Prologue
Il pleuvait. La nuit était silencieuse, l'air chargé d'électricité. Arrêtée dans une ruelle, capuche sur la tête, elle gardait les yeux rivés sur la montre attachée à son poignet. Minuit était déjà passé l'heure parfaite pour un vol.
Elle s'était préparée avec précision, dans le taudis qu'elle appelait son appartement. Une combinaison noire, souple, silencieuse, moulait son corps. Dans son sac, tout le matériel était prêt : une cagoule, une lame fine, un crochet de serrurier et un petit dispositif électronique pour brouiller les caméras.
Ses cheveux , noués en une tresse serrée, furent glissés sous le casque noir de sa moto. Elle inspira profondément, puis jeta un dernier coup d'œil à sa mission. Une photo froissée qu'elle remit dans sa poche.
Mission : une médaille ornée d'une fleur de lys en or.
— Une médaille, une médaille... marmonna-t-elle, le cœur battant plus vite en enfilant ses gants. Trop facile. Je vais le faire vite et bien.
Elle se dirigea vers un parking souterrain exigu et enfourcha sa moto, une machine noire, mate, au ronronnement discret mais puissant. Elle démarra, serpentant dans les rues presque désertes, portée par le vent et l'air qui s'infiltrait dans son casque, remplissant ses poumons. L'adresse était imprimée dans sa mémoire : le manoir du duc Easton Lysander d'Aetherwyn, situé en périphérie, isolé, cerné par un mur imposant.
Elle n'avait jamais compris les riches. Pourquoi vivre si loin de tout, dans un endroit aussi vulnérable ? Il ne faudrait pas s'étonner si un voleur comme elle venait y faire un tour.
Elle atteignit enfin le domaine à l'aube. Trois heures du matin. Le manoir était imposant, mais rien qui puisse l'arrêter. Les lumières étaient toutes éteintes. À première vue, tout le monde semblait endormi. Mais elle n'était pas une débutante. Elle savait que les apparences pouvaient tromper.
Elle gara sa moto derrière un buisson assez touffu pour la dissimuler. À travers des jumelles infrarouges, empruntées depuis un moment à une connaissance qu'elle n'avait pas prévu de revoir, elle inspecta les lieux. Aucune trace de gardes. Étrange. Deux caméras seulement, pointées vers l'entrée principale.
Elle s'attendait à mieux. Quelque chose clochait. Cette mission lui semblait trop simple, trop évidente. Elle hésita un instant. Rebrousser chemin ? Non. L'argent lui était nécessaire. Le loyer n'allait pas se payer tout seul.
Elle escalada le mur avec agilité, utilisant les moindres aspérités. Une fois de l'autre côté, elle se plaqua au sol, progressant dans l'ombre jusqu'à une fenêtre du premier étage, entrouverte malgré le froid. Insouciance typique des riches. Elle sourit intérieurement : après son passage, ils feraient plus attention. Un mal pour un bien.
À l'intérieur, ses pas lui semblaient soudain trop sonores. Elle avançait comme une panthère, précise, fluide. Dans sa tête, le plan se dessinait : dernier étage, grande porte à droite. C'était là que la médaille l'appelait. Une lueur faiblarde filtrait sous la porte.
— Tu devrais être endormi, votre Excellence, murmura-t-elle, un sourire au coin des lèvres.
Elle poussa la porte lentement, retenant son souffle. La chambre était spacieuse, décorée de meubles somptueux, témoins silencieux d'une richesse absurde. Elle commença à fouiller, ses gestes précis, discrets. Dans une pièce attenante, probablement un bureau privé, elle tomba sur un coffre en bois posé sur une table. Elle s'empressa de l'ouvrir : bijoux, montres, pierres précieuses mais toujours pas de médaille.
Le cœur battant un peu plus fort, elle retourna dans la chambre. Elle fouilla cette fois les tiroirs qu'elle n'avait pas encore ouverts. Rien.
Puis un craquement. Derrière elle.
Elle se figea, puis pivota lentement.
Une silhouette se découpait dans l'ombre. Le duc Easton. Vêtu d'une robe sombre. Debout, à quelques mètres, revolver en main.
— Je dois dire que vous avez du talent, dit-il calmement, un sourire indéchiffrable aux lèvres.
— Mais vous avez choisi la mauvaise maison à cambrioler.









Pour l'instant c'est vraiment super !!!!