Destin Scellé ( tome 3)

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Summary

Suite

Genre
Romance
Author
Albane MG
Status
Ongoing
Chapters
2
Rating
n/a
Age Rating
18+

Chapitre 1

20.07.25


Bonjour mes roses.

L'aventure reprend. Ayant réécris le tome 2, il s'avère beaucoup plus long que ce que vous avez connu. j'ai du le coupé. Je vous remet donc ici le dernier chapitre de Destin Soufflé, la vraie fin pour repartir sur de bonne bases pour la suite.

Bien sur, c'est avant correction et travail de réécriture.

Bonne lecture et surtout dites moi ce que vous en pensez. J'ai besoin de vos retours lecture. Prenez soins de vous.



Chapitre 42 ( Destin Soufflé)

Des barrières explosent.


Rosalba


Je me réveille dans cette chambre, seule. Depuis leur retour, Noemie et Victor se sont rapprochés. Toutes ses affaires ont été emportées et elle m’a confié s’installer avec lui. C’est donc la mort dans l’âme que je pose les pieds au sol, jusqu’à ce qu’un bruit m’interpelle. Je n’ai envie de voir personne. Je me traîne jusqu'à la porte. Ma chevelure doit être dans un tel désordre. En ouvrant, je me retrouve nez à nez avec Julian. Son visage est fatigué, des cernes impressionnantes se sont glissés sous ses yeux qui me scrutent avec tant de force. Tout mon être s’éveille auprès de lui. Les hommes ne m’ont jamais attiré, mais avec lui c’est différent. Je sens bien qu’un lien s’est créé depuis que nous nous sommes rencontrés. Je ne sais pas trop le définir, mais une chose est certaine, j’aime être à ses côtés. Il ne m’inspire pas de peur bien au contraire. Près de lui, je me sens en sécurité. Pas un jour ne passe sans qu’il ne soit gentil et prévenant. Son infirmerie est devenue notre repaire, notre QG, notre endroit à nous. Il m’est tellement facile de me livrer lorsque sa bienveillance m’enveloppe. L’idée d’un plus, trotte souvent dans ma tête… Comment définir cette relation ? Qu’est-ce que j’attends de cet homme ? La confiance ne s’acquiert pas en aussi peu de temps, mais elle est importante, voire essentielle dans ma vision du couple. La plus grosse question qui tourne en boucle dans mon esprit est de savoir si nous allons rester ici, Aly, le bébé, et moi… ou pas.

Mon instant de flottement ne passe pas inaperçu. L’espace d’une seconde, j’ai complètement relâché les barrières que j’ai érigé depuis si longtemps. Julian m’aide à me détendre et être sereine. Il en profite et décide de prendre les devants. Sans un mot de plus, il fond sur ma bouche. Nos lèvres se trouvent et fusionnent dans un baiser doux, mais intense. Mon ventre se tord de plaisir. Je n’ai jamais été embrassée alors, je n’ai pas de point de comparaison. Cependant, mes jambes sont molles. La porte-claque derrière lui, j’ouvre un œil et découvre qu’elle est à présent fermée. Sûrement due à un coup de pied pour protéger notre cocon. Ses bras s’enroulent autour de mon corps. Après quelques minutes, il s’écarte, nous permettant de reprendre notre souffle. Son front se pose sur le mien. Ses paupières sont closes et je sens que quelque chose le tourmente. C’est incroyable, la facilité que j’ai à lire en lui. Cependant, je me demande, non sans stress, si je ne suis pas le sujet de préoccupation. Mon vœu le plus cher est d’être présent autant qu’il arrive à l’être pour moi. Lui prouver que je peux également être une épaule.

— Qu’est-ce qu’il y a ? le questionné-je doucement.

Je m’attends à capturer son attention, toutefois, je ne recueille qu’un signe supplémentaire que quelque chose le tracasse et pire encore que j’en suis bel et bien la cause.

— Tu dois me prendre pour un monstre…, m’avoue-t-il la mort dans l’âme.

Je m’écarte davantage afin de pouvoir découvrir ses traits, mais ses yeux demeurent obstinément fermés. Je ne comprends pas du tout ce qu’il entend par là, ni pourquoi il affirme cela.

— Pourquoi dis-tu ça ?

— Je suis plus âgé que toi. Je n’arrive plus à me sortir ton corps magnifique de la tête. Ton regard me hante. À chaque instant j’ai envie d’être auprès de toi. Je ne veux pas te faire peur ou te faire fuir, mais je ressens des choses pour toi et… j’aimerais… si tu es d’accord, bien entendu…

Le silence s’éternise. Va-t-il me demander ce que je pense ? En suis-je prête ? Vais-je lui faire de la peine ? Où va-t-il comprendre ?

— Oui… ? commencé-je timidement.

Je l’encourage à me dire ce qu’il a sur le bout de la langue, ma curiosité étant plus forte que mon hésitation.

— J’aimerais qu’on essaye toi et moi… de… vivre quelque chose. Si tu en as envie.

Ses yeux incertains plongent enfin dans les miens, et toute la douleur qui s’y trouve me percute de plein fouet. Il pense déjà à mon rejet. Est-ce que je désire être en couple ? Je prends conscience que, pour une fois, je peux choisir et décider ce que je souhaite réellement par moi-même ? Cet homme me plaît, mais il est certes plus âgé. Cela m’effraie, mais pas pour les raisons qu’il s’imagine. Son expérience est incomparable à la mienne, qui est juste inexistante, mais surtout, il est évident qu’il a des besoins et des attentes que je ne peux lui donner, du moins immédiatement. On m’a toujours élevé avec le devoir de demeurer vierge, dans le but de faire un mariage de convenance. Alors, ai-je le droit de la perdre avec un homme qui ne sera peut-être pas mon époux ?

— Julian… écoute…

— J’ai compris, ne t’en fais pas. Il n’y a pas de soucis, mais je me devais d’essayer. Je veux que tu sois enfin heureuse, Rosalba, et je respecte tes choix et tes décisions. Sache que ça n’altèrera rien dans notre amitié. Tu peux venir me parler quand tu en as envie. Ma porte te sera toujours ouverte, et si un jour… peut-être.... tu changes d’avis… je serai là ! Je souhaitais juste que tu le saches, mais il n’y a pas de contraintes. Ton refus ne changera rien pour toi au sein de cette famille. Ta place est avec nous.

Il embrasse délicatement mon front et s’apprête à partir, mais, ses mots… ses mots provoquent un déclic en moi. J’avais besoin qu’on me laisse le choix. Qu’on me prouve que je suis respectée à part entière et écoutée. Encore une fois, cet homme me donne ce que je désire depuis toujours et je ne suis pas indifférente à lui alors… essayons. Je le rattrape par le bras et fais glisser ma paume tremblante et moite vers la sienne. Nos doigts s’entrelacent. Ses yeux les contemplent à présent joints.

— Rose… je… je n’ose pas… ça veut dire…

— Dis-moi ce que tu souhaites ?

Il me regarde à nouveau avec beaucoup d’hésitation, ce qui me retourne le ventre. Je n’aime pas voir cela chez lui, qui est si doux et si gentil. En être la première responsable est déchirant. Alors, je lui ouvre mon cœur.

— Je veux… je veux essayer de vivre quelque chose avec toi. Mais… il faut que tu comprennes… tu le sais… je suis vierge. J’ai été élevée avec des attentes à ce sujet et, depuis ma plus tendre enfance, on m’ordonne de me préserver pour mon mari. Attention, je ne te demande pas de m’épouser ! Mais je ne suis pas sûre… de pouvoir… t’offrir pleinement ce que tu désires.

— Rose… je ne te le demande pas. Ton rythme sera le mien. Mais pouvoir te toucher, t’embrasser et passer du temps avec toi est tout ce que je souhaite pour le moment. Quand tu seras prête, et si tu l’es un jour avec moi, alors nous verrons cela ensemble.

— Tu es plus expérimenté… tu as… des.... besoins…

Cette discussion reste l’une des plus gênantes de mon existence. Je dois être rouge comme une tomate bien mure, mais je dois jouer carte sur table.

— Rose… je t’attendrais et je sais être patient. Alors, prends ton temps… Je n’ai pas de besoin pour le moment, autre que ce que tu as à m’offrir, je te le promets !

— Mais… si… si… tu… iras voir… ailleurs ?

— NON… !!! Pas du tout. Ôte-toi cette idée de ta tête. C’est un peu rapide ce que je vais te dire, mais tu dois l’entendre pour l’intégrer. Je suis à toi Rose… mon esprit et mon corps sont à toi et sache que tu es libre d’en faire ce que tu veux quand tu le veux ! Mais ils ne sont que pour toi. Je n’irais jamais voir ailleurs, tu as ma parole !

— Je ne mérite pas un homme comme toi !

— Oh ! Bien sûr que si, et tellement plus encore. Mais ne t’imagine pas que je suis un homme parfait. Je devrais te laisser tranquille. Vivre ta vie de jeune femme de dix-huit ans. Reprendre ta liberté, mais je ne le peux pas… avec toi, je suis déjà possessif. Je ne suis pas au stade de mon frère loin de la même, mais… j’ai des côtés sombres… sûrement dus à mon enfance. Chaque jour est un combat pour que ma noirceur ne gagne pas de terrain et, pour le moment, je remporte la bataille.

Il avait raison, j’avais besoin d’entendre ces mots. À présent, c’est moi qui fonds sur lui, et l’embrasse goulûment. Depuis le temps que je rêvais de faire ça avec un homme, alors avec lui, c’est la cerise sur le gâteau. Nous nous perdons dans cet instant simple, mais tellement merveilleux. La liberté est grisante.


Aly


J’ai très mal dormi. Je suis dans sa chambre, seule, certes, mais son odeur est partout. Je m’attends à le voir dans chaque coin de cette pièce. Alors, je me surprends à le chercher, mais ne le trouve nulle part. Je n’en peux plus de cette situation. Les révélations de Rosalba m’ont laissé sans voix et le cœur meurtri. Pire, il est en ruine. L’homme, l’ami que je pensais connaître… n’existe plus. C’est un monstre. Je ne remets pas en doute ses sentiments à mon égard, les beaux moments que nous avons passés ensemble. Le quotidien dans laquelle il a grandi l’a brisé. Je l’ai aimé du plus profond de mon âme, mais je ne suis pas certaine que seules ses émotions dictaient sa conduite. Un psychopathe comme lui ne peut faire partie de ma vie. Ce petit trésor qui pousse en moi est ma priorité.

Je décide malgré tout de sortir de mon lit. Mon esprit est chamboulé et l’impression de suffoquer m’étreint avec force. Je tente de m’apaiser en allant contempler la roseraie que j’affectionne tant et profiter du balcon. Le soleil se lève à peine, inondant le paysage de ses reflets orangés. La végétation est magnifique. Trop de souvenirs affluent dans mes pensées et cela ne m’aide pas à me détendre. Je passe donc un peignoir par-dessus ma nuisette, et décide d’aller me promener. L’envie pressante d’être dans un endroit serein mais surtout neutre, loin des rappels olfactifs et visuels de mon démon, me pousse à sortir. À cette heure-ci, les couloirs sont vides alors, sans faire un seul bruit, je me faufile et me dirige vers la porte qui m’emmène sur mon lieu favori. Une fois dehors, je prends le temps d’inspirer profondément l’air matinal. J’aime cette effluve de nature qui quitte l’humidité de la nuit pour laisser place aux diverses odeurs rehaussées par la chaleur des rayons du soleil. Les fleurs s’ouvrent, pour laisser planer leurs fragrances. Je gonfle mes poumons et me sens déjà bien mieux. L’aurore de me permet pas encore de délecter des différents parfums, mais en fermant les yeux, je peux presque en distinguer certains. Un son m’interpelle sur ma droite, moi qui pensais être seule. Je me glisse derrière une haie et vois… Adrian… évidemment, c’est bien ma veine. Il se dirige d’un pas décidé vers la salle d’entraînement, Monsieur à des comptes à rendre avec ses poings comme d’habitude. Si je me déplace sans bruit à l’opposé de lui, j’ai une chance d’être en paix. Je commence à partir, décidée de me retrouver face à moi-même puis… je m’arrête. Je réfléchis et pèse le pour et le contre. Le moment est peut-être idéal en fin de compte. J’en ai marre de marcher sur des œufs, je n’ai rien à me reprocher après tout. Les mensonges viennent de lui. Toute cette situation est entièrement de sa faute. J’inspire et expire plusieurs fois et réveille la guerrière qui est en moi. Mon bébé me donne la force supplémentaire qui me manquait pour faire face à cette brute. J’avance donc dans ses pas et me retrouve tremblante de colère dans la salle. Je reste à fleur de peau depuis mon arrivée au domaine probablement accentué par la grossesse qui me chamboule. Trois autres hommes sont présents et s’entraînent. En me voyant et surtout en apercevant ma tenue, leurs regards gênés se tournent vers leur boss. Plus un bruit ne résonne dans la pièce. La tête basse, voire avec une serviette sur le crâne pour l’un, puis un à un, ils s’échappent de la salle sans un mot. Cette sortie théâtrale pourrait me faire rire, mais le cœur n’y est pas ! Sentant sans doute mon attention sur son dos, ajouté à la fuite de ses hommes, il se retourne. Il ne semble pas surpris de ma présence. Cependant, ma tenue est un choc. Pas de chance mon démon, j’ai décidé de faire ce que bon me semble. La petite chose fragile de notre première rencontre n’existe plus.

— Putain… Aly… t’es sérieuse ?... Couvre-toi quand tu croises mes hommes…

— Je suis couverte....

— Ne joue pas sur les mots…

— Oh et pourquoi ? Ça fait chier Monsieur… ? Il n’y a pas de raison… je ne suis plus rien pour toi…

— OK, je vois ! Madame veut passer ses crises de femme enceinte sur moi.... Tu te trompes de partenaire chérie… ça n’est pas mon rôle !

— Laisse mon bébé et ma grossesse en dehors de ça ! Et dis-moi, justement, quel est le motif de ma présence ? Non parce que là, je suis perdue ! Tu m’enlèves à ma famille, tu me ramènes ici et tu m’ignores. Les rares fois où tu t’adresses à moi, tu me fais comprendre que je ne suis qu’une lamentable merde. La situation a assez duré ! Soit tu me parles soit tu me laisses repartir chez moi !

— MAIS CEST ICI CHEZ TOI ! clame-t-il avec ardeur.

La bouteille d’eau qu’il tenait dans la main s’explose contre un mur envoyant de l’eau partout.

— Oh je suis chez moi ? Parmi tous ces mensonges qui planent sur cette maison ? Et toi, le premier menteur que la terre ait connu ! Tu penses que je me sens chez moi entre ces murs ?! Et pour quoi faire d’ailleurs, vivre avec un homme qui m’évite, qui me fuit pour aller faire quoi… sauter la première pute qui te passe sous le nez…

C’est un coup bas, je le sais, surtout si, comme il me l’a dit, il n’a couché avec personne depuis tout ce temps. Mais je n’en peux plus. Il a raison, je passe toute ma colère et ma frustration sur lui et c’est injuste. Ma rage doit sortir d’une manière ou d’une autre. J’ai besoin qu’il réagisse, qu’il me parle… Pourquoi désire-t-il m’avoir auprès de lui si c’est pour m’éviter ? Je ne suis qu’un trophée ? Et surtout qu’est-ce que je veux réellement ? Ce qui m’exaspere au plus haut point, c’est qu’il ne m’aura pas fallu longtemps pour me rendre à l’évidence. J’aime toujours cet homme à en crever et je me rends compte que mes sentiments ne se sont pas étiolés, mais au contraire ont grossi plus que jamais.

— Désolé, chérie, ça n’est pas moi qui couche avec d’autres personnes, et encore moins avec l’ennemi…

— Ça n’est pas l’ennemi, il s’agit de MA famille !

— TA famille ?! Mais on ne couche pas avec sa famille comme tu le dis !

— Tu sais que je n’ai pas de lien de sang avec lui.

— Ça y est, tu as fini de passer tes nerfs ?

— Non ADRIAN ! Parce que JE N’EN PEUX PLUS… Je suis fatiguée de la situation… Je devrais être euphorique face à ce bébé qui grandit en moi. Tu sais que ça n’était pas gagné. Je devrais vivre paisiblement. Profiter de la piscine et du soleil sans avoir les larmes aux yeux et me sentir comme une intruse ici.

Ma voix, auparavant, chargée de colère, se brise sur les derniers mots. Je m’effondre au sol. Je n’en peux plus, c’est la stricte vérité. Des bras viennent et me porte. Je m’accroche instinctivement à son cou comme j’en avais l’habitude et ma tête se niche sur son épaule… Je suis lasse de tout ça. Son cocon protecteur apaise la douleur, mais très vite, trop vite, il me dépose sur un tapis épais et moelleux.

— Nous allons parler… mais laisse-moi me détendre… calmer mes nerfs… Juste… cinq minutes ma vipère.

Ces mots, il y a bien longtemps que je ne les ai plus entendus. Ils me font discrètement sourire et réveillent ma nostalgie des bons moments que nous avons passés ensemble. Pour l’heure, nous devons penser au moins au présent, pour déterminer notre, mon futur. Je souhaite rentrer en Italie.... mais avec Leandro c’est impossible…Est-ce que père me protègerait ? Est-il au courant de ses agissements ? Si oui, pourquoi m’avoir laissé me rapprocher et me mettre en couple avec lui ? Ça n’a pas de sens ! D’où une question plus grave encore, tourne continuellement en boucle dans mon esprit… Est-il comme lui ? Les interrogations fusent dans mon cerveau et je regrette de ne pas avoir un stylo et un papier afin de tout noter. Une sensation de brûlure s’empare de mon visage. Je suis cet échauffement et découvre Adrian qui me fixe Il ouvre la bouche en premier.

— Que veux-tu savoir ?

— Tout ! Plus de mensonge ! Juste la vérité.

— Même si elle peut t’éloigner de moi ?

— Ce sont les mensonges qui nous éloignent !

— Promets-moi de ne pas partir sur un coup de tête, mais de réfléchir avant tout ? Laisse-moi la possibilité de m’expliquer jusqu’au bout !

— Promis ! Je tiens ma parole, moi....

Cette petite pique est puérile, mais j’ai besoin qu’il entende mes reproches. Surtout celui-ci, car c’est l’une des choses qui m’a le plus blessé par le passé.

— Je suppose qu’il faut que je débute par le commencement. Un de mes revendeurs se plaignait d’une habituée qui lui créait des soucis et qui ne payait plus. Au début, Victor gérait le problème, mais au fur et à mesure, l’ardoise gonflait à vue d’œil et c’est devenu mon problème.

— Laisse-moi parier, ton revendeur était Antonio ?

— Oui, tu le connais ?

— … j’ai eu droit à ses avances… et ses… visites plus d’une fois....

Le peu de patience et de calme qu’il avait conservé s’étiole. Ses poings se serrent, ce qui n’augure jamais rien de bien pour la suite.

— Je vais m’occuper de ça…, annonce-t-il de sa voix glaciale.

Adrian essaye de garder son sang-froid, mais finit par se lever. Il fait quelques pas sur lui-même et se dirige dangereusement vers le sac de frappe et écrase ses poings à plusieurs reprises. Sa colère était trop forte. Lorsqu’il semble plus calme, il attrape son téléphone dans sa poche et passe un coup de fil, mais de là où je suis, je ne peux savoir de qui il s’agit.

— Trouve-moi Antonio du quartier nord, je dois lui parler.

Il raccroche sans attendre de réponse, mais ça, ça ne m’étonne pas de lui. Il reprend ses esprits et inspire bruyamment plusieurs fois avant de revenir à mes côtés.

— Où en étais-je... Quand j’ai appris par mon hacker qu’il s’agissait de Veronica Mancini née Perez, femme de Giuseppe Mancini… j’ai vu une vengeance se profiler devant mes yeux. Le hasard faisait trop bien les choses pour laisser passer une telle opportunité. L’aubaine était trop belle. J’ai donc voulu récupérer moi-même cette femme. Mais je n’avais pas conscience pas qu’il y avait une fille également. Je n’ai pas demandé des recherches approfondies sur sa famille. Donc, tu as été la cerise sur le gâteau. Une magnifique surprise. Mais lorsque je suis tombé dans ton regard, je savais que c’était mort. Je ne devais surtout pas te garder auprès de moi.

— Tu…

— Attends, laisse-moi finir…

— Pas de mensonge !

— Je te le promets… Après la mort de ma mère, mon père nous a élevés dans le culte d’une existence sans femme accrochée à nous, car elle cause notre perte et nous freine. D’après lui, vous êtes une menace, un talon d’Achille face à nos ennemis. Mon paternel a été anéanti quand la femme qu’il aimait plus que tout, a été assassinée. Il a failli perdre son rôle de Don et ne souhaitait pas que l’on connaisse cela. Alors tu incarnais tout ce que je haïssais. Je ne voulais pas de cette faiblesse. J’ai donc décidé de te déposer chez Tony. Cet enfoiré tenait tellement mal son business, que j’étais sûr qu’il te ferait tuer en peu de temps, comme ça arrivait souvent. Le problème que tu représentais allait vite être réglé. Ce que tu me faisais ressentir allait s’éteindre avec toi et l’incident serait réglé. La vie au domaine allait pouvoir reprendre son cours. J’ai vendu ta mère à un bordel en Thaïlande, mais elle a créé de multiples soucis et a été revendue de nombreuses fois. J’ai envoyé des photos d’elle à ton père, pour qu’il voie que je vous tenais elle et toi.

Mes larmes coulent sur mes joues devant l’horreur des révélations d’Adrian… je m’attends dorénavant au pire. Et j’ai la réponse à l’une de mes questions, il est effectivement aussi peu scrupuleux que Leandro. Mais j’espère qu’il n’atteint pas sa folie.

— Et puis je recevais des comptes rendus de toi et de ce qu’il se passait autour de toi au club avec des vidéos. Je voyais les hommes te toucher, te regarder et j’en étais malade alors j’ai demandé à steeve de te surveiller et de repousser les mains baladeuses… Ma consommation de whisky a doublé à partir du moment où je t’ai déposé chez Tony.

Je me souviens effectivement qu’au bout d’un certain temps les caresses déplacées se sont stoppées net. Je n’ai pas compris sur le coup ce qu’il s’était passé pour que j’en sois libéré, mais je remerciais le ciel pour ce calme.

— … et puis, un jour, j’ai reçu un appel de Steeve, bien avant celui de cette pute de Vanilla me prévenant que la Mano Oscura occupait les lieux. Une bombe était sur le point de nous péter à la gueule. Vanilla, que je n’ai jamais pu blairer, ne pouvait être une grande aide. Étant la protéger de Tony, je n’ai jamais pu la liquider. Du moment qu’elle restait loin de moi, je pouvais faire comme si elle n’existait pas. J’ai demandé à Steeve de te sortir de là quoiqu’il lui en coûte. J’ai vu qu’il avait perdu son sang-froid avec toi et c’était sa pénitence pour son acte. Il n’avait pas le choix, sinon je le butais moi-même, ainsi que sa mère, mais j’aurais largement pris le temps de le faire souffrir. Il me connaissait très bien, il savait ce que cela voulait dire. Le club a explosé et tu t’es retrouvé chez moi. Encore une fois, mon abruti de cousin a mis les deux pieds dans le plat en te ramenant ici. Mais j’y ai vu un autre moyen de me venger. Te faire souffrir et te mettre plus bas que terre. Te renvoyer chez ton père complètement détruite. Ta présence au quotidien m’était insupportable, tu me rappelais ce que j’avais perdu à cause des tiens. Mais plus que tout, tu me rendais faible. En te dégageant du paysage, je repoussais les sentiments que j’éprouvais pour toi. Lorsque Lauren s’en est pris à toi… j’ai voulu mettre le feu au manoir et elle avec. À la place, j’ai bloqué son accès à la famille, ce qu’elle n’a pas du tout apprécié. Elle qui pensait m’épouser est tombée bien bas.

Je me décompose face à ce qu’il me dit. J’ai l’impression d’être chez les fous ou bien une pathétique écervelée qui croit encore au monde des bisounours. Plus les paroles se déversent de sa bouche, plus j’en perds le souffle. Il poursuit inconscient de mon trouble ou bien s’attend-il à ce que je prenne mes jambes à mon cou ?

— Elle m’a créé des problèmes, car son père est l’un de nos avocats, j’ai dû calmer les choses. Et j’ai compris à ce moment-là que tu étais plus dangereuse que je ne pouvais le penser. Je t’ai haï pour ça et j’ai voulu te faire souffrir.

C’est bien ce que tu as fait et crois-moi, celle qui a eu le plus de soucis dans l’histoire c’est bien moi.

— Alors, ce soir-là, j’ai passé mes nerfs sur toi, mais également à travers toi, sur mon père qui me soufflait que j’étais faible et un bon à rien. Même mort, il est venu me hanter à cause de toi. Du moins, c’est ce que je pensais à cet instant. Je lui en voulais de ne pas me laisser l’opportunité de vivre quelque chose avec toi. Tu me faisais ressentir des choses que je ne connaissais pas et que je ne pensais jamais connaître. Avec toi, j’avais… l’espoir et, en même temps, je me sentais ramollir. J’ai voulu éteindre le bordel que tu semais sur ta route sans t’en rendre compte. Mais c’était plus fort que moi… Il fallait que je te goûte. Que je te fasse mienne. Dès que je t’ai aperçu avec mon frère, je suis devenu enragé. Alors j’ai fini par céder. Le soir où tu as débarqué dans mon bureau, j’ai vu les regards que mes hommes posaient sur toi. Je t’ai haïs d’être aussi belle, aussi rayonnante, mais également de me faire paraître faible devant mes capots et mes made men. Alors, j’ai fait ce que je sais faire, de manière la plus innée chez moi… être cruel !

Comment rebondir face à toutes ces atrocités qu’il a ressenties contre moi ? Je ne parle pas, ne pipe pas un mot, mais au fond de moi, je hurle… je souffre… j’agonise… Je veux m’enfuir loin d’ici. Loin de ce rêve qui m’est arraché par la réalité. Il ne m’aime pas, ne m’a jamais aimé.

— Puis tu m’as été enlevé et j’ai cru devenir fou, poursuit-il en braqué son regard dans le mien, lui qui me fuyait il n’y a pas cinq minutes, j’ai compris que tu avais pris possession de mon cœur. Sans toi, je perdais cette aura de bonheur qui flottait dans ma vie depuis que tu y étais entrée. J’étais foutu. Je te voulais et j’étais enfin prêt à l’accepter. Je n’en étais pas moins fort pour autant. Je devais juste imposer ta présence et mon souhait de t’avoir pour toujours auprès de moi. Et c’est ce que j’ai fait lorsque je t’ai retrouvé. J’étais en train de changer, mais bizarrement, ça ne me posait aucun problème. Toutes mes idées de vengeance se sont envolées. Je ne pouvais plus vivre sans toi. Tu es devenue plus importante que le passé et qu’une quelconque vendetta. Je me sentais enfin vivant… entier, tandis que tu me fixais. Au moment où tu t’es complètement offerte à moi… J’ai su que j’avais fait le bon choix. Je savourais chaque moment avec toi comme un trésor. Je me suis promis de ne plus te faire souffrir de quelque façon que ce soit et au contraire de te donner l’existence que tu mérites. Jusqu’à ce que tu me sois encore enlevé et ça a été une torture quotidienne. Toutes ces heures, transformées en jours, puis en mois d’absence ont été une agonie perpétuelle. Je n’ai pas su prendre soin de toi comme je devais le faire, je n’ai pas su te protéger.

Mes joues, humides de larmes, me chatouillent. Je ne m’en occupe pas pour autant. Ses mots me touchent et me transpercent le cœur. Ils sont criants de vérité, mise à nu sans artifices, sans mensonges. Je ne peux que croire ce qu’il m’énonce et, en même temps, mon âme saigne face aux horreurs qu’il a pensées à mon égard. Est-ce un homme bien pour moi ? Puis je le laisse proche de mon bébé ? Ou est-il capable de lui faire du mal le cas échéant ? Puis-je continuer à l’aimer après ce que je viens d’apprendre ? Entendre l’histoire de la bouche de mon père m’a mise au sol, mais écouter la version d’Adrian avec ses mots et ses émotions, son ressenti, me démolit… J’ai cru aveuglément ma famille lorsqu’il me disait que je n’étais que l’instrument de vengeance d’Adrian. J’ai lâché prise et abandonné l’amour de ma vie pour la personne qui, je pensais, être mon âme sœur, mais qui dans la réalité se révèle être un monstre. Une douche froide s’abat sur moi. Qu’ai-je fait ? Il a raison… je l’ai trahi. Je nous ai trahis !

Il est loin d’être innocent, ce qu’il a fait au début de notre rencontre est ignoble, mais il a opéré des changements dans sa façon de faire pour nous laisser une chance. Je n’ai plus la force d’entendre le moindre mot quitter sa bouche. Je ne peux plus lui faire face. Lorsque je le parcours, je vois l’homme cruel qui pensait à me faire du mal. Cependant, je vois également la douleur que je nous ai infligée. En lui donnant une chance de s’expliquer, le bénéfice du doute, en serions-nous là ?

Dès lors je me lève tel un robot et me dirige à pas lent vers la sortie. Il se redresse derrière moi. Son regard est planté sur mon dos. Je sais que son esprit tourne à plein régime. Prêt à tout pour me retenir, du moins, je l’imagine aisément.

— Aly… tu m’as promis !

Je sais, mais là, il est nécessaire pour mon bien, d’assimiler tous ces mots. J’entends la douleur dans sa voix, cependant c’est au-dessus de mes forces. J’ai besoin de solitude et de calme. Il m’est vital d’avoir du positif et du bien-être. Plus que tout, je dois me pardonner. Je l’ai trompé… Je suis aussi un monstre.

— ALY… répond moi…

Je ne peux pas, je dois avancer… ne pas m’arrêter.... mettre un pas devant l’autre pour mon bébé.

— ALYANNA !!!

Je me stoppe net dans ma trajectoire. C’est la première fois qui m’appelle par mon vrai prénom. La douleur coule dans ce simple nom. Les larmes ruissellent et ne s’interrompent plus. Je ne suis pas à l’origine de tout ce gâchis… Cependant, la culpabilité me vrille et cisaille mes entrailles. Je ne me retourne pas, réfléchis à ce que je vais articuler, à ce que je peux lui dire.

— Je ne m’enfuis pas… J’ai besoin d’espace pour digérer ! De respirer et d’encaisser tout ce que tu viens de me dire, de temps pour digérer… Tu me le dois.

Et je repars vers… un endroit calme et paisible… La roseraie, ma destination initiale. Ai-je bien fait d’en changer au dernier moment ? Là, tout de suite, je n’en suis pas certaine. Mon âme saigne. Une fois de plus, je suis brisée.

Qui est vraiment le père de mon enfant ? Leandro me laissera-t-il vivre loin de lui ? acceptera-t-il qu’un autre homme élève son enfant ? S’il s’agit bien du sien. Quel est le véritable rôle de mon propre père ? Est-il d’accord avec les agissement de Leandro, ses atrocités ? Y a-t-il déjà participé ? Vais revoir cette figure paternelle que j’ai appris a aimer ? Est-ce que je reste ou devrais-je prendre mes jambes à mon cou et partir le plus loin possible ? Mais pour aller où ? Rose me suivrait-elle ? Puis-je abandonner Noé encore une fois ? Et Luce ? Comment va mon amie ? Je dois l’appeler et partager mes doutes avec elle. Peut-être pourra-t-elle m’aider à y voir plus clair parce que, une seule évidence se présente à moi : Je suis paumée.


Adrian


Tout est fini. C’est une certitude, elle ne voudra plus jamais de moi. Tout lui avouer a été difficile et en même temps, c’est putain de libérateur. Je suis tiraillé entre le fait d’être allégé par mes révélations et l’absence de mensonge entre nous. Mais je me rend compte que je suis également terrifié comme une putain de petite merde par le fait de l’avoir perdu pour de bon. C’était la chose à faire, j’en ai la conviction. Ma vipère a besoin de vérité. Mon téléphone vibre dans ma poche, ne me laissant pas un instant de répit pour digérer notre tête à tête. J’avise l’écran et c’est sans surprise que je vois le prénom Victor s’afficher.

— Allô ? répondis-je blasé d’être dérangé.

— Boss, La vipère Rouge a explosé, lâche-t-il.

— Quoi ? Des blessés ? Une signature ? demandais-je plus alerte que jamais.

— Ils sont tous morts… c’est du travail de pro… Il a sauté en début de nuit. Des civils ont été tués. C’est pas tout.

— Putain qu’est-ce que tu vas me sortir encore ?

— Toutes les filles ont été retrouvées derrière le bâtiment près des poubelles égorgées et salement amochées. Un mot gravé sur leur abdomen.

— Lequel ?

— Je t’envoie une photo.

Je raccroche attendant désespérément cette putain d’image. Enfin elle arrive et en la découvrant mon sang se glace. Des cadavres sont déposés côte à côte. Effectivement, elles ont morflé. L’auteur des meurtres est un sacré malade. Le pire est la phrase que je peux lire.

“JE VIENS LA CHERCHER”

Bordel de merde… Est-ce Leandro ? Non, impossible, Giuseppe a encore son droit de passage… Il serait venu avant de bouger le petit doigts. Alors qui ? Les latinos ? La Mano Oscura ?

La liste de mes ennemis ne cesse d’augmenter de jour en jour. Une seule chose m’importe, la mettre en sécurité. Elle doit vivre.



À suivre…