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NUL AUTRE QUE LUI-tome 1

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Summary

"Nul autre que lui - L'intégrale" Guillaume Vaillant, pompier et héros ordinaire, a trouvé refuge dans la famille Duval après une enfance tragique. Pour lui, la jeune Marie-Élisabeth n'est que la petite sœur de son meilleur ami ; pour elle, il est son unique et secret amour depuis toujours. Une proposition de mutation à 800 kilomètres force Guillaume à un choix impossible : la carrière de ses rêves ou la seule famille qui lui reste. Lors d'ultimes vacances avant la décision, leur amitié fusionnelle s'embrase et ils cèdent à une passion interdite. Mais leur amour est aussitôt contrarié, les forçant à une séparation déchirante. Guillaume part, laissant une Lisa dévastée et porteuse d'un secret qui pourrait bien changer leurs vies à jamais.

Status
Complete
Chapters
50
Rating
5.0 (5 reviews)
Age Rating
18+

1.Héros ordinaire.

Nul autre que lui 

tome 1 -partie 1


Un peu de drame, beaucoup d’amour, et toujours une vérité en bas de la page.

Betty-B Romancia


1-Héros ordinaire.



L’alarme stridente éclata dans le silence de la caserne. Guillaume sursauta à peine. Son cœur, lui, accéléra d’un cran. Ce son, il le connaissait par cœur. Il annonçait l’instant où tout basculait.

D’un bond, il se leva, son corps déjà en mode automatique. Autour de lui, les autres pompiers s’équipaient dans une chorégraphie bien huilée : cliquetis de fermetures éclair, bruits sourds des casiers qui claquent, bottes frappant le sol.

Un mélange d’habitude, de tension et d’excitation montait dans sa gorge, comme un goût de métal. Il enfila sa veste ignifugée d’un geste sec, attrapa son casque, et rejoignit Jérôme devant leur véhicule.

Cela faisait tout juste trois ans qu’Ils étaient pompiers professionnels. Avant ça, ils avaient été JSP (jeunes sapeurs-pompiers), puis pompiers volontaires en parallèle de leurs études.

— T’as bu ton café? Parce que ça va chauffer, lança Jérôme en ajustant sa visière.

— Je carbure à l’adrénaline, répondit Guillaume, un rictus nerveux au coin des lèvres.

Pas besoin d’en dire plus. Ce genre de répliques, c’était leur petit rituel. Un code entre eux, un moyen de se lancer dans le feu sans se crisper.

Les portières claquèrent, le gyrophare se mit à hurler. Guillaume sentit la vibration du moteur sous ses bottes, le balancement du véhicule dans les virages.

Il jeta un coup d’œil à la mission qui les attendaient : EHPAD : centre-ville d’Angers. Feu de cuisine. Risque de propagation. Il serra les dents.

Ils arrivèrent sur place en quelques minutes. Dehors, une légère fumée s’élevait déjà du bâtiment. Une odeur de graisse brûlée flottait dans l’air, piquante, écœurante.

Dès que les roues touchèrent le sol du parking, il bondit hors du camion avec le reste de l’équipe. Le sol était encore chaud sous ses semelles, et il sentait déjà la chaleur moite glisser sous sa combinaison. Heureusement, il n’y avait pas de perte humaine : le personnel, formé aux règles d’évacuation, avait déjà fait sortir les résidents âgés. Pas besoin d’attendre les consignes.

Chacun savait ce qu’il avait à faire. Ils franchirent les portes de l’EHPAD dans une semi-pénombre, lampe frontale allumée, masques sur le visage. L’air était déjà saturé de fumée. Épais, huileux.

Un mélange de plastique fondu et de graisse rance qui lui serra la gorge malgré le filtre.

— Cuisine, à droite, indiqua Guillaume en repérant le plan d’évacuation peint sur le mur.

Ils bifurquèrent sans perdre une seconde. Les murs luisaient d’humidité, la chaleur accablait leurs épaules comme un sac de sable. Chaque pas faisait crisser leurs semelles sur les flaques grasses. Des casseroles encore fumantes jonchaient le sol.

Une friteuse hurlait, crachant des bulles d’huile noircie. Guillaume sentit son cœur cogner.

— On ventile. Et on attaque là, dit-il à Jérôme en désignant un foyer incandescent. Le jet d’eau haute pression jaillit, sifflant dans le couloir. Les flammes reculaient à chaque impulsion, mais elles se défendaient avec rage, crépitant dans un dernier sursaut.

Ils travaillaient côte à côte, synchrones. Pas besoin de parler. Une gestuelle, un signe, et l’autre comprenait. C’était ça, leur binôme. Une amitié vieille de 18 ans, une complicité capable de se passer de mots, et un rêve commun : celui d’un quotidien héroïque que le père défunt de Guillaume leur avait insufflé alors qu’ils étaient hauts comme trois pommes.

Enfin, après de longues minutes, le feu cessa de rugir. Un calme étrange retomba, comme après un combat. Guillaume allait se redresser quand une voix jaillit dans la radio de Jérôme :

—Les gars, y’a un souci. Le petit stagiaire, Théo, n’est pas sorti avec le reste du personnel ! On a fait l’appel. Il est introuvable! Personne ne l’a vu sortir de l’établissement. C’est un môme, il a à peine 17 ans…Trouvez le coûte que coûte !

Le sang de Guillaume se glaça. Il échangea un regard avec Jérôme. Un de ces regards sans besoin de mots. Le genre qu’on ne partage qu’entre frères d’âme.

— Je prends à droite. Toi à gauche, lança-t-il, déjà en mouvement. Il traversa la cuisine calcinée, enjamba un tuyau, évita un couteau tombé au sol. Son souffle résonnait fort dans son masque. Il cria à plein poumons :

— Théo! C’est les pompiers! Si tu m’entends, réponds! Bouge! Frappe quelque part! Un choc sourd, comme un appel étouffé, résonna faiblement. Il courut vers le bruit. Jérôme était déjà à genoux devant une porte close, casque couvert de suie, torche en main.

— Il est là-dedans. Il respire. Mais il ne répond pas. Guillaume n’attendit pas.

— Bouge. Brother, je défonce la porte. Il recula d’un pas et, d’un coup d’épaule puissant, fit céder le verrou dans un craquement sourd. La porte s’ouvrit sur une petite pièce saturée de fumée. Théo gisait là, recroquevillé contre un mur, les yeux mi-clos, le teint gris.

— Il a paniqué. Il s’est enfermé… Il a respiré trop de merde, expliqua Jérôme en l’auscultant rapidement.

— Oxygène, tout de suite, dit Guillaume en l’attrapant doucement.

Jérôme lança l’appel radio. Guillaume souleva le garçon comme un sac de plumes. Il le serra contre lui, son casque contre les cheveux moites du gamin.

— Allez, champion… Tu ne vas pas tirer ta révérence dans les chiottes d’un EHPAD. Tu as encore trop de belles choses à vivre! Ils coururent dans le couloir étouffé, leurs bottes frappant le sol comme une pulsation d’urgence.

Quand ils sortirent enfin à l’air libre, l’équipe médicale était déjà en action. Guillaume déposa Théo sur un brancard, pendant que Jérôme guidait les secours. D’un geste précis, Guillaume ajusta le masque à oxygène sur le visage de l’adolescent, puis se redressa, mains sur les cuisses, haletant.

Une sirène hurla à nouveau quelque part derrière lui. Mais Théo respirait. Et pour Guillaume, c’était tout ce qui comptait. Une heure plus tard… Assis sur la banquette du camion qui tanguait doucement, Guillaume sentit enfin la pression retomber.

Le bruit grave du moteur était une berceuse monotone qui semblait vouloir endormir le chaos. Il ferma les yeux un instant, mais l’image de Théo s’imposa à lui : le visage gris, les cheveux moites.

Ce gamin… Qu’ils avaient sauvé, il avait l’âge de sa petite Marie-Élisabeth. Dix-sept ans, l’âge où l’on se croit déjà un homme, avec cette même fragilité qui se cache sous des airs bravaches.

En le sortant de cet enfer de fumée, il avait eu l’impression fugace de protéger une part de sa propre jeunesse, un écho lointain de l’adolescent brisé qu’il avait été quelques années plus tôt. Lui aussi, quelqu’un l’avait sauvé.

Pas des flammes, mais de la solitude laissée par le deuil et l’abandon. Malgré lui, il repoussa l’image du gamin sans racine qu’il avait été après la mort de sa sœur et de son père.

Un parcours douloureux où il n’avait dû son salut qu’à Alexandre et Aurore, les parents de Jérôme, qui étaient également son parrain et sa marraine. La fatigue s’abattit sur lui, lourde, écrasante.

Mais sous l’odeur de suie et de sueur, il sentait naître autre chose. Une chaleur douce, qui n’était pas celle du feu, mais celle, fragile et tenace, d’une vie qu’il avait contribué à sauver.

Il inspira profondément. L’air sentait le gasoil, la sueur et le cuir, mais pour la première fois depuis une heure, il lui sembla respirer vraiment. Aujourd’hui, son père, mort au feu douze ans plus tôt, devait le regarder et être fier de ce qu’il était devenu.

Ils arrivèrent bientôt à la caserne, où une nouvelle équipe attendait déjà pour les relayer. Après une longue journée d’interventions diverses, l’équipe de Guillaume avait hâte de rentrer pour se vider la tête. Dans le vestiaire, il prit une douche rapide et revêtit l’habit civil. Puis il rejoignit Jérôme, qui l’attendait dans la salle de pause.

Les rires et le vacarme des conversations assourdissantes lui arrachèrent un sourire. L’équipe était composée en majorité de jeunes pompiers: l’ambiance était virile, joyeuse, les discussions tournaient invariablement autour de deux sujets qui reflétaient leurs vies : les interventions… et les conquêtes féminines faciles.

Même Jérôme se prêtait au jeu et aimait à parler de sa «belle blonde» Cindy Barstoly, la meilleure amie de Marie-Élisabeth. Le vent du soir fouettait le visage de Guillaume, accroché à sa moto comme à une bouée de liberté.

Jérôme le suivait de près, moteur qui pétaradait joyeusement, clignotements complices dans les virages. Entre eux, pas besoin de parole, c’était comme s’ils communiquaient par télépathie à chaque coup de gaz. Sur la route, Jérôme doublait Guillaume à la sortie du rond-point, pour le plaisir de le chambrer:

— T’as peur d’user tes pneus, vieux?

— Je te rappelle qui a raflé la coupe l’été dernier ? cowboy… !

Ils s’envoyaient des vannes à travers la visière, rires étouffés dans le rugissement des moteurs. Enfin, la Villa Duval apparut, silhouette blanche au milieu d’un jardin éclatant.

Derrière les grilles, les massifs de roses odorantes et multicolore, le chant des arrosages, et, dans l’air, cette odeur de pelouse fraîchement coupée qui rappelait tous les étés de leur jeunesse. Le moteur de la moto vibrait encore sous Guillaume, tandis qu’il franchissait les grilles blanches de la Villa Duval, suivant de près, celle d’un Jérôme triomphant.

Il lança à Guillaume, en descendant de sa moto :

— Je t’ai encore mis une longueur d’avance… Tu vas devoir t’entraîner, champion !

— J’ai préféré arriver entier que finir dans les rosiers d’Aurore, répliqua Guillaume, faussement vexé.

Juliette surgit sur la terrasse, pour refermer la grille électrique du jardin à l’aide de la télécommande Juliette était la petite dernière des Duval, elle allait sur ses dix ans. Blonde avec des yeux marrons pleins de malice, elle était quatrième de la fratrie, celle qui ressemblait le plus à son grand-frère, Jérôme.

Elle sauta dans les bras de son frère avec enthousiasme, puis vint se pendre au cou de Guillaume

— Hé les gars, maman et moi on a fait un atelier pâtisserie cet après-midi et devinez quoi on a fait une tarte avec les fraises du jardin ! Guillaume laissa tomber son casque, lui adressa un clin d’œil, et la souleva brièvement pour l’embrasser sur la joue.

— Si c’est toi qui l’as fait, ça doit être une œuvre d’art, juju. Depuis quelques mois, il avait trouvé refuge au fond du jardin, dans la petite maison de jardinier réaménagée, un cocon lumineux à deux pas de la villa.

Alexandre et Aurore l’avaient accueilli sans la moindre réserve, comme un fils supplémentaire, après la mort brutale de sa belle-mère Sandra. Chez les Duval, Guillaume n’était jamais de trop.

Ils arrivèrent sur la terrasse ou Alexandre qui lisait son journal les accueillit avec un sourire bienveillant.

—La journée s’est bien passé les gars !

—Super ! Guillaume va probablement avoir une médaille du courage, il a sauvé un petit stagiaire intoxiqué dans l’EHPAD qui a brulé cet aprèm ! répondit Jérôme en tapant dans le dos de son ami !

—Allez ne soit pas si modeste Jérôme, le gosse c’est toi qui l’as trouvé ! t’a un flair de St Bernard pour dénichée les victimes…

Aurore éclata de rire devant la grimace de son fils, qui ne semblait pas flatter par la comparaison de son ami, puis son regard se posa sur Guillaume avec une tendresse infinie.

— Dans tous les cas, nous sommes fiers de vous deux. Mais maintenant, trêve de récits héroïques. Allez-vous mettre à l’aise, le dîner sera servi à 19h00. Juliette, tu veux bien m’aider à mettre la table ?

La petite fille hocha la tête avec enthousiasme, attrapant la main de Guillaume une dernière fois.

— Tu manges avec nous, alors !

— Bien sûr, Juju. Je ne raterais la tarte aux fraises pour rien au monde, répondit-il en lui ébouriffant affectueusement les cheveux.

Il laissa la famille rentrer à l’intérieur et, d’un signe de tête à Jérôme, il se dirigea vers son propre havre de paix.

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