Chapter 1-1
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J’aurais préféré suivre mes cours sans problème : avoir une vie d’étudiante posée, me plaindre d’avoir trop fait la fête et courir après un cours raté. Mais non, ma vie est cent fois pire.
Du moins, ça, c’était jusqu’à ce que je le rencontre. Lui.
J’essaie tant bien que mal de suivre madame Young, mais mes yeux se ferment tout seuls. Ma tête part en avant, jusqu’à ce qu’un coup de coude de Manon, ma meilleure amie, me ramène à la réalité.
Je me redresse, les yeux embrumés. Elle me sourit d’un air moqueur en tortillant une mèche de cheveux blonds. Je détourne vite le regard et attrape mon stylo rose, celui que je garde toujours pour mes cours de psychologie. Il n’a rien d’exceptionnel, mais sans lui je me sens incapable de me concentrer.
Parfois, je me dis que je ferais mieux d’abandonner. La deuxième année vient à peine de commencer et je ne suis pas sûre de tenir encore longtemps une vie pareille.
— Je comprendrai jamais pourquoi, tous les vendredis, t’es crevée comme ça, souffle Manon.
Je hausse les épaules et fais semblant d’écrire. Lui raconter ma vie est devenu compliqué. Partir d’un mensonge, c’est plus simple.
— Comme d’habitude, je révise toute la semaine pour ne pas avoir à le faire le dimanche.
— C’est ridicule. Tu connais déjà la moitié du cours.
Je hausse encore les épaules.
— Tu me connais, j’aime pas avoir du retard.
— Moi j’appelle ça du suicide, ricane-t-elle.
Je sais qu’elle ne se moque pas vraiment de moi. Depuis notre rencontre l’année dernière, c’est elle qui m’a permis de tenir. Elle est mon contraire : elle aime s’amuser, faire la fête, et me soutient dans les cours. Pour être honnête, ça me suffit. Quelques mois après la rentrée, elle m’avait proposé de partager un appartement près du campus. Il appartient à son frère, en déplacement. Je n’ai pas hésité : mon père habite à trente bonnes minutes d’ici, et je ne pouvais pas cracher sur une telle opportunité. De l’appartement à la fac, on en a pour cinq minutes.
Madame Young hausse la voix pour attirer l’attention et, comme à chaque fois que je somnole, ses mots me rentrent plus facilement quand ils claquent dans l’air :
— Petit rappel : les candidatures pour les stages à l’étranger ouvrent dans quelques jours. Si l’un d’entre vous veut tenter sa chance, venez me voir après le cours.
Ma main se met en mouvement d’elle-même, griffonnant la date dans mon carnet, comme un automatisme. Mais à l’intérieur, une petite boule se forme. Un stage à l’étranger. Quitter la fac, quitter mon père..
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