Chapitre 1 : La Tour
Le crissement des chaînes frappant le sol résonne dans le grand hall du bâtiment. De nombreuses personnes menottées avancent dans un lieu obscur et sinistre. Une grave odeur de fer empli la pièce. De grands murs de béton nu encadrent la pièce sombrement.
Dans un rang de prisonniers, un homme cours, tentant de s’enfuir. Une femme se précipite derrière lui et lui tire dans le dos avec un tazer. L’homme est électrocuté et projeté au sol. Son corps se contorsionne violemment. Mais il continue de ramper vers la grande porte à deux battants. La femme le suit lentement puis lui assène plusieurs coups de matraque électrique avant de se dresser, lever un revolver sur sa nuque et l’abattre. Elle s’accroupit dans la mare de sang qui commence à se former et porte son regard sur la main de l’homme.
-A27 !
Elle clame le code dans un sourire de triomphe de ses dents bien trop blanches. Deux gardes accourent pour débarrasser le corps sur un brancard. Celui-ci disparaît dans une poubelle assez vite et est incinéré dans les ordures.
Durant cette intervention, le silence règne, grave. La femme vient vers la tête du cortège de prisonniers et monte sur une estrade face à eux, impériale. Elle porte une chemise noire sans manche proche du corps, le tissu de son large jean est taché de sang et des coquilles en polycarbonate protègent ses genoux. Son visage anguleux est affiné par un nez mince. Son grand regard vert est encadré par une longue mèche de cheveux brun et le reste de ses cheveux et retenu en une queue de cheval montée haute sur l’arrière de son crâne. Pour terminer ce portrait malfaisant, elle porte plusieurs tâches de sang au bord des lèvres, comme si, à l’image d’un vampire, elle avait bu le sang de ses victimes.
-Bienvenue à la Tour de l’Aiguille.
Sa voix d’une froideur surnaturelle glace alors l’assistance, s’abattant telle une lame.
-Je suis La Maîtresse. Vous êtes ici pour répondre à des crimes de grande gravité. La plupart d’entre vous ne comprendront pas pourquoi ils sont ici et tenteront de s’enfuir. Je vous annonce tout de suite que toute tentative sera vaine.
À cette phrase, chaque prisonniers acquiesce doucement, se remémorant l’assassinat qui vient d’avoir lieu.
-Chacun recevra un code, tatoué sur la main, le cou et le torse. Ce code est votre seule identité désormais.
Elle marque une pause, observe la peur monter dans les yeux de l’assistance.
-Vous travaillerez de cinq heures à vingt-deux heures. Vous mangerez quand on vous le dira. Vous dormirez quand on vous l’autorisera. Et vous mourrez quand je le déciderais.
Un léger sourire traverse son visage. Fier et carnassier.
-Bienvenue chez vous.
Dans les colonnes de prisonniers, deux se regardent, encore sous le choc. L’un est blanc comme neige, mais son regard ambré est perdu dans le vague tout en étant très présent. Ancré dans cette réalité folle et y réfléchissant. Il porte une touffe de cheveux brun frisé et des yeux fins de lynx. Son nom est Ayemeric.
L’autre à côté de lui, quelque peu plus petit que lui, semble chercher dans la foule du regard, comme s’il attendait quelqu’un. Ses cheveux sont de la couleur des nuages d’orages et des tempêtes de neige. Son regard est d’un brun perçant. Il se nomme Philo.
Ayemeric, comme revenant à l’instant présent après avoir baladé son regard dans toute la pièce, souffle doucement pour se calmer, une tension palpable montant en lui. Il tourne doucement son regard vers Philo, qui semble serein, ou en tout cas moins inquiet que lui.
-Qu’est-ce que… qu’est-ce qu’on fait là ?
-Je te répondrai en temps et en heure, promis. Mais c’est un peu délicat, je dirais.
-Comment ça ?
-J’ai une idée de la raison de ma présence ici, mais pour toi par contre…
Ayemeric est le premier des deux à passer au tatouage. Le garde qui l’accueil lui ordonne de retirer son t-shirt et lui retire ses menottes. Il s’exécute lentement. Il s’assoit sur le fauteuil dégarni où il n’y a d’apparent que le fer de la structure du fauteuil. Trois tatoueurs armés de leurs machines attendent tandis que deux gardiens approchent pour lier les poignets et les chevilles du jeune homme au fauteuil. Une fois Ayemeric immobilisé, les trois tatoueurs approchent et commencent à dessiner au feutre le code que Ayemeric portera sur sa peau.
Pendant que les trois tatoueurs s’appliquent sur sa peau, Ayemeric gémit et grogne. En cause : la douleur des aiguilles qui lui injectent l’encre sous la peau pour la première fois.
Le dernier tatoueur passe enfin le tissu imbibé d’huile essentielle pour aider à cicatriser les croûtes que vont produire les tatouages. Aussitôt, Ayemeric est à nouveau menotté. Le jeune homme, le visage pourpre dû aux émotions, se lève doucement et est poussé par les gardes vers un rang de prisonniers tatoués eux aussi de leurs codes. On lui tend son t-shirt qu’il s’empresse de remettre. Il tremble de douleur convulsivement.
Dans le rang voisin, une jeune femme attire l’attention de Philo. Une touffe de cheveux rousse. Le regard bas perdu. Un air enfantin au visage. Des épaules fines. Des jambes agiles.
-Romane…
La découvrir ici lui coupe le souffle. Il l’a trouvée. Mais il ne voulait pas être sûr qu’elle était là.
-Romane !
L’appel est maintenant plus franc. Ayemeric se retourne et remarque lui aussi la présence de leur jeune amie. La rouquine lève la tête. Deux gardes poussent Philo à avancer pour le tatouage. Il résiste à leur poussée et tente de garder la rouquine dans son champ de vision. Les gardiens poussent à nouveau mais rien n’y fait. Pour le dissuader de se rebeller, les gardiens tentent de le frapper, mais Philo leur renvoie immédiatement leurs coups. Une fois partiellement libéré de ses gardiens, Philo se précipite vers Romane.
-Philo !
La jeune femme se lance à son tour vers lui. Les gardes du côté de Romane, sentant l’agitation et voyant leur prisonnière vouloir sortir du rang, tirent sur ses chaînes liant ses poignets pour l’emmener avec eux. Malgré sa faible musculature, elle résiste à ses gardes. Un troisième garde arrive alors pour frapper à la batte électrique la jeune femme. Elle arrive vite au sol, le dos rouge et douloureux, s’effondrant sur le flanc. Philo vient la protéger de son corps en se mettant au-dessus d’elle, prenant les coups à sa place. Le regard qu’ils échangent alors tous les deux dans ce cocon de sécurité est à la fois empli de peur et d’assurance. Ils savent que tant que l’un est là, l’autre est en sécurité.
-Assez !
Le cris de la femme fait cesser immédiatement tout mouvement aux gardes. Elle leur signifie de relever les prisonniers et s’approche d’eux. A peine debout, les deux prisonniers sont séparés par les gardes qui les retiennent fermement. Romane porte un filet de sang coulant de sa lèvre inférieure. Philo porte un hématome assez large sur le cou. La femme approche si près de Romane que celle-ci peut voir les variations de couleurs dans ses pupilles. Elle vient alors lécher le sang sur le menton de la jeune adulte. Surprise de l’action de la femme, Romane ne fait pas un geste. D’ailleurs, elle ne pourrait rien faire en vérité.
-Lestez-la, ordonne la femme aux gardiens de Romane dans un sifflement serpentin.
Ceux-ci attachent des poids de plusieurs kilos chacun aux bracelets de fers qui contraignent les poignets de Romane. Des poids de même gabarit sont attachés à une chaine autour de son cou et ses chevilles connaissent le même sort. Ils la laissent tomber à genoux et sa tête est emmenée au sol avec le poids de la chaîne à son cou. Romane manque de se cogner au sol violemment, retenant sa nuque tout juste à temps, son front rebondissant légèrement au sol. Cela va surement laisser un hématome.
Une fois s’être occupée du sort de Romane, la femme se tourne vers Philo, un grand sourire au visage alors que celui-ci est frappé de stupeur par la situation de sa jeune amie. Elle lui attrape vivement le menton. Il tente de reculer, s’enfuir de la prise de la femme. Les gardes le retenant par les bras le maintiennent en place.
-Un bel homme. Dommage, tu aurais été parfait dans ma collection.
Philo n’a pas le temps de réfléchir aux paroles de la femme qu’il reçoit une piqûre de tranquillisant dans le cou et est traîné par des gardes sur le fauteuil de tatouage. Toujours conscient mais incapable de se débattre, il regarde avec impuissance les tatoueurs approcher de lui. Les tatouages sont effectués assez rapidement et il est finalement assommé par une deuxième dose de tranquillisant.
Ayemeric, à l’autre bout de la pièce, ne peut qu’apercevoir la scène, impuissant. Il ne peut que se presser à la barrière qui les sépare, scandant leurs prénoms pour les soutenir. Quand Philo est mis hors d’état de nuire par le tranquillisant, un garde en uniforme approche d’Ayemeric pour le déloger de la barrière. Refusant de laisser ses amis seuls, le jeune homme repousse le garde sans le regarder. Un coup dans les jambes d’Ayemeric vient mettre à terre le jeune homme avant qu’il ne soit emmené de force dans un ascenseur. Le garde sélectionne l’étage « B » parmi les vingt-six autres lettres.
L’ascenseur monte lentement. Les murs de celui-ci sont en métal réfléchissant. Ayemeric rencontre alors le visage de son garde, qui le maintien au sol par un pied écrasant sa cheville et une forte main maintenant son bras dans son dos. Assez grand et d’une bonne carrure, l’homme porte un bouc assez long et de long cheveux couleur miel retenu en queue basse par un élastique noir. Sur son avant-bras, des signe runiques vikings tatoués. Sur le cœur, son matricule indique « Basile PHILON».
Une fois arrivés et l’ascenseur ouvert, Basile précipite Ayemeric dans le couloir qui s’ouvre à eux, le laissant s’écraser le nez au sol. Rapidement, le jeune homme se lève, le nez saignant, en garde prêt à se défendre. Indifférent, Basile l’attrape par le poignet pour le trainer avec force à la cellule correspondant à son code : B32. La porte en plexiglas s’efface dans le mur et le garde lance son prisonnier dans sa cellule d’un blanc très lumineux. Ayemeric atterrit sur la couchette, la tête dans l’oreiller. Aussitôt la porte fermée, le garde s’en va.
-Pff… Rien qu’une démonstration de force, souffle Ayemeric. Moi aussi je sais me défendre hein.