LUNDI MATIN
Lundi Matin
Je ne suis plus étudiante.
C’est étrange à écrire, comme une mue qu’on n’a pas vraiment sentie venir. Un jour, j’étais encore là, dans cet amphi froid à Nanterre, à essayer de me convaincre que Bourdieu n’avait pas ruiné ma libido, et le suivant, je portais une veste noire trop grande et un badge à mon prénom, dans un bureau à open space.
Je m’appelle Jenny. J’ai 26 ans. Je travaille dans une boîte de communication culturelle. Et je vis avec ma meilleure amie. Ma coloc. Ma complice. Ma… putain de faiblesse. Je vis avec Bella.
Oui. Elle. Toujours aussi belle, insolente, spontanée, et incontrôlable.
On a emménagé ensemble “juste pour six mois”, à la sortie de la fac. C’était pratique. Économique. Logique. Et on n’est jamais reparties. Peut-être parce qu’on savait déjà. Peut-être parce qu’on n’avait pas besoin de se poser la question.
Nos débuts, c’était un peu n’importe quoi. Des plans foireux. Des rires nerveux. Des premières fois floues, volées dans l’alcool et les jeux de regards. On s’est découvertes en même temps qu’on s’est brûlées.
Je pourrais te parler de la nuit où elle m’a poussée à sucer un mec, sans me dire qui c'était. Ou de celle où elle a joui entre mes jambes alors que je me faisais prendre par un inconnu dans un bar de nuit. Je pourrais te raconter nos douches à deux, nos photos envoyées “par erreur”, nos promesses jamais tenues de “juste dormir”.
Mais tout ça… C’était avant. Avant que je la touche autrement. Avant que je la regarde sans fuir. Avant que je me dise que je n’avais plus envie d’autre chose qu’elle.
Deux ans qu’on vit ensemble, donc. Nous avons emménagé il y a six mois dans un grand deux-pièces lumineux, au 4e étage d’un immeuble trop chaud l’été. Un salon rempli de coussins, des plantes qui crèvent tous les deux mois, une cuisine minuscule, et une seule vraie chambre. La sienne. La nôtre.
Il y a longtemps que notre relation a cessé d’être floue. On ne l’a pas vraiment formulé. Pas de demande, pas de statuts, pas de discours. On a laissé faire. Et peut-être que c’est ça qui nous sauve. Chaque jour, on réinvente. On ajuste. On teste.
Et parfois, on se cherche encore. Par peur de se perdre. Par envie de se surprendre. Parce que le désir, chez nous, est à la fois moteur et menace. Une force douce. Une tension sous-jacente. Une faim jamais vraiment rassasiée.
Bella, de son côté, a fini par transformer son talent pour la mise en scène en métier. Elle travaille maintenant dans un petit studio de production audiovisuelle. Elle jongle entre la post-prod, la direction artistique, et parfois même des capsules en ligne où elle joue les animatrices. Elle a cette aisance naturelle qui agace autant qu’elle fascine. Elle brille sans le vouloir. Et elle sait exactement quand s’arrêter, juste avant d’en faire trop.
Voilà où on en est. Deux ans de nous. Et tout reste possible.
Ce matin-là, c’est un lundi. Un de ces lundis où la lumière filtre juste ce qu’il faut entre les rideaux mal tirés.
Je suis réveillée la première. Par l’odeur de ses cheveux. Par la chaleur de son corps contre le mien. Par sa cuisse nue entre les miennes. Et par ce foutu besoin.
Je me lève sans bruit. Bella dort encore. Un bras replié sous sa joue. Sa bouche entrouverte. Un sein nu hors du drap. Elle ronfle presque. Et elle m'excite comme toujours.
Je me lève tôt. J’ai des horaires. Des factures. Des réunions qui m’ennuient. Je ne suis plus cette fille paumée qui comptait les points dans sa culotte chaque fois qu’un regard insistait trop.
Je traverse l’appartement pieds nus, en culotte et en t-shirt oversize. Pas besoin de m’habiller. Il n’y a qu’elle. Je passe devant le miroir de l’entrée : cheveux en vrac, regard flou, seins qui se baladent librement. Rien de sexy. Et pourtant, je sens déjà ma chatte réagir.
Je fais couler le café. J’entends ses pas nus derrière moi.
— Tu regardais mes seins pendant que je dormais, hein ?
— Non.
— Menteuse.
— C’est un crime ?
Sa voix est rauque, encore pleine de sommeil. Elle vient se coller contre mon dos. Sa poitrine nue contre mon dos. Ses bras autour de ma taille. Son menton sur mon épaule. Elle m’embrasse dans le cou. Ses mains me cherchent déjà. Même le matin. Même à jeun. Même avant de pisser.
— Je voulais juste te regarder dormir.
— Creepy.
— T’étais belle.
— Toujours.
Elle rit. Se frotte à moi comme une chatte en chaleur. Ses mains glissent sous mon t-shirt. Elle effleure mes hanches. Mon ventre. Et quand elle remonte jusqu’à mes seins, je ne proteste pas.
Bella sait tout de moi. Ce qui me fait rire. Ce qui me fait mouiller. Où me toucher. Quand me taquiner. Quand me prendre. Et là, elle sent que j’en ai envie. Pas besoin de mots.
— Tu veux vraiment aller bosser ?
— T’as une meilleure idée ?
— J’ai ta meilleure idée.
Elle me retourne. Me soulève comme si je pesais rien. Me pose sur le plan de travail. Froid sous mes cuisses. Chaud dans ma culotte. Je n’ai pas le temps de réfléchir. Elle est déjà entre mes jambes. Sa bouche sur mon ventre. Puis plus bas. Ses doigts tirent doucement le tissu. Mon sexe apparaît, humide, gonflé. Elle le regarde. Me regarde.
— Bonjour, toi, dit-elle à ma chatte.
Je ris. Puis je ferme les yeux. Parce que je sais ce qui vient. Et ce qui vient, c’est sa langue. Elle me lèche comme si elle me retrouvait. Pas comme une fille qu’on saute en cachette. Comme une amante. Comme une évidence. Sa bouche est chaude, douce, précise. Elle connaît chaque recoin. Chaque frisson.
Elle commence doucement. Un cercle. Un autre. Un baiser entre mes lèvres. Puis sa langue, qui s’enfonce à peine. Je m’appuie sur mes coudes, le souffle déjà court. Son t-shirt glisse de son épaule. Sa nuque est humide. Elle gémit à chaque fois que je bouge les hanches.
— Tu m’as manqué, Bella…
— J’étais là cette nuit.
— Ouais… mais pas là…
Elle rit. Puis elle s’y remet. Sérieusement. Ses doigts entrent en moi. Un, puis deux. Sa langue ne quitte pas mon clito. Elle le suce, le lèche, le presse, le mordille.
Je gémis. Je me cambre. Je perds la maîtrise. Je veux jouir, mais je veux que ça dure. Je veux la serrer contre moi. Je veux qu’elle me suce jusqu’à ce que je pleure.
Et c’est ce qu’elle fait.
Je ne retiens plus rien. Je dis son "Oh putain, Bella", je dis “plus vite”, je dis “continue” en boucle. Mes jambes tremblent. Mon ventre se contracte. Je suis en train de venir. Et elle ne s’arrête pas. Pas cette fois. Elle reste là, la langue collée à mon clito, les doigts bien calés dans mon sexe.
Je jouis. Fort. Un râle sort de ma gorge, profond, presque animal. Je viens contre sa bouche. Je me laisse aller. Je me laisse prendre. Et elle, elle me lèche jusqu’à la dernière onde. Jusqu’à ce que je glisse, molle, contre le carrelage froid du plan de travail. Elle relève la tête. S’essuie les lèvres avec sa main.
— Et voilà. C’est fait.
— Je suis censée faire quoi, là ?
— Prendre ta douche. Aller bosser. Et penser à moi toute la journée.
Je la regarde. Elle est sublime. Les cheveux ébouriffés, les joues roses, les lèvres brillantes de moi. Je remonte ma culotte, trempée. Puis je la prends dans mes bras. Je colle mon front contre le sien.
— Tu sais que je t’aime ?
Elle me regarde. Cligne des yeux.
— Je sais.
Mais elle ne répond pas. Pas encore. Elle attendra. Et moi… je peux attendre.
Je suis restée quelques minutes assise là, sur le plan de travail, les jambes encore molles, les cuisses trempées, pendant qu’elle s’activait dans la cuisine comme si elle n’avait pas passé dix minutes à me lécher comme une sorcière.
— T’as faim ?
— Tu me demandes ça après m’avoir vidée ?
— Tu veux dire nourrie.
— Non, je veux dire explosée.
Elle me lança un clin d’œil et enfourna un morceau de brioche. Je la regardais faire. Son cul nu sous le t-shirt trop court. Ses cheveux emmêlés, sa manière de se balancer en rythme sur ses talons. Je me disais que j’avais de la chance. Et que j’allais forcément la perdre. Parce qu’on ne garde pas une fille comme Bella. On la croise. On la désire. On la raconte. Mais on ne la possède pas.
Je suis allée prendre ma douche, en silence. Sous l’eau, j’ai repensé à tout. À l’époque de la fac. Aux soirées. Aux premières fois. À la fille que j’étais. Et à ce que je ressentais quand je la voyais rentrer dans une pièce. Ce mélange de panique et de jouissance. De brûlure et de froid.
Aujourd’hui encore, c’est pareil. Même si je vis avec elle. Même si je la vois se brosser les dents ou râler sur la lessive. Même si on dort ensemble tous les soirs. J’ai toujours cette peur sourde qu’un matin, elle ne soit plus là.