Bon chien !

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Summary

Dans le repaire caché d'une chienne, Curieux, un chiot à peine né se sent à l'étroit. Fidèle à son nom, il sort découvrir le monde et désobéit par conséquent à sa mère. Traumatisé par sa première sortie, il essayera de se reconstruire et de fuir son passée qui s'obstine à le suivre. "Bon chien !" Fait partie de la série "Influence", une collection de nouvelles dénonçant la maltraitance animale. À travers les yeux du chien, cette histoire nous confronte à la maltraitance physique, des traumatismes psychologiques qui en découlent et à l'alcool. En explorant la souffrance du meilleur ami de l'homme, "Bon chien !" Est un appel à reconsidérer notre influence sur le monde naturel et à agir pour protéger ceux qui, comme nos amis les chiens, ne sont pas toujours considéré comme des créatures sensibles.

Genre
Drama
Author
Pit
Status
Complete
Chapters
5
Rating
n/a
Age Rating
13+

Chapitre 1

Un petit paquet humide et gluant glissa doucement vers l’extérieur. La chose à l’intérieur allait enfin découvrir un monde nouveau. Le paquet heurta le sol froid et sale. Inerte, la chose attendit que sa mère déchire le paquet gluant et anime le chiot prisonnier à l’intérieur. Ce chiot, c’était moi.

Je suis né aveugle et sans nom. Bien sûr, j’étais trop jeune pour m’en soucier, car ce n’était pas ma première priorité. Non, à cette heure, je rampais tant bien que mal vers l’odeur douce de la chienne que je considérais déjà comme ma mère. Avancer était difficile et ce fut la première épreuve de ma vie. Je me mis à téter dès que ma truffe sentit quelque chose de nu perdu dans l’amas de poil qu’était la fourrure de ma mère. La première goutte fut la meilleure, elle glissa délicatement dans ma gorge et trouva une place dans mon estomac. C’était doux et bon. Mais je n’étais pas seul, quatre choses remuaient à côté de moi et une cinquième me poussa, le poil encore humide de la poche gluante dont elle venait de sortir. “Beurk !“, avais-je pensé.

Mes yeux commençaient à s’ouvrir. J’étais si impatient ce jour-là, à quoi ressemblait le monde ? Quelle déception j’ai ressenti. Je vivais dans un espace grand pour un chiot, mais trop étroit pour une famille. Les murs de l’abri étaient en bois pourris et le sol était tapissé de poussière. Une multitude d’insectes se partageait le bois et c’était à celui qui faisait le plus de trous. Et je ne vous parlerai pas de l’odeur. Au moins, maintenant, je savais d’où ça venait. Heureusement, je n’étais pas seul. Mes frères et sœurs trouvaient toujours des jeux bizarres pour passer le temps. Et puis, il y avait, notre maman.

Notre mère était gentille et sa présence rassurante cachait la puanteur de notre abri. Ce jour-là, elle nous avait rassemblés et fait asseoir sagement devant elle.

- Vos yeux sont tous ouverts, avait-elle chuchoté, félicitations mes chéries.

On avait tous remué la queue, notre mère était fière de nous, génial !

- Il est temps que vous receviez vos noms temporaires.

- Temporaire ? avais-je demandé

- Oui, m’avait-elle répondu. Seul notre maître peut vous donner un nom définitif.

- Pourquoi ? avais-je continué de questionner

Elle haussa les épaules.

- Parce qu’il ne garde jamais les noms qu’on se donne.

- C’est pas gentil ! avait gémi ma petite sœur.

- C’est comme ça.

- On le rencontre quand ce maître ?

Cette dernière question, que j’avais posée, était sans doute la question de trop. En effet, à ses mots ma mère, s’était mise à trembler. Elle avait baissé les oreilles et sa queue s’affola de nervosité, son odeur douce se changea en peur :

- Jamais ! aboya-t’elle sèchement.

Je ne voulais pas la mettre en colère, les larmes perlèrent sur mes joues et je me recroquevillai sur le sol. Mes frères et sœurs qui avaient également sursauté baissèrent les oreilles et se collèrent à moi. Notre mère prit alors conscience qu’elle avait crié et nous regarda tristement avant de se détourner. Elle jeta un œil en dehors du trou qui servait d’entrée et scruta les alentours. Lorsqu’elle rentra la tête dans l’abri, elle semblait légèrement soulagée et se rapprocha de moi. Je déglutis avant de couiner fébrilement :

- Pardon, je voulais pas te mettre en colère.

Elle secoua la tête et frotta son museau sur ma tête :

- Ce n’est pas de ta faute, c’est moi qui m’excuse, je n’aurais pas dû crier.

Sa voix était redevenue douce et mon cœur se calma. Elle me lécha pour nettoyer les derniers sentiments de peur qui collaient à mes poils et je me détendis totalement. Elle fit la même chose à mes frères et sœurs. Une fois la toilette faites, nous nous remîmes en position assise.

- Vous ne pouvez pas voir le maître pour le moment. Vous êtes trop... jeunes. Oubliez-le pour le moment. Aujourd’hui, je vous donne vos noms portez-les fièrement.

Mes frères et sœurs bombèrent le torse et je me forçai à les imiter. Elle me désigna en premier :

- J’ai le nom parfait pour toi, tu t’appelleras Curieux.

J’étais heureux, ce nom me plaisait. Elle baptisa ma petite sœur Timide et ma grande sœur Bêtise. Mes trois grands frères furent nommés Énergie, Frileux et Fringuant.

Les heures et les jours passaient tranquillement. J’étais heureux de vivre avec mes frères et sœurs, mais je ne me sentais pas pleinement... Comment dit-on ? Épanoui. Pourquoi ? À cause de la règle. Cette règle qui me frustrait au plus haut point. Enfin, je dis la, mais il y en avait tout de même plusieurs.

Règle numéro un : interdiction de sortir de l’abri. Ma fratrie et moi étions donc toujours enfermés dans cet endroit poussiéreux, puant et sombre toutes les heures de chaque journée. Cette règle avait été créée pour nous aider à respecter la deuxième règle : ne jamais aller voir le maître. C’est clair qu’on ne pouvait pas le voir si on passait notre temps à nous cacher. Je m’étonnais d’ailleurs qu’il ne nous ait pas encore trouvés. Mais peut-être ne savait-il même pas que nous existions. Soit ça soit il était très mauvais à cache-cache. Honnêtement, je pense que ma deuxième théorie est la plus plausible. Enfin, ces deux règles étaient gentilles, bien qu’agaçante. Alors que la troisième, qui était la plus importante, était détestable.

- ” Vous pouvez jouer”, nous avait expliqué notre mère, “Mais sans bruit ! Quand je pars, vous vous taisez. Quand je viens, vous vous taisez. Quand vous êtes heureux, excité, triste, apeurés. Vous vous taisez. Compris ?”

On avait tous acquiescé, mais on regrettait tous de l’avoir fait. Pourquoi cette règle ? Ne pas faire de bruit, en toute circonstance ? C’était trop ! Alors quand Énergie a proposé de partir en exploration dehors, mes pattes se sont mises à me démanger plus que jamais. Notre mère était partie et la logique d’Energie n’était pas si mal.

- On a promis de respecter la troisième règle à l’intérieur de l’abri. Dehors, cette promesse ne tient plus.

J’adorais cette idée.

- Que fais-tu de la première règle, avait demandé Timide. On doit la respecter aussi.

- Tu as promis de la respecter ? interrogea son frère malicieux ? Moi, non.

- Je ne l’ai pas fait non plus, chuchota Bêtise.

- Pareil, dis-je

Timide souffla, ça faisait trois contre un. Elle jeta un regard interrogateur sur Frileux et Fringuant. Malheureusement pour elle, ce fut du cinq contre un. Alors qu’elle semblait peinée, je me sentais ragaillardi. On allait enfin découvrir l’extérieur. Notre mère n’en saurait rien, il suffisait de rentrer avant qu’elle ne revienne. Qu’est-ce qui pouvait mal se passer ?

La lumière du soleil m’éblouit lorsque je sortis dehors, si bien que je sentis l’extérieur avant de le voir. Il avait la même odeur que l’abri, mais avec une teinte plus fraîche. J’attendis que mes yeux s’habituent et après plusieurs clignements de l’œil, je pus enfin voir ce nouveau monde. Je ne savais pas si j’étais émerveillé, mais une chose était sûre, j’étais surpris. Notre abri était étrange de l’extérieur. C’était une boîte en bois cassée, déposée sur le sol terreux et crasseux d’un jardin à moitié chauve. L’abri était si petit de l’extérieur que je me demandai comment on pouvait tous y rentrer. Mais ce n’était pas le seul objet étrange de ce “jardin”. Un peu plus loin, il y avait une longue et grande boîte blanche penchée et prête à tomber. Je me rapprocha pour toucher et découvrir que sa surface était lisse et froide. C’était très désagréable, je me détourna donc de l’objet. Alors que je cherchais un autre objet, je trébuchai sur quelque chose. Un objet petit, long et vert était étendu par terre. Il était transparent et en le reniflant, je faillis vomir. C’était pire que ce que je n’avais jamais senti. Un liquide dansait au fond, mais ce qui était sûr, c’est que ce n’était pas du lait.

Je sursautai, lorsqu’un cri pareil à un grondement se fit entendre. Je fis tourner ma tête vers la source du bruit et je vis la créature la plus bizarre au monde. D’un autre côté, mon monde se cantonnait à ce jardin crasseux et à ma boite poussiéreuse. Cette créature était grande, immense même. Elle avait une drôle de peau qui formait plusieurs couches sur son corps. Elle semblait tenir parfaitement sur ses pattes arrières et ses pattes avants se levaient frénétiquement vers le ciel. Son visage était laid, déformé par la fureur et aussi nu qu’un coussinet. Il n’avait presque pas de poil, sauf peut-être sous la truffe et le museau. Il n’avait pas l’air d’avoir de griffe et semblait dépourvu de queue. « Qu’est-ce que c’est que ce truc ? » Avais-je pensé. Un cri plus reconnaissable se fit entendre. C’était ma mère qui arrivait derrière lui.

- Vous ne deviez pas sortir, aboya-t-elle.

Son ton était suppliant. La créature bipède attrapa quelque chose de long comme un bâton recourbé au bout, mais de couleur grisâtre.

- Allez-vous en ! Cria ma mère. Partez cachez-vous ! Ne le laissait pas vous attraper.

Je compris alors que cette créature était probablement le maître dont elle nous parlait de temps en temps. Mais pourquoi fuir, si c’est lui qui devait nous donner nos noms définitifs ? Le maître se mit à courir et ma mère le poursuivit. Il se précipita droit vers Timide, ma mère tenta de le retenir en mordant l’une des couches de peau du bipède, mais celle-ci se déchira. Je frémis, ça devait être douloureux, mais à ma grande surprise le maître avançait comme s’il n’avait rien senti. Le temps ralentit lorsqu’il releva le bras où il tenait le bâton gris. Il l’abaissa ensuite violemment, mes yeux détaillaient chaque position de sa patte. J’entendais les aboiements de ma mère au ralenti et j’essaya de reconstituer le mot qu’elle prononça :

- Ti-mi-de ! Réussis-je à décrypter.

Le temps redevint normal quand le cri de ma sœur fendit l’air. Je clignai des yeux et je découvris l’horreur. Ma sœur était étalée dans le sol boueux. Elle paraissait inerte et un liquide rouge dégoulinait de sa tête. Le maître releva son bâton gris qui avait désormais le bout rouge et le refit tomber sur le crâne de ma sœur. J’étais tétanisé devant ce spectacle. Que faisait-il ? Il s’acharnait sur elle et des gouttes rouges éclaboussèrent son visage hideux. Ma mère se jeta sur son bras pour essayer d’arrêter le massacre, mais le maître se releva, grogna quelque chose et dégagea son bras des crocs de ma mère. Ensuite... Il la frappa. Le corps de ma mère tomba lourdement sur le sol. Mais qu’est-ce qui se passait ? Il s’acharna sur le crâne de ma mère comme il l’avait fait avec ma sœur. Je ne comprenais pas ce qui se passait, mais les derniers ordres de ma mère raisonnèrent en moi. “Ne le laissait pas vous attraper ! “. Je pris alors mes pattes à mon cou et décida de retourner me cacher dans l’abri si poussiéreux mais si confortable. Ce n’était pas une bonne cachette, je fus à peine rentré dedans que le plafond de l’abri craqua. Le maître frappait le bois et des milliers d’éclats me tombèrent sur le pelage. Je décida alors de sortir et c’est là que le bâton gris me cogna le flanc violemment.

Quelque chose craqua à l’intérieur de moi et je retombai loin. Mon petit corps heurta violemment le sol et quelque chose d’autre craqua. J’avais mal si mal, mais j’étais encore conscient. J’eus tout le déplaisir de voir le Maître frapper Bêtise avec le bâton jusqu’à ce qu’elle s’immobilise. Je le vis frapper Fringuant avec sa patte arrière et lorsque mon frère hurla, je sus que se crie me hanterai.

Il n’eut aucun mal à massacrer tout le reste de ma famille, car je crois que c’était le mot. J’étais le seul conscient, ma respiration était faible. Il le remarqua et s’approcha près de moi. Il avait lâché son bâton et me regarda les yeux plein de haine alors que les miens le suppliaient. Il chercha quelque chose du regard et il le trouva. L’espèce d’objet petit, long, vert transparent qui puait et avec un reste de liquide dedans. Il le renifla, fit la grimace, mais but la chose à l’intérieur. Il s’essuya la gueule avec son autre patte et me regarda avec un air sadique. Il me frappa alors avec cette chose transparente et alors que je sentais la chose se fracasser sur mon crâne, je m’évanouis en me disant : “On n’aurait jamais dû sortir”.

J’étais en vie ! J’avais mal partout, un liquide rouge et chaud glissait sur mes yeux, mais je vivais toujours. Oui, mais pour combien de temps. Je ne savais pas où j’étais. Il faisait noir et chaud là-dedans. C’était étouffant, une puanteur étrangère se mêlait à l’odeur familière de ma famille. J’essaya de bouger une patte arrière pour reculer de l’impasse où je me trouvais sans doute, mais je ne fis que heurter quelque chose de mou et poisseux. J’essaya alors de bouger ma tête et une douleur aiguë la traversa. Quelque chose tomba sur ma truffe. Je reconnus tout de suite cette queue, c’était celle de Timide. Qu’est-ce que ? Quelque chose remua sous moi :

- Y a quelqu’un, murmura une voix.

Tout mon corps me faisait mal, mais au prix d’un effort immense, j’articula :

- Bêtise ?

Ma voix était faible et roque à cause de la douleur.

- Curieux, c’est bien toi ?

Il me fallut du temps pour répondre, le manque d’air commençait à se faire sentir :

- Oui, couinais-je douloureusement, où est ce qu’on est ?

Mon frère remua de nouveau :

- Je ne suis pas sûr. Finit-il par répondre à bout de souffle. Je l’ai vu mettre les corps du reste de notre famille là-dedans. Maman, c’est réveillé tout à l’heure elle a juste eu le temps de dire “sac” puis elle s’est rendormit. Je n’arrive pas à la réveiller depuis et les autres non plus. Comment ils font pour dormir, je n’y arrive pas moi.

Je n’avais plus la force de répondre, mais la voix de mon frère me faisait du bien.

- Je crois qu’il nous a jetées quelque part. Le maître ne veut plus de nous et il nous a virées de sa maison. Tu crois que maman sera fâchée quand elle se réveillera. Elle va sûrement nous punir et rajouter plein de règles.

Je ne pus retenir mes larmes plus longtemps. J’ignorais si c’était la douleur ou la tristesse. Mon frère parlait pour se rassurer, mais quelque chose au fond de moi me disait que notre mère et le reste de la fratrie ne réveilleraient plus jamais.

Bêtise ne parlait plus. Il avait sûrement fini par “s’endormir” lui aussi. Il n’y avait presque plus d’air et je savais que je n’allais plus tarder à les rejoindre. Soudain, le sac bougea, quelque chose le remuait de l’extérieur.

- Il y a des chiens là-dedans !

Cette voix ! C’était l’aboiement d’une chienne. Il y avait peut-être un espoir. Des voix résonnèrent juste après elle, des voix de bipède. Le chiot frémit, l’espoir n’avait été que de courte durée. Pourtant, la chienne semblait résister et continuait d’aboyer en remuant le sac.

- Il y a des chiens à l’intérieur !

Je compris alors qu’elle essayait de prévenir ses maîtres, mais ceux-ci étaient trop stupides pour la comprendre. Le sac arrêta de remuer, ses maîtres avaient réussi à l’éloigner et étaient sûrement en train de la tirer en arrière.

- S’il y a des chiens à l’intérieur, aboya la chienne dans un souffle de résistance, hurlez !!

Ce mot me fit frémir. Y arriverais-je seulement ? Oui ! Je devais y arriver. Je rassembla toutes mes dernières forces et mon souffle et hurla :

- Je suis dedans !!

Les protestations des bipèdes s’arrêtèrent, comme s’il avait enfin décidé d’écouter. Ils avaient également dû relâcher leur emprise, car la chienne remua de nouveau le sac de l’extérieur.

- Il y a un chiot à l’intérieur ! Aboya-t-elle de plus belle à ses maîtres. Allez petit encore une fois !

Je me concentrai une autre fois, sachant que ce crie serait le dernier avant que je ne m’évanouisse :

- Sortez-moi de là !