Chapitre 1 - Une odeur de violette
Elric Mervil passait ses journées entourées de silence et de fleurs.
Sa boutique, petite et désuète, sentait le passé. Des bouquets alignés
comme des soldats dormaient derrière la vitrine. Lilas, pivoines,
œillets.
Il avait une manière bien à lui de composer ses arrangements : il
fermait les yeux, touchait les tiges, et laissait ses doigts parler. Il ne
parlait jamais trop, mais ses mains, elles, disaient tout.
Ce matin-là, une cliente lui sourit. Elle s’appelait Aude. Elle achetait
des violettes. En prenant sa commande, elle effleura ses doigts :
Vous avez des mains douces, monsieur Mervil.
Il baissa les yeux. Elle ne vit pas le frisson qui traversa sa nuque.
Elles ne le seront plus demain.