Brûle-moi

All Rights Reserved ©

Summary

On dit qu’il n’y a qu’un pas de la haine à l’amour. Mais il y en a aussi un de l’amour à la haine. Mia a tout quitté, fui, persuadée qu’aimer un homme qui en désirait une autre ne pouvait que la détruire. Mais ce qu’elle cherchait à fuir est bien plus profond… et la poursuit jusque dans sa nouvelle vie. À Okemos, elle voulait se reconstruire. À la place, elle se retrouve embarquée dans une colocation imprévisible, des amitiés intenses, des aventures explosives et des secrets qu’elle croyait pouvoir enterrer. Entre rires, blessures et désirs interdits, chaque jour la rapproche d’un point de non-retour. Et surtout, il y a lui. Celui qui la déteste depuis le premier jour. Celui qu’elle s’obstine à détester en retour. Celui qui pourrait la briser… ou la faire brûler d’un désir qu’elle n’avait jamais osé imaginer.

Genre
Romance
Author
Gabriela
Status
Complete
Chapters
122
Rating
5.0 42 reviews
Age Rating
18+

Mon choix

24 heures plus tôt

Je tourne en rond, comme une lionne en cage. Mes pas résonnent sur le trottoir désert, mais je n’y prête aucune attention. Je fais les cent pas, inconsciente des regards intrigués des rares passants. Ils doivent me prendre pour une folle. Je suis tétanisée. Chaque fibre de mon être sait qu’en lui avouant mes sentiments, je scellerai la fin de tout ce que nous sommes, tout ce que nous avons construit, avons été.

Un contact dans mon dos me fait sursauter, brisant le fil de mes pensées. Mon cœur s’emballe aussitôt qu’un frisson glacial me traverse. Instinctivement, je m’éloigne, érigeant une barrière entre nous. Je lève à peine les yeux pour croiser son regard.

– (Derek) Hey, Mia… ça va ?

Son regard est franc, désarmant, comme tout ce qui le caractérise. Je détourne les yeux et prends une grande inspiration avant de me lancer.

– Écoute, il faut que je te parle. Si je t’ai demandé de venir ce soir, c’est pour que tu l’entendes de ma bouche et pas de celle de quelqu’un d’autre.

Il fronce les sourcils, visiblement surpris par mon ton inhabituellement grave. Ce n’est pas dans mes habitudes de lui parler ainsi. Pas après toutes ces années d’amitié. Il recule légèrement, perturbé.

– Ce que j’ai à te dire est important pour moi, Derek. Alors, s’il te plaît, laisse-moi parler jusqu’au bout.

– (Derek) Heuu… ok… qu’est-ce qui se passe Mia ?

Je ferme les yeux un instant, cherchant un courage que je ne suis pas sûre de posséder. Puis, d’un coup, je lâche tout, comme on arrache un pansement. Brutalement, sans retour possible.

– Je suis terrorisée à l’idée de te dire ça, mais je ne peux plus vivre avec ce poids. On se connaît depuis des années. Tu es mon meilleur ami, la seule personne en qui j’ai une confiance absolue. Tu es celui qui m’écoute, celui qui m’épaule dans les pires moments, celui qui me protège et qui n’hésiterait pas à anéantir quiconque oserait me blesser. Tu partages mes plus beaux souvenirs, mes instants de joie les plus sincères. Grâce à toi, je suis devenue la jeune femme que je suis aujourd’hui. Mais la vérité… c’est que mes sentiments pour toi dépassent largement les limites de notre amitié. Je n’arrive plus à les contrôler.

Je le fixe, et je vois son regard s’éteindre, comme si une part de lui-même s’effondrait. Il tombe des nues.

– Ne crois pas que c’est facile pour moi de te dire tout ça. Ce n’est pas une décision que j’ai prise à la légère. J’ai gardé ça pour moi, parce que j’avais peur de te perdre. Mais aujourd’hui, ce secret me détruit. Il me dévore. Et je sais que tu es heureux en couple. C’est pour ça que j’ai pris une décision : je vais partir.

Je recule, mettant une distance physique entre nous, comme pour appuyer mes paroles. Je sens mon cœur se fissurer à chaque centimètre que j’ajoute entre nous, mais je tiens bon. Cette distance est nécessaire. C’est la seule façon de le laisser être heureux, même si cela signifie m’effacer de sa vie.

Derek s’avance brusquement et me retient par le bras. Il est bien trop proche. Son odeur, sa chaleur, tout me bouleverse. Mon cœur bat à tout rompre, mes jambes tremblent, mais je ne flanche pas.

– (Derek) Si c’est une blague, Mia, je ne trouve pas ça drôle !

Sa voix est tendue, presque cassante, et je peux voir l’incrédulité dans ses yeux.

– J’ai l’air de plaisanter ?

Il reste silencieux, mais je vois son visage se crisper. Derek soupire, passant une main dans ses cheveux, visiblement troublé.

– (Derek) Putain…

Je baisse les yeux, cherchant mes mots, luttant contre la boule qui se forme dans ma gorge.

– Je m’en veux tellement… Je m’en veux de ne pas avoir eu le courage de te le dire plus tôt.

Il lève la tête, croise mon regard, et dans ses yeux, je vois une tempête. Des questions. De la confusion. Peut-être même de la colère.

– (Derek) Et pourquoi maintenant ? Pourquoi tu me balances ça comme une bombe ? Pourquoi ce soir ?

Je prends une grande inspiration, mes mains tremblant légèrement.

– Parce que je n’en pouvais plus, Derek. Parce que chaque jour, chaque seconde que je passe près de toi, je me sents suffoquer. Je ne peux plus continuer comme si de rien n’était.

Il soupire lourdement

– Derek, je vais y aller…

– (Derek) Mia, ne me regarde pas comme ça. Tu n’iras nulle part. Tu peux pas me balancer un truc aussi énorme et partir comme si de rien n’était. On doit en parler !

Son regard me transperce. C’est troublant. Douloureux. Mais nécessaire. Je déglutis avec difficulté, alors qu’il me retient à nouveau, refusant de me laisser m’échapper.

– Parler de quoi ? Tout est dit…

– (Derek) Ça fait combien de temps ?

Un silence pesant s’installe avant que je ne murmure :

– Deux ans.

– (Derek) Quoi ? Deux ans ? Deux ans ??!

Son expression oscille entre l’incrédulité et l’indignation. Je grimace en repensant à tous ces moments de complicité entre nous. Toutes ces fois où j’ai rêvé qu’il me dise qu’il était fou de moi, que notre amitié n’était qu’un prétexte, qu’il m’aimait. Et toutes ces autres fois où j’ai grimacé intérieurement, le cœur serré, lorsqu’il parlait de Jade.

– (Derek) Comment j’ai pu ne rien voir ? On passe tout notre temps ensemble, je te vois plus que ma copine, et j’ai rien vu, rien…

Je soupire, honteuse. J’ai bien caché mon jeu, trop bien peut-être.

– Derek, je vais m’en aller…

– (Derek) Mais t’es pas sérieuse ? T’en aller où ? Je ne veux pas que tu partes ! J’ai besoin de toi dans ma vie !

Un rire nerveux m’échappe, amer:

– Derek… La relation qu’on a n’a rien de sain. Pour la simple et bonne raison que tu es en couple avec une fille extraordinaire, et je respecte ça. Derek, je vais vraiment partir. J’ai besoin de prendre du temps pour moi, de m’éloigner, de me retrouver.

Il secoue la tête, la mâchoire crispée, clairement en désaccord.

– (Derek) Et tes études ? Tu vas pas tout lâcher comme ça, juste parce que tu m’as avoué tes sentiments ?

– Je fais un break. Je ressens vraiment le besoin de le faire.

Je vois son visage se fermer, sa désapprobation écrite dans chacun de ses traits. Il n’approuve pas, pas du tout. Et pourtant, il n’a pas idée à quel point cette décision est difficile pour moi. Comment vais-je faire sans lui ?

Depuis sept ans, il est mon pilier. Il n’y a pas un jour où on ne se voit pas, pas un jour où je ne me confie pas à lui. Pas un jour où je ne me suis pas dit que j’avais de la chance de l’avoir dans ma vie.

Et maintenant, je choisis de tout quitter. Lui, cette proximité rassurante, cette routine. Mais c’est le seul choix possible. Le seul moyen de reprendre le contrôle de ma vie, de mes émotions, de mon avenir.

– (Derek) Je suis désolé, Mia. J’aurais dû le voir venir. Mais surtout… j’aurais dû savoir qu’une amitié aussi forte entre un gars et une fille, ça ne pouvait pas exister.

Il fait une pause, le regard fuyant, comme s’il cherchait les mots justes.

– (Derek) J’aurais aimé que ça se passe autrement.

– … moi… aussi…

Il s’avance vers moi, tendant les bras pour me prendre dans une étreinte, mais je recule instinctivement. Je ne peux pas. Il ne réalise pas combien je l’aime, combien un simple contact physique avec lui pourrait me briser encore davantage. Ce n’est pas un réconfort que je cherche, c’est une distance, une frontière.

Mes yeux, remplis de larmes, croisent les siens. Je vois la douleur, l’incompréhension, la peine. Il commence à comprendre. Il sait que je mets réellement un terme à notre relation, à cette amitié qui a été toute ma vie et qui m’a sauvé, qui m’a permis de ne pas m’effondrer dans les moments sombres.

– (Derek) Tu vas réellement partir ?

– Oui.

– (Derek) Où vas-tu aller ?

Je prends une grande inspiration, mon cœur battant douloureusement dans ma poitrine. Je dois lui mentir. Il ne doit pas savoir. Si je garde l’espoir, même infime, de le voir débarquer un jour, je ne m’en remettrai jamais. Je suis bien trop fleur bleue, trop romantique. Je pourrais passer ma vie à espérer qu’il arrive sur un cheval blanc, me déclarant que je suis la femme de sa vie. Je dois couper les ponts.

– Je ne sais pas encore.

– (Derek) Tu comptes revenir ?

– Je n’en sais rien. Pour l’instant, j’ai juste besoin de prendre le large.

Un silence pesant s’installe entre nous. Il me regarde, abattu, les bras ballants, immobile, presque figé. Moi, je fouille nerveusement dans les poches de mon manteau, cherchant un mouchoir pour essuyer les sillons glacés que mes larmes ont tracés sur mes joues.

Puis:

– Je t’aime, Derek.

Ces mots franchissent mes lèvres avant que je ne puisse les retenir. Ils flottent un instant dans l’air, comme une vérité cruelle qui refuse de disparaître. Avant qu’il n’ait le temps de réagir, je me retourne pour partir. Il attrape ma main, son étreinte hésitante, presque désespérée. Mais je ne me retourne pas. Je me libère doucement, puis je m’enfile dans le tram qui vient de s’arrêter à quelques mètres.

Je quitte les lieux, le cœur en miettes, laissant derrière moi tout ce que j’ai connu et aimé.

Dans le tram, le monde semble flou. Mon portable vibre, me ramenant brusquement à la réalité. Je jette un œil à l’écran. Un message de Derek :

« Pardonne-moi d’avoir cru que je pouvais vous avoir toutes les deux dans ma vie… Tu es ma meilleure amie, et je suis dévasté de te voir t’en aller. »

Un sanglot m’échappe, étouffé par le bruit du tram en mouvement. Sous l’impulsion, je retire ma carte SIM, les mains tremblantes, et la jette dans la première poubelle que je croise. Ce geste, bien que symbolique, me semble irrévocable. Je dois tourner la page.

Une nouvelle étape de ma vie commence maintenant.