Prologue
Prologue
Daniel
Il pleuvait comme si le ciel voulait me noyer.
Mes mains tremblaient sur le volant, mon esprit était vide, juste un bourdonnement noir. Un pont, à quelques kilomètres. J’allais y foncer, mettre fin à tout.
Et puis je l’ai vue.
Minuscule silhouette au bord de la route, trempée, grelottante, le visage inondé de larmes et de pluie. Elle avait l’air d’un petit oiseau tombé du nid. Quand je me suis arrêté et que je me suis approché, elle a levé vers moi de grands yeux écarquillés, comme si j’étais la dernière personne au monde capable de la sauver.
Viens petite
Elle n’a pas hésité. J’ai senti son corps glacé se coller contre moi, et une chose étrange s’est produite. La rage, le vide… tout ça s’est effacé. Elle était là. Et soudain, il fallait que je vive.
J’ai refusé qu’elle m’appelle « papa » — j’avais vingt et un ans, je n’étais pas prêt. Mais « tonton »… ça, oui.
Mon petit ange.
Trois ans plus tôt, elle est partie à Barcelone pour l’université.
Aujourd’hui, elle revient.
L’aéroport sentait le café brûlé et la climatisation trop forte. J’attendais, les mains dans les poches, pas vraiment prêt… et puis je l’ai vue sortir de la foule.
— Mon petit ange !
Elle a couru, valise brinquebalante, et s’est jetée dans mes bras.
— Mon tonton d’amour !
Son parfum m’a frappé en plein cœur. Rien à voir avec la petite fille qui jouait dans mon jardin. Ses cheveux, plus longs, sentaient la vanille et le péché. Sa poitrine a écrasé mon torse dans l’élan, ses hanches ont trouvé ma taille, et mes mains… j’ai dû lutter pour ne pas les laisser glisser plus bas.
Trois ans. Trois ans sans elle, et elle avait poussé comme une fleur sauvage. Minijupe noire, chemisier blanc entrouvert, jambes interminables qui auraient donné une érection à un moine bouddhiste.
Mon cœur battait trop vite. Mon corps, lui, réagissait avant mon cerveau.
— T’es… différente, soufflai-je.
— Tonton… c’est toi qui es resté le même.
Elle a ri, mais son regard a accroché le mien une seconde de trop. Une seconde où je n’ai plus vu la petite que j’avais recueillie… mais une femme.
Et cette pensée interdite venait de s’ancrer en moi.
Pour de bon.