Les flammes du destin
Point de vue de Natacha
Je n’ai jamais aimé la vitesse.Le simple vrombissement d’un moteur trop fort me fait battre le cœur comme si j’allais tomber dans le vide. Peut-être parce que la mort m’a volé mon père sur un circuit, lorsque j’étais encore adolescente. Depuis, je me suis juré de garder les deux pieds sur terre, littéralement.
Alors, quand mon patron, Eric Wels, a annoncé que le séminaire d’entreprise se terminerait par une “activité de cohésion sur circuit automobile”, j’ai senti le sol se dérober sous moi.
— Natacha, tu vas me faire le plaisir de participer, n’est-ce pas ? dit-il en me lançant un regard qui ne laisse aucune place au refus.
Je ravale ma salive.Il se rapproche, beaucoup trop près.
— Ce serait dommage que tu rates ça… surtout toi, la plus jolie de l’équipe, murmure-t-il juste pour moi.
Je me crispe.Son parfum trop fort me donne mal au cœur.
— C’est… obligatoire ?
— Avec moi, tout l’est, répond-il avec un clin d’œil qui me donne envie de vomir.
Je baisse les yeux, parce que c’est ce qu’il attend.Mais au fond, j’aimerais lui mettre ma main en pleine figure.
Les autres semblaient enthousiastes, excités à l’idée de rugir sur l’asphalte. J’aurais préféré mille réunions, mille dossiers à boucler, plutôt que cette mascarade à grande vitesse.Mais chez Wels & Partners Immobilier, on n’a pas le choix. “Sortir de sa zone de confort”, qu’il a dit.
Facile à dire, quand on conduit une Porsche tous les week ends.
Le circuit
Le domaine choisi pour clôturer le séminaire, était perdu au milieu de collines et de forêts.Le genre d’endroit où le silence a une odeur de mousse et d’essence.À notre arrivée, plusieurs voitures de sport étaient déjà alignées devant un petit bâtiment où flottait une banderole :“Stage de pilotage – Ros Motors Event.”
Le nom m’a intriguée : Ros.Je ne savais pas encore que ce mot allait bouleverser ma vie.
Eric s’est tourné vers moi, lunettes de soleil sur le nez, sourire carnassier.— Alors, Natacha, prête à vivre une expérience inoubliable ?— Je ne suis pas sûre que inoubliable soit le mot, ai je soufflé en serrant mon casque.— Allons, un peu de courage ! Si tu réussis à ne pas hurler, je t’offre une prime.
Je détestais ce ton. Ce mélange de séduction et de pouvoir.Mais j’ai souri, parce que c’est ce qu’on fait quand on veut garder son poste.
L’homme au T-shirt noir
En descendant, je sens immédiatement Eric sur mes talons.Il attrape mon bras, un geste trop possessif pour être innocent.
— Tu restes avec moi aujourd’hui. Je te montrerai comment on conduit vraiment.
Je serre les dents.J’aimerais juste disparaître dans les bois.
Et puis je le vois.Lui.
Grand.Massif.Les épaules larges sous un tee-shirt noir légèrement taché de cambouis.Une barbe courte, disciplinée.Et surtout… des yeux bleu glacier, si intenses qu’ils semblent décoder tout ce que je pense.
Il marche vers nous, calme, sûr de lui, comme s’il appartenait à cet endroit.Quand son regard accroche le mien, quelque chose explose dans ma poitrine.Un vertige.Une chaleur.Une sensation de… reconnaissance ?
Je ne comprends rien.Mais je ne peux plus détourner les yeux.
— Bonjour, dit-il de sa voix grave. Grégory Ros, responsable du circuit.
Il vérifie mon casque.Ses doigts effleurent ma peau et je ressens… un courant électrique, doux, brûlant.Je retiens mon souffle.
Eric intervient immédiatement, comme un chien marquant son territoire.
— C’est bon, vous avez fini ? On attend pas votre numéro de charme.
Grégory lève les yeux vers lui.Son regard change.Il devient froid.Tranchant.
— Je m’assure seulement que votre passagère soit en sécurité, dit-il calmement.
— Je suis un excellent conducteur, répond Eric, vexé.
— C’est ce que disent souvent ceux qui provoquent des accidents, répond Grégory, sans même lever une joue.
Le silence tombe.Eric devient rouge.Je retiens un rire nerveux.
Mais Grégory ne quitte pas mes yeux.Il ne dit rien, mais le poids de son regard est une promesse silencieuse.
Le choc
Le départ a été donné.Je suis coincée dans une voiture de sport, attachée comme un paquet, avec Eric au volant.
Je sens déjà que quelque chose va mal tourner.
— On y va, beauté ! lance-t-il en écrasant la pédale.
La voiture bondit.Mon cœur manque un battement.Le moteur rugit comme un animal affamé.Le circuit défile si vite que mes yeux n’arrivent plus à suivre.
Je me cramponne à la ceinture.
— C’est bon ? Tu tiens le coup ? Parce que moi, je compte m’amuser, ricane Eric.
Il prend un virage trop vite.La voiture glisse légèrement.
Je pousse un cri.
— Arrête de pleurnicher ! Tu vas gâcher le moment !
Les souvenirs de l’accident de mon père remontent brutalement.La tôle froissée.Le sang.Le téléphone qui sonne au milieu de la nuit.
Je suffoque.
— Eric, ralentis ! Je t’en supplie !
— Tu vas t’y faire, murmure-t-il en posant sa main sur ma cuisse. Et puis, c’est l’occasion de se rapprocher un peu, non ?
Je la repousse violemment.Il grogne, agacé.Le moteur hurle encore plus.
Et soudain...
Le monde bascule.
Une voiture dérape devant nous.Eric freine trop tard.
Le choc est brutal.
Mon corps est projeté en avant.Le métal se tord.Une explosion illumine la forêt.
Puis le noir.
Sauvée des flammes
Quand je reprends conscience, la voiture était renversée sur le dos.La ceinture me coupait la poitrine, l’air empestait l’essence et la peur.Le monde tanguait, flou.J’ai vu des flammes, des étincelles sous le capot.Et le hurlement de Eric, coincé de l’autre côté.
J’ai essayé d’ouvrir la portière, sans succès. Le métal était tordu.La chaleur montait.Je me suis mise à crier. Pas pour appeler à l’aide.Pour expulser la panique, cette vieille terreur qui revenait comme une vague.
Et puis, soudain, une ombre.Une main.
— Natacha ! Natacha, regardez-moi !
Je cligne des yeux.Ses yeux bleus apparaissent dans le chaos.
Grégory.
Le même regard bleu que tout à l’heure, mais cette fois plus sauvage, presque animal.Il a arraché la portière comme si elle ne pesait rien.L’air libre m’a fouetté le visage.
Son regard est sauvage.Inquiet.Dévasté.
— Je suis là, souffle-t-il en me détachant. Respirez Natacha.
Ses bras m’ont soulevée, m’arrachant à la voiture, à la peur, au feu.Je me suis agrippée à lui, incapable de parler.Il sentait la terre, le métal, et quelque chose d’autre.Quelque chose de chaud, de vivant, de dangereux.Son torse se soulevait contre moi, puissant, régulier.
Je l’ai regardé.Il avait une cicatrice fine au coin de la lèvre, et une intensité dans le regard qui m’a clouée sur place.Autour de nous, les gens criaient, les sirènes hurlaient, mais j’étais ailleurs.Suspendue à ce regard.
Quand il me déposa enfin, je restai figée.Eric, aidait par les secours, nous observait de loin, les yeux plissés, jaloux.Je sentis la tension entre eux, invisible mais tranchante.Deux forces opposées : l’une qui prétendait me posséder, l’autre qui voulait me protéger.
— Vous êtes blessée ?— Non… je… je crois pas.— Restez là, a t il ordonné.
Il s’est éloigné pour aider Eric, encore coincé.Je tremblais de la tête aux pieds.Un souffle d’air a soulevé la poussière, et j’ai juré entendre… un grondement.Pas un moteur.Un son venu de lui. Une vibration, presque un rugissement étouffé. Quand il est revenu, couvert de suie, le visage fermé, j’ai compris que cet homme n’était pas comme les autres.
L’heure des soins
Dans l’ambulance, Eric apparaît sur un brancard, pâle comme un linge.
— Tu vas bien… ? souffle-t-il, sans réussir à me regarder dans les yeux.
Il croise le regard de Grégory, assis juste à côté de moi, sa main toujours posée sur mon avant-bras pour vérifier mon pouls.
Et là… je vois Eric se ratatiner.Il détourne immédiatement la tête, comme un animal qui sait qu’il n’est pas le prédateur dans cette histoire.
Je ne comprends pas tout.Mais je comprends ça : Eric a peur de lui.
Le trajet jusqu’à l’hôpital est long.On me pose un masque à oxygène.On compresse mon épaule.On prend mes constantes toutes les trois minutes.
Eric geint toutes les trente secondes, se plaint de tout.
Un ambulancier finit par lui dire :
— Monsieur, respirez. Et laissez-la respirer aussi.
Je souris derrière mon masque.
À l’hôpital, tout s’enchaîne.On nous sépare.Radiographies.Examens.Lumières agressives.
On me ramène finalement dans une chambre.Petite, blanche, avec vue sur la forêt.
La lune se lève.La douleur pulse dans mes côtes.
J’entends qu’on installe Eric dans la chambre voisine.Il râle encore.
Je roule des yeux.
Puis le silence tombe.
Trop insistant.Trop lourd.
Je ferme les yeux.Mais les images tournent : le choc, la fumée, lui.
Son regard.Ses mains.Sa voix.
Pourquoi… pourquoi je pense à lui comme ça ?
Je frissonne.Je ne devrais pas.Et pourtant…









Ça va vite cette histoire, trop vite peut-être car on a de la misère à se situer...
en effet trop vite on dirait que l'auteur a un train a prendre. c'est pas une course on a le temps