Quand tombe la lune noire

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Summary

Jamais Kylian et Axel, amis depuis leur plus tendre enfance, n'auraient imaginé découvrir un autre monde alors qu'ils pensaient partir pour New-York. Leur destin à présent bouleversé, ils ignorent encore ce qui les attend...

Genre
Fantasy
Author
Nephelem
Status
Complete
Chapters
24
Rating
n/a
Age Rating
16+

Chapitre 1


Le réveil hurla.

— Saleté ! grommela Kylian en l’écrasant d’un coup de poing.

L’alarme crachota quelques derniers cris stridents, comme un dernier râle d’agonie, avant de se taire.

L’esprit encore embrumé, Kylian laissa échapper un soupir et se frotta les yeux, agacé. Il resta un instant à fixer le plafond, puis un sourire étira ses lèvres. Enfin. Aujourd’hui commençaient les vacances, et avec elles le voyage qu’il attendait depuis toujours : New York, avec Axel. Rien que d’y penser, son cœur bondissait.

— Kylian, dépêche-toi ! Nous allons bientôt en courses !

Son sourire s’évanouit et un nouveau soupir lui échappa tandis qu’il se levait. Avec la motivation et la dignité d’un zombie à jeun,le jeune homme se traîna jusqu’à la salle de bain. Là, devant la glace, il examina son visage, s’ébouriffa les cheveux, bailla à s’en décrocher la mâchoire et se gratta le bras. Il devait se préparer pour aller au magasin, acheter quelques bricoles, de quoi survivre pendant le voyage. Après quelques rapides coups de gant de toilette bien placés et un brossage de dents exemplaire, Kylian ressortit de la salle de bain propre comme un sous neuf, une serviette nouée autour de ses hanches. Il trottina jusqu’à sa chambre et enfila ses vêtements en toute hâte tandis que sa mère l’appelait pour la énième fois, d’une voix de plus en plus agacée. Il remit rapidement un peu d’ordre dans ses cheveux châtains toujours en pagaille et dévala les escaliers, son téléphone portable à la main, puis grimpa dans la voiture. Un message d’Axel l’attendait : « Prêt pour le voyage du siècle ? ». Kylian répondit aussitôt : « Depuis des années ! »

Et la réponse vint : « Le plus beau voyage de notre vie, pote. »

Dans le magasin, Kylian accélérait le pas malgré lui. Sa mère l’obligea à surveiller Lucas, cinq ans, et Chloé, installée dans le chariot. Il céda avec un soupir, attendri par leurs regards. Tout en choisissant ses provisions de survie — bonbons, soda, BD — il reçut l’appel d’Axel.

— Tu t’occupes de notre kit de survie ?

— T’inquiète, ma mère a tout prévu !

— Ah, super ! Moi, je suis devant Zombie’s war revange, je me fais démonter par d’autres joueurs depuis une heure, impossible de me concentrer…

Kylian éclata de rire, sous le regard réprobateur de sa mère. Elle soupira, mais il savait : derrière son agacement, il y avait l’inquiétude de le laisser partir. Deux semaines sans lui, vingt mille pieds au-dessus du sol… Elle ne le dirait jamais, mais ça la terrifiait.

Lorsqu’ils rentrèrent, son père était enfin de retour à la maison et s’occupait de tondre la pelouse. Quand il les vit arriver, le coffre plein à craquer de courses diverses, il arrêta aussitôt la tondeuse et se précipita vers eux pour les aider à décharger le coffre.

— La route a été ? demanda-t-elle en lui donnant deux énormes sacs.

— Atroce. Des bouchons partout, des tracteurs sur toutes les routes, et des gens excités au volant.

— Et ta mère va mieux ?

Kylian laissa ses parents seuls et s’empressa de ramener les sacs à la maison pour y faire le tri et boucler sa valise. Au moment de fermer le sac qu’il garderait près de lui dans l’avion, une photo tomba.

Intrigué, Kylian se baissa pour la ramasser. C’était Julie. Une camarade de classe. Celle pour qui il avait le béguin. Il n’avait jamais osé lui avouer ses sentiments, il n’était même pas certain qu’elle ressente la même chose que lui. Peut-être un jour se confierait-il. Pour l’heure, il pensait avant tout à son voyage.

***

Le reste de la journée s’évapora. Trop vite, Kylian se retrouva assis dans l’avion, ceinture bouclée, Axel à ses côtés. La voix douce de l’hôtesse se fit entendre :

— Mesdames et messieurs, veuillez attacher vos ceintures, le décollage est imminent.

Kylian s’exécuta aussitôt, le cœur battant à tout rompre. New York, son ami, son rêve… tout cela était enfin à portée. Il se tourna vers Axel, rayonnant :

— The Big Apple ! dit-il sur un ton enjoué.

— New-York est à nous !

Mais contrairement à Axel, habitué aux voyages en avion, Kylian était tendu. Les mains cramponnées sur les accoudoirs tandis que l’avion décollait,il ferma les yeux et tenta de penser à Julie pour calmer le stress, tandis qu’Axel, à ses côtés, semblait étrangement serein.

— Détends-toi un peu, vieux. L’avion est le moyen de transport le plus sûr au monde.

— Ah bon ? On en parle de tous les crashs qu’il y a eu dernièrement ?

— Si tu n’es pas à l’aise, pourquoi te forcer à le prendre ?

— Pour réaliser notre rêve, abruti. Je ne vais certainement pas me priver de ça parce que j’ai peur de l’avion. Hors de question…

Axel laissa échapper un petit rire et secoua la tête, avant de visser ses écouteurs dans ses oreilles et lancer la musique.

Une heure passa en silence. Pensif, toutes ses pensées dirigées vers Julie, Kylian regardait par le hublot de sa fenêtre tandis que son ami dormait comme un loir à côté de lui, tête penchée en arrière, bouche entrouverte, filet de bave au coin des lèvres.

Une légère secousse ébranla l’avion, arrachant un gémissement à Axel qui, à moitié endormi, redressait difficilement la tête.

— Mesdames et messieurs, nous traversons actuellement une zone de turbulences. Pour votre sécurité, veuillez attacher votre ceinture et garder votre calme. Merci.

À ce signal, les passagers attachèrent leurs ceintures. Kylian fit de même, le cœur serré. L’avion trembla à nouveau, plus fort. Puis un choc violent le plaqua contre son siège. Les masques à oxygène tombèrent du plafond, et des cris retentirent autour d’eux.

— Kylian, ça va aller, OK ?

— Si tu le dis...

Axel lui fit un clin d’œil en souriant et attacha sa ceinture lui aussi. L’avion trembla et un choc violent secoua la carlingue. Quelques cris d’angoisse fusèrent, puis le calme revint. Tranquillement, Axel se pencha pour fouiller son sac et sortit un livre sous l’œil attentif de son ami. À l’instant même, l’avion piqua soudainement du nez. Les hôtesses furent projetées en arrière, des objets roulèrent sur le sol. Kylian voulut crier, hurler, mais aucun son ne sortit. Le monde autour de lui devenait flou, tremblant, irréel. Chaque vibration résonnait dans ses os. Toutes les alarmes retentissaient, les gens criaient et paniquaient.

Puis plus rien.

***

Lentement, Kylian battit des paupières. Un peu sonné, il ne remarqua pas l’obscurité autour de lui. En revanche, la première chose qu’il ressentit, à son réveil, fut une douleur fulgurante qui lui traversait la jambe. Il n’eut qu’à baisser les yeux pour voir un petit morceau de métal planté dans sa cuisse et une tâche sombre sur son pantalon. Sûrement du sang. L’esprit encore embrumé, légèrement groggy, Kylian jeta un regard autour de lui, avant de réaliser ce qu’il s’était produit. Dans un geste fébrile, les mains tremblantes, il retira son masque et se tourna alors vers son ami, toujours inconscient. Il était blessé au front et du sang avait coulé le long de sa joue jusqu’à son cou. Pris d’une nouvelle vague de panique, Kylian secoua vigoureusement Axel.

— Eh… Axel ? Axel !

Axel laissa échapper un grognement, sans ouvrir les yeux. Kylian le secoua avec plus de vigueur, dans l’espoir de le réveiller. Impossible. Au moins était-il encore vivant.

Pour l’instant… A cette pensée, Kylian sentit un frisson d’effroi lui parcourir l’échine. Les mains tremblantes, il tenta de détacher en vain sa ceinture. Elle restait bloquée.

— Non, souffla-t-il d’une voix tremblante, la respiration haletante. À l’aide ! À l’aide !

Était-ce un cauchemar ? La réalité ? Kylian espérait se trouver dans un mauvais rêve. Et pourtant, il avait un étrange pressentiment : celui que tout ceci n’était que trop réel.

— Oh, mince… mais qu’est-ce qu’il s’est passé ?

Soulagé d’entendre enfin la voix de son ami, Kylian sentit des larmes chaudes couler sur ses joues. Axel était réveillé ! Il était vivant et conscient ! Tout en remerciant le Ciel d’avoir sauvé son ami, il insista plus fermement sur sa ceinture qui restait obstinément bloquée.

— Axel ! Tu vas bien ?

Axel ne lui répondit pas et regarda tout autour de lui, abasourdi et sous le choc. Lorsqu’il prit conscience de l’ampleur des dégâts, il fut saisi d’une peur panique qui le tétanisa. Et Kylian comprit tout de suite qu’il lui faudrait du temps avant de pouvoir se reprendre et réfléchir de façon lucide à la situation. Il se détourna alors de son ami et tira plus fort sur sa ceinture. En vain. Quand il releva la tête pour fouiller l’endroit des yeux, à la recherche d’un objet coupant, il aperçut une énorme branche qui avait éventré tout l’avant de l’avion et le traversait de part en part. Interloqué, Kylian se pencha davantage en avant afin d’observer le paysage par la vitre brisée. Il ne voyait rien, tout était sombre à l’extérieur. Il faisait nuit. Néanmoins, il lui semblait deviner les formes hasardeuses de hauts arbres.

— Génial… s’exclama-t-il dans un demi-murmure, à bout de nerfs. Les secours ne viendront jamais !

— Quoi ? Pourquoi ? bafouilla Axel en se tournant vers lui, le regard lointain, vide.

— Nous nous sommes écrasés au milieu d’une forêt…

Avec un soupir, Kylian sortit son téléphone portable de la poche de son pantalon en grimaçant, mais il était éteint et la lumière rouge au-dessus de son écran indiquait que la batterie était vide. Il tenta alors avec le téléphone d’Axel mais, comme il s’y attendait, il n’y avait pas de réseau. Entre-temps, Axel s’était levé et longeait les rangées en secouant les passagers. Il ne semblait n’y avoir aucun survivant. L’avion avait à présent une triste allure de cimetière.

— Il n’y a pas trente-six mille solutions… Il faut chercher les secours, nous devons sortir de l’avion, souffla Axel d’une voix blanche.

— Il faudrait déjà que je puisse me dégager, ma ceinture reste bloquée !

— Attends…

Axel revint vers lui à grandes enjambées et s’acharna sur le système de blocage de la ceinture jusqu’à ce qu’il cède. Une fois libéré, Kylian se releva d’un bond, mais sa blessure le rappela à l’ordre et lui envoya un choc électrique qui le cloua dans le siège, lui coupant le souffle. Alors Kylian referma ses doigts autour du morceau de métal, prêt à le retirer, mais Axel l’en empêcha.

— Tu ne devrais pas faire ça. Si le métal a touché une veine importante, le retirer va provoquer une hémorragie que je ne suis pas certain de pouvoir arrêter. Tu vas t’appuyer sur moi, d’accord ?

— Ok…

Axel aida Kylian à se relever et passa son bras autour de ses épaules. Ils quittèrent ce qu’il restait de l’avion pour se retrouver à l’air libre. Lorsqu’ils furent dehors, Axel prit une profonde aspiration. Il resta un moment immobile, à écouter les bruits de la forêt, et quand il se sentit un peu moins sonné et étourdi par le choc du crash, il se retourna pour faire face à l’engin. C’était à peine croyable. Comment une telle chose avait-elle pu se produire ? Les avions étaient pourtant sécurisés et jamais il n’avait rencontré le moindre problème… La pâle lumière de la lune éclairait faiblement les lieux et permettait à Axel d’admirer le triste tableau qui s’offrait à ses yeux. L’avion était complètement détruit, le cockpit avait été séparé du reste et la queue avait disparu. De la nourriture traînait à terre, ainsi que des couverts et des boissons. Les chariots avaient été renversés et les rideaux qui séparaient les classes étaient déchirés. L’un d’eux pendait lamentablement dans le vide et la barre de fer s’était arrachée du mur. La plupart des vitres avaient éclaté. C’était un véritable désastre. Soupirant, Axel se détourna de l’avion et regarda autour de lui, abattu. Ils se trouvaient en plein cœur d’une forêt, au milieu de nulle part.

— Nous devons avancer, suggéra Kylian.

— La forêt est peut-être dangereuse, nous devrions rester ici. Dans ton état, avancer ne serait pas très prudent, souligna Axel.

— J’en ai parfaitement conscience, mais je refuse de rester au milieu de tous ces cadavres, Axel. Avançons, s’il te plaît.

Comme il ne pouvait jamais rien refuser à son ami, Axel s’exécuta aussitôt. Il commença à avancer, au même rythme que Kylian. Leur progression s’avérait lente et fastidieuse, la douleur à la jambe de Kylian empêchant ce dernier de prendre réellement appui sur elle.

— Je me demande où nous nous sommes écrasés, murmura Kylian pour combler le vide qui s’installait.

— C’est une excellente question, lui répondit Axel. En toute logique, nous aurions dû mourir, engloutis par les flots marins de l’océan Atlantique. Kylian, en partant de Paris à destination de NewYork, après plus d’une heure de vol, nous avions largement quitté les abords de la France. Nous étions au-dessus de l’océan. Comment avons-nous pu nous retrouver sur la terre ferme ?

La remarque pertinente de son ami laissa Kylian perplexe. Ils continuèrent d’avancer sans prononcer un mot, chacun perdu dans ses pensées. Ils ne firent que quelques pas avant de s’arrêter, les sens mis en alerte par un bruit étrange. À leur droite, le buisson frémit et les deux jeunes hommes eurent un même mouvement de recul.

— Qu’est-ce que c’était ? chuchota Kylian en fixant le buisson.

— Je ne sais pas, lui répondit Axel. Nous sommes dans une forêt, en plein cœur de la nuit. C’est un animal, ça ne fait aucun doute, mais quant à savoir lequel…

— Tu crois qu’il pourrait s’agir d’un animal sauvage ?

— Pourquoi ? Tu as déjà vu une vache brouter dans une forêt ?

Il n’avait pas tort. Kylian inspira profondément et tenta de se calmer, mais un grognement rauque lui fit perdre son sang froid et il poussa son ami dans la direction opposée.

— Nous devrions partir ! dit-il à voix basse.

Les fougères s’écartèrent tout à coup pour laisser apparaître un sanglier. Celui-ci ne les remarqua pas et renifla le sol, à l’affût de quoi se nourrir. Il tapa et gratta la terre de son sabot en grognant. Kylian et Axel n’osaient plus bouger, de peur d’effrayer la bête et que celle-ci décide de charger. Elle était encore trop prise dans sa recherche de nourriture mais, malgré tout, elle redressa la tête et les aperçut. Aussitôt, le sanglier s’immobilisa et demeura parfaitement silencieux.

— Il ne faut surtout pas bouger, conseilla Axel.

Ils restèrent ainsi quelques secondes, à défier l’animal du regard, mais Kylian sentait la douleur dans sa jambe l’élancer, alors qu’il s’appuyait sur elle et s’efforçait de rester immobile. Malheureusement pour lui, sa jambe ploya sous son poids et Axel le rattrapa pour le garder debout. Le sanglier chargea aussitôt.

— Cours !

Ils se retournèrent tant bien que mal et commencèrent à courir aussi vite que la blessure de Kylian le permettait.

— Tu devrais t’en aller ! cria Kylian.

— Hors de question !

— Pars, Axel ! Va-t’en !

Kylian le poussa nonchalamment alors que l’animal arrivait sur lui, mais un rugissement soudain fendit l’air et, l’instant d’après, le sanglier beuglait et poussait des cris déchirants. Étonné, Kylian ne put s’empêcher de se retourner pour voir une masse sombre soulever l’animal qui soufflait difficilement, la peau lacérée par de profondes griffures. L’odeur du sang emplit l’air et Kylian eut un haut-le-cœur. Il aperçut des yeux rouges luire dans l’obscurité et entendit un étrange son qu’il perçut comme un grognement. Tétanisé, le jeune homme commanda à ses jambes de courir dans la direction opposée du monstre qui le dévisageait, mais son corps refusait d’obtempérer. Et puis, tout à coup, il ressentit une vive douleur à la tête, battit des paupières et sombra.