CHAPITRE 1 - Le commencement
Elle se regarde encore dans la glace, réfléchissant à sa vie, à ses choix...elle contemple son reflet avec des yeux pleins de regrets et d'incertitude.
Elle est dans la salle de bain, immobile sur le carrelage froid et sec. Une lumière blanche et monotone éclaire la pièce bleuâtre. Ses mains sont appuyés sur le lavabo.
Son cœur déchiré lui fait toujours autant de mal.
Le fil de ses pensées est interrompu par la voix d'une enfant.
- " Liz, je vais être en retard là !! "
Pepper l'attendait à la porte, déjà en uniforme.
- " Ouais minute" s'exclame-t-elle avec une once d'irritation dans sa voix.
Pepper était la fille de son fiancé, Drake, issue du précédent mariage de celui-ci. Sa femme l'avait quitté pour un autre homme. Pourquoi ? aucune idée.
Quelques mois plus tard, après leur divorce, il la rencontre elle .
Leurs regards se sont croisés pour la première fois en plein milieu d'une enquête sur un vieillard qui s'est fait poignarder dans sa cuisine, un samedi soir. Ils étaient voisins, et elle était venue pour un interrogatoire.
La peur était palpable dans le quartier ce jour-là, habitué au calme et au silence.
Les deux individus se sont vite rapprochés par la suite. Des petits appels téléphoniques aux rendez-vous.
Tout se passait étape par étape, mais sûrement.
L'année suivante, Liz finit par emménager chez eux et vend son appartement.
S'en suit les sorties "en famille" et les balades au parc.
Trois ans plus tard, un mois d'octobre, il l'a enfin demandé en mariage.
Liz, l'enfant négligée par des parents abusifs, abandonnée à l'âge de 17 ans, se voit face à une opportunité.
Elle était hésitante.
Était-elle vraiment prête ?
Elle refusa. Lui dit qu'elle a encore besoin d'y réfléchir.
Mais les rêves ont une fin.
Drake a connu la mort durant un incendie criminel.
La police n'a trouvé aucune piste, même après six mois de recherches, et l'affaire a été classée sans suite.
Maintenant, c'est plus une question de justice. Pour, Liz, son deuil est insoutenable.
Mais même si elle semble encore vouloir des réponses, une part d'elle semble la pousser à abadonner.
Elle a le sentiment d'avoit fait quelque chose d'impardonnable.
- "C'est bon, ma puce, on peut y aller." dit-elle.
Elle la ramène sans un mot à l'école.
Sans un regard, une main posée sur l'épaule de la petite fille qui voit ce geste comme un acte qui veut les rapprocher sans briser la barrière qui se trouve entre elles.
Jamais une seule fois elle n'a appelé Liz "maman", encore attachée à sa mère biologique qui l'avait visiblement abandonnée à l'âge de six ans.
Au lieu de ça, elle rejettait toute la faute sur sa belle-mère. Notamment le décès de son père, bien évidemment.
<< Tu m'en demandes toujours trop, Pepper. Laisse-moi tranquille. Ton père est mort, et c'est pas de ma faute.>> Lui avait-elle dit un jour.
Liz regrette parfois ces mots, mais il n'y a plus de retour en arrière. Elle sait que Pepper ne l'écoutera pas s'excuser.
Elle la dépose sans problème, lui fait un petit signe pour lui dire au revoir (que Pepper a décidé d'ignorer) et retourne aussitôt chez elle.
Elle n'a aucune piste, et continuer une enquête aussi complexe seule est une tâche difficile.
Elle a quitté la police peu de temps avant. Mais chercher un autre travail semble hors de portée pour l'instant.
Alors elle reste chez elle, passant son temps à fumer et faire des recherches inutiles qui ne la mène absolument nulle part.
Elle a tenté tous les moyens : sites webs, les interrogatoires par téléphone, les nuits blanches...tout est sans issue.
Oui, elle essaye encore de trouver des réponses. Par culpabilité.
Mais l'envie d'abandonner et de persister à la fois la retiennent sur place comme des chaînes.
Ses émotions lui barrent complètement la route.
Mais que faire ?
Peut-être qu'elle n'est pas assez réveillée.
Liz n'a aucun souvenir de ses rêves passés.
Lorsqu'elle dormait, elle survolait d'autres dimensions qu'à son réveil elle oubliait aussitôt.
Parfois, elle se demande encore pourquoi elle ne rêve pas, même si depuis ses huit ans ça ne semblait plus la préoccuper, car à cet âge-là, elle avait conclu que les rêves n'étaient probablement qu'un mythe, une légende qu'on ne voyait que dans les films.
Quelle ironie.
.
Ça fait une heure qu'elle fixe le plafond moisi qui la retiens prisonnière dans sa cellule d'un regard à la fois éveillé et presque vide.
Son corps est si immobile que sa respiration paraît presque imperceptible.
Sa corpulence et le teint de sa peau pourraient la faire confondre avec un cadavre.
Une heure allongée, à remettre en boucle la vie qu'elle a depuis qu'elle habite dans ce trou à rat, elle-même traitée comme l'un d'entre eux.
Elle ne sait rien faire, à part répondre aux questions qu'on lui pose en clignant des yeux.
Elle ne ressent rien non plus, à cause du traitement qu'elle subit depuis l'enfance.
Elle ne sait rien faire ; son passe-temps préféré c'est fixer le plafond jusqu'à ce qu'elle s'endorme.
Elle ne comprend rien. Elle ne sait ni lire ni compter.
Elle ne mange presque rien. Une fois tous les deux semaines peut-être, avec la même nourriture qu'on oublie souvent de lui servir.
À ses seize ans elle a l'air d'en avoir dix. Son corps est frêle et ses membres ressemblent à des brindilles. Elle a les cheveux emmêlés, probablement habité par des poux. Et son hygiène est déplorable.
Elle se douchait avant, c'était le gardien de cellule qui s'en chargait. Mais elle ne le laisse plus la toucher. Puis un soir, en tentant de la forcer, elle lui a arraché un bout de son oreille avec les dents.
Depuis, il ne mets plus les pieds dans sa cellule. Peut-être même qu'il n'est plus dans le coin du tout.
Le temps passe et personne ne vient lui rapporter sa purée de pomme de terre froide et fade qu'elle mange depuis des jours.
Alors elle se décide enfin à fermer les yeux. S'endormant dans la peur de ce qu'il adviendra d'elle demain.
Quelle ironie.