Trouble nouveau - Parti 2

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Summary

Alice et Emmanuel trouveront-ils la force de résister à ce qui les dépasse ? Alice restera-t-elle fidèle à elle-même ou ses certitudes voleront-elles en éclats ?

Status
Complete
Chapters
17
Rating
5.0 1 review
Age Rating
18+

Messages de juillet

La chaleur était déjà lourde en cette fin d’après-midi de juillet. Alice était allongée sur un transat, chez ses parents, au bord de la piscine. Le soleil caressait sa peau encore humide, l’eau clapotait doucement, indifférente à l’agitation silencieuse qui la traversait.

Son téléphone vibra.

Un simple message. Un prénom.

Emmanuel.

Félicitations pour ton diplôme, Alice. Je savais que tu y arriverais.

Elle sourit malgré elle. Ce n’était rien. Une phrase polie, bienveillante. N’importe qui aurait pu l’écrire. Et pourtant, quelque chose se serra légèrement en elle.

Elle relut le message. Deux fois. Trois.

Pourquoi lui ? Pourquoi maintenant ?

Elle répondit après quelques minutes, volontairement mesurée.

Merci 🙂 C’est un soulagement… et un peu étrange aussi. Comme si quelque chose se terminait vraiment.

Elle posa le téléphone sur le transat, ferma les yeux. Le soleil était là. Le sud. Sa vie d’avant. Et pourtant, une part d’elle était encore suspendue ailleurs.

Les jours suivants, les messages revinrent. Jamais envahissants. Jamais déplacés.

Ils parlèrent du stage. De ce qu’elle avait appris. De ce qu’elle envisageait maintenant.

Emmanuel posait des questions précises, attentives. Comme toujours. Alice se surprenait à attendre ses réponses avec une impatience qu’elle n’analysait pas tout de suite.

Un soir, elle écrivit :

C’est étrange…Ce stage m’a appris beaucoup de choses sur le travail. Et sur moi aussi.

Elle hésita avant d’envoyer. Trop personnel ? Elle appuya quand même.

La réponse arriva plus tard, après un silence un peu long.

Parfois, on apprend des choses qu’on n’avait pas prévues. Ce n’est pas forcément inconfortable. Juste… nouveau.

Nouveau.

Le mot resta en elle. C’était exactement cela.

Allongée dans sa chambre d’adolescente, fenêtre ouverte sur la nuit tiède, Alice laissa ses pensées dériver.

Elle n’était pas attirée par les hommes. Elle ne l’avait jamais été. Son désir avait toujours été clair, évident, dirigé vers les femmes leurs corps, leur peau, leurs courbes, la douceur précise de leurs gestes.

Et pourtant…

Son corps avait réagi. Une fois. Pour un homme. Pas n’importe lequel. Emmanuel.

Elle ne cherchait pas à se convaincre de quoi que ce soit. Elle ne voulait rien redéfinir. Mais elle ne pouvait plus faire semblant que cela n’avait pas existé.

Elle ouvrit leur conversation, relut quelques messages, puis en écrivit un… qu’elle effaça aussitôt.

Trop intime. Trop révélateur.

De son côté, Emmanuel faisait la même chose. Il écrivait. Puis supprimait. Il se voulait prudent. Respectueux. Il aimait Claire. Il aimait leur vie. Et pourtant, certains soirs, une image revenait sans prévenir. Une présence. Une voix.

Il se demandait si Alice pensait encore à lui — et aussitôt, il se reprochait cette pensée.

Les échanges se poursuivirent ainsi, pendant plusieurs jours. Ni quotidiens. Ni espacés. Juste assez pour exister. Juste assez pour maintenir ce fil discret, presque invisible, mais solide.

Un après-midi, Alice envoya simplement :

Parfois, j’ai l’impression que certaines choses ne s’effacent pas avec la distance.

Elle posa le téléphone, le cœur un peu plus rapide que de raison.

La réponse arriva longtemps après.

Non. Mais on peut apprendre à vivre avec.

Elle sourit doucement. Ce n’était pas une promesse. Ce n’était pas un renoncement non plus.

Juste une vérité partagée. Alice regarda le ciel devenir orangé au-dessus des pins. Elle ne savait pas où cela la mènerait. Elle ne savait pas ce que cela disait d’elle.

Mais pour la première fois, elle acceptait de ne pas savoir. Et quelque part, à plusieurs centaines de kilomètres, Emmanuel fermait lui aussi les yeux, conscient que cette distance, loin d’effacer le trouble, venait peut-être simplement lui donner une autre forme.