Cours particuliers de batterie.

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Summary

Julia habite une petite ville ennuyeuse. Son amie, l’exubérante Emmy, l’emmène à un concert qui est donné par un nouveau groupe arrivé en ville. Alors que le groupe commence à jouer, Julia est captivée par le batteur du groupe, Alex, et on peut dire que l’attirance est réciproque. Allant les féliciter à la fin du concert, Alex lui proposera de lui donner des cours individuels. Les cours seront l’occasion pour eux de se rapprocher. Mais le passé d’Alex l’empêche de s’attacher à nouveau. Julia se lassera-t-elle d’attendre Alex ou succombera-t-elle à ses charmes ?

Status
Complete
Chapters
26
Rating
5.0 2 reviews
Age Rating
18+

Un nouveau groupe en ville

Le soleil déclinait lentement, étirant ses derniers rayons sur les façades anciennes de la ville. Bien que ce fut le début de l’été, l’air était frais ce soir là, et chargé de l’odeur salée qui s’échappait du port, non loin. C’était de loin, le quartier de Breckenridge qu’elle préférait. Un très grand port sur une très belle plage !

Bien qu’elle se plaisait beaucoup à Breckenridge, il fallait reconnaître que les loisirs étaient peu nombreux. Mis à part la plage, seuls quelques bars et restaurants, un petit cinéma, et un bar de nuit permettaient de se détendre un peu le week-end. Pour tout le reste il fallait se rendre au village voisin.

C’est justement au Mariner’s, qu’elle se rendait ce vendredi soir, un bar de nuit qui proposait des petits concerts de temps à autre. Elle l’aimait pour son caractère brut et chaleureux, et aussi… parce que c’est le seul.

Un nouveau groupe de musique venait de s’installer ici et ils y donnaient leur premier concert ce soir. Emmy était très curieuse de venir les découvrir. Emmy, c’était sa meilleure amie. Elles s’étaient connues en maternelle et ne s’étaient plus jamais quittées !

Depuis qu’elle avait fêté ses trente ans l’an passé elle s’était mise en tête de trouver l’homme de sa vie, prétextant que le temps passait trop vite et qu’elle ne serait bientôt plus attirante aux yeux de la gente masculine.

Grande et blonde, à la pointe de la mode et au caractère bien trempé , Emmy ne laissait pourtant pas les hommes indifférents.

Lorsque elle entra dans le bar, Emmy était déjà là, installée sur une banquette en cuir patiné, un verre de vin rouge à la main. Sa présence illuminait la pièce comme un phare. Elle avait toujours eu le don de rendre un lieu plus vivant, plus accueillant.

— « Julia, enfin ! » s’exclama-t-elle en la voyant.

Elle s’assit près d’elle, sentant aussitôt cette vague de complicité qui ne s’effaçait jamais entre elles.

— « Désolée, je suis à la bourre. Je voulais absolument avancer sur mon fusain et je n’ai pas vu le temps passer.

Cela faisait quelques années que Julia s’était remise à dessiner. Elle y consacrait beaucoup de son temps libre, utilisant cet art comme un exutoire lorsque la pression professionnelle se faisait intense.

— Alors, raconte, comment s’est passé ta journée ? »

Emmy ne perdit pas de temps pour lui répondre. Son visage s’illumina d’un éclat de victoire : elle avait décroché une promotion au travail, un poste qui lui ouvrait enfin la porte, un poste qu’elle attendait depuis des mois.

- « Directrice marketing adjointe ! tu te rends compte Julia? Ça sonne bien non ? Et ce n’est pas tout…».

Elle lui parla de Luka, son nouveau manager. Un homme charmant, un brin mystérieux, qui l’avait invitée à sortir ce samedi. Ses yeux brillaient d’un mélange d’excitation et d’appréhension.

- « Je crois que je l’aime bien, Julia. Et en plus il est canon !»

Julia sourit, heureuse pour elle, mais une pointe de solitude lui serra le cœur.

Alors qu’elles poursuivaient, le groupe arriva sur scène et commença à s’installer. Julia se laissa doucement envahir par l’ambiance qui montait en intensité dans le bar.

Son regard parcourut lentement les différents musiciens présents sur scène, tous aussi différents les uns que les autres. La guitariste, Anka, avait les cheveux bruns et courts ce qui lui donnait un air de rockeuse. Le bassiste, avec ses longs cheveux bouclés, et le teint halé semblait avoir des origines métissées. Le clavieriste, blond à l’air espiègle, qui prenait un grand plaisir à saluer le public tel une rock-star et à adresser des clins d’œil aux jeunes femmes proches de la scène. Et le batteur, grand, musclé, avait les cheveux châtains attachés en une demi-queue de cheval qui lui donnaient ce charme sauvage.

Elle retint son souffle en attendant les premières notes de musique.

Il faisait tourner ses baguettes entre ses doigts, geste machinal, comme pour s’ancrer ici, dans ce bar qui ne lui était pas encore familier. L’odeur du bois ciré, le bourdonnement discret des conversations qui montaient en arrière-plan, tout ça lui rappellait que ce soir était un peu plus qu’un concert ordinaire. C’était leur premier ici, dans cette ville qui n’était pas prévue dans son plan de vie.

Anka l’avait entraîné dans cette ville. Enfin… pas que lui. Tout le groupe avait suivi. Elle avait eu cette opportunité de s’installer dans ce village côtier, plus calme, plus lumineux. Elle leur avait parlé des petites rues pavées, de l’air marin, des couchers de soleil incroyables. Paolo et Adam n’avaient pas hésité longtemps, et lui non plus, même si il n’avait pas osé le dire : il commençait à tourner en rond là où il était. Et il fallait qu’ils donnent une chance au groupe de vraiment décoller.

Alors ils avaient tout emballé, leurs instruments, leurs quelques affaires, et débarqué ici.

Il ne savait pas encore si il allait se plaire ici. Il se le demandait en silence, les yeux fixés sur sa caisse claire. Les visages autour d’eux étaient nouveaux, et il allait falloir créer quelque chose ici, trouver leur place, comme ils l’avaient toujours fait ailleurs. C’était excitant… et un peu flippant.

Il s’installa derrière la batterie, régla la hauteur du tabouret, ajusta les cymbales. Ses mains connaissaient la position exacte de chaque élément. C’était son territoire, son refuge. Il tourna légèrement la tête vers la salle, un coup d’œil rapide, juste pour jauger l’ambiance.

Et puis il la vit.

Elle était là, pas très loin de la scène, assise avec une amie. Il ne savait pas pourquoi mais il l’avait remarquée tout de suite. Peut-être parce qu’elle ne regardait pas autour d’elle comme les autres, mais qu’elle observait vraiment. Pas juste la scène, mais les gens dessus. Ses yeux passèrent sur Anka, sur Adam… et finirent par s’arrêter sur lui.

Il baissa les yeux, comme si il devait vérifier quelque chose sur sa caisse claire, mais en réalité… il essayait juste de reprendre son souffle.

Elle n’avait rien de tape-à-l’œil, et pourtant… il ne voyait plus qu’elle. Mais ce n’était vraiment pas le moment. Ce soir-là, c’était le premier concert dans cette ville, il fallait qu’il soit concentré. Il se répétait ça comme un mantra.

Mais au moment où Paolo comptait pour lancer le premier morceau, son regard glissa à nouveau vers Julia. Elle parlait à son amie, elle riait. Un rire qui, même de loin, lui donnait envie d’en entendre plus. Alors il resserra sa prise sur les baguettes.

Car ce soir, il fallait que ça claque ! Le premier concert dans une nouvelle ville, c’était comme un premier rendez-vous : ils voulaient marquer les esprits, qu’ils se souviennent d’eux, qu’ils aient envie de les revoir. Alors il respira un grand coup, inspira l’odeur de la salle, ecouta le son des guitares qu’Anka accordait, les touches qu’Adam testait, les cordes de Paolo qui vibraient. Et il se dit : Allez Alex, ce soir, on envoie tout..

Les premières notes jaillirent, nettes, précises, comme si elles découpaient l’air. La salle du Mariner’s vibra aussitôt. La basse entra, profonde, presque viscérale. Puis la guitare électrique s’enroula autour du rythme comme une flamme qui trouvait son oxygène. Et enfin… la batterie. Julia avait les yeux fixés sur le batteur.

Il frappa le premier coup sur la caisse claire et tout son corps résonna. Ce n’était pas seulement un son, c’était une pulsation qui la traversait, qui la prenait aux tripes. Ses bras se tendaient, se détendaient, ses poignets absorbaient les chocs avec une souplesse hypnotisante. Chaque mouvement était précis, mesuré, mais jamais froid : il jouait comme on respire, avec une évidence naturelle.

À côté d’elle, Emmy parlait encore, sa voix se mêlant aux cris et aux rires de la foule :

— « …et du coup il m’a dit qu’on allait peut-être travailler ensemble sur le projet de campagne… »

Julia hocha vaguement la tête, incapable de détacher ses yeux de la scène.

Alex pencha légèrement la tête sur le côté, ses cheveux attachés laissant échapper quelques mèches qui vinrent coller à ses tempes. La lumière chaude des projecteurs glissait sur ses épaules et soulignait les muscles qui se tendaient sous son t-shirt noir.

— « …tu m’écoutes, Julia ? » demanda Emmy en riant.

— « Oui, oui… ».

Elle ne savait même pas quelle est la dernière phrase qu’elle avait prononcée. Toute son attention était absorbée par la façon dont le batteur s’appropriait le morceau. Il ne se contentait pas de jouer la rythmique attendue : il improvisait, nuançait, colorait chaque frappe comme si elle avait une histoire à raconter.

Lui et la musique ne faisaient qu’un. Et elle était fascinée.

Le clavieriste, un grand blond aux yeux marrons qui lançait parfois des regards charmeurs dans la salle, échangea un sourire complice avec lui. Mais le batteur, restait concentré, les yeux mi-clos, comme s’il tenait dans un endroit où personne ne pouvait le rejoindre… sauf la musique.

La voix de la guitariste, s’élèva alors. Grave et éraillée, elle donnait à la chanson une intensité presque brute. Le public se rapprocha, des corps ondulèrent, des têtes hochèrent sur le rythme.

— « …et je t’ai dit qu’il m’a proposé un resto samedi ? » reprit Emmy.

Julia détourna un instant son regard du batteur pour la regarder. Ses joues étaient roses d’enthousiasme, et elle s’exprimait avec de grands gestes, comme toujours.

— « Oui, c’est super… »

Elle revint aussitôt vers la scène, incapable de lutter.

Il y avait quelque chose dans la manière dont il souriait au bassiste, après un passage technique parfaitement exécuté. Ce sourire discret, presque imperceptible, mais qui disait tout de la complicité entre eux. On sentait que le groupe n’avait pas les moyens des grandes formations — pas d’effets spéciaux, pas de tenues tape-à-l’œil — mais il y avait une sincérité rare dans leur jeu.

Le morceau se termina dans un éclat de cymbales qui semblait suspendre le temps. Julia retint sa respiration.

Puis le silence, suivi d’applaudissements nourris.

Le batteur relèva la tête, essuya son front d’un revers de main, et son regard balaya la salle… jusqu’à croiser le sien.

Une seconde. Peut-être deux. Mais assez pour qu’elle sente son ventre se nouer.Elle détourna les yeux la première.

Une heure passa et le dernier morceau se termina dans un mélange de riffs puissants et de battements de batterie qui faisaient vibrer le sol sous les pieds. Les projecteurs s’éteignirent progressivement, laissant derrière eux des silhouettes en ombre chinoise.

Le public applaudit avec enthousiasme, et le groupe salua rapidement. La guitariste esquissa un signe de la main, le bassiste hocha la tête avec un large sourire, le clavieriste s’inclina avec un air de comédien sûr de son effet. Quand au batteur, lui, se contenta d’un mouvement bref, presque timide, avant de commencer à ranger ses baguettes.

Emmy se pencha vers Julia :

— « Viens, on va les féliciter. »

Son cœur rata un battement.

— « Oh… je sais pas… ils doivent avoir plein de gens qui viennent leur parler… »

— « Justement, on va pas rester plantées là comme deux touristes. »

Elle attrapa son poignet et l’entraîna à travers la petite foule qui se dispersait. Le bar se vidait peu à peu, les serveurs commençaient à débarrasser, et l’odeur de bière renversée se mêlait à celle du bois ciré.

Sur scène, le batteur était accroupi, concentré sur son kit. De près, Julia distinguait chaque détail : les traces de sueur qui perlaient à la base de sa nuque, les muscles de ses bras encore tendus par l’effort, et cette expression… concentrée, presque fermée, comme s’il se tenait à l’écart du reste du monde.

Emmy salua d’abord la guitariste qui se présenta à nous, Anka. Emmy la complimenta sur sa voix rauque et son jeu énergique. Puis Anka présenta le reste du groupe.

— « le batteur caché au fond c’est Alex, à la basse Paolo et au clavier Adam. Méfiez-vous de lui c’est un dragueur né». Adam les regarda avec un sourire trop large pour être innocent.

— « Salut, toi.» Il se pencha légèrement, ses yeux marrons brillants d’un éclat joueur. « Première fois que tu nous vois?»

— « Oui. Enfin… oui, ce soir. »

— « Et alors ? On a passé l’audition ? »

Julia rit, un peu gênée.

— « Vous êtes vraiment très bons. »

— « Très bons, ou juste… pas mauvais ? » insista-t-il, son ton amusé laissant deviner qu’il cherchait à la faire réagir.

Julia sentit qu’Emmy lui jetait un coup d’œil, probablement ravie que quelqu’un lui parla comme ça. Mais elle détourna son regard vers Alex.

Il relèva enfin la tête, et leurs yeux se croisèrent à nouveau. C’était comme tout à l’heure, mais plus fort : son regard était direct, sombre, perçant, comme s’il cherchait à comprendre quelque chose en elle.

Julia prit une inspiration discrète.

— « Vous jouerez souvent ici ? »

Il hésita, puis répondit, sa voix grave et basse :

— « On répète ici, surtout. Le patron nous laisse utiliser la scène quand le bar est fermé. »

— « Ça doit être… génial. »

Un léger sourire passa sur ses lèvres.

— « C’est pratique. Et puis… ça nous permet de garder la main. »

Adam, qui jusque-là se tenait à côté d’elles, intervint :

— « Alex est le moteur du groupe. Sans lui, on serait probablement en train de se disputer sur quel morceau jouer. »

Alex lui lança un regard qui voulait clairement dire la ferme.

Il rangea ses baguettes dans une housse en cuir usée, puis se tourna vers Julia.

— « Tu fais de la musique ? »

— « Non… enfin… j’en ai toujours rêvé de jouer de la batterie, mais… jamais eu l’occasion d’apprendre.»

Un silence. Puis il se redressa complètement, sa haute silhouette dominant l’espace.

— « Tu veux essayer ? »

Elle cligna des yeux.

— « Essayer… ? »

— « La batterie. Je donne des cours, parfois. Si t’as envie. »

Son cœur s’emballa.

— « Eh bien… pourquoi pas. »

Il prit un petit carnet de la poche arrière de son jean, y nota un numéro, le le tendit. Sa main était chaude.

— « Appelle-moi si tu veux. Sinon, on se retrouve ici demain à 18 heures pour répéter quand le bar sera fermé. Si tu veux passer une heure plus tôt je serai déjà là».

Emmy intervint avec un sourire complice :

— « Je crois qu’elle viendra. »

Alex ne répondit pas, mais son regard s’attardait une seconde de trop dans celui de Julia. Puis il se détourna pour continuer à démonter son kit.

La nuit était tombée depuis un moment lorsque elles sortirent du Mariner’s. L’air frais leur frappa au visage, emportant avec lui l’odeur lourde de bière et de bois ciré du bar. Dehors, la rue était calme, à peine animée par le grondement lointain d’une moto et le cliquetis régulier d’un mât de bateau quelque part au port.

Emmy se tourna aussitôt vers Julia, ses yeux pétillant comme si elle avait attendu ce moment toute la soirée.

— « Alors… ? »

— « Alors quoi ? » répliqua Julia, feignant l’innocence.

Elle lèva les yeux au ciel.

— « Alors Alex. Monsieur-batteur-sexy-mystérieux. Monsieur-je-joue-comme-un-dieu-mais-je-parle-peu. Il t’a quand même proposé de te donner des cours ! »

Julia sentit ses joues chauffer malgré elle.

— « Oui, mais… c’est peut-être juste… tu sais… pour arrondir ses fins de mois. »

— « Oh, arrête. Ce mec ne proposera pas des cours à la première venue. » Elle plisse les yeux avec un sourire en coin. « Et puis, j’ai vu comment il te regardait. »

Elle secoua la tête, amusée.

— « Emmy, tu vois des histoires d’amour partout. »

— « Peut-être… mais celle-là, je la sens. »

Elles descendirent la rue en direction du port, leurs pas résonnant sur les pavés. L’air marin se faisait plus présent, mêlé à la douce odeur d’iode et de bois mouillé. Au loin, les mats se balançaient lentement au rythme de la marée.

Emmy continuait de parler de sa soirée, revenant à sa fameuse promotion et à Luka, son nouveau manager.

— « Tu crois que c’est un rencard, samedi ? Ou juste un dîner pro ? »

— « Vu comment tu m’en parles… je penche pour rencard. »

Elle éclata de rire.

— « J’espère que tu as raison, Lucas est vraiment charmant. Et ça a l’air d’être un type bien. J’aimerai bien pour une fois tomber sur un mec bien ! Mais… assez parlé de moi. Comptes-tu aller au bar demain? »

Julia regarda le petit papier froissé dans ma poche, où le numéro d’Alex était griffonné d’une écriture rapide, presque nerveuse.

— « Je sais pas… Demain ? Ou… après-demain ? »

— « Non, demain. Pas question que ça refroidisse. »

Elles arrivèrent devant l’appartement d’Emmy qui la serra fort dans ses bras.

— « Tu me tiens au courant Julia. »

Julia reprit sa route seule.

La route jusqu’à chez elle était courte, mais ses pensées allaient dans toutes les directions. Elle repensait à la façon dont il l’avait regardée. À cette voix basse et posée qui contrastait tellement avec l’énergie qu’il mettait dans son jeu. Et surtout… à cette proposition, lancée presque comme un défi.

Je ne savais pas encore si c’était une bonne idée. Mais mon cœur, lui, semblait avoir déjà décidé.