Rencontre nocturne
l’histoire de ce second arc commence donc sur la planète Corucentre, dans la villa familiale des Lebel, alors que la nuit était déjà tombée. Nous retrouvons donc Céléria déambulant dans cette immense maison qui est maintenant totalement vide et silencieuse. Cependant, alors qu’elle errait sans but à travers les nombreuses pièces de cette immense maison, et qu’elle balayait du regard les nombreuses photos et souvenirs de famille qui ornaient les murs, Céléria fut comme frappée par un sentiment de malaise.
En effet, malgré la familiarité des lieux, il y avait quelque chose de dissonant, et plus Céléria observait en détails son environnement, et plus ce sentiment d’étrangeté grandissait, certains objets semblaient manquer, tandis que d’autres n’étaient pas à leur place habituelle. Toutefois, alors qu’elle essayer de donner du sens à ces incohérence, elle fut soudainement sortie de ses ruminations par des voix qui semblaient provenir de l’entrée principale.
Céléria se rapprocha donc en marchant à pas de loup vers l’entrée principale, et une fois arrivée suffisamment proche de leurs provenance, elle se colla contre un mur et se pencha discrètement pour observer la scène .
En jetant un coup d’œil vers le parvis légèrement en contrebas, elle aperçut deux silhouettes. Son cœur s’accéléra, s’attendant à voir des cambrioleurs ou peut-être des soldats venus pour la convoquer ou même l’arrêter, elle découvrit quelque chose de bien plus déconcertant. En effet, malgré la distance et la pénombre, Céléria réussit à clairement identifier les deux silhouette. La première étant celle de Solanya, reconnaissable, malgré que ses cheveux étaient plus courts. Quant à la seconde silhouette s’était tout simplement... elle-même
Céléria sentit le sol se dérober sous ses pieds, et elle ne put s’empêcher de jeter un second coup d’œil afin de confirmer ce qu’elle avait cru voir. Mais c’était bien elle-même qu’elle observait, ou du moins, une version plus jeune de Solanya et d’elle-même qui semblait plus jeune de quelques années.
Ce sentiment de malaise et d’étrangeté n’était donc en réalité qu’un sentiment de « déjà-vu », et Céléria se remémora de ce moment durant lequel elle fut obligé de partir précipitamment en mission, abandonnant encore une fois sa petite sœur. Pourtant, ce qu’elle ne pouvait savoir, ni même comprendre, c’est qu’elle était tout simplement dans un rêve, après tout, à moins de s’entraîner à ça , il est extrêmement difficile de se rendre compte qu’on est dans un rêve, lorsqu’on est justement dans un rêve .
Quoi qu’il en soit, Céléria continua d’observer cette scène issue de son propre passé, bien qu’elle fût trop loin pour réellement entendre les paroles échangées. Peu importait : elle n’avait pas besoin d’être physiquement présente pour les percevoir, car tout cela n’était, au final, qu’une reconstruction de son esprit.
Céléria continua donc d’observer cette scène mais d’un point de vu extérieur, tandis que nous, lecteurs, passons à la perspective de la jeune Céléria et de la Solanya du passé.
La Jeune Céléria en armure était donc entrain de traverser le parvis d’un pas rapide, se dirigeant vers un vaisseau de transport de troupes qui devait l’emmener au quartier général. Tandis que Solanya, encore plus jeune, tentait vainement de la dissuader de partir en mission.
- « Mais il faut vraiment que tu partes, maintenant ? » demanda Solanya, sa voix tremblante, essayant de rattraper Céléria et de la retenir par le bras.
- « Je suis vraiment désolée, mais je n’ai pas le choix... » répondit Céléria, continuant d’avancer malgré les supplications de sa petite sœur, son cœur se serrant à chaque mot.
- « Mais enfin, tu viens à peine de revenir de mission ! » argua Solanya, sa voix mêlée d’inquiétude et de désespoir.
- « Je sais bien... mais ce n’est pas moi qui décide... » répondit Céléria, tentant de se justifier, bien consciente de l’insuffisance de ses explications.
- « Oui, oui, je sais, mais tu es vraiment obligée de partir maintenant ? » demanda Solanya, ses yeux brillants de larmes retenues.
- « Oui, je le suis... cependant, cette fois-ci, je serai rapide, je te le promets, » dit Céléria, s’arrêtant enfin pour tenter de rassurer sa sœur.
- « Mais moi, ce n’est pas des promesses que je veux ! Ce que je veux, c’est de pouvoir passer du temps avec toi ! » répondit Solanya, rejetant la promesse évidente de Céléria, laissant cette dernière sans voix pendant quelques instants.
- « ... »
- « Je n’en peux plus de te voir à chaque fois partir en catastrophe pour une mission et ensuite ne plus avoir de nouvelles de toi pendant des semaines... » continua Solanya, vidant son sac, sa voix brisée par la frustration et la peur.
- « ... j’en viens même à me demander si tu ne fais pas tout ça pour passer le moins de temps possible avec moi !? » demanda Solanya, désespérée.
- « Mais, comment peux-tu penser une chose pareille ?! Si je fais tout ça, c’est uniquement parce que la situation l’exige, c’est elle qui m’oblige à faire tout ça, même si je n’en ai pas la moindre envie... » répondit Céléria, tentant de se défendre, sa voix trahissant sa propre détresse.
- « Eh bien, prouve-le-moi ! Dis-leur que tu n’es pas en mesure de partir et que tu as exceptionnellement besoin de repos ! » demanda Solanya, lançant un ultimatum à Céléria.
- « Mais enfin, Solanya, je ne peux pas faire une telle chose ! » répondit Céléria, luttant contre l’idée.
- « Si tu m’aimes vraiment, alors tu n’hésiteras pas à le faire ! » répliqua Solanya qui mit tout son poids dans la balance.
- « Mais enfin, les choses ne sont pas aussi simples ! »
- « Allez, fais-le, je t’ordonne de le faire ! » insista Solanya, voyant bien que sa grande sœur hésitait.
Cependant, avant que Céléria ne puisse réellement répondre, un vaisseau de transport de troupes interrompit leur dispute et posa sur le parvis à une vingtaine de mètres d’elles.
- « Je suis vraiment désolée, mais je ne peux pas... » s’excusa Céléria, la voix lourde de regret, tandis que Solanya se mit à lui tourner le dos.
- « C’est bon, j’ai compris, va donc sauver la veuve et l’orphelin, quant à moi, je t’attendrai ici, telle la potiche que je suis ! » répliqua Solanya, essayant de masquer sa douleur par un cynisme mal dissimulé.
- « Solanya, je... »
- « C’est bon, je t’ai dit ! Tu as même ma bénédiction, alors vas-y ! » coupa Solanya, feignant l’indifférence, même si elle était à deux doigts de craquer.
Alors que les deux sœurs vivaient un moment de grande tension et de déchirement, les soldats débarquèrent du vaisseau et se dirigèrent vers Céléria. Pour cette dernière, cette intrusion du professionnel dans le domaine de l’intime était perçue comme une menace. Céléria reprit donc son masque de froideur et se porta d’elle-même à la rencontre des soldats, créant ainsi une mise à distance entre son jardin secret et la laideur du monde extérieur. Cependant, en faisant cela, elle abandonna de facto Solanya, laissant sa sœur se débattre seule avec sa douleur et sa colère.
- « Lieutenant Lebel , vous êtes attendu au quartier Général. »
- « oui, j’ai été avertie, allons-y. » répondit Céléria qui confirma les propos du soldat .
- « oui , mon lieutenant . »
Le soldat la conduisit donc vers le vaisseau, mais alors qu’elle se dirigeait vers l’appareil, Céléria se retourna discrètement et essaya d’accrocher le regard de Solanya. mais, cette dernière lui tournait toujours le dos, refusant de regarder en sa direction. Les deux sœurs se quittèrent donc en mauvais termes, et le vaisseau de Céléria décolla dans un vacarme assourdissant, laissant la pauvre Solanya dans un silence de cathédrale.
La jeune Solanya était donc encore une fois livrée à elle-même, et alors qu’elle essayait de retenir ses larmes, notre Céléria actuelle essayait elle aussi de contenir son émotion. D’ailleurs, ce n’était pas un hasard si son esprit avait décidé de lui faire revivre cette scène. Cependant, alors qu’elle se morfondait et s’accablait de reproches, un cri d’effroi déchira la nuit.
Cette voix, c’était celle de la jeune Solanya et notre Céléria la reconnut immédiatement, face à cette situation, Céléria se releva aussitôt, traversa l’entrée principale, descendit les marches de l’escalier qui donnait sur le parvis et balaya la zone de son regard, mais c’était totalement vide et il n’y avait littéralement plus personne sur le parvis .
- « Solanya !? » s’écria Céléria qui d’interpella sa petite sœur.
Aucune réponse. Elle tenta à nouveau :
- « Solanya, réponds-moi !? » insista Céléria, mais encore une fois, aucune réponse.
Mais alors qu’elle s’apprêtait à l’appeler une nouvelle fois, elle fut violemment projetée au sol par une puissante déflagration qui semblait provenir du cœur de la maison familiale.
L’explosion fut si puissante, qu’elle souffla les fenêtres ainsi qu’une bonne partie de la toiture, projetant au passage bon nombre de débris qui retombèrent un peu partout, notamment sur le parvis ou Céléria était toujours prostrée au sol.
Une véritable pluie de débris s’abattit sur le sol, les plus lourds et les plus gros d’entre eux s’écrasèrent en premier, suivi d’objet plus léger, comme des morceaux de verre ou des objets du quotidien, parmi lesquels de nombreux objets intimes qui se retrouvèrent dispersés un peu partout.
Une fois la pluie de débris passée, l’explosion laissa sa place à un énorme incendie qui dévora l’ensemble de la maison familiale, détruisant au passage tous les souvenirs, ainsi que tous les petits moments qui furent vécus dans celle-ci. L’incendie se mit également à aspirer d’énorme masses d’airs, projetant très hauts dans le ciel une myriade de petites braises incandescentes, ces dernières se consumèrent tout doucement lors de leurs redescentes avant de disparaitre presque totalement au moment de toucher le sol. certaines d’entre elles étaient toutefois encore vaguement identifiable, comme ces fragments de photos qui devaient probablement venir d’un album familial.
Face à ce spectacle dantesque, Céléria était paralysée. Elle ne pouvait rien faire d’autre que de regarder les flammes détruire tout ce qu’elle avait aimé. La symbolique était claire : son comportement avait provoqué l’explosion du cocon familial.
C’est alors qu’elle aperçut une silhouette à travers les flammes. Une entité qui semblait marcher d’un pas tranquille à travers le brasier. Céléria pensa tout d’abord à un des droides domestiques qui aurait survécu à l’explosion, cependant, très vite et malgré la fumée épaisse, ainsi que la lumière rougeoyante des flammes qui dissimulaient tous formes de détails, elle commença à y reconnaitre une silhouette qui semblait être celle de Solanya.
Cependant, ce n’était pas la jeune Solanya, mais plutôt une version cauchemardesque de notre actuelle Solanya. les traits de son visage étaient tirés, sa peau d’une blancheur leucémique et ses yeux profondément creusés par d’énormes cernes. Son regard carnassier contrastant avec l’absence totale d’émotion sur son visage.
C’était comme si elle avait fait un pacte avec le diable ou qu’elle avait été possédé par une entité maléfique. De plus, elle portait une magnifique robe de soirée rouge, élégante, mais totalement hors de propos, ajoutant à l’ensemble une étrange dissonance.
Quant à Céléria, ele se sentait envahie par cette sensation horrible qu’on ressent parfois dans certains cauchemars durant lesquels nos muscles semblent n’avoir aucun tonus, et où nous nous retrouvons dans l’incapacité de fuir ou même de combattre.
à l’inverse, l’entité maléfique termina de descendre d’un pas tranquille les marches de l’escalier et fit quelques pas en direction de Céléria, avant de finalement s’arrêter à une distance raisonnable d’elle et de se mettre à la fixer intensément.
Face à cette situation surréaliste, Céléria essaya de dialoguer avec cette « Solanya » :
- « Solanya, c’est moi... » Lâcha-t-elle timidement, s’adressant à l’entité de la même manière que l’on s’adresserait à un somnambule.
Cependant, elle ne reçut aucune réponse et elle essaya encore une fois de « réveiller » sa petite sœur :
- « Je suis vraiment désolée pour tout, jamais, je n’aurais dû...»
L’entité ne lui laissa pas finir sa phrase et la coupa sèchement :
- « C’est trop tard... il n’y a plus rien qui puisse être fait » lâcha l’entité d’un ton totalement désincarné avant de dégainer et d’allumer son sabre laser rouge.
Face à cette réaction lunaire, Céléria fut totalement décontenancée et tenta de parlementer avec l’entité :
- « Non, écoute-moi, je... »
Mais l’entité ne lui laissa même pas le temps de terminer et se jeta brusquement sur elle, parcourant la distance qui la séparait de Céléria en une fraction de seconde. Face à l’imminence de l’attaque, Céléria tenta d’attraper son sabre laser, mais, étant donné qu’elle était dans un cauchemar, son sabre avait tout simplement disparu de ceinture.
Céléria était ainsi sans défense, et l’entité était déjà sur elle, lui lâchant d’une voix glaciale :
- « Je t’avais pourtant prévenue ! » Avant de transperçait Céléria en plein cœur.
Céléria se réveilla en sursaut, hurlant à pleins poumons, son cœur battant à tout rompre, mais elle ne se réveilla pas dans un environnement familier, mais au contraire, dans un lieu complètement inconnu. cette dernière ayant été placée dans un hôpital militaire de Corucent, plus précisément dans une salle spéciale, entièrement faite de verre et dominée par une grande vitre sans tain permettant de l’observer discrètement.
Le réveil de Céléria fut donc extrêmement brutal, voire traumatisant à bien des égards. Cette dernière étant reliée à une multitude de cathéters intrusifs et sanglée à son lit.
Les autorités qui ne voulait prendre absolument aucun risque, avaient mis cette salle sous très haute protection policière, Ces dispositifs témoignant de l’importance des enjeux, mais aussi de la confiance relative que les hautes sphères de pouvoir avaient envers Céléria, et ce, malgré ses états de service excellents
Pour autant, Céléria n’avait absolument pas conscience de tout cela, elle n’avait même pas la notion du temps qui s’était écoulé depuis qu’elle avait perdu connaissance, et elle commença à se débattre comme une forcenée afin d’essayer de se libérer de ses entraves, arrachant ses cathéters et ré-ouvrant ses points de suture. Elle se débattait avec l’énergie du désespoir, n’hésitant pas à se blesser pour tenter de se libérer, quitte à se déchirer un muscle, voir même à se déboîter une articulation. Ses cris résonnant dans la pièce, tandis que des infirmières se précipitèrent pour essayer de la maîtriser.
- « Où suis-je... Où est Solanya ?! » hurla-t-elle, comme une damnée.
- « Vous êtes à l’hôpital, calmez-vous, tout va bien ! » répondit une infirmière en essayant de la maintenir allongée dans son lit.
- « Lâchez-moi... JE DOIS LA REJOINDRE AVANT QU’IL SOIT TROP TARD ! » s’écria Céléria, parvenant presque à se libérer de ses entraves et à retrouver le plein usage de son corps.
- « Venez vite ! Elle est en train de se détacher ! » cria une autre infirmière, sentant qu’elle perdait le contrôle.
- « Calmez-vous, je vous en prie ! » supplia une troisième infirmière, en vain.
face à ce danger, d’autres infirmiers arrivèrent en catastrophe pour contenir la situation et administrer un sédatif à Céléria qui sombra peu à peu dans l’inconscience. Quant au médecin en chef qui observait la scène depuis la salle d’observation, il décrocha finalement un téléphone fixé au mur et avertit sa hiérarchie :
- « ... elle est réveillé » .








