce que je fais, seule, le mercredi soir... S'il savait ce que je ressens, nue dans le noir, à écouter deux inconnus se dévorer à travers un mur fin comme du papier... il fuirait à coup sûr.

Ce mec-là n'est pas fait pour les murmures sensuels. C'est plutôt un bruit de fond désagréable qui hérisse les poils, mais de dégoût. Et ce soir, je vais retrouver mon vrai monde. Cette voix qui m'électrise et qui me prend sans jamais me toucher.

...