Le printemps après toi - Tome 2

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Summary

Anaïs pensait avoir touché le fond l’hiver dernier, entre deuil, culpabilité et amour impossible. Elle se trompait. Aujourd’hui, elle s’accroche à tout ce qui lui permet de ne pas penser. Aux mauvaises soirées. Aux mauvaises décisions. Aux mauvaises personnes. Quand elle replonge dans une spirale qu’elle ne contrôle plus, ce n’est pas seulement son cœur qui vacille, mais tout ce qu’elle croyait avoir reconstruit. Entre rancœurs, secrets de famille et fantômes du passé, Anaïs devra affronter ce qu’elle fuit depuis trop longtemps.

Genre
Romance
Author
EmmaW
Status
Ongoing
Chapters
14
Rating
5.0 1 review
Age Rating
18+

Chapitre 1

Anaïs

Furieuse, je sors du bâtiment, escortée par deux types de la sécurité. À mes côtés, Cheryl hurle encore sur le mec qui nous a mis à la porte de son propre établissement.

— Putain, j’y crois pas ! crie-t-elle en secouant son portable dont l’écran est complètement fissuré.

Elle tente de l’allumer, sans succès, avant d’arracher la carte SIM et de balancer le reste du téléphone sur le trottoir d’un geste sec. Elle se recoiffe d’un geste rapide, enfile son manteau en fourrure rose et fouille dans son sac à main noir pour en sortir deux cigarettes et une flasque bordée de strass.

Après en avoir bu une longue gorgée, elle me la tend et, sans réfléchir, je l’imite avant de récupérer la cigarette déjà allumée entre ses lèvres.

— On fait quoi, alors ? je demande, frigorifiée en tirant une bouffée et en ramenant mes bras nus contre moi pour tenter de me réchauffer.

Cheryl observe les lumière de la boîte de nuit et finit par passer son bras autour de mes épaules pour me blottir sous son manteau.

The night is still young, babe, dit-elle, interpellant d’un signe de la main le premier taxi à notre hauteur.

A peine installée sur les fauteuils en cuire, Cheryl fouille frénétiquement dans son sac et je capte du coin l’œil le regard appuyé du chauffeur sur son décolleté à travers le rétro viseur. Ca fait maintenant un an qu’elle attire tout les regards sans rien forcer, m’éclipsant à chacune de nos sorties, sans même s’en rendre compte.

Elle sort un nouveau téléphone de son sac, le colle à son oreille et m’adresse un clin d’œil au passage.

— James, c’est moi, dit-elle, jouant avec une mèche de ses longs cheveux noirs. On arrive dans dix minutes.

Après avoir balancé l’adresse au chauffeur d’un ton assuré, elle se tourne vers moi avec un large sourire.

— Où on va ?

— James a organisé une soirée et ça a l’air dix fois mieux que leur boîte de prétentieux coincés.

Je pousse un petit rire et cale ma tête contre la vitre, observant les lumières de la ville défiler dans la nuit. Cheryl ayant glissé un billet au chauffeur sur le trajet, nous arrivons plus vite que prévu et en descendant du véhicule, me fige devant l’immense portail gris métallique qui nous fait face.

Du bout de ses grands ongles, elle pianote un code sur l’interphone. Un déclic retentit et la grille s’ouvre aussitôt. Impatiente, elle me prend la main et m’emmène à l’intérieur où les basses font vibrer les murs et résonnent jusque dans ma poitrine. La foule est dense, pleine de visages inconnus qui s’agitent dans une chaleur suffocante.

Je me laisse entraîner à travers les couloirs bondés jusqu’à l’étage, où l’ambiance change à mesure qu’on avance. Au bout d’un long couloir, nous passons une porte qui débouche sur une pièce remplie d’une épaisse fumée, voilant chaque silhouette.

Cheryl fait un signe de la main en direction d’un homme, un peu plus loin, occupé à échanger quelque chose que je n’arrive pas à distinguer. Dès qu’il nous aperçoit, il s’avance et prend mon amie dans ses bras, me lançant au passage un regard curieux.

— James, je te présente Anaïs.

— Bienvenue chez moi, dit-il.

Cheryl m’attrape par le bras et m’entraîne sur l’un des canapés de l’immense pièce, déjà envahi par des inconnus vautrés entre les coussins. La fumée me pique les yeux, mais je finis par me détendre lorsque Cheryl me tend un verre que je vide d’une traite.

Il ne faut pas longtemps à Cheryl pour se retrouver assise, entourée de plusieurs personnes, prêtes à capter son attention. Je me lève, la laissant à ses prétendants et me fraie un chemin entre les corps jusqu’à repérer une bouteille à moitié vide sur le sol. Je la prends et bois sans réfléchir.

— T’en veux ? me lance James derrière moi.

En me retournant, je renverse maladroitement du liquide sur ma robe blanche et m’essuie honteuse d’un revers de main, consciente d’être encore moins attirante comme ça.

Il arque un sourcil amusé, agitant une petite fiole transparente entre ses doigts. Mon regard se pose sur Cheryl, au loin. Tant qu’elle est là, je ne risque rien. Alors j’attrape la fiole et laisse tomber une goutte sur ma langue. Le goût est presque inexistant, mais déjà, mon cœur s’accélère. Je lève les yeux vers James qui m’observe toujours, un sourire accroché aux lèvres.

La musique devient plus forte, plus lourde, ou peut-être que c’est juste moi. Tout semble vibrer à un rythme nouveau.

Les heures s’effacent dans une succession de verres vidés, de rires trop forts et de basses qui font trembler le sol. Tout vibre et scintille à la fois. La fumée s’accroche à mes cheveux, les lumières deviennent floues, presque liquides.

Cheryl disparaît par moments, happée par d’autres groupes, puis revient toujours plus enjouée, plus bruyante. Tout est léger. Mes mains tremblent à peine quand je prends un nouveau verre ou quand je danse maladroitement entre les silhouettes. Le monde a perdu ses contours nets, mais bizarrement, je me sens bien. Plus légère. Plus libre.

James, lui, revient dans mon champ de vision, un verre à la main.

— Ça va ? demande-t-il.

Je hoche la tête, incapable de décrocher mes yeux des siens. Le reste de la pièce continue de tourner, mais là, juste là, c’est comme si tout s’était figé. Sans réfléchir, je m’avance et l’embrasse. Ses lèvres sont chaudes, sûres et il ne tarde pas à répondre, sa main glissant dans ma nuque comme si c’était la chose la plus naturelle du monde. L’alcool, la musique, la chaleur étouffante disparaissent d’un coup. Il ne reste que ça, ce baiser qui m’emporte et ce vertige qui me fait oublier tout le reste.

Quand je recule enfin, mon cœur bat trop vite. James me fixe, comme s’il attendait que je recommence. Ce que je fais. Ses mains se resserrent sur ma taille, nos baisers deviennent plus pressants, plus désordonnés. La pièce entière semble tourner autour de nous et il finit par se détacher.

Il attrape ma main et m’entraîne à travers le couloir. Les portes s’alignent, certaines entrouvertes sur des ombres floues, des rires étouffés, des corps...Mais lorsqu’on entre dans la dernière pièce, le bruit de la fête s’étouffe aussitôt, remplacé par le silence lorsqu’il referme la porte. Dans la pénombre, je distingue vaguement un lit défait dans le coin.

James s’approche et me domine presque de sa hauteur, son regard toujours accroché au mien. L’effet des gouttes prises plus tôt pulse encore dans mes veines. Il porte à son tour la fiole à ses lèvres, sans détourner les yeux.

Sa bouche retrouve la mienne et ses mains se glissent sous ma robe. Chaque caresse est amplifiée par la drogue qui brouille mes sens. C’est comme si ma peau vibrait sous ses doigts, chaque frisson démultipliés. Son parfum, son souffle, ses gestes, tout est trop proche, trop intense.

Je me laisse basculer, me perdre dans cette chaleur étouffante et réconfortante. Les contours se dissolvent, la réalité se brouille. Tout devient flou, sauf lui. Ses mains glissent sur mes cuisses, remontent lentement et j’ai l’impression qu’elles laissent une traînée brûlante derrière elles.

La pièce disparaît autour de moi, il ne reste que nous deux. Sa bouche descend le long de ma peau, incapable de contrôler mes réactions. Mes doigts parcourent son torse, ses mains me tiennent, ses lèvres me possèdent et chaque mouvement est plus fort que le précédent.

Le temps devient flou. Par moments, tout ralentit, à d’autres, tout s’accélère, mes gémissements étouffés par ses baisers, mes doigts s’accrochant à lui comme si je pouvais m’y ancrer pour ne pas sombrer. Quand il se fond en moi, c’est comme une vague qui me submerge, un vertige qui me coupe le souffle. Je me perds dans ses mouvements, dans la chaleur, dans ce tourbillon qui efface jusqu’à mon prénom et quand enfin tout retombe, je reste allongée contre lui, haletante, encore tremblante, les yeux fermés, ancrée dans l’instant.

Le réveil sonne, m’arrachant à mon sommeil. Je prends mon portable et éteins l’alarme, me rendant compte que je me suis endormie. En me redressant dans le lit, je sens mes tempes cogner et me prend la tête dans les mains. À côté de moi, James se tourne, l’air tout aussi fatigué.

Je me lève, titubant légèrement sous mon propre poids et me rhabille. Lui se lève, nu et fouille dans l’armoire pleine de chemises pour en sortir une liasse de billets qu’il me tend.

Je le regarde, choquée.

— T’es sérieux ? je lâche, agressive, ce qui le fait rire.

— C’est pour Cheryl...Pour la fiole...?

Je reste figée, partagée entre l’embarras et le soulagement. Finalement, je secoue la tête.

— On a pas besoin de ton argent.

Il hausse les épaules.

— Peut-être pas, mais je paie toujours ce que je consomme.

Je fixe l’enveloppe un instant avant de me résigner à la prendre. Mon regard glisse ensuite vers l’écran de mon portable, qui affiche neuf heure du matin.

— Merde !

— Un problème ? demande James, enfilant une nouvelle chemise.

— On est loin du centre-ville ?

Il attrape un pantalon posé sur une chaise et s’habille sans se presser.

— Quarante minutes, max.

Je soupire, paniquée, en lançant mon appli VTC, mais l’application m’annonce qu’aucun chauffeur n’est disponible dans les environs.

— C’est pas vrai...je souffle, énervée.

Il me regarde, intrigué, comme s’il essayait de comprendre si c’est vraiment grave ou si je dramatise.

— T’as un rendez-vous important ?

— Ouais...Le baptême de ma sœur commence dans trente minutes et ma mère va m’arracher la tête si je suis en retard.

— Je peux toujours t’emmener, si tu veux.

Je relève la tête vers lui, méfiante.

— Pourquoi tu ferais ça ?

Son sourire revient.

— J’en sais rien, par gentillesse.

Je reste un moment à le fixer, perplexe, avant de baisser les yeux vers mon écran. Toujours aucun chauffeur disponible.

— Ok.

Je m’avance et pose la main sur la poignée de la porte, prête à me précipiter dehors, quand il me stoppe d’un geste.

— Par contre, tu devrais peut-être prendre une douche avant.

Je croise mon reflet dans un miroir accroché au mur. Mes cheveux rose collés, ma robe froissée et surtout...mes yeux.

— T’as dix minutes, ajoute-t-il. Je t’attends devant le portail.

Il m’indique la salle de bain attenante d’un geste de la tête et je m’y précipite.

Dix minutes plus tard, pas une de plus, je sors en quatrième vitesse, les cheveux encore humides, ma robe tant bien que mal arrangée.

James fume à la fenêtre d’une voiture qui semble tout droit sortie d’un magazine. Dès que je m’installe, le moteur rugit aussitôt. La voiture fonce et je m’agrippe à la ceinture comme si ma vie en dépendait. Les champs défilent, puis les premières rues apparaissent. Les virages s’enchaînent à une vitesse folle.

Chaque accélération me colle au siège, mais James garde une main ferme sur le volant. Je ferme les yeux une seconde, persuadée qu’on va finir dans un mur, mais quand je les rouvre, il garde son calme, concentré, presque amusé par ma panique.

— Détends-toi, souffle-t-il, un sourire en coin.

— Tu roules comme un taré !

— Non. Je roule comme quelqu’un qui sait ce qu’il fait.

Quand enfin les clochers du centre-ville apparaissent au loin, mon portable affiche 9h28. Juste assez pour arriver à temps.

Il freine net et la voiture s’immobilise juste devant l’église. Le crissement des pneus attire aussitôt les regards des personnes déjà rassemblées sur le parvis.

— Pile à l’heure ! dit James avec un sourire satisfait.

Je souffle profondément, plus pour tenter de calmer mon stress que pour reprendre mon souffle. Mon cœur cogne trop vite, mes mains tremblent encore et dans quelques secondes, je vais devoir affronter ma mère.

Sans attendre, il descend de la voiture en fait le tour pour m’ouvrir la portière. Sa main se tend vers la mienne pour m’aider à sortir, perchée sur mes talons instables. Dès que je me redresse, je sens les regards au loin peser sur nous.

— Merci, je dis embarrassée.

— Avec plaisir, répond-il avec un sourire satisfait.

Avant que je trouve quoi dire, il referme doucement la portière et repart déjà derrière le volant. La voiture s’éloigne à toute vitesse, me laissant seule. Je prends une grande inspiration, redresse mes épaules et avance vers les marches de l’église. Ma mère attend, debout près de l’entrée, ses bras croisés, son sourire crispé et ce regard qui me transperce, dès qu’elle pose les yeux sur moi.

— Je suis pas d’humeur pour tes reproches, j’annonce agacée.

— C’était qui ?

— Personne, je souffle.

Elle ne dit rien, mais son regard parle à sa place. Elle enlève ses lunettes de soleil du dessus de sa tête et me les tends.

— Mets ça, lance-t-elle.

Je les prends à contre coeur, parfaitement consciente de l’état de mes yeux et les enfile d’un geste rapide.

— Contente ? Je demande, sèchement.

Je l’observe se contenir et, à ce moment-là, Grace apparaît dans sa petite robe blanche qui flotte maladroitement autour de ses jambes potelées, un petit nœud rose bien serré dans ses cheveux blonds.

Elle avance vers moi d’un pas encore hésitant, les bras levés dans ma direction, un rire aigu lui échappant. Je me baisse aussitôt pour la rattraper avant qu’elle ne perde l’équilibre et la serre contre moi, couvrant ses joues de baisers, ce qui la fait glousser davantage.

— Tu m’as manqué, je dis.

Jacob s’avance à son tour, un sourire sincère aux lèvres et me prend dans ses bras.

— Je suis content que tu sois venue, vraiment.

Je lui rends son sourire, mais l’instant se brise quand Léo apparaît dans mon champ de vision. Bien sûr qu’il serait là. Je le savais. Je n’y avais juste pas pensé jusqu’à maintenant. Ça fait plus d’un an que je ne l’ai ni revu ni entendu parler de lui et ça fait plus mal que je ne l’aurais cru.

À son bras, une fille élégante en robe rose pâle, les cheveux lâchés tombant sur ses épaules. Elle avance avec assurance et me tend la main.

— Amy, enchantée, dit-elle.Tu dois être la fille de Mary ?

Je me contente d’hocher la tête, évitant soigneusement tout contact visuel avec Léo.

Grace, elle, n’a pas les mêmes réserves. Elle tend aussitôt les bras vers lui, impatiente. Je la dépose doucement dans les siens. Il la serre contre lui et je me tourne, entrant dans l’église d’un pas pressé, prête à en finir au plus vite.