Prologue
Le corps gît dans une flaque épaisse et visqueuse qui se répand sur le sol. L’odeur métallique me prend à la gorge. Comme si elle me punissait en s’assurant que je ne puisse jamais l’oublier. Je me fais violence pour ne pas vomir.
— Qu’est-ce que tu as foutu, murmuré-je pour moi-même, la voix tremblante de peur.
Les yeux du cadavre sont grands ouverts, figés dans une expression que je préfère ne pas décrypter. On dirait qu’il me fixe. Qu’il essaie de me culpabiliser.
Sous mes semelles, le sang crisse en séchant déjà contre le carrelage. Quand je baisse les yeux, je remarque que mes mains sont rouges, souillées, tremblantes. J’entends les battements de mon cœur résonner jusque dans mes tempes, comme une alarme incendie qui me prie de courir pour ma survie.
Je ne comprends pas.
J’aurais dû écouter mon instinct qui me disait de faire demi-tour, en arrivant devant la porte d’entrée. Mais à présent, il est trop tard. Le mal est fait.
Mon cerveau tourne à plein régime. Les scénarios s’y enchaînent et, dans chacun d’entre eux, je passe le reste de ma vie derrière les barreaux.
Pourquoi suis-je là ? Pourquoi suis-je venue ?
Je vacille, les jambes cotonneuses, et cours vers le lavabo. L’eau glacée mord mes poignets. Le sang semble vouloir s’accrocher et je le regarde partir petit à petit, dans un tourbillon.
Je saisis mon téléphone, et cherche le nom de la personne qui a promis de toujours m’aider, en toutes circonstances. J’attends quelques secondes avant que sa voix parvienne jusqu’à mon oreille.
Une pensée m’obsède : il faut que quelqu’un m’aide à faire disparaître ce corps. Et je n’ai confiance en personne d’autre qu’en lui.