Trop tard pour te fuir

All Rights Reserved ©

Summary

Il est tout ce qu’elle devrait fuir. Pourtant, dans un monde où tout semble vouloir les séparer, leur désir devient la seule chose réelle. Une passion impossible. Irrésistible. Et totalement dangereuse 🔥

Genre
Romance
Author
Emilia
Status
Complete
Chapters
33
Rating
4.7 3 reviews
Age Rating
18+

Chapitre 1

~ ALEC ~

La musique me défonce le crâne, comme si elle essayait d’y creuser un trou. Ça pue la sueur et l’alcool renversé.

Ezra se marre au milieu de la piste, entouré de meufs presque à poil. Pendant que moi, je suis planté là, affalé sur la banquette, à mater les glaçons fondre dans mon verre.

J’ai jamais aimé ces soirées. Jamais aimé les boîtes. Ni les gens qui y vont.

Mais Ezra a insisté. Et après ce qu’il a fait pour moi… Disons que j’ai pas trop le luxe de dire non.

Je fixe le vide, jusqu’à ce que mes yeux tombent sur quelqu’un.

Une meuf.

Pas du genre à se déhancher pour attirer les regards. Elle est posée. Trop calme pour cet endroit.

Ses copines sont à côté, bruyantes, perchées sur leurs talons, à filmer tout et n’importe quoi pour leurs stories.

Elle, non.

Elle regarde dans le vide. Comme si elle s’était paumée dans ses pensées.

Sa robe est simple. Loin d'être tape-à-l’œil.

Je sais pas pourquoi, mais je reste bloqué sur elle. Y’a un truc dans sa manière d’être. Cette absence de sourire, ce visage ailleurs. Elle a l’air de s’emmerder autant que moi.

Nos regards se croisent. Une seconde. Pas plus. Elle détourne les yeux. Moi, je reste là, à la mater encore un peu.

Au pire, on peut s’emmerder à deux.

Je me lève, traverse les quelques tables qui nous séparent. Les basses me cognent dans le torse, les corps me bousculent. Quand j’arrive devant elle, elle relève la tête, un peu méfiante.

Je me pose sur le bord de sa banquette, sans la fixer.

— T’as l’air de passer la soirée de ta vie, je lâche.

— Ouais. Je m’éclate à mort.

Je souris.

— Pareil.

Un silence s'installe.

Je reprends :

— Mon pote m’a traîné ici, impossible de dire non.

— Moi c’est ma sœur. Pour son anniv.

— Quel âge ?

— Vingt-deux.

— Grande sœur ou petite sœur ?

— Jumelle.

Je regarde, surpris.

— Donc c’est aussi ton anniv, en fait ?

Elle hausse les épaules.

— Ouais… sauf qu'avec elle, c’est son jour, tu vois.

— Bon anniversaire quand même.

Elle esquisse un léger sourire, discret, en me remerciant.

— Attends… je rêve ou tu sais sourire ??

Son sourire s'élargie.

Waw.

Elle est incroyablement belle.

On parle de tout et de rien. Des gens qui se prennent trop au sérieux, de la musique pourrie.

C’est fluide. Pas de drague. Pas de jeu. Juste… un échange. Comme si on s’était déjà croisés dans une autre vie.

Et plus on parle, plus je me rends compte qu’elle me ressemble. Pas dans le style, mais dans le fond. Cette même lassitude dans son regard.

Elle dit qu’elle supporte pas les gens. Qu’elle préfère la solitude et les coins calmes. Je hoche la tête. Parce que je pense pareil.

Je sais pas combien de temps on parle. Dix minutes ? Une heure ? Je m’en fous. Je pourrais rester là toute la nuit à refaire le monde avec elle.

Mais la réalité finit toujours par nous rattraper.

Je capte Ezra, un peu plus loin, debout sur la banquette, la tête qui tourne dans tous les sens.

Je me lève, à contrecœur.

— Faut que j’y aille.

A peine arrivé à son niveau, Ezra me chope par l’épaule.

— Mec, j’te cherchais partout !

— J’étais pas loin.

— Viens, on a un truc à faire.

On sort de la boîte, l’air froid me gifle.

Mick démarre la caisse. Je m’enfonce dans le siège, la tête contre la vitre.

Et après quelques kilomètres à rouler, je capte que je ne lui ai même pas demandé son prénom. Ni son numéro. Ni rien.

Putain.

Fait chier.





- 3 ans plus tard -

Je sais même pas comment j’en suis arrivé là.

Ça fait presque un an que je suis avec Emy. Une bombe, toujours bien habillée, toujours parfaitement maquillée. Le genre de nana qu’on remarque direct.

Complètement mon opposé.

Elle vient d’un autre monde, avec des sacs hors de prix et des parents qui lui disent oui à tout.

Moi, je viens d’un endroit où on parle plutôt en dettes et avec un daron qui n’a jamais rapporté la bouteille de lait qu’il était parti chercher.

Mais bon… elle est cool, la plupart du temps. Elle aime que tout brille, que tout soit à sa place. Pas mon délire, mais je me plie au jeu.

On s’est rencontré un soir, dans une ruelle. Un mec a essayé de lui piquer son sac. J’ai pas réfléchi. J’ai juste frappé. Le type a fini au sol. Elle, elle m’a regardé comme si j’étais un héros.

Et voilà.

Depuis ce soir-là, on est resté en contact. Et très vite, c’est devenu plus que ça.

Elle a remboursé quelques dettes que j’avais laissé traîné, m’a offert des trucs que j’aurais jamais pu m’acheter. J’ai rien demandé, mais j’ai pas refusé non plus.

De son côté, elle a l’impression d’avoir un bad boy à son bras. Moi, tout ce qui m’intéresse c'est qu’elle m'aide à me vider les couilles dès que j'en ai besoin.

Rien de plus.

Ce soir, c’est son anniversaire. Elle voulait "un truc spécial". J’ai emprunté un peu à Ezra. Même si je sais que c'est une mauvaise idée. Avec lui, y’a toujours un prix à payer.

Grâce à ça, j’ai pu lui acheter un petit bracelet en or, avec un charm qui brille.

Pas donné, putain.

Ce que j’avais pas prévu, c’est qu’elle me sorte que ce soir, elle veut que je rencontre ses parents.

Ca c'est la merde.

Je pensais pas qu’on en était là.

Rencontrer les parents, c’est un autre délire. C’est pas moi, ça. Trop sérieux.

Ezra, lui, suit toute notre relation de près, comme un faucon. J’ai jamais voulu lui présenter Emy, je sais qu’il en aurait fait qu’une bouchée.

Par contre, quand je lui ai dit qu’elle voulait me présenter ses parents, il a tout de suite flairé l’opportunité. Si ses vieux sont aussi blindés qu’elle le laisse entendre, alors… il faut y aller.

Bref.

J’ai mis une chemise. Sans trou, sans tache. J’essaie de ressembler à un type fréquentable.

Je me gare devant la baraque, une grande maison blanche, avec des haies taillées au millimètre.

Je déteste déjà cet endroit.

Je sors de la voiture, respire un grand coup. Emy m’attend devant la porte, toute souriante, impeccable.

— T’es parfait, dit-elle.

Je hausse un sourcil. Si elle le dit.

— T’es stressé ? elle demande.

J'ai à peine le temps d'ouvrir la bouche pour répondre qu'elle enchaine :

— Je suis super stressée, moi ! C’est la première fois que je présente quelqu’un à mes parents.

Je hoche la tête en silence, la regardant sourire nerveusement.

— En même temps… j’ai vingt-cinq ans, il serait temps, non ?

J’ai deux ans de plus qu’elle, et j’ai jamais présenté personne à ma mère. Pas que j’y ai pensé, ma vie a jamais vraiment laissé de place pour ce genre de banalités.

— Tu vas voir, tu vas adorer mon père, continue-t-elle toute excitée.

J’en doute. Mais je dis rien.

Elle pousse la porte et je découvre le salon. Impeccable. Super propre. Super rangé. Super spacieux.

Son père nous attend, droit comme un I, regard acéré, poigne d’acier dès la première poignée de main. Je serre. Je lâche pas.

Il ne sourit pas, je sens qu’il jauge.

— Le fameux Alec, je présume ? dit-il enfin.

Je hoche la tête.

— Enchanté, Damien.

Je le scanne du regard.

Il a pas l'air méchant. Juste un type qui joue son rôle, pour essayer de protéger sa fifille.

Mais bon... ça ne m’empêchera pas de continuer à la défoncer où je veux, quand je veux.

Sa mère, tente un sourire. On sent direct qu’elle se prend pour la reine du foyer, celle qui fait tout tourner. Pas méchante non plus, elle a juste ce petit air de supériorité, typique des maisons de ce type.

On s’installe pour prendre l'apéro. Damien me sert un verre de whisky et me propose de le prendre sur la terrasse.

L'extérieur est immense.

J’aurais donné n’importe quoi, gamin, pour un coin comme ça. Avec tout cet argent, ma vie aurait peut-être été différente.Non, pas peut-être… c’est sûr.

— Alors, Alec, il commence en me tendant le verre. Mettons les choses au clair.

Je bois une gorgée, pendant qu'il reprend son discours :

— Ma fille… c’est la prunelle de mes yeux. T'as intérêt à ne jamais lui faire de mal. Je peux tolérer beaucoup de choses… mais si tu lui fais un truc de travers… tu comprendras vite que je ne plaisante pas.

Je lève le verre sans broncher.

— Message reçu.

De toute façon, je suis pas du genre à me laisser impressionner, surtout quand je sais que je peux jouer le même jeu.

Après la mise en garde officielle, il se détend un peu et passe en mode conversation banale.

— Et donc, tu fais quoi dans la vie, Alec ?

Je mens sans ciller.

— Je taff dans le commerce.

— Commerce international ? lance-t-il.

Je sens mon cerveau faire trois tours.

Commerce international ? Qu'est-ce que c'est que cette connerie encore ? En tout cas, sur le papier, ça sonne bien.

— Ouais. International.

Il me regarde, un peu curieux, et enchaîne :

— Quels marchés ? Europe ? Asie ?

Je bafouille un peu, j’ai pas envie de m'enfoncer dans un mensonge mal préparé. Trop de risque de me faire coincer.

— Euh… un peu des deux.

Il continue son interrogatoire :

— Et tu as étudié où ? Ecole de commerce, je suppose ?

Putain. Il commence à me casser les couilles.

— Ouais.

— Laquelle ?

Je boue de l'intérieur.

Heureusement, Emy débarque avant que je dise une connerie :

— Bon, on passe à table ?

Sauvé.

La salle à manger est à l’image du reste : grande, et impeccable. Une table en bois massif qui pourrait accueillir dix personnes sans se frôler.

— Qu’est-ce qu’elle fiche encore, Emma ? soupire la mère. Bon sang, elle sait qu’on dîne à vingt heures !

Je fronce les sourcils. Emma ?

— Laisse-la, coupe le père. Surtout aujourd’hui.

Des pas claquent dans le couloir.

— Désolée, j’ai dû finir un truc.

Je tourne la tête. Et mon estomac se retourne.

Putain.

C’est elle.

La fille de la boîte.

C’est que maintenant que j'apprends son nom.

Trois ans plus tard..

Emy sourit, toute fière :

— Alec, je te présente ma sœur, Emma.

Je reste figé. Son prénom claque dans ma tête.

Emma.

Je sais, je vais passer pour un taré, mais depuis que je suis sorti de taule, c’est la seule fille qui a réussi à me faire ressentir un truc. Un vrai. Pas juste une envie, pas juste une gaule.

Ce soir-là, j’avais ressenti une putain de connexion. Courte, mais intense. Du genre qui te hante un peu.

J’ai pensé à elle les jours qui ont suivi. Je suis retourné là-bas plusieurs fois, espérant la recroiser. Mais j'ai pas eu cette chance. J’ai fini par lâcher l’affaire, persuadé que je la reverrais jamais.

Et maintenant, elle se tient devant moi.

La putain de sœur jumelle d’Emy. Faut le faire quand même. Le genre de coïncidence qui arrive que dans les films à la con.

Ok, elles sont jumelles, mais elles ne se ressemblent pas.

Emy, c’est celle qui suit toutes les tendances, toujours maquillée comme il faut, le genre de beauté qu’on construit devant un miroir.

Emma, elle, c’est tout l’inverse. Une beauté naturelle, sans effort. Pas besoin d’artifice, pas besoin d’en faire trop. Elle dégage un truc simple, vrai… et c’est justement ça qui la rend impossible à oublier.

— Franchement, Emma, t'abuses, lâche Emy en fixant sa soeur. Tu pourrais faire un effort, quand même. C’est mon anniversaire, mes copines arrivent après, et t’es même pas apprêtée.

En l’entendant parler, je pige vite le truc. C’est Emy qui mène la danse. Celle qui décide. Celle qui prend la lumière.

Pourtant… elles étaient toutes les deux dans cette foutue boîte, ce soir-là. Et c’est Emma qui a capté mon regard.

Pas Emy...