Les flammes de l'espoir

All Rights Reserved ©

Summary

Le jour où son mari est mort, Anna a tout perdu. Depuis, elle tente tant bien que mal de survivre, seule avec ses deux filles, dans une maison remplie d’ombres et de souvenirs. Chaque pièce, chaque geste du quotidien lui rappelle l’amour disparu, le vide laissé par l’absence. À bout de souffle, incapable de continuer à vivre dans ce passé figé, elle prend une décision radicale : vendre la maison, changer de ville, tout recommencer. Nouvelle ville. Nouveau travail. Nouvelle maison. Anna espère enfin pouvoir respirer à nouveau, se reconstruire, loin du chagrin. Mais elle ne s’attendait pas à tomber sur un voisin aussi irrésistible… qu’insupportable. Scott est beau, froid, distant, et il l’agace au plus haut point. Pourtant, derrière son regard dur se cache un homme lui aussi cabossé par la vie. Et s’il était, contre toute attente, la clé de sa renaissance ?

Genre
Romance
Author
JenKent25
Status
Ongoing
Chapters
4
Rating
n/a
Age Rating
18+

Prologue

Se reconstruire…Aller de l’avant…Elles ont besoin de moi…

ANNA

— Merde.

Je laisse tomber ma tête contre le volant et ferme les yeux avec force. J’aimerais avoir le pouvoir de tout oublier. Partir dans un monde loin d’ici où tous mes soucis s’envolent et où ma peine et ma douleur n’ont pas la place. Mais c’est tout bonnement impossible, on ne peut pas renier ses problèmes d’un seul battement de cils, ça serait bien trop simple sinon. Je me focalise sur ma respiration, tentant de reprendre le contrôle. Inspire, Anna. Expire. Ça va aller. On va s’en sortir…

— Merde, répète une petite depuis le siège arrière.

Contre toute attente, malgré le chaos qu’est ma vie, un sourire nait sur mes lèvres. Je devrais pleurer, hurler, mais j’ai assez versé de larmes pour palier à la sécheresse dans le monde, et j’ai compris il y a quelques temps que crier ne servait à rien, on croit que ça soulage, mais c’est faux. Sur le moment, ça fait du bien, mais ça ne répare rien. Puis mes filles ne sont responsables de rien, tout comme moi, elles souffrent, alors je me vois mal leur hurler dessus alors que je suis la première à avoir sorti ce gros mot que je le leur répète trop souvent d’oublier.

Je ne sais pas si je suis une bonne mère, des fois, je me trouve trop sévère, d’autre fois trop laxiste. Je fais partie de celles qui se pensent bipolaire, à un moment donné je suis douce patiente et la seconde d’après je peux vriller et avoir envie de les tuer. Mais je vais bien. Du moins, j’essaie de me persuader que d’avoir envie d’étrangler ses enfants est normal.

Je soupire, lève la tête, bombe le torse et me tourne vers mes deux tornades qui ressemblent à deux anges, mais il faut se méfier des apparences. Elles se tiennent aussi possible l’une de l’autre, comme si elles avaient la peste. Sœurs, mais plus souvent ennemies qu’alliées.

— On ne dit pas de gros mots, ma chérie. Ce n’est pas joli dans la bouche d’une petite fille, la réprimandé-je.

— Toi, t’en dis, réplique mon aînée, sans me laisser finir.

C’est bien une ado ! Elle passe sa vie à souffler et à reprendre mes moindres faits et gestes. Rien ne semble assez bien à ses yeux. Est-ce que j’étais aussi chiante à son âge ? J’aime à penser que non.

— Oui, mais moi, je suis une adulte. Vous, vous aurez le droit aux gros mots… à votre majorité. Pas avant.

Ma plus jeune rigole, tandis que sa sœur lève les yeux au ciel. Quand elle fait ça, j’ai envie de la secouer, mais je me retiens. Après tout la violence ne résout rien !

Je repense à tout ce que j’ai moi aussi fait endurer à mes parents, sauf que moi j’étais plus âgée. À quatorze ans, on n’est pas encore censé jouer à la poupée ? Emie elle, passe son temps à écouter du dark métal dans sa chambre. Un style de musique que j’ai découvert contre ma volonté…De la pire torture si vous voulez mon avis, moi qui suis plus style rnb et pop. Quand elle n’écoute pas cette musique, elle parle à ses amies. Elle discute plus avec elle qu’avec moi sa propre mère…Heureusement que ma petite dernière n’a que quatre ans et qu’à ses yeux, je suis encore la maman parfaite. Elles me rendent folle, mais elles sont toute ma vie. Mon moteur. Mon oxygène. Sans elles, je n’existerais plus. Elles ne le savent pas, mais chaque jour, elles me retiennent un peu plus au bord du gouffre.

Depuis qu’il est parti, qu’il nous a quitté, je me perds. Je lutte. J’avance à contre-courant. Mais aujourd’hui, tout semble me tirer vers le fond. Et j’ai envie, juste un instant, d’arrêter de me battre. Puis je les regarde. Et je pense à lui. Il voudrait que je tienne bon. Mais avant, nous étions deux. À présent, je porte tout. Seule.

— Je vais voir ce qui cloche. Vous restez dans la voiture. Vous ne sortez pas, compris ?

Josie hoche la tête en souriant tandis qu’Emie souffle comme un bœuf.

— Tu veux qu’on aille où, de toute façon ? On est perdues au milieu de nulle part. Ce déménagement, c’était une idée pourrie.

— Ouais, pourrie ! renchérit Josie.

— Merci pour le soutien, les filles, marmonné-je en ouvrant la portière.

Je descends. Une odeur de brûlé me prend au nez. Je m’approche du capot, d’où s’échappe un panache de fumée blanche. Génial. Je me tape doucement le front du plat de la main. Et maintenant ? On vient à peine d’arriver en ville, je ne connais personne. Et hors de question d’appeler mes parents. Ils diraient simplement : « Tu vois ? C’était une erreur de partir. »

Mon ancienne vie n’est qu’à une heure de route d’ici. J’avais besoin de mettre un peu de distance entre ma famille et moi. J’étouffais là-bas, j’avais l’impression de stagner de n’être que l’ombre de moi-même. Tout dans cette ville, dans cette maison me rappelait constamment ce que j’ai perdu. J’avais besoin d’air. D’un vent de renouveau, pour moi, pour mes filles. Elles ont besoin de moi et pour elle, je me dois de garder le cap. Alors pour nous, j’ai vendu cette maison, celle qui portait nos souvenirs, nos rires, notre vie, mais vivre sans sa présence et ne sentir que son absence, cela devenait pire que recevoir un couteau en plein cœur. Même si personne ne comprend ma décision, cette fuite est la meilleure décision que j’ai prise. Pour nous. Pour survivre.

Je suis en train d’examiner mon capot en me demandant si je ne devrais pas sortir mes filles du véhicules, quand un bruit de moteur me fait lever les yeux. Un pick-up se dirige vers nous. Le conducteur derrière le volant ralentit, puis se gare à quelques mètres. Mon cœur se serre. Pourvu que ce ne soit pas un taré.

Un homme en descend. Grand. Blond. Musclé. Jean usé, t-shirt noir moulant. Bras puissants, démarche assurée. Le genre à faire tourner toutes les têtes. Mais pas la mienne. Mon cœur est en friche.

— Bonjour, dit-il en s’approchant. Besoin d’aide ?

— Non, je regarde ma voiture fumer juste pour le plaisir.

Oh, Anna… tais-toi. Ma mère me le répéterait. Mais la fatigue me rend cassante.

Il me dévisage, surpris, puis éclate de rire. Son rire est franc, lumineux. Contagieux. Si bien que je me surprends à sourire avec lui.

— Belle et drôle. C’est rare. Moi, c’est Abel, lance-t-il si naturellement qu’on pourrait croire que nous sommes amis.

Il tend sa main vers moi.

— Anna, le salué-je en serrant cette paume chaude et puissante.

Bon sang, je déraille.

— Vous êtes nouvelle dans le coin ? Je ne pense pas vous avoir déjà vue, je m’en souviendrais si c’était le cas.

— Oui, en effet. On vient d’arriver en ville, mes filles et moi. On rentrait du supermarché… et voilà.

— Vous habitez où ?

— Écoutez… vous êtes très beau, mais je ne suis pas intéressée.

Il sourit. Le genre de sourire qui devrait être interdit. Parfait. Dents blanches. Alignées. Lèvres insolentes qui appellent à la luxure.

— Je suis flatté. Mais je ne cherche pas à te draguer, juste à t’aider. Je suis garagiste. Je peux remorquer ta voiture.

— Oh… murmuré-je, un peu honteuse.

Mes joues me brûlent. Je me sens vraiment idiote.

— C’est que je ne veux pas te déranger. Puis on ne se connait pas !

Il sort un truc de sa poche et malgré moi, j’ai un mouvement de recul. Il hausse un sourcil et montre son portefeuille en l’agitant sous mon nez.

— Tu peux prendre une photo de ma carte d’identité et l’envoyer à une connaissance si ça te rassure ? Je ne suis pas un tueur. Puis ça serait un sacrilège de tuer une si belle femme.

Je lui donne mon adresse. Il arque un sourcil.

Je rigole comme une quiche.

— Non c’est bon. Je te crois.

Je lui donne mon adresse et il me toise d’une drôle de manière tout d’un coup.

— Tu as acheté la maison à la façade bleue ?

J’hoche la tête.

— Oui je l’ai tout de suite trouvé très belle. Elle me faisait pensé à la mer, c’est idiot, mais c’est ça qui m’a fait craqué. Pourquoi tu me demandes cela ?

Il s’éclaircit la gorge.

— C’était la maison de ma grand-mère. Mon frère et moi, on se demandait qui l’avait achetée.

— Surprise, dis-je en levant les bras.

Il secoue la tête, un sourire en coin.

— Tu vas être la voisine de mon frangin.

— Super.

— Je ne dirais pas ça. Il est moins charmant que moi. Tu perds au change.

Il rit seul. Solaire. Brillant. Déconcertant.

— Allez, va dire à tes filles de sortir. Je vais accrocher les sangles à ta voiture pour la remorquer. Venez dans mon pick-up, je vous ramène.

Je le remercie et part ouvrir la portière de mes petits monstres.

— Venez !

— C’est qui demande Emie ?

— Le frère de notre voisin. Il s’est proposé de nous ramener. Je compte sur vous pour être polies et sages, ok ?

— Oui, lance Josie en sortant et en se collant tout contre mes jambes alors qu’Emie sort de l’autre côté.

— Emie !

— Ouais j’ai compris, gentille, polie. T’inquiète maman, je serais parfaite.

Je soupire. Pourquoi ça doit être si difficile d’avoir des enfants.

***

Abel gare le pick-up devant ma maison. Je tends les clés à Emie pour qu’elle ouvre pendant que je prends Josie dans mes bras. Il retire le siège auto que nous avons pris dans ma voiture et il me suit jusqu’à l’intérieur, dépose le tout dans l’entrée, puis revient avec mes sacs courses. Dans la cuisine, il regarde autour de lui. Son regard se voile.

— J’ai tellement de souvenirs ici.

— J’en prendrai soin, dis-je doucement.

Je comprends. Moi aussi, j’ai laissé une maison pleine de souvenirs et d’amour, mais parfois, il faut savoir lâcher prise pour pouvoir continuer à respirer.

— Tu as besoin de ta voiture ce week-end ?

— Non, mais lundi, je dois conduire les filles à l’école.

— Tu l’auras avant. Promis.

— Je ne sais pas comment te remercier. Sans toi, j’étais à deux doigts de craquer. Tu veux boire quelque chose ?

— Non merci. J’allais voir un pote quand je t’ai vu sur le côté de la route, seule et en détresse.

Je rigole, il est vraiment marrant. Je le raccompagne. Josie trottine derrière nous.

— On a eu de la chance dans notre malheur de te croiser. Au début j’ai eu peur que tu sois un tueur en série…

— Je n’ai pas ce talent. Si tu veux tout savoir, je tourne de l’œil à la vue du sang, ça le fait moyen sur un CV de tueur.

Je ris. Nous sortons sur le palier et soudain il lève la main et crie. Cela me surprend tellement que je bondis et manque d’hurler.

— Scott !

Un homme s’apprête à entrer dans la maison d’en face. Il se retourne. Et je reste figée.

— Regarde. Voici Anna, c’est elle qui a acheté la maison de mémé.

Il tourne la tête vers moi. Même de loin, sa tristesse me frappe en plein cœur. Il a l’air de porter un monde entier sur les épaules. L’opposé d’Abel. Si l’un est lumière, l’autre est ombre. Cheveux noirs comme la nuit, une barbe de quelques jours, mais tout aussi grand et tout aussi musclé. Je me demande dans quel monde je débarque, chez moi, il n’y avait pas d’hommes aussi charismatiques.

Non, mais il y avait lui, crie la petite voix dans ma tête. Il occultait tous les autres.

Il hoche la tête en guise de salut, puis entre chez lui. Rien de plus.

— Désolé, souffle Abel. Il a vécu des trucs difficile dernièrement. Il revient à peine en ville. C’est un bon gars, mais… tu vois.

Oui. Je vois. Je connais ce poids invisible qu’on porte sans savoir comment le déposer.

— C’est ton frère ? Vous avez l’air tellement différent.

— Le seul et unique. Ouais on nous le dit tout le temps. Allez, j’y vais, sinon ta voiture ne sera jamais prête à temps. À plus, Anna.

— Merci, vraiment.

Il me sourit. Et pour la première fois depuis longtemps, quelqu’un me parle sans pitié. Sans poser de questions. Ça me fait un bien fou qu’on ne connaisse pas mon passé.

Je le regarde s’éloigner. Josie court, je la rattrape et la soulève. Elle éclate de rire.

Quand je me retourne pour refermer la porte derrière nous, je croise le regard de mon voisin. Il est à sa fenêtre. Il m’observe. Je lui adresse un petit signe. Il ne répond pas. Puis je ferme la porte.

C’est le début d’une nouvelle vie. Je vais y arriver.

Pour toi. Pour nos filles.