Chapter 1
- Papa non, s'il te plaît... papa !
J'entends mon frère hurler de toutes ses forces. Je rentre en trombe dans la maison. Mon père est là, un câble à la main. Je le pousse de toutes mes forces.
- Ne le touche pas, espèce de monstre !
Il me gifle violemment. Ma tête cogne contre le mur. Je sens le sang couler sur ma tempe.
- Qui es-tu pour me dire quoi faire, sale pute !
Il me frappe encore. Il me traîne par les cheveux. Mon frère s'approche, le regard terrifié.
- Non, Aydane ! Ne t'approche pas. Reste où tu es !
À peine ai-je fini ma phrase qu'il le pousse violemment dans un coin.
- S'il te plaît, papa... Ne lui fais pas de mal, je t'en supplie...
- Écoute-moi bien : je sors. Et quand je reviens, le dîner a intérêt à être prêt.
Il claque la porte en sortant.
Mon frère s'approche en boitant.
- Tu es blessée, Theresa...
- Je vais bien, mon chéri.
Je le serre dans mes bras.
C'est comme ça depuis 8 ans. Notre mère nous a abandonnés quand Aydane avait 4 mois. Elle a dit que cette vie n'était pas la sienne, qu'elle voulait vivre avec "sa vraie famille", et elle est partie.
Depuis, notre calvaire a commencé.
J'ai dû arrêter mes études pour m'occuper de mon frère. Notre père n'est jamais là. Il passe ses journées dans les bars et les casinos. Et quand il rentre, il est ivre. Il me bat presque à chaque fois. Mais je dois encaisser. Tout encaisser.
Je le fais pour protéger Aydane. Je ne veux pas qu'il subisse les mêmes coups, la même douleur. Il est trop jeune. Il ne supporterait pas cette souffrance.
Je ne travaille pas. Je n'ai pas de diplôme. Je n'ai rien. Et surtout... je n'ai personne. Personne pour me défendre. Personne à qui me plaindre.
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Je passe un chiffon humide sur ma tempe. Le sang a séché, mais la douleur reste. J'ai l'habitude maintenant. Je cache la plaie sous mes cheveux, comme d'habitude. Je ne peux pas laisser Aydane s'inquiéter plus qu'il ne le fait déjà.
Il me regarde, assis sur le vieux canapé. Ses genoux sont écorchés. Il ne pleure pas. Il ne pleure plus depuis des mois. Il a appris, lui aussi. Il encaisse en silence.
- Teresa, tu crois qu'un jour... on pourra partir d'ici ?
Je m'arrête un instant. Mon cœur se serre.
- Oui. Un jour, on partira. Je te le promets.
Je ne sais pas comment. Je ne sais pas quand. Mais je dois y croire, pour lui.
Le soir tombe. Je me lève pour préparer quelque chose à manger. Il n'y a presque rien dans la cuisine. Du riz, une boîte de sardines, un fond d'huile. Je fais ce que je peux.
Je tends une assiette à mon frère. Il me remercie avec un petit sourire. Ce sourire-là, c'est ma force. C'est lui qui me fait tenir debout quand tout me pousse à tomber.
Plus tard dans la nuit, j'entends la porte d'entrée claquer. Mon cœur rate un battement. Mon père est rentré.
Je cours dans la chambre et je ferme la porte à clé. Aydane dort déjà. Je m'allonge à côté de lui, je le serre fort contre moi.
Les pas résonnent dans le couloir. Il essaie d'ouvrir la porte.
- Teresa... ouvre cette putain de porte... T'as pas fait à manger ?! Sale ingrate !
Je ferme les yeux. Je retiens mon souffle.
- Tu crois que tu peux me fuir ? Tu crois que tu peux me manquer de respect et t'en tirer ?!
Il tape contre la porte. Un coup. Puis un autre. Mon frère se réveille en sursaut.
Je lui murmure :
- Chut, tout va bien. Dors, mon ange. Je suis là.
Je sens ses petites mains qui s'accrochent à moi.
Je ne pleure pas. Je ne pleure plus. J'attends. J'endure. Comme toujours.
Mais ce soir, une pensée me traverse l'esprit pour la première fois avec clarté :
Je ne peux plus vivre comme ça.
Et peut-être... peut-être qu'il est temps de chercher une issue. Même si c'est risqué. Même si c'est dangereux. Même si je dois fuir avec rien.
Mais il faut que je sauve Aydane. Et peut-être... que je me sauve moi aussi.
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Le lendemain matin, j'ai pris une décision.
Je ne peux plus attendre que quelque chose change. Rien ne changera si je reste enfermée ici, à subir. Il faut que je sorte. Il faut que je trouve du travail. N'importe quoi. Même pour quelques pièces. Même pour un repas.
Je laisse un bol de riz à Aydane sur la table.
- Je reviens vite, mon cœur. Tu restes ici. Tu ne ouvres à personne, tu entends ?
Il hoche la tête, sage comme toujours. Il a grandi trop vite. Ses yeux comprennent trop de choses pour son âge.
Je cache les marques sur mon visage avec une vieille écharpe. Je noue mes cheveux. Je mets la jupe la moins déchirée que j'ai. Mes chaussures sont usées, mais elles tiennent encore.
Je sors. Le soleil tape déjà fort. Mon ventre est noué, mes jambes tremblent, mais je marche.
Je vais de porte en porte, dans le quartier. J'offre mes services. Ménage, vaisselle, lessive, garde d'enfants... n'importe quoi.
La plupart me regardent de haut. D'autres me ferment la porte au nez.
Il est midi. Je n'ai rien trouvé.
Je continue.
À un moment, je m'arrête devant une petite boulangerie. Elle sent le pain chaud. J'hésite, puis je pousse la porte.
Une dame d'un certain âge est derrière le comptoir. Elle me regarde avec méfiance.
- C'est pour quoi ?
- Bonjour madame... je... je cherche du travail. Un petit boulot. Je peux nettoyer, balayer, livrer... Je suis sérieuse. Je veux juste... travailler.
Elle fronce les sourcils. Je retiens mon souffle.
- T'as quel âge, toi ?
- vingt-trois ans
Elle me dévisage un instant. Puis elle soupire.
- Viens demain matin à six heures. Et ne sois pas en retard.
Mon cœur bondit dans ma poitrine.
- Merci... merci beaucoup, madame !
Je ressors les larmes aux yeux, mais cette fois... ce sont des larmes de soulagement. Un début. Un souffle. Un petit miracle.
Je cours vers la maison, impatiente de l'annoncer à Aydane.