RETOUR DANS MON LYCEE

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Summary

Je m’appelle Candy. Oui, comme le dessin animé. Non, je ne chante pas dans les champs… sauf quand je suis très fatiguée. À 24 ans, je suis enfin professeure. Une adulte responsable, diplômée, crédible. Enfin… en théorie. Parce que ma première affectation se trouve dans mon ancien lycée. Celui où j’étais assise au fond de la classe. Celui où j’ai déjà été collée. Et celui où certains profs se souviennent très bien de moi. Alors pour me donner du courage, je ressors mes Doc Martens roses et mon blouson en cuir bleu — officiellement pour “affirmer ma personnalité”, officieusement pour grogner intérieurement contre la vie. Entre les élèves qui sentent la faille, les collègues qui me regardent encore comme une ado… et mon tuteur, le très sérieux — et très troublant — Olivier, je vais devoir apprendre une chose essentielle : On peut devenir adulte… mais pas forcément d’un coup. Surtout quand le passé vous attend en salle des profs.

Genre
Romance
Author
CAROLE73
Status
Complete
Chapters
43
Rating
4.9 7 reviews
Age Rating
16+

Chapitre 1

FEVRIER 26


RETOUR DANS MON LYCEE


CANDY

Je m’appelle Candy.

Je suis officiellement professeure depuis peu.

Il y a encore quelques mois, j’étais de l’autre côté du bureau. Étudiante fatiguée, cernes sous les yeux, à apprendre par cœur des programmes que je n’étais même pas sûre de savoir transmettre un jour. J’ai enchaîné les stages, les classes bruyantes, les regards sceptiques des élèves plus âgés que moi d’une tête, les conseils contradictoires des tuteurs — trop douce, puis trop stricte, puis pas assez sûre de moi.

J’ai douté. Beaucoup.

Pas du métier. De moi.

Puis il y a eu les résultats.

Le moment où ton avenir est placardé sur un mur froid, au milieu d’une foule d’étudiants qui sentent la sueur et l’angoisse. Les listes étaient immenses, des colonnes de noms qui s’étiraient à l’infini. Je me suis approchée, le cœur jouant de la batterie contre mes côtes.

Mes yeux ont balayé les feuilles. J’ai cherché dans les C, par réflexe. Rien. Puis j’ai réalisé ma bêtise : les listes étaient par ordre alphabétique de nom de famille. Je devais descendre tout en bas, vers les S.

J’ai dû jouer des coudes pour atteindre la dernière feuille, celle qui était punaisée presque au niveau de la plinthe. J’ai dû m’accroupir, frôlant le sol poussiéreux, pour enfin le voir. Tout en bas, perdu dans la masse : SWARSKI Candy.

Trois secondes. Il m’a fallu trois secondes entières à relire chaque lettre pour être certaine que ce n’était pas une autre Candy.

En même temps, qui aurait eu une idée aussi saugrenue que d’appeler leur fille Candy, hormis mes parents ? Il y avait Candice, c’était mieux… mais Candy, la vache. J’ai grandi avec le générique d’Au pays de Candy dans les oreilles à chaque récréation. C’était devenu un tel lavage de cerveau que j’en faisais des cauchemars. Je me réveillais en sueur, persuadée que j’allais me faire attaquer par Capucin ! Le raton laveur !

Sérieusement, qui peut vivre sereinement en sachant qu’un rongeur masqué vous guette dans l’ombre à cause d’un dessin animé ringard ?

Bref, je m’appelle Candy Swarski, je suis officiellement diplômée, et je dois faire avec. Mon prénom est peut-être une blague pour le reste du monde, mais sur cette liste, c’était une victoire. Je me suis relevée, les jambes un peu flageolantes, prête à affronter ma nouvelle vie de professeur des écoles.

Enfin, c’est ce que je pensais, jusqu’à ce que je reçoive mon affectation.

Le courrier était là, posé sur la table de l’entrée, une enveloppe administrative d’un blanc impersonnel qui semblait pourtant irradier une énergie nucléaire. Mes doigts ont commencé à picoter.

C’était le moment.

Le moment où j’allais savoir dans quel recoin du monde on allait parachuter Candy Swarski.

J’ai saisi l’enveloppe.

Mes mains se sont mises à trembler de façon incontrôlable, faisant bruisser le papier avec un son sec qui résonnait dans le silence de l’appartement.

Mon cœur, lui, avait décidé de tester la solidité de mes côtes en battant un rythme effréné, une sorte de galop désordonné qui me coupait le souffle.

— Allez, Candy, respire… c’est juste un morceau de papier, murmurai-je pour moi-même, alors que mes yeux fixaient frénétiquement le sceau du rectorat.

J’ai glissé un doigt sous le rabat, le déchirant avec la précision d’une sauvageonne en plein pic d’adrénaline. L’excitation montait en moi comme une vague de chaleur, un mélange de terreur pure et de joie euphorique. J’étais prête à tout : le fin fond de la Creuse, une zone d’éducation prioritaire à l’autre bout du pays, une classe de trente-deux garnements… j’étais prête !

J’ai déplié la lettre, le papier tremblotant sous mes yeux flous. J’ai cherché la ligne, celle qui commençait par « Lieu d’affectation ».

Et là, le temps s’est figé. Le galop de mon cœur s’est arrêté net avant de repartir de plus belle, me donnant presque le vertige.

— Non… c’est pas possible, soufflai-je, les yeux écarquillés.

J’ai relu. Une fois. Deux fois. J’ai même secoué la lettre comme si les lettres allaient se réorganiser pour former un autre mot. Mais non. Le nom de l’établissement était écrit en toutes lettres, gras et noir.

C’était mon ancien lycée.

L’endroit même où j’avais traîné mes baskets, mes complexes et mon prénom ridicule pendant trois ans. Le lieu où Capucin le raton laveur m’avait hantée dans les couloirs du deuxième étage. Je n’allais pas seulement devenir prof, j’allais devenir la collègue de ceux qui m’avaient mis des heures de colle.

Mes mains tremblaient encore plus, mais ce n’était plus seulement de peur. C’était cette excitation nerveuse, ce sentiment absurde que l’univers venait de me lancer le défi le plus tordu de ma vie. Je tenais ma revanche, ou ma chute finale, serrée entre mes doigts moites.

Le destin n’a pas seulement un sens de l’humour, il a un abonnement premium à ma vie et il adore les rebondissements bien sadiques.

Quand mes yeux ont atterri sur le nom de celui qui allait devenir mon tuteur, mon cœur n’a pas fait un bond, il a fait un looping complet. Olivier Vannier.

J’ai senti un sourire s’étirer sur mon visage. Pas un petit sourire poli de future collègue, non. Un vrai sourire démoniaque, celui du méchant qui dévoile son plan à la fin du film, les dents blanches et l’œil qui frise.

Un sourire à la Delia dans Beetlejuice, la blonde qui a toujours l’air d’avoir une idée de travers derrière la tête.

Olivier Vannier. Putain. J’en étais dingue.

En une fraction de seconde, la Candy diplômée de 2023 a été aspirée dans un vortex spatio-temporel direction « Candy, 16 ans, le chaos en marche ».

Flashback : Lycée Pasteur, 10 ans plus tôt

À l’époque, j’étais ce qu’on appelle une énigme sociologique. Dans ma tête, j’étais une punk à chiens prête à renverser le système, mais dans la réalité, j’avais 16 de moyenne générale et j’aidais les profs à ranger les dictionnaires.

Visuellement, c’était une autre histoire. Mon style était officiellement classé “Hors Catégorie” :

Des Dr. Martens rose fuchsia qui brillaient tellement qu’on pouvait me repérer depuis l’espace.

Un blouson en cuir bleu électrique d’occasion, qui sentait un peu le vieux grenier mais qui me donnait l’air d’une rebelle intergalactique.

Et bien sûr, mon prénom. Candy. Toujours ce maudit prénom qui me donnait l’air d’une poupée de cire alors que je ne rêvais que de slammer dans un concert de métal.

Et au milieu de ce décor, il y avait LUI. M. Vannier. Le jeune prof de français, celui qui portait ses chemises un peu trop bien et qui nous lisait Baudelaire comme s’il nous murmurait des secrets interdits.

J’étais le cliché de la bonne élève révoltée : je levais la main pour corriger ses citations, tout en espérant secrètement qu’il remarque mon cuir bleu et qu’il se dise : « Wow, cette Candy est tellement complexe, tellement sombre derrière son prénom de guimauve. » J’écrivais son nom partout dans mes marges de cahier de brouillon (entre deux dessins de ratons laveurs maléfiques). J’étais folle de lui.

Retour au présent

Et aujourd’hui, le rectorat me le livrait sur un plateau d’argent. Il allait être mon tuteur. L’homme qui m’avait donné envie de devenir prof allait devoir m’apprendre le métier.

Je fixais toujours ma lettre, mon sourire de psychopathe ne me quittait pas. Monsieur Vannier n’était pas prêt. Il s’attendait sûrement à voir arriver une petite stagiaire intimidée. Il allait voir débarquer la gamine au blouson bleu, version adulte, diplômée, et toujours aussi déterminée à prouver qu’elle n’avait rien d’une Candy au pays des merveilles.

Le destin n’avait pas seulement un sens de l’humour, il était en train de me préparer un menu dégustation « spécial humiliation et nostalgie ».

J’ai empoigné mon portable, les doigts encore un peu tremblants d’excitation, et j’ai composé le numéro du secrétariat. Je voulais ce rendez-vous. Je le voulais maintenant. Quand la voix à l’autre bout du fil m’a confirmé que la direction n’avait pas changé, j’ai failli lâcher l’appareil.

C’était toujours elle. Simone Grimperg.

La légende vivante. La femme capable de givrer un radiateur d’un seul regard. Une vraie peau de vache, de celles qui portent des tailleurs en tweed rigides comme des armures et qui sentent la naphtaline et le règlement intérieur. Rien que d’entendre son nom, mon dos s’est redressé tout seul, par pur réflexe de survie.


Flashback : Bureau de la Proviseure, 2016

Je revois la scène comme si c’était hier. J’étais assise sur cette chaise en bois inconfortable, face à son bureau en chêne massif qui semblait faire trois mètres de haut. Je portais mon blouson en cuir bleu électrique — ma fierté — et mes Dr. Martens rose fuchsia qui semblaient hurler dans le silence monacal de la pièce.

Simone me fixait par-dessus ses lunettes demi-lune, l’air de regarder un déchet toxique qu’on aurait oublié de ramasser.

— Mademoiselle Swarski, soupira-t-elle d’une voix qui ressemblait au crissement d’une craie sur un tableau noir. L’intelligence et les bonnes notes ne servent strictement à rien si on n’a pas la discipline qui va avec. Vous avez beau être la première en français, votre attitude est déplorable.

Elle avait marqué une pause, ses yeux descendant lentement vers mes pieds avant de remonter avec une expression de dégoût profond.

— Et puis, ces horribles chaussures... On dirait que vous avez marché dans un pot de peinture pour chambre de bébé. C’est grotesque. Mettez autre chose ! L’école n’est pas un cirque, et vous n’êtes pas le clown de service.

Je l’avais regardée droit dans les yeux, bouillonnante de rage intérieure, en pensant : « Un jour, vous verrez. »


Retour au présent

Dix ans plus tard, j’avais le combiné pressé contre l’oreille et un sourire carnassier collé aux lèvres.

Elle allait voir .

— Oui, bonjour, j’appelle pour confirmer mon rendez-vous d’installation. C’est Candy Swarki, la nouvelle stagiaire de Monsieur Vannier.

J’imaginais déjà sa tête. J’imaginais le moment où j’allais pousser la porte de son bureau, non plus comme la gamine convoquée pour « rébellion stylistique », mais comme sa collègue.

Oh, j’allais les mettre, mes Dr. Martens. Peut-être pas les fuchsia (quoique...), mais elle allait comprendre que la discipline n’avait toujours pas réussi à éteindre mon cuir bleu intérieur. J’avais hâte de voir si elle oserait encore me parler de clown de service alors que j’avais désormais les clés de la salle des profs.