Chapitre 1
โขยฐโขยฐโขยฐโข
Je mโรฉveillai avec la dรฉsagrรฉable impression quโun marteau piqueur avait รฉlu domicile dans mon crรขne.
Couchรฉe sur le ventre, la joue รฉcrasรฉe contre un oreiller trop moelleux, je laissai un soupir rauque sโรฉchapper dโentre mes lรจvres. Les rayons du soleil viennent brรปler mes paupiรจres closes et mโaveuglait presque.
Tout me semblait flou, comme si je sortais dโun rรชveโฆ ou dโun cauchemar. Je me redresse tant bien que mal, assise sur le lit, mes reins protestant ร chaque mouvement. Mes mains vinrent instinctivement se poser sur mon visage. Bordel, quโavais-je fait hier soirโฏ?
Alors que je tentais de rassembler mes idรฉes, la porte de la salle de bain sโouvrit. Je lรจve lentement la tรชte.
Et je reste figรฉe.
Un homme sort de la salle de bain. Cheveux encore humides, serviette frottant distraitement ses mรจches, sa robe de chambre entrouverte laissant apparaรฎtre un torse ferme etโฆ ah non. Mon cerveau refusa de traiter cette vision.
Nos regards se croisรจrent. Juste un instant, mais cโรฉtait comme si le temps sโรฉtait figรฉ. Je sentis ma gorge se nouer, mon visage sโembraser. Je dรฉglutis difficilement et dรฉtournai immรฉdiatement les yeux, la honte me submergeant. Mon cลur battait si fort que jโavais lโimpression quโil allait traverser ma poitrine.
Puis, les souvenirs me revinrent comme des flashs : le date ratรฉ, les verres, ma meilleure amie qui me forรงait ร suivre ce โplanโ ridicule, ma stupide idรฉe de le suivre jusquโร sa chambre. Je baissai les yeux vers moi. Soutien-gorge. Ohโฆ string encore lร . Soulagement et panique mรชlรฉs, mes doigts sโenfonรงant sous le drap comme dans un rรฉflexe de protection.
Il ne disait rien, ses yeux toujours posรฉs sur moi, et ce silence me torturait presque autant que la honte. Je tentai de reprendre contenance. Serrant le drap contre ma poitrine, je me raclai la gorge dโune voix timide et trahie par mon anxiรฉtรฉ :
โ Euhโฆ jeโฆ je peux emprunter votre salle de bain ?
Il hocha simplement la tรชte.
Je ne me fis pas prier. Je bondis hors du lit le drap toujours collรฉ contre moi, filant ร cรดtรฉ de lui sans oser le regarder, mes pieds nus claquant contre le sol froid. Je fermais la porte derriรจre moi, le souffle court, les mains tremblantes.
Je me frottai le front, incapable de distinguer une pensรฉe droite dโun nลud de spaghetti. Il fallait que je respire, que je me calme. Je tournai la tรชte vers le miroir mon reflet me renvoya lโimage dโune femme dรฉcoiffรฉe, les yeux bouffis, le mascara qui avait dรป fuir pendant la nuit. Gรฉnial. Vraiment le portrait de la dignitรฉ.
Je me penchai, tirant mes cheveux en arriรจre dโun geste nerveux, puis laissai mes yeux glisser sur ma peau. Ma gorge. Mes รฉpaules. Mes clavicules. Rien. Pas de suรงons. Pas de marques de dents. Mon regard descendit plus bas, jusquโร mes cuisses que je soulevai lรฉgรจrement pour vรฉrifier. Toujours rien.
Un souffle sโรฉchappa de mes lรจvres, presque un rire nerveux. Je posai ma paume sur mon front, repoussant encore mes cheveux vers lโarriรจre. Pas de preuves. Pas de cicatrices dโune nuit ร laquelle je nโavais aucun souvenir de participer. Peut-รชtreโฆ peut-รชtre quโil ne sโรฉtait vraiment rien passรฉ.
Mon tรฉlรฉphone.
Un รฉlectrochoc. Il fallait que je retrouve mon tรฉlรฉphone. Tout de suite.
Je mโapprochai de la porte, le cลur battant, et lโouvris ร peine, juste assez pour jeter un ลil. Mon regard balaya la chambre. Il รฉtait lร . De lโautre cรดtรฉ de la piรจce, penchรฉ sur un tiroir quโil fouillait tranquillement. Comme si de rien nโรฉtait.
Mes yeux glissรจrent sur la table de chevet. Mon sac. ร quelques centimรจtres de la porte.
Je retins ma respiration, sortis ร demi, et tendis un bras tremblant. Mon regard allait de mon sac ร lui, de lui ร mon sac, la panique au bord des lรจvres. Mes doigts agrippรจrent enfin la laniรจre. Dโun coup sec, je tirai, attrapai le sac contre moi et me ruai de nouveau dans la salle de bain, claquant la porte.
Cette fois, je filai droit ร l'intรฉrieur, verrouillai, et fouillai frรฉnรฉtiquement dans mon sac jusquโร trouver mon portable. Lโรฉcran sโalluma, mโaveuglant presque. Plusieurs appels manquรฉs. Une dizaine de messages. Tous de Zoรฉ.
Je tapai fรฉbrilement sur lโicรดne tรฉlรฉphone. Au deuxiรจme appel, elle dรฉcrocha.
โ Enfin ! sโexclama-t-elle. Jโรฉtais ร deux doigts de lancer une recherche internationale.
Sa voix รฉtait un mรฉlange dโinquiรฉtude et de sarcasme, et je nโavais aucune patience pour รงa.
โ Cโest ta faute, Zoรฉ ! crachai-je ร voix basse. Cโest ta faute si je viens de me rรฉveiller ร moitiรฉ nue dans le lit dโun inconnu !
Un silence. Puis un petit รฉclat de rire de lโautre cรดtรฉ de la ligne.
โ Attendsโฆ โnueโ ?! Oh mon dieu, Juliette, vous lโavez vraiment fait ?
โ Mais non ! Enfinโฆ je crois pas ! mโemportai-je, le ton montant malgrรฉ moi. Jโai encore mes sous-vรชtements, donc jโimagine quโon nโest pas allรฉs loinโฆ mais bordel, jโai failli crever de honte en me rรฉveillant ร cรดtรฉ de lui. Je me suis enfermรฉe dans les toilettes comme une ado en panique !
Je me frottai le front avec ma main libre, retenant ร peine un gรฉmissement dรฉsespรฉrรฉ.
Un silence de trois secondes. Puis la voix de Zoรฉ รฉclata, moqueuse et thรฉรขtrale :
โ Oh. Mon. Dieu. Juliette Collins, la fille la plus organisรฉe du bureau, planquรฉe derriรจre une porte avec son tรฉlรฉphone en mode SOS amitiรฉโฆ je vis pour ce genre de drame !
Je fermai les yeux, massant mes tempes.
โ Zoรฉ, je te jure, si tu continues ร te foutre de moi, je raccroche.
โ Raccroche pas, proteste-t-elle entre deux rires. Je veux tout savoir. Genre, il est comment ? Sexy ? Mignon ? Tu peux pas me laisser sur ma faim, lร .
TOC TOC.
Je me figeai net, le tรฉlรฉphone collรฉ contre mon oreille.
โ Attendsโฆ cโรฉtait quoi รงa ? demanda Zoรฉ, son ton soudain plus intriguรฉ.
Je dรฉglutis, mes doigts crispรฉs sur le portable.
โ Rienโฆ cโestโฆ je crois quโon a frappรฉ.
TOC TOC. Plus fort cette fois.
โ Vous avez oubliรฉ รงa, dit une voix masculine de lโautre cรดtรฉ.
Mon cลur fit un bond dans ma poitrine. C'รฉtait lui. Je nโavais mรชme pas osรฉ imaginer la scรจne oรน il se pointerait devant la porte des toilettes, et pourtant, voilร .
โ Attendsโฆ chuchotai-je ร Zoรฉ en plaquant une main contre le micro de mon portable.
Jโentrouvris la porte, juste assez pour passer une main tremblante. Je sentis le tissu de ma robe et de mon chemisier frรดler mes doigts, et je les arrachai presque de ses mains pour refermer la porte dans la seconde. Mon dos se colla au bois, comme si jโavais besoin dโun mur entre lui et moi.
โ Oh. My. God, fit Zoรฉ ร lโautre bout du fil, sa voix remontant dโun cran. Cโรฉtait lui ?! Le mec tโapporte carrรฉment tes fringues comme si vous รฉtiez mariรฉs depuis trois ans ?
Je roulai des yeux en silence, mais mes joues sโenflammรจrent malgrรฉ moi.
โ Ilโฆ il ne fait que se rattraper, soufflai-je. Gentleman de circonstance, rien de plus.
โ Gentleman mon ลil, rรฉpondit Zoรฉ, ร moitiรฉ rieuse, ร moitiรฉ dramatique. Il joue รงa comme dans un film : toi enfermรฉe dans la salle de bain, lui qui te ramรจne tes vรชtements avec sa voix graveโฆ Tu te rends compte dans quel clichรฉ de romance tu viens de tomber ?
Je laissai tomber ma tรชte contre la porte avec un grognement รฉtouffรฉ. Zoรฉ avait raison, mais jamais je ne lui donnerais ce plaisir.