Chapitre 1 - rencontre
0
Chapitre 1 : La rencontre
Point de vue d’Élise
Ma vie a toujours été calme… agréable, jusqu’à ce que la malédiction s’acharne sur moi. Trois personnes veulent mon cœur et mon corps, mais malheureusement, je n’ai pas envie de finir à la charcuterie. Alors maintenant, je dois faire un choix… Peut-être qu’afin que vous compreniez, il faut revenir trois mois en arrière… Là où cette bombe atomique de Nathan a tout déclenché.
Point de vue de Nathan
J’ai 19 ans, je vis ma best life. Je suis beau, confiant, et le mec que toutes les filles veulent. Peut-être un peu égocentrique, haha… Mais disons que c’est une période de rébellion. Et si je vous disais un secret ? Bah, vous croyez vraiment que j’allais vous le dire ? Haha, on se connaît même pas…
Enfin voilà, je suis soulagé de m’être confié à quelqu’un, ça fait du bien. Pas à vous, hein, à quelqu’un d’autre. Mais vous le découvrirez plus tard.
Des fois, mes potes disent que je suis con… J’avoue que ça m’arrive, j’ai 19 ans et le « véritable amour » ou le « coup de foudre », ça me casse les couilles. J’y crois même pas, et puis pas envie de me faire électrocuter par la foudre.
Aujourd’hui, avec des potes, petite séance chill détente entouré de belles femmes. Un rêve, mdr. Tout le monde autour dit que mon langage a toujours été bien fleuri, et c’est pas faux. J’ai toujours été comme ça, et ça n’allait pas changer. Enfin… peut-être pas.
Des potes et moi, on avait réservé un massage. Évidemment par une jeune femme. Après, je suis pas contre pour un plan cul, hein. Si l’occasion se présente, pourquoi s’en priver ?
J’entre dans le spa. L’endroit est chic, propre, ça sent les huiles essentielles. On nous attribue nos salles et nos masseuses. Je suis un peu excité, je dois avouer. L’idée de me faire masser par une belle femme, peut-être jeune, peut-être chaude…
Je vais me changer. Ou plutôt me déshabiller. J’enlève mon t-shirt, mon jean, je reste en boxer. Je me regarde dans le miroir deux secondes, je souris. Pas mal, Nathan. Pas mal du tout.
J’ouvre la porte de la salle de massage, et là… déception.
Une vieille.
Enfin, pas vieille-vieille, mais elle doit avoir dans les trente ans. Trop âgée pour moi. Et en plus, elle porte cet uniforme moche beige qui cache tout. Aucun intérêt.
« Moi, j’avais demandé une jeune », je lâche.
Oups. J’ai peut-être dit ça à voix haute.
Point de vue d’Élise
J’ai trente ans. Trente ans, c’est le début de la vie, l’âge où on est censée être dans la fleur de l’âge. Et contrairement à mes collègues masseuses qui se maquillent comme des voitures volées pour attirer le regard des clients, moi je mise sur le naturel. Pas de fond de teint, pas de rouge à lèvres, pas de faux cils. Je viens, je travaille, je repars.
Charmer les clients, c’est pas mon problème. C’est pas mon boulot. Mon boulot, c’est de masser, pas de les séduire. Et franchement, la plupart du temps, ce sont des clients chiants, des mecs riches qui croient que tout leur est dû parce qu’ils ont payé une séance. Des types qui pensent qu’avec un peu d’argent, ils peuvent tout se permettre.
Il suffit de les ignorer, de sourire poliment et de garder toute sa haine bien au chaud à l’intérieur. C’est la technique infaillible que j’ai développée au fil des ans. Sourire professionnel, regards dans le vague, et on laisse défiler. Ensuite, le soir, je me défoule à la salle de sport en pensant à eux. Je cours, je soulève, je transpire, j’évacue. Ironique, non ? Eux qui viennent pour se détendre, moi qui me défonce pour oublier leur existence.
Il est là, en boxer, debout au milieu de la pièce. Un gamin. Vraiment un gamin. Il doit avoir 18, 19 ans max. Et il me regarde avec une moue déçue, comme si j’étais une mauvaise surprise.
« Moi, j’avais demandé une jeune », il lâche.
Pardon ? J’ai mal entendu ? Il a vraiment dit ça ? Je sens la moutarde me monter au nez, mais je respire un grand coup. Professionnelle. Reste professionnelle. J’aimerais bien lui envoyer mon poing dans sa figure…
« Allongez-vous », je réponds, la voix aussi glaciale que possible. Pas la peine de relever. Ça ne vaut pas le coup.
Il s’allonge sur le ventre, un peu à contrecœur, en ronchonnant. Je m’installe derrière lui, je verse de l’huile dans le creux de mes mains, je la fais chauffer en frottant mes paumes l’une contre l’autre, et je commence par ses épaules.
Il est bien bâti, je dois avouer. Pas trop musclé, mais dessiné. La peau lisse, jeune, ferme. Je sens ses muscles sous mes doigts, chauds, vivants, qui réagissent à chaque pression.
« Dis donc, madame, vous êtes mariée ? »
La question tombe au bout d’à peine trente secondes. Je lève les yeux au ciel. Il commence déjà. Quel lourdaud. Et non, je ne suis pas mariée…
« Cela ne vous regarde pas », je réponds, la voix neutre, en continuant de pétrir ses trapèzes. Je n’ai pas à répondre à ce genre de questions.
« Ah oui ? Parce que je vous assure que je sais m’occuper des minous, moi. »
Pardon ? Depuis quand on parle comme ça à une masseuse ? Je ne suis pas une prostituée. Je suis une professionnelle. Et ce gamin, avec son air arrogant et ses sous-entendus graveleux, me donne envie de lui tordre le cou.
Je suis à deux doigts de le remettre à sa place, de lui balancer que je ne suis pas une fille à soldats. Mais je tiens à mon boulot. Alors j’appuie un peu plus fort sur ses épaules, beaucoup plus fort que nécessaire.
« Aïe ! Vos ongles ! » Il sursaute.
Ahaha. Bien fait pour toi.
« Désolée, j’ai pas fait exprès. »
Enfin, pas fait exprès… disons que mes doigts ont dérapé tout seuls. Ça arrive.
Je continue le massage. Je fais glisser mes mains le long de son dos, sur ses lombaires, je remonte le long de sa colonne. Et là, ça commence.
« Ohhh… »
Il gémit. Il fait des bruits. Des bruits bizarres.
« Ahh, oui… »
Non mais on va croire que je suis en train de le branler, là ! Franchement, c’est grotesque. J’ai envie de lui dire de se taire, mais je me retiens.
« Vous massez super bien », il lâche, la voix déjà plus rauque, plus grave.
Bah oui, je masse bien. Je suis masseuse. C’est mon métier. Ça fait huit ans que je fais ça. Mais je me retiens de le lui dire. Je continue, professionnelle, appliquée.
« Mettez-vous sur le dos », je demande.
Il se retourne. Il est maintenant allongé face à moi, torse nu, ses abdos dessinés, ses pectoraux fermes. Je prends un peu plus d’huile et je commence à masser son torse.
N’empêche, il est bien membré. Même à travers son boxer, on voit. Ça ne trompe pas.
Non, mais ça suffit, vilaine !
C’est vrai que t’as pas de mari. C’est vrai que t’as trente ans et que t’es célibataire. C’est vrai que ça fait deux ans que t’as pas baisé avec un homme. C’est vrai que parfois, le soir, tu te poses des questions. Mais ce gamin, il veut juste du sexe. C’est écrit sur son front, dans ses yeux, dans sa façon de parler.
Moi, je ne fais que dans les relations sérieuses. Point barre.
Il me regarde, ses yeux parcourent mon corps de la tête aux pieds. Il me détaille, cherche à voir ce que cache cet uniforme moche. Mais il ne verra pas grand-chose. Je l’ai choisi pour ça, cet uniforme.
Après, je suis pas peu fière de mon corps. Dans ma jeunesse, j’ai bien profité. Et je dis ça comme si j’étais vieille, ce qui est faux. Je suis encore jeune. Mais c’est dur de trouver des gens de mon âge, célibataires, qui cherchent du sérieux.
Et puis j’ai des goûts compliqués. Très compliqués.
Je continue le massage, mais mes pensées s’égarent complètement. Ses gémissements aussi. Ils deviennent plus fréquents, plus forts, plus profonds. Chaque pression de mes doigts sur ses abdos, chaque effleurement le long de ses pectoraux, arrache un petit son de sa gorge. Sa peau chauffe sous mes paumes, ses muscles frémissent comme s’ils réagissaient à chaque caresse.
« Vous aimez ? » je demande, sans réfléchir. La question m’échappe, trop intime, trop personnelle. Je n’aurais pas dû.
« Oui… beaucoup… » répond-il, la voix déjà rauque.
Ça fait longtemps que je n’ai pas eu de client aussi réactif. Trop réactif, même. Il faut que je me reprenne avant que la mauvaise fille en moi sorte. Avant qu’il ne soit trop tard. Avant que je fasse une connerie.
Sa voix est étranglée, rauque. Je sens ses muscles se tendre sous mes doigts, son ventre se contracter, ses abdos saillir à chaque respiration. Mon regard glisse malgré moi vers son boxer. La bosse est là, évidente, impressionnante, tendue contre le tissu fin. Il bande. Pour moi. À cause de mes mains.
Merde. Ça suffit, Élise. C’est naturel, il est à moitié nu et une femme le masse. Ça arrive. C’est pas la première fois. Ça ne veut rien dire.
Je devrais m’arrêter. Je devrais rester professionnelle. C’est ce que je me répète depuis huit ans. C’est ce qui m’a permis de garder ce boulot si longtemps.
Mais mes doigts continuent de glisser sur sa peau, plus lents, plus appuyés, plus sensuels. Je descends le long de son torse, je remonte, j’explore. Je n’arrive pas à m’arrêter.
« Vous aimez ça ? » je murmure, plus bas, plus intime, plus proche de son oreille. « Sentir mes mains sur vous ? »
Bordel. Ça y est. La mauvaise fille est sortie. Je l’entends rire dans ma tête, cette petite voix que je refoule depuis des années.
Ma petite chatte fait déjà des siennes. Je sens l’humidité qui monte, qui s’installe, qui me rappelle que je suis une femme avant d’être une masseuse. Je suis pas censée être mouillée pour un client. Et surtout pas quand on a dix ans d’écart. Dix ans, bordel. Il pourrait être mon petit frère.
C’est décidé, ce soir je vais à la salle de sport. Il faut que je calme mes pulsions. Je suis pas une adolescente en rut, putain.
Putain. Il écarte les jambes. Lentement. Volontairement. Avec un sourire bien trop excitant pour être innocent. Il me regarde droit dans les yeux, et dans son regard, il y a un défi. Une invitation.
« Oui… j’aime tellement… » il souffle, avant de faire une pause. Puis, avec ce sourire en coin qui le rend encore plus craquant : « Alors comme ça, on est horny au travail ? »
Merde. Il m’a cramée. Complètement cramée.
Mes joues s’enflamment. Je sens la rougeur me monter au visage. J’expire lentement, essayant de garder mon calme, de rester professionnelle.
Bordel, pourquoi avec lui j’ai envie de laisser mes pulsions les plus sombres s’exprimer ? Pourquoi je l’imagine à genoux devant moi ? J’ai toujours aimé être dominée, c’est étrange pour une femme de caractère comme moi, je sais. Mais avec lui, c’est différent. Je l’imagine, ses fesses en l’air pendant que je lui donne une fessée. Je l’imagine supplier. Je l’imagine…
J’ai envie de le taquiner. J’ai envie de jouer.
« Et si je descendais plus bas ? »
Sa respiration s’arrête. Ses yeux s’écarquillent, brillants de désir et de surprise. « Vous feriez ça ? »
Mes doigts frôlent l’élastique de son boxer. Je sens la chaleur de son corps à travers le tissu. Je sens son sexe, juste là, à quelques millimètres de mes doigts.
« Peut-être. Si vous êtes sage. »
Un sourire provocateur étire ses lèvres. Il se cambre légèrement, offrant un peu plus d’accès. « Et si j’ai pas envie d’être sage ? »
Je ris doucement, un son que je ne me connaissais pas. « Alors je devrai vous punir. »
Ses yeux s’assombrissent. « J’aime les punitions. »
La porte s’ouvre soudainement.
« Nathan ! On y va, les mecs nous attendent depuis dix minutes, putain ! »
Son pote. La tête dans l’encadrement de la porte. Nathan sursaute, se redresse brusquement, attrape ses affaires à la hâte. Mais avant de sortir, il se retourne vers moi, une dernière fois.
Son regard plonge dans le mien, intense, brûlant. « Je reviendrai. Pour la punition. »
Puis il disparaît.
Je reste seule dans la pièce, le souffle court, les mains tremblantes, le cœur battant à tout rompre. Et entre mes cuisses, une chaleur persistante qui ne demande qu’à être apaisée.
Je regarde mes doigts, ceux qui ont frôlé son boxer. Je les porte à mes lèvres, machinalement. L’odeur de l’huile, de sa peau, de tout ce qui vient de se passer.
Je sais pas comment je vais tenir jusqu’à ce soir.