Sous le soleil de Monaco

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Summary

Un soir à Monaco, dans un club chic en bord de mer, elle le repère : regard sombre, sourire fuyant, voix grave. Ils flirtent, ils dansent, ils boivent, ils jouent. Mais ils ne couchent pas. Juste un moment suspendu, rempli de tension, qui la hante pendant des jours. Une semaine plus tard, elle se présente à un rendez-vous professionnel clé pour un projet très haut-de-gamme… et il est là. Lui. Le mec du club. Sauf que maintenant, il porte une chemise parfaitement repassée, il se tient droit, il est consultant sur le même projet. Et il fait comme s’il ne se rappelait pas de cette nuit. Ou peut-être que si. Trop bien.

Genre
Romance
Author
moon
Status
Complete
Chapters
34
Rating
4.7 3 reviews
Age Rating
16+

Chapitre 1

Nina aimait travailler. Organiser, anticiper et contrôler.

Mais ce qu’elle aimait peut-être encore plus, c’était ces quelques soirs volés à son agenda. Quand elle posait son téléphone face contre table, fermait son Macbook sans vérifier une dernière fois ses mails, et ouvrait la bouteille de champagne avant même d’avoir décidé où sortir.

« Bébé t’as mis le chauffage ? Nos tétons vont geler sinon. » cria Anaïs depuis la salle de bain, en déboutonnant lentement sa robe.

« Ça va, drama queen, t’as pas froid t’as juste faim. » répliqua Lou, déjà perchée sur ses talons YSL, les bras levés pour retoucher son chignon devant le grand miroir.

L’appartement de Nina se trouvait au dernier étage d’un immeuble moderne. Il baignait dans une lumière chaude avec du marbre clair, des lignes nettes, une odeur de vanille et du bois blond. Un intérieur pensé pour impressionner sans en faire trop. Comme elle.

Elle, justement, se tenait près du grand miroir de l’entrée, une coupe de champagne à la main, en train de fermer sa boucle d’oreille droite.

La robe glissait sur ses hanches comme une seconde peau : une création d'un grand couturier. Elle était noire, minimaliste, asymétrique sur une épaule. Le tissu, dense mais souple, dessinait chaque ligne de son corps sans jamais trop en dire.

Elle avait choisi des escarpins noirs en satin, à talons fins.

Ses lèvres étaient légèrement colorées de son rouge à lèvres favori. Son regard dans le miroir était calme. Il ne trahissait rien. Pas l’agacement. Pas le doute. Pas la solitude.

« T’es en deuil ou tu veux te faire enterrer vivante ? » lança Lou, en détaillant la tenue noire avec un sourire taquin.

« Je veux juste pas briller autant que ta robe. » répondit Nina, sans détourner les yeux du miroir.

« Touchée. » souffla Anaïs en rigolant, tout en ajustant son push-up devant la glace.

Ses amies étaient comme ça. Belles, brillantes et surtout bruyantes. Elles parlaient fort, elles aimaient les shots, les selfies, les hommes musclés et les clubs en bord de mer.

Elles avaient rencontré Nina sur des soirées presse, sur des rooftops ou dans des événements où elle bossait. Elles l’adoraient parce qu’elle savait toujours où entrer sans payer, qui connaissait qui, qui couchait avec qui, et parce qu’elle avait cet appartement avec vue mer et des talons Jimmy Choo alignés dans son dressing comme un showroom.

Mais ce qu’elles ne savaient pas, c’est que Nina les observait comme on observe un décor. Avec une distance douce, polie et imperceptible.

Elle riait à leurs blagues. Elle jouait le jeu. Elle versait les verres. Mais elle savait qu’au fond, elles n’étaient pas là pour elle. Pas vraiment. Elles étaient là pour les lieux, pour le réseau, pour l’accès. Elle n’en disait rien. Elle préférait les garder proches.

Mieux vaut tenir les paillettes que de devoir les ramasser seule, comme lui répétait sa mère.

« On va où ce soir déjà ? » demanda Lou en vaporisant du parfum sur ses poignets.

« Le Halo. » répondit Nina sans hésiter. « Nouveau DJ, bon cocktails, gens beaux. »

« Ugh. Et pas de footballeurs ce soir hein, s’il te plaît. » souffla Anaïs. « Je veux un homme qui sait lire. »

« Tu veux un mec qui t’écrive des poèmes avec sa carte black, surtout. » ricana Lou.

Nina sourit. Elle attrapa son sac noir et ouvrit sa porte d'entrée.

« On y va, les filles. Faites genre vous êtes classes, au moins à l’entrée. »

« On est classes. » répondit Lou en souriant. « Mais toi, t’es carrément glaciale ce soir. C’est pas comme ça que tu attireras des hommes. »

« Parfait. » conclut Nina. « Le feu attire les mites. Le froid, lui, attire les rares qui savent résister. »

Et sans un mot de plus, elle disparut dans l’ascenseur, suivie de ses deux satellites en talons, prêtes à embrasser la nuit.

Le claquement des talons sur le béton du parking souterrain s’éteignit dans un silence presque respectueux. Nina pressa la clé entre ses doigts et, dans un déclic fluide, la Porsche 911 Carrera noire s’éveilla. Une bête de ligne et de précision. Lustrée, discrète, infaillible. À son image.

Anaïs grimpa côté passager en soufflant un « maman roule sexy » qui fit lever les yeux au ciel de Lou, déjà calée à l’arrière, téléphone en main, scrollant les stories de la veille.

Le moteur ronronna doucement tandis qu’elles s’enfonçaient dans les rues sinueuses de la Principauté. Monaco de nuit brillait comme un décor de cinéma : façades éclairées, palmiers polis, voitures qui valent des salaires annuels. Une élégance qui se voulait naturelle, mais qui sentait le parfum cher et la compétition silencieuse.

« D’ailleurs, je vous ai pas dit ! Je suis en train de reparler avec Max. » dit Lou, en fixant son écran.

« Lequel ? Le gars du rooftop avec les cheveux comme un buisson ? » demanda Anaïs.

« Non, le producteur qui m’a ghostée en avril. »

« Attends, le chauve ?! » éclata Anaïs.

« Il est pas chauve. Il est... dégarni. Et il a une maison à Porto-Vecchio. »

« Oui mais il est chauve ! » conclut Anaïs avec un sourire en coin.

La brune, au volant, esquissa un sourire mais ne répondit pas. Les discussions de ses amies la faisaient souvent rire, parfois soupirer, jamais participer.

Lou avait un faible pour les hommes plus âgés, riches, installés.

Anaïs, au contraire, papillonnait de garçons en baskets blanches, souvent plus jeunes qu’elle, rarement matures, toujours distrayants.

« Et toi, Nina ? » lança Lou soudainement. « Tu couches avec qui, ces temps-ci ? »

« Personne. » répondit-elle simplement.

« Come on… t’es pas devenue bonne sœur, quand même ? »

« Je choisis. Et je choisis rarement. »

Il y avait eu des hommes. Évidemment. Mais pas assez intéressants pour durer, pas assez subtils pour comprendre, pas assez profonds pour la troubler. Elle n’était pas prude, loin de là.

Elle aimait le flirt, le frisson, les échanges tendus entre deux verres. Mais elle détestait perdre son temps. Et dans son monde, beaucoup d’hommes étaient très doués pour parler, moins pour intriguer.

La voiture remonta doucement la Promenade, frôlant les hôtels cinq étoiles et les terrasses chics. Au loin, on voyait déjà les lumières du Halo, ce nouveau club ultra sélect.

« Bon. Ce soir, je veux un mec jeune, beau, et muet. » annonça Anaïs.

« Tu veux un mannequin décédé, en fait. » répondit Lou en rigolant. « Et toi Nina ? T’as un type ce soir ? »

« Non. » dit-elle simplement. « Mais peut-être que ce soir, quelqu’un attirera mon attention. »

Elles éclatèrent de rire, comme si elle avait fait une blague. Nina n’ajouta rien.

Le Halo portait bien son nom : tout y était lumière, dorure et transparence. À l’entrée, deux hommes en costume noir tenaient la file comme des gardes de temple. Une file s’était formée, pleine de talons trop hauts, de chemises ouvertes et de regards suppliants.

Mais Nina, elle, n’attendait jamais.

Elle sortit de la voiture, posa un pied au sol, et les deux vigiles hochèrent la tête en silence.

« Bonsoir, madame Costa. » fit l’un d’eux, en soulevant la corde.

« Bonsoir. » répondit-elle avec un léger sourire, déjà passée.

Anaïs et Lou la suivaient avec un plaisir à peine dissimulé. Elles adoraient cette sensation de glisser devant tout le monde. D’être celles qui passent.

À l’intérieur, la musique battait comme un cœur bien réglé. La lumière était tamisée, le bar en marbre clair, les serveurs en chemise noire. Tout était pensé pour la photo Instagram, sauf que Nina, elle, ne postait jamais rien comparé à ses copines.

Un hôte s’approcha.

« Carré Madame Costa ? »

« Oui. Et deux bouteilles. Pas de vodka bas de gamme, mes chères amies ont des palais de luxe. Merci. »

On les guida vers un espace surélevé, un peu à l’écart, canapé en velours beige, vue plongeante sur la piste. Nina s’assit au centre, décroisa lentement les jambes, et observa la foule en contrebas.

Un océan de visages, de rires, de regards qui cherchent.

La vodka arriva dans un seau de glace, escortée par une serveuse en robe noire. Deux bouteilles, des verres déjà givrés, des tranches de citron taillées comme des bijoux. Le tout déposé sur la table basse avec une élégance mécanique.

« J’aime les endroits où on ne galère pas à se faire servir. » commenta Lou, en attrapant le goulot comme une professionnelle.

« C’est toi qui fais le premier round ? » demanda Anaïs.

« Toujours, ma belle. »

Les verres se remplirent vite. Vodka, tonic, une touche de citron.

Nina porta le sien à ses lèvres et laissa l’alcool mordre juste ce qu’il faut. Elle en aimait l’amertume, le silence qu’il installait dans son ventre.

La musique vibrait à travers les murs, les spots tournoyaient au-dessus de la piste comme des phares d’un monde parallèle. En bas, la faune dansait déjà : robes serrées, chemises ouvertes, peaux huilées. Monaco dans toute sa splendeur. Ou son cliché.

« Ok, attendez ! » déclara Anaïs en se redressant. « Scanning en cours. »

Elle pencha légèrement la tête, balayant la salle d’un regard affûté.

« Lui, là-bas. Le blond avec la mâchoire. Pas mal musclé, j’aime. »

« Je valide. » admit Lou. « Moi je prends son pote. Celui avec la Rolex. Il a une montre, il a une maison. »

« C’est toi qui dis ça ? Toi qui parles aux mecs qui vivent dans des vans à Bali ? »

« Je suis versatile. »

Nina sourit, presque malgré elle. Elle les aimait pour ça. Leur légèreté, leur capacité à s’amuser comme si rien ne comptait.

Mais elle, ce soir encore, n’y croyait pas.

Son regard glissa lentement sur la salle, sans vraiment chercher. Elle vit des visages trop jeunes, trop sûrs d’eux, trop maquillés d’intention. Des hommes qui posaient leur montre sur la table avant de commander. Qui regardaient les femmes comme des récompenses à débloquer.

Aucun ne l’intéressait. Ou alors, tous la fatiguaient un peu.

Elle but une autre gorgée, appuya son dos contre le dossier du canapé, et sentit déjà le léger vertige du moment. Cette impression de flotter dans un monde qui n’était pas vraiment le sien, même si elle savait en épouser tous les codes.

Est-ce que je vais encore rentrer seule en taxi ce soir ? pensa-t-elle, sans amertume. Juste avec une lassitude douce, familière.

Anaïs fut la première à bondir.

« Allez, on va danser. Ça chauffe là-bas. » cria-t-elle en saisissant la main de Lou.

« T’as vu comment il m’a regardée ? Je veux ce regard tous les matins en me réveillant. » gloussa Lou en vidant son verre.

« Nina tu viens ? »

« J’arrive. » souffla-t-elle sans y croire.

Mais elles savaient. Elle ne les suivrait pas tout de suite. Peut-être pas du tout. Nina n’était pas du genre à danser juste pour danser. Elle attendait toujours quelque chose. Une tension, une atmosphère, une connexion. Sinon, à quoi bon ?

Elle resta assise, jambes croisées, verre en main, les yeux à demi baissés.

Ses amies s’étaient déjà fondues dans la foule entre les flashs de lumière et les beats lourds.

Autour d’elle, le carré VIP vibrait d’un luxe tapageur. Des rires trop forts, des parfums entêtants, des hommes en chemise blanche, trop bronzés, trop lisses. La jeune femme restait immobile, droite dans sa robe noire. Une île dans le tumulte.

Et puis, une présence.

Un homme. Un banal. L’un de ceux qui croient qu’un carré VIP donne des droits.

Il s’assit sans être invité, posa son verre trop près du sien, et afficha un sourire calibré, faux jusqu’à l’éclat de dents.

« Alors, t'es seule ma belle ? » demanda-t-il avec un clin d’œil envieux.

Elle ne répondit pas mais le regarda de haut en bas.

« Tu bois quoi ? Je te paye le prochain. Ou mieux : je te le fais goûter. C’est un super cocktail, vodka passion comme moi. » plaisanta-t-il.

Nina ne répondit pas. Elle haussa légèrement un sourcil, presque imperceptible, et porta son verre à ses lèvres. Son silence était poli, mais glacial. Elle le maîtrisait à la perfection.

L’homme, lui, ne comprit pas. Ou fit semblant de ne pas comprendre.

Il sortit un paquet de cigarettes de la poche de sa veste. Fausse Rolex au poignet.

Il s’humecta les lèvres. Trop.

Il se pencha légèrement.

« Je te jure, t’as un truc… Un truc magnétique. Tu danses ? Je suis pas relou, hein. T’as une énergie, t’es spéciale, je l’ai senti direct. »

Elle ne le regarda même plus.

D’habitude, dans ce genre de moment, elle attrapait Anaïs ou Lou par la nuque, déposait un baiser rapide, théâtral, sur leurs lèvres. Une tactique testée, approuvée. Les hommes se décomposaient et partaient.

Mais là, elle était seule. Et lui, il insistait.

Elle soupira. Longuement.

Puis, sans un mot, elle attrapa son verre encore à moitié plein, se leva, et se dirigea vers la piste de danse.

Elle n’avait pas envie de danser. Mais elle avait encore moins envie de respirer le parfum bon marché de cet homme-là.