Prologue - Lettre à Melody
Mon bébé,
Tu as 4 jours, et on vient de rentrer à la maison. Tu t’es endormie dans ta coque pendant le court trajet de retour depuis la maternité. J’avais tellement peur de te réveiller en te déplaçant que tu es toujours bien installée dans ta coque, à côté de moi. Que tu es belle ! Je t’admire toutes les 30 secondes et je ne peux pas m’empêcher de régulièrement t’écouter respirer pour m’assurer que tout va bien. Il ne m’a pas fallu 4 jours pour ressentir cette responsabilité grandir en moi. Il y a une petite vie qui dépend de moi ! C’est grisant, valorisant, et terrifiant à la fois.
J’ai du coup ressenti le besoin irrépressible de coucher sur papier ce que je ressens. Et je ne sais pas si tu vas m’en laisser le temps dans les prochains jours, j’en profite pour le faire dès maintenant. J’ai bien conscience de vivre une parenthèse de ma vie très rare, et les émotions se bousculent dans ma tête.
Sache tout d’abord que je t’aime déjà plus que tout. Le jour où tu es née, quand je me suis retrouvée toute seule avec toi dans la chambre de maternité (tu devais avoir 4 ou 5 heures), je t’ai regardé pendant un long moment, et, j’avais beau être certaine de déjà t’aimer, je ne pouvais pas m’empêcher de me demander si je serai capable de donner ma vie pour toi. J’avais honte d’admettre que je n’en étais pas certaine. Mais, durant ces 4 jours avec toi, tout ce que j’ai déjà pu découvrir me faisait t’aimer de plus en plus, à tel point que j’ai réalisé que je ne me posais pas la bonne question. La question qu’il fallait se poser était : Serais-je dorénavant capable de reprendre ma vie si je te perdais maintenant ? Et la réponse est clairement non. Mon but principal dans la vie est devenu ton bien être, et si je venais à te perdre, je serai dévastée.
Je comprends maintenant pourquoi beaucoup de femmes disent souvent « tu verras quand tu auras des enfants ». Je les ai souvent trouvées présomptueuses, comme si nous n’étions pas suffisamment intelligentes pour imaginer être mère, et quelle décision on prendrait dans telle ou telle situation. Mais je dois bien admettre que je n’aurai jamais pu imaginer la déferlante d’émotions qui m’assaillent depuis quatre jours. Et dorénavant, je n’ai plus la prétention de prétendre que je sais comment cela va évoluer dans les jours et semaines à venir.
Maintenant que le fait est établi que je t’aime (et ton papa aussi j’en suis certaine, mais j’y reviendrai…), j’ai envie de te raconter ces 4 jours, avant que le temps fasse son œuvre et que ma mémoire me joue des tours et transforme ou enjolive la vérité.
Tu es née le vendredi 23 décembre 2023 à 5h59. Tu mesurais 48,5cm et pesais 2kg855. Il semblerait que tu n’aimes pas les comptes ronds ! Tu t’appelles Melody River Smith. On l’a décidé avec ton papa peu de temps après ta naissance. Enfin… j’avais choisi ton prénom depuis un petit moment déjà, mais c’est lui qui a choisi ton deuxième prénom quand on a réalisé qu’il allait devoir déclarer ta naissance, et que tu n’en avais pas. Quant à ton nom de famille, j’avais prévu que tu portes le mien, avant de changer d’avis, tu comprendras ma décision par la suite.
Ton papa m’a amené à la maternité la veille de ta naissance en fin d’après midi, et après quelques heures dans une chambre, puis une pause de péridurale (on en reparlera quand tu seras en âge de comprendre…) puis de nouveaux quelques heures à t’attendre, tu as finalement pointé le bout de ton nez. Tu as pris ton premier « repas » comme une championne et nous sommes parties dans ce qui allait être notre chambre pendant 3 jours.
Un pédiatre est venu te « manipuler » de partout pour vérifier que tu allais bien (ton papa et moi avions déjà compté tes 20 doigts et doigts de pieds). Nous avons eu la visite des tes grand-parents (mes parents) et de tatie Amandine (2 fois !). J’ai changé mes premières couches. Une très gentille puéricultrice est également venue m’apprendre à te donner ton bain. C’est effrayant, tu parais tellement petite toute nue, j’ai peur de te faire mal. Mais je commence à prendre le coup. Ton papa a passé beaucoup de temps avec nous, il ne partait que pour aller dormir, et quand j'avais des visites, et arrivait dans la matinée (il avait peur de nous réveiller s’il arrivait trop tôt).
Les nuits en tête à tête ont été un peu éprouvantes, mais c’est normal. Il semblerait que tu confondes le jour et la nuit… La nuit, tu pleurais assez rapidement dès que je te posais dans ton berceau… J’espère que tu vas petit à petit réussir à dormir ailleurs que dans mes bras, car la fatigue commence d'ores et déjà à se faire sentir. Je ne sais même pas pourquoi je t’écris d'ailleurs au lieu d’essayer de profiter de ton sommeil pour dormir moi aussi.
Mais je ne peux pas dormir encore, car, si tu me laisses encore un peu de temps, ce que je veux te raconter maintenant, c’est ton histoire.
Quand tu seras en âge de connaître ton histoire, ton papa et moi devront t’expliquer les circonstances de ta naissance. Cette lettre nous y aidera. J’espère que tu ne nous en voudras pas, et que tu auras la force de caractère de n’en retenir que le positif. Je me plais à penser que cela fait de toi quelqu’un de spécial.
Mais, quoi que tu retiennes de ce que je vais te raconter, tu dois en premier lieu retenir que, malgré les apparences peut être trompeuses, tu étais voulue à 100%. Tu n’as pas été conçue par accident, ni sur un coup de tête (enfin, peut-être un peu sur un coup de tête, je vais y revenir). Et tu es le fruit de l’amour, même si nous ne le savions pas encore… Désolée si cette dernière phrase te parait cryptique, je vais tout t’expliquer.
Donc voilà, si je te raconte cela par ordre chronologique, je dois commencer par te dire que ton papa et moi avons tout d’abord été de très bons amis. Cependant, ton papa étant anglais et en France pour une durée limitée, nous savions qu’à un moment donné, nous aurions la barrière de la distance qui nous séparerait, quand il rentrerait chez lui. On n’a jamais vraiment pris le temps d’y réfléchir…
Et… peu de temps avant que ton papa rentre en Angleterre, je lui ai avoué que j’étais très triste, car j’avais très envie d’avoir un enfant, mais je n’avais pas de papa avec qui faire cet enfant. J’aurai pu réfléchir à différentes solutions me permettant d’être maman, mais, ton papa m’a proposé de « m’aider » à avoir un bébé (je ne le savais pas à l’époque mais il était amoureux de moi en secret depuis des mois, c’est un timide ton papa). Et, sur un coup de tête, oui, il faut bien l’avouer, j’ai dit oui. Une fois encore, on n’a pas beaucoup réfléchi à comment cela pourrait se passer une fois qu’il serait rentré en Angleterre…
On n’en a pas eu le temps en fait, car, à peine ai-je été enceinte, que l’on s’est disputé et que l’on a cessé de se voir. Je n’ai même pas pu lui annoncer que j’étais enceinte en fait.
Tu es en droit de te demander si j’ai eu des doutes, si j’ai regretté ma décision hâtive. La réponse est claire et nette : non !
J’ai donc passé ma grossesse célibataire, mais heureuse d’être bientôt maman. Et… petit à petit j’ai réalisé que j’étais amoureuse de ton papa. C’est ballot tu ne trouves pas ?
Tu es née un mois avant la date prévue. Le jour où tu es née, j’étais tranquillement à la maison quand ton papa s’est présenté à ma porte pour m’avouer son amour ! Romantique non ? Je ne sais pas si c’est l’émotion ou pas, mais à peine est-il arrivé qu’il a fallu partir à la maternité pour ta naissance. Nous avons eu quelques heures pour nous avouer notre amour et décider de t’élever ensemble.
Voilà, tu sais tout. J’espère que tu trouves ça cool, et pas horrible …
Mais je dois t’avouer que j’ai un peu peur quand même. On ne se connaît pas si bien que ça pour des parents d’un nouveau-né. On n’a jamais vécu ensemble, on est en couple depuis le jour de ta naissance, cela fait donc quatre jours ! A peine rentrés à la maison, il a prétexté de devoir aller faire quelques courses pour notre retour, pour nous laisser nous reposer, et peut être pour réfléchir aussi… On a été tellement focalisés sur toi ces derniers jours que je ne sais même pas s’il compte vivre avec nous dès maintenant ? On n'en a même pas parlé... Ça va être la surprise…
Quoi qu’il en soit, je te promets que l’on va faire tout notre possible pour toi. Cela ne sera pas le début conventionnel d’une relation, loin de là. Mais si je fais taire la petite partie de moi qui panique, je ne demande qu’à croire que l’on s’aime assez, et que l’on t’aime assez aussi, pour que ça marche.
Maman
PS : de ton côté, essaie d’être gentille avec nous hein ? Si tu peux faire tes nuits prochainement, et ne pas trop pleurer, je t’en serai éternellement reconnaissance :)