Beresford Empire - Tome 3 - Une Promesse

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Summary

Troisième et dernier volet de la trilogie Beresford Empire. Le monde a changé, et Lina aussi. Dans ce final, elle sera plus forte, plus affirmée, tout en restant elle-même : combative, touchante et drôle. L’amour prendra plusieurs formes, et l’amitié y jouera un rôle tout aussi essentiel.

Status
Ongoing
Chapters
1
Rating
4.8 13 reviews
Age Rating
18+

Chapitre 1 - L'Ami



Il faisait gris et froid ce jour-là, un ciel bas qui semblait presser la terre comme un couvercle. Même le petit Christopher, d’ordinaire si remuant, restait immobile dans son berceau, comme s’il comprenait que le monde venait de se fêler.

Ce matin-là, Lina lui avait donné le sein plus longuement que d’habitude ; elle avait même réussi, par un effort presque douloureux, à tirer assez de lait pour que sa nurse puisse le nourrir plus tard.

Lina déposa un baiser sur le front de son fils. Une grosse larme, qu’elle n’avait pas sentie venir, glissa et s’écrasa sur sa peau tendre. C’est là qu’elle réalisa : elle pleurait sans s’en rendre compte. D’un revers de main, la jeune maman effaça la trace humide, ravala le sanglot qui lui brûlait encore la gorge, puis se força à sourire avant de le confier à sa nourrice afin de rejoindre Daniel.

Dans leur chambre, Daniel se tenait debout devant la fenêtre, dos tourné, les épaules raides. Il regardait dehors sans voir. Lina s’approcha sans bruit, glissa ses bras autour de lui et le serra très fort, comme on s’accroche à un rocher au milieu d’un torrent. Il ne bougea pas. Elle serra plus fort encore.

Puis, sans un mot, il se dégagea doucement, presque avec précaution, et se dirigea vers le dressing. Lina le suivit des yeux, muette.

Son téléphone vibra sur la table de nuit. Elle hésita. Daniel enfilait déjà son costume. Elle décrocha.

— Comment ça va ?, demanda Éloïse d’une voix brisée, éraillée par les larmes.

Lina ouvrit la bouche pour mentir, pour dire que ça allait. Mais le mensonge resta coincé.

— C’est… dur, Elo.

Un long souffle traversa le combiné. Éloïse s’effondra. Lina aussi. Elle pleurait sans bruit, la main plaquée sur la bouche. Daniel revint dans la pièce, prêt, le visage fermé. Leurs regards se croisèrent. Lina ravala tout, sécha ses joues d’un geste brusque. Elle devait tenir. Lina avait perdu un ami, lui avait perdu un frère.

— C’est l’heure, dit-il simplement, d’une voix plate, comme venue d’ailleurs.

Elle hocha la tête, murmura quelques mots à Éloïse et raccrocha.

Même si Christopher dormait déjà, Lina demanda à Daniel de passer par sa chambre. Elle avait besoin de ce dernier regard, de cette dernière bouffée d’innocence. Il la suivit sans protester.

La jeune maman resta longtemps devant le berceau, à contempler son fils endormi. Puis elle se tourna vers Daniel. Il fixait l’enfant lui aussi, mais son visage était impénétrable, vide de toute expression. Impossible de dire s’il le voyait vraiment.

— Cette fois, il faut vraiment y aller, l’informa-t-il.


Le trajet jusqu’à l’église se déroula dans un silence pesant. Dehors, les vitrines se paraient déjà de guirlandes et de lumières, et les commerçants accrochaient les décorations de Noël comme si le monde continuait de tourner sans heurts. Cette effervescence tranquille heurta Lina. Face à la tourmente qui la traversait, tout cela paraissait irréel.

Elle se rapprocha de Daniel, en quête d’un peu de réconfort. Il ne répondit pas à son geste, demeura immobile, presque figé. Mais il ne l’écarta pas. C’était suffisant pour l’instant. Tant qu’il ne la repoussait pas, Lina parvenait encore à respirer.


À l’entrée du bâtiment, deux jeunes hommes vêtus d’aubes blanches leur remirent des livrets de messe funéraire.

Éloïse était déjà là, assise au milieu de la nef, les épaules voûtées. Tom, revenu en urgence dès qu’il avait compris qu’elles avaient besoin de lui, était collé à leur amie. Il la tenait serrée contre lui tandis qu’elle pleurait en silence, la tête baissée, le visage enfoui dans ses mains.

Quand Lina passa dans l’allée, Tom leva les yeux. Il tenta un sourire, un simple pli amer des lèvres, sans lumière. Lina n’arriva pas à lui répondre et se contenta de baisser la tête et suivit Daniel jusqu’au premier rang.

Tout le clan Beresford était réuni. Même la mère de Daniel, que Lina n’avait vue jusqu’ici qu’en photos, était présente. Une femme élégante aux traits fins et cheveux brun chocolat. Pourtant, quelque chose en elle semblait fragile, brisé — sans qu’on ne puisse dire quoi. Était-ce cette douleur commune ? Ses lèvres tremblaient, ses yeux étaient rougis, gonflés. Amber était à côté d’elle tout aussi anéantie.

Lina s’assit à côté d’Eleanor. Daniel prit place à son tour, raide, et aussitôt baissa les yeux vers le sol, comme son grand-père Robert qui n’avait pas bougé depuis leur arrivée, statue de pierre fixant les dalles. Eleanor posa une main chaude sur le dos de Lina et tenta un sourire.

— Comment va notre trésor ?, demanda la grand-mère, comme si revenir à Christopher pouvait, l’espace d’un instant, alléger tout le reste.

Lina ravala la boule qui lui montait dans la gorge et s’accrocha elle aussi à ce sujet, à ce refuge.

— Il grandit tous les jours… murmura-t-elle.

L’image de son fils traversa son esprit ; son cœur se réchauffa un peu, juste assez pour lui permettre de continuer.

— Il mange énormément et refuse que je le pose…

Eleanor esquissa un sourire timide.

— Heureusement que Daniel est là pour me rappeler de…

La phrase se brisa. La boule remonta d’un coup. Daniel était là, pour son fils. Toujours. Et ça… ça ne serait jamais le cas pour…

Lina essuya la larme qui glissa trop vite. Eleanor fit le même geste, en silence.

Un des jeunes hommes à l’entrée s’approcha de Daniel et lui murmura quelque chose à l’oreille. Daniel hésita une fraction de seconde, comme si ses jambes refusaient de bouger, puis se redressa.

— Je reviens, prévint-il Lina d’une voix calme.

Au bout de quelques minutes, Lina se retourna discrètement. Éloïse ne pleurait plus, mais ses paupières étaient lourdes de larmes retenues. Lina articula un « merci » muet à Tom. Il comprit, hocha légèrement la tête.

Au moment où Lina allait se retourner elle vit Mariano prêt lui aussi à suivre l’autre jeune homme de l’accueil. Malgré sa carapace d’acier, lui aussi avait le visage défait : mâchoires serrées, regard brillant, comme fendu de l’intérieur. Monsieur Harrys et son épouse étaient également présents, tout comme plusieurs membres de R.B.H.

Un peu plus loin, dans la même rangée mais légèrement en retrait, se tenait le père de Karl. À ses côtés, une femme dont les traits rappelaient tellement ceux de Karl que Lina comprit aussitôt : sa mère. Tous deux semblaient anéantis. Lui surtout. La culpabilité se lisait dans chaque ligne de son corps — des années passées au service de l’homme qui venait de lui arracher son fils. Il paraissait porter tout le poids du monde sur les épaules.

Lina dut forcer son esprit à se focaliser sur autre chose. La douleur qui régnait dans cet endroit était trop lourde, presque physique. Elle baissa les yeux et profita d’un instant pour lire le livret de messe. Mais à peine son regard se posa-t-il dessus qu’une larme vint s’écraser sur la photo de Karl — souriant, vivant, taquin. Sous l’image, une phrase : «À l’autre morceau de mon âme ».

Elle détourna aussitôt les yeux, le cœur prêt à éclater.

Pour ne pas s’effondrer, Lina se mit à observer les bancs autour d’elle. De l’autre côté de l’allée, au premier rang, un partie de la famille de Lily. Les mêmes visages que le jour du mariage… mais ravagés.

Alors elle la vit.

Lily sortit d’une petite pièce latérale, soutenue par son père et sa sœur. Ils avançaient lentement, comme si chaque pas était une épreuve.

Ashley et Lily, bien que jumelles, ne se ressemblaient plus. Elles partageaient la douleur, mais le visage de Lily avait changé.

Ses yeux étaient secs, immenses, disproportionnés sur son visage blême. Son père ne pleurait pas ostensiblement, mais chaque muscle de son corps trahissait l’anéantissement que lui causait la douleur de sa fille.

Ils rejoignirent le reste de leur famille.

Quelques minutes plus tard, les premières notes de l’Ave Maria s’élevèrent, chantées par une dizaine de choristes installés dans le chœur de l’église. L’assemblée se leva d’un seul mouvement.

Daniel, Mariano, Erik, RJ et deux cousins de Lily portaient le cercueil.

Lorsqu’ils le déposèrent sur les tréteaux devant l’autel, Lina sentit son cœur se fendre en deux. Karl était là. Dedans.

Le bois sombre luisait sous les vitraux. Fermé. Il devait rester fermé : l’accident avait tout détruit, rendu le corps et le visage de Karl impossibles à montrer.

Daniel revint s’asseoir près d’elle.

La messe commença et les lectures s’enchaînèrent. Pour le clan Beresford, RJ monta à la tribune. Sa voix tremblait légèrement, mais il tint bon. Les discours se succédèrent, sincères, pleins de souvenirs. Tous tentaient d’y glisser une pointe d’humour, parce que Karl était ainsi : professionnel mais moqueur, incapable de laisser une pièce sans lumière. Chaque anecdote déclenchait des rires étouffés, des sourires mouillés de larmes.

Lina, elle, ne riait pas. Elle n’y arrivait pas. Elle revoyait Karl dans son bureau, penché sur des dossiers complexes, tandis qu’elle, à deux doigts de craquer, peinait à comprendre. Et lui, patient, trouvait toujours un moyen de l’aider.

Chaque formation finissait par un fou rire. Karl était devenu son binôme au travail, celui qui lui avait donné confiance, qui lui avait montré qu’elle pouvait briller. Il était aussi son ami, celui qui aurait pu être le quatrième mousquetaire. Et surtout, il était un mari, un futur père. Karl était tout cela… et tellement plus, songea Lina. Alors non, aucune anecdote, aussi drôle soit-elle, ne pouvait effacer l’absurdité de la situation.

Le moment le plus insoutenable survint avec la bénédiction finale.

Le prêtre s’approcha du cercueil, l’aspergea d’eau bénite, puis fit tourner lentement l’encensoir. La fumée monta en volutes blanches, douceâtre, irréelle. C’était le moment où l’on « remettait » l’âme à Dieu. Lina tourna plusieurs fois la tête vers Lily. Pas une seule fois elle ne craqua. Aucun sanglot, aucun tremblement visible. Elle se tenait droite, les mains jointes, le regard fixé sur le cercueil. Lina était sidérée par cette force.

Puis Daniel se leva, ainsi que les autres porteurs. Cette fois, Robert insista pour marcher avec eux. Ils soulevèrent le cercueil et l’amenèrent vers le cimetière, à l’arrière de l’église. Lily et sa famille furent les premiers à suivre, ensuite le clan Beresford, puis le reste des invités.

Le cercueil fut déposé sur un chariot métallique. Les porteurs reprirent leur place. Quelques chaises pliantes avaient été disposées, mais clairement pas assez pour les deux cent personnes présentes. Lily refusa celle qu’on lui proposa, Lina fit de même.

Le téléphone de Daniel vibra dans sa poche, un son discret, presque indécent.

Lina tourna la tête, surprise.

— Tu ne l’avais pas éteint ?, murmura-t-elle, sans reproche.

Daniel la regarda, coupable.

— J’ai oublié…

Elle lui offrit un petit sourire pour le rassurer.

— Je verrai avec Karl si…, commença Daniel.

Le monde sembla s’arrêter pour eux deux.

Daniel fixa le cercueil et pour la première fois depuis l’accident, son masque tomba complètement. Ses yeux s’écarquillèrent, sa bouche se pinça. Il ferma les paupières si fort que des rides blanches apparurent aux coins. Sa main droite se mit à trembler et remonta à sa nuque, se frottant la peau frénétiquement, comme s’il voulait arracher quelque chose.

Quelques curieux à proximité se tournèrent. Des chuchotements s’élevèrent.

— Daniel… murmura Lina.

Il ne l’entendait pas. Il frottait plus fort, plus vite, les jointures blanchies.

— Daniel…

Rien.

Discrètement, elle glissa sa main dans son dos et commença de petits cercles lents, réguliers, comme pour calmer un cheval paniqué.

— Daniel… souffla-t-elle encore plus bas, sans interrompre le mouvement.

Peu à peu, très lentement, elle sentit son dos se détendre sous sa paume. Les frottements devinrent moins violents. Puis cessèrent. Daniel inspira profondément comme s’il remontait à la surface après avoir été trop longtemps sous l’eau.

Il ne rouvrit pas les yeux immédiatement. Mais il était revenu.

Le prêtre lut un dernier psaume, puis prononça la bénédiction finale. Quand il se tut, les employés des pompes funèbres s’avancèrent, prêts à descendre le cercueil.

— NON !

Le cri de Lily déchira l’air glacé. Tout le monde sursauta. Elle ne pleurait pas mais ses yeux brûlaient d’une détermination farouche. Son père murmura quelques mots à son oreille. Elle secoua la tête.

— Je veux qu’il l’entende une dernière fois. Avec moi.

Un silence absolu tomba.

Puis les premières notes d’une guitare acoustique résonnèrent. Lina reconnu immédiatement.

La même voix que le jour du mariage, chaude et vibrante, se fit entendre : « I found a love for me, Darling, just dive right in, and follow my lead. Well, I found a girl, beautiful and sweet. I never knew you were the someone waitin’ for me… »

Le chanteur, vêtu de blanc comme ce jour-là, se tenait à l’écart. Lina ne l’avait même pas remarqué, et pourtant il était là, portant le même costume blanc que lors du mariage, contraste frappant avec la mer de noir autour de lui. À ses côtés, une femme, elle aussi vêtue de blanc. Ils semblaient tous deux venir d’un autre temps.

Lily, immobile devant le cercueil, laissait chaque mot la traverser.

Lina, elle ferma les yeux. Dans son esprit, le mariage de Lily défilait : l’arrivée à l’hôtel, la fierté de Karl, leur complicité, la première danse, les promesses murmurées… Ses lèvres tremblaient, mais Lina s’interdit de craquer.

Puis, contrairement au mariage où il n’y avait eu que le chanteur, la femme entama sa partie : « I found a man, stronger than anyone I know. He shares my dreams, I hope that someday we’ll share a home… To carry love, to carry children of our own… »

À ces mots, ce fut comme si l’air se retirait de la terre entière.

Lina mordit l’intérieur de sa joue jusqu’au sang. Le goût métallique envahit sa bouche. Autour d’elle, des gens s’effondraient en silence. Eleanor s’accrocha au bras de RJ, le visage en miette.

Les deux voix se mêlèrent pour le dernier couplet, plus fort, plus déchirant :

« Baby, I’m dancin’ in the dark with you between my arms. Oh, barefoot on the grass while listenin’ to our favorite song. I have faith in what I see. Now, I know I have met an angel in person, And He looks perfect. No, I don’t deserve this, you look perfect tonight »

Chaque mot était une déclaration d’amour et l’adieu le plus déchirant auquel Lina ait jamais assisté.

— Encore ! hurla Lily, menaçante, lorsque les dernières notes de guitare s’éteignirent.

Tout le monde sembla surpris, ne sachant que faire. Le père de Lily la serra plus fort et, d’un geste de tête, intima que la chanson soit rejouée. Dès les premières notes, les employés des pompes funèbres s’approchèrent du cercueil.

Lily s’arracha aux bras de son père — la chanson s’arrêta net — , elle courut, repoussa les hommes d’un geste désespéré et se jeta sur le bois, les mains à plat, comme si elle pouvait encore le retenir.

— JE VOUS INTERDIS DE TOUCHER À MON MARI ! hurla-t-elle, possédée.

Lina sentit ses jambes fléchir sous l'injustice de la scène qui se déroulait devant elle.

— Karl !, cria Lily comme si elle l’appelait à l’aide.

Sa voix se cassa. Enfin, ses larmes jaillirent, violentes, incontrôlables.

Personne n’osa bouger.

Lily pleurait comme une bête blessée, le front contre le cercueil.

— Karl… murmura-t-elle.

Son père s’approcha doucement, murmurant encore. Elle secoua la tête, hystérique, refusant de lâcher prise. Il tenta de la calmer, mais elle refusait d’écouter. Lorsque les employés tentèrent de s’approcher, elle se tourna vers eux, les bras étendus devant le cercueil :

— Laissez-nous tranquille ! les menaça-t-elle.

Elle se tourna vers le cercueil, le visage tordu de rage et de douleur.

— Tu n’es qu’un menteur, Karl Kurtman ! cria-t-elle. Tu devais me faire voir le monde ! À travers tes yeux, tu me l’avais promis ! Tu m’as abandonnée !

Chaque mot lacéra Lina. Elle imaginait trop bien le poids de ces phrases, leur violence, leur vérité.

— Tu… tu ne verras pas ta fille grandir… tu ne lui apprendras pas à faire du vélo, tu ne seras pas là pour sa remise de diplôme, pour son mariage… espèce de lâche… Je te détes…

Elle s’effondra avant d’arrivé au bout.

Sans même le regarder, Lina entendit Robert craquer à son tour.

Le père de Lily ne trouva plus la force de raisonner sa fille. Il pleurait, brisé par la souffrance qui se déversait devant lui. Alors Daniel s’avança.

Lily leva vers lui un regard méfiant, presque sauvage. Il s’agenouilla près d’elle, posa une main légère sur son bras, et lui parla à l’oreille, si bas que personne n’entendit. Les larmes de Lily redoublèrent, mais quelque chose en elle céda, doucement. Son père passa un bras sous ses épaules, l’aida à se relever.

Daniel revint près de Lina. Elle s’agrippa à lui, incapable de tenir seule une seconde de plus. Les larmes coulaient sans qu’elle puisse les contenir.

Lily s’écroula dans les bras de son père, vidée, brisée, mais silencieuse désormais.

Le cercueil descendit lentement jusqu’au fond.

La terre suivit, pelletée après pelletée, lourde, finale.

C’était terminé.

Karl était parti. Pour de bon.


En remontant dans la voiture, Lina sentit quelque chose se cristalliser en elle. Un bloc. Froid. Dur. Irréversible. Mais une certitude :

Peu importait le temps. Peu importait l’argent. Peu importait ce qu’elle devrait devenir pour y parvenir.

Henri Beresford allait payer. Pour chaque larme versée aujourd’hui. Pour chaque promesse fauchée. Pour Karl. Pour Lily. Pour Daniel. Mais surtout, pour l’enfant qui ne connaîtrait jamais son père.

Elle le jura en silence, les poings serrés sur ses genoux. Daniel le vengerait, mais il ne serait pas seul. Dès demain, Lina commencerait à se préparer.

Henri paierait.

Peu importait la personne qu’elle devrait devenir pour y arriver.

Il paierait.


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