Destinés l'un à l'autre

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Summary

Quand deux meilleures amies se promettent de marier deux de leurs futurs enfants, elles ne se doutaient pas qu'elles ne seraient plus là pour voir leur promesse s'accomplir. D'autres savent et vont tout faire pour que tout se passe comme elles avaient prévus. Mais les deux principaux intéressés qu'en pensent-ils ?

Status
Ongoing
Chapters
17
Rating
n/a
Age Rating
16+

Dom O'Connor ?

Andréa

Lorsque nous sortions du manoir De Luca, nos cinq énormes SUV, identiques, noirs et aux vitres teintées, n’étaient pas faits pour passer inaperçus. Deux véhicules devant, deux derrière, et nous bien protégés au milieu. Les hommes, qui étaient à bord, étaient armés et prêts à nous défendre et à donner leur vie pour nous s’il le fallait. Nous habitions aux abords de Bergame, une petite ville à l’est de Milan. Et, quand notre convoi passait, tous ceux qui nous voyaient arriver se précipitaient pour chez eux. Les De Luca étaient de sortie. Mon grand-père, Dom Maximillien De Luca, disait qu’il souhaitait qu’on continue à nous craindre. Et j’étais tout à fait d’accord avec lui. Le fait de ne plus faire la une des journaux, depuis plus de trente ans, ne voulait pas dire que nous n’étions pas prêts à reprendre du service, si nos intérêts étaient menacés. Aujourd’hui, nous étions plus tournés vers la légalité, nous possédions quelques beaux hôtels dans le nord de l’Italie, des restaurants et des casinos. Nous étions devenus des honnêtes contribuables. Même si certaines de nos affaires, d’import-export, n’étaient pas toutes blanches comme la neige.

C’est pour le bonheur de ma grand-mère et de ma mère, Gabriella, qu’il a changé de politique, quand il a pris la tête de la famille. Il craignait trop qu’on les enlève pour un morceau de territoire ou pour se venger pour je ne sais quel manque de respect.

C’est aussi pour l’éloigner d’un éventuel danger que mes grands-parents avaient préféré envoyer ma mère étudier aux États-Unis. Elle était si jolie avec son visage d’ange, ses longs cheveux blonds et ses yeux bleu-gris. Malgré le nombre de prétendants, un seul gagna son attention, mon père, Ronan O’Connor, un étudiant américain d’origine irlandaise. C’était un grand costaud roux aux yeux verts. Ronan était un jeune homme sérieux et prometteur, avec un brillant avenir dans le système judiciaire américain. Ma mère, elle, avait choisi d’être avocate. Rapidement, ils tombèrent très amoureux l’un de l’autre et, un an après un fabuleux mariage, je venais au monde. Mais, le destin nous rattrape toujours. Le malheur a frappé la famille, quand mes parents ont été tués par des balles qui ne leur étaient même pas destinées. Ils ont été, avec trois autres personnes, des victimes innocentes d’un règlement de compte entre deux gangs rivaux. Ce soir-là, ils sortaient au restaurant pour fêter leurs trois ans de mariage. Seulement, deux tables plus loin, le chef d’un des gangs dînait avec ses généraux. On raconte que la position des corps montrait que mon père avait essayé de protéger son épouse de son corps massif. Malgré tout, les tirs fournis, dans les deux sens, ne leur avaient laissé aucune chance.

Ils furent enterrés, côte à côte, dans un petit cimetière, pas très loin de Washington. Ma grand-mère rentra en Italie avec son petit-fils de deux ans. Mon grand-père lui resta sur place, parce qu’on ne tuait pas l’enfant d’un mafieux sans rendre chaque goutte de son sang. C’était œil pour œil, dent pour dent. Fou de chagrin, il redevint le Dom redoutable et sans pitié qu’il était à ses débuts. Après qu’il ait retrouvé et décimé les gangs, il rentra en Italie.

Dès lors, ils m’élevèrent et firent de moi l’homme que je suis aujourd’hui. Ils disent toujours que sans ma présence, auprès d’eux, ils auraient sombré dans le chagrin d’avoir perdu leur fille unique et adorée.

Aujourd’hui, j’ai vingt-cinq ans et, d’après ma grand-mère, j’ai hérité de ma mère mes cheveux blond doré et mon visage d’ange. Ma carrure massive et sculptée me venait de mon père. Tandis que le bleu-vert de mes yeux venait des deux, et leur clarté accentuait les intentions que je mettais dans mon regard. Il suffisait souvent que je pose les yeux sur quelqu’un pour qu’il baisse la tête, et cela rendait fier mon grand-père.

Mon air angélique a amené certains à croire que je n’avais pas la carrure pour prendre la suite de mon grand-père. Toutefois, en goutant à mon côté sombre, ils ont rapidement compris qu’il ne fallait pas se fier à mon apparence. Bien sûr, je sais aussi être doux, mais ça, c’est exclusivement réservé à ma famille et aux amis proches.

Voilà dix ans que je me prépare à prendre sa place et bientôt, je serai Dom Andréa O’Connor. Oui, je sais, mon nom de famille cloche, mais c’était celui de mon père et il était hors de question pour mes grands-parents que je renie la moitié de mes origines.

Plusieurs familles du milieu ont essayé et essaient toujours de me faire épouser une de leurs filles. Habituellement, ce genre de proposition se fait pour rendre les familles plus fortes ensemble ou bien pour signer la paix. Seulement, tout cela ne nous concerne pas. Nombreuses étaient les femmes qui désiraient paraitre à mon bras, mais peu y étaient arrivées. La plupart d’entre elles cherchaient les frissons du danger, et l’argent facile, sans posséder ce qu’il fallait pour supporter d’être l’épouse d’un Dom. Je ne dis pas que quelques-unes n’étaient pas apparues à mes côtés lors d’un bal ou d’un gala. Mais, elles étaient juste de belles plantes accrochées à mon bras et savaient que ça ne durerait qu’un temps assez court. D’autres, même si j’étais accompagné, venaient vulgairement se frotter à moi comme des chattes en chaleur. Et, s’il y a une chose que je ne supporte pas, c’est les femmes qui s’avilissent pour attirer l’attention d’un homme. Alors, je leur lançais un regard meurtrier qui les faisait fuir. Personnellement, celle qui un jour sera ma femme devra avoir un comportement irréprochable pour représenter notre famille. Elle devra également se tenir, fièrement, près de moi et me soutenir, en toute occasion, comme l’a fait ma Nonna pendant toutes ses années.

À part ça, j’étais un travailleur acharné. Mes grands-parents me disaient souvent de sortir et de rencontrer du monde. Mais, je n’avais pas le temps pour ça. Me préparer pour ma future fonction et soulever de la fonte, dans notre salle de sport privée, me suffisait pour le moment.

Nous étions assis tous les trois dans notre véhicule et nous laissions conduire en toute confiance. J’avais réussi à amener un dossier pour le consulter pendant le voyage.

-Andy, mio caro, arrête un peu de travailler. Lève les yeux de ces papiers et regarde le monde autour de toi.

Pour ma part, les paroles de ma grand-mère et de mon grand-père surpassaient tout le reste. Alors, je refermai mon dossier et lui pris la main en souriant.

-Tout pour toi, Nonna.

Je regardai à l’extérieur.

-Où va-t-on déjà ?

-Nous nous rendons à Gênes, pour rendre visite aux Fontana, qui sont actuellement dans leur résidence de vacances. Ça fait une éternité qu’ils ne t’ont pas vu et ils te réclament. Avant, tu venais toujours avec nous leur rendre visite. Puis tu es parti à l’université et après tu as commencé à te préparer pour prendre la suite de Nonno.

Tout en réfléchissant, j’acquiesçais.

-Leur fille était la meilleure amie de maman, n’est-ce pas ?

-Oui. Ces deux petites étaient plus proches que des sœurs, depuis aussi longtemps qu’elles se connaissaient. Elles avaient pour projet de partir ensemble étudier aux États-Unis. Mais entre-temps Isabella a rencontré son futur mari et il a refusé qu’elle aille étudier si loin de lui, en menaçant de la quitter si elle ne lui obéissait pas. Je n’avais jamais vu ta mère aussi en colère que le jour où elle l’a appris. Surtout qu’elle n’appréciait pas Ludovico, qu’elle le jugeait macho et beaucoup trop dirigiste envers Isabella. Malgré une dispute entre elles où ta mère lui a dit qu’être amoureuse était une chose, mais qu’aveugle en était une autre. Isabella était bien trop éprise de lui pour même penser à le contrarier. J’ignore, encore aujourd’hui, si elle fermait volontairement les yeux, pour ne pas voir ce sur quoi Gabriella et d’autres la mettaient en garde. La seule chose dont je suis sûre, c’est qu’elle n’a jamais été vraiment heureuse avec lui, une fois mariée. Le décès de tes parents l’avait énormément fragilisée, mais par la suite elle a appris que son salaud de mari avait une maîtresse. De peur qu’il ne la quitte, elle s’est tue et a enduré les absences répétées, le parfum de l’autre femme, même l’indifférence de l’homme qu’elle aimait. Contre toute attente, elle est tombée enceinte. La pauvre petite était si heureuse quand elle l’a su, car elle pensait que ça allait lui ramener son mari. Mais, à peine un mois après qu’elle ait mis au monde Alessandra, l’autre femme accouchait aussi d’une petite fille. Ludovico regardait l’enfant que lui avait donné sa maîtresse comme un trésor et la couvrait de cadeaux, alors qu’il ne prêtait aucune attention à sa fille légitime. Isabella est morte quatre mois après la naissance de sa fille. Le syndrome du cœur brisé, ont dit les médecins. Elle avait finalement compris que l’amour inconditionnel qu’elle vouait à cet homme n’avait jamais été réciproque et que Ludovico s’intéressait uniquement à la fortune de ses parents. Quelques jours plus tard, devant le notaire, Ludovico apprit qu’en tant que tuteur légal, il devrait gérer l’héritage qu’Isabella avait légué à sa fille, soit l’argent, les bijoux et la maison. Après cela, il a continué à montrer sa cruauté et son manque de respect envers sa défunte épouse, en faisant rapidement emménager sa maîtresse et leur fille dans la maison où elle vivait encore une semaine auparavant. Cette maison avait été offerte à Isabella par ses parents. Quand ils l’ont appris, ils étaient peinés, et très en colère. Cependant, ils ne firent pas de vagues, de peur que cet homme ne les empêche de voir leur petite-fille pour se venger. Avec le temps, ils purent prendre Alessandra les week-ends, puis des semaines entières. C’était un bébé souriant et plein de vie. Seulement, au fur et à mesure du temps, elle a commencé à changer. Marco et Lucia remarquèrent que chaque fois qu’ils la récupéraient chez son père, la petite semblait régresser un peu plus. Elle ne babillait plus, ne souriait plus et perdait même du poids. Alors, ils firent venir un pédiatre pour l’ausculter. Quand le diagnostic est tombé, Marco voulait aller demander des comptes à Lazzeri. Lucia le suppliait de ne pas le faire et, comme elle peinait à le retenir, elle nous appelait à l’aide pour le raisonner. C’est ainsi que nous apprenions que la petite Alessandra avait tous les symptômes d’une enfant négligée et sous-alimentée. Ton grand-père lui a conseillé de renoncer à confronter ce sale type, mais de lui demander de leur laisser adopter leur petite-fille. Cette ordure n’a pas hésité une seconde avant d’accepter, trop content de s’en défaire. Il a même renoncé à ses droits parentaux dans la foulée. Néanmoins, il y a plusieurs choses auxquelles Lazzeri ne s’attendait certainement pas quand l’adoption a été déclarée définitive. Marco, en tant que nouveau tuteur, a réclamé la maison et tout ce qu’Isabella avait légué à sa fille. En dernier, il l’a achevé en le virant de son entreprise. Bien sûr, Lazzeri a commencé les menaces, mais ton grand-père a envoyé plusieurs fois des hommes pour lui rappeler où était sa place. Aujourd’hui, Alessandra n’est plus une Lazzeri, mais une Fontana, comme ça mère.

Mon visage devait laisser paraitre tout le dégoût que je ressentais, car mon grand-père me regarda et éclata de rire.

-Lazzeri, c’est bien ça ? Demandai-je.

-Ne t’en fais pas, il n’a rien avec nous.

-Tant mieux, parce qu’un homme qui n’est pas loyal avec sa propre famille ne vaut rien à mes yeux.

Mon grand-père grogna et approuva en hochant la tête. Puis nous restions quelques minutes silencieux. Pendant ce temps, j’essayais de me remémorer des moments passés avec les Fontana. Mais, les premières images qui me vinrent à l’esprit, furent celles de cette petite fille toujours sage et qui me regardait du coin de l’œil. Mon jeu préféré était de la prendre sur le fait, juste pour la voir rougir. Qu’est-ce qu’on peut être bête à quinze ans.

Quelques minutes après, nous arrivions dans la banlieue génoise et nous garions devant la propriété des Fontana. Quatre de nos hommes sortirent et vérifièrent les environs avant de nous laisser sortir du véhicule. Comme d’habitude, je proposai mon bras à ma Nonna et nous avancions. La porte s’ouvrit sur un couple de soixantenaires souriants, Marco et Lucia. Lui n’était pas très grand, les cheveux gris et les yeux marron rieurs, et elle était une petite femme, blonde aux yeux bleus. Ils vinrent vers nous et nous prirent dans leurs bras. Avec mon grand-père, nous avions rencontré plusieurs fois Marco pour le travail, à Milan. Mais, personnellement, je ne leur avais plus rendu visite juste amicalement, car j’étais toujours trop pris par le travail. Le temps passait vite, cela faisait déjà une dizaine d’années.

-Oh, comme vous m’avez manqué ! S’exclama Lucia, en serrant mes grands-parents dans ses bras.

Je restai un peu à l’écart, plus trop habitué à autant d’effusion. Néanmoins, Lucia posa les yeux sur moi et l’instant d’après, elle me pinçait les joues.

-Andréa, mais tu es un homme.

Puis, elle lâcha mes joues et recula pour mieux me regarder.

-Tu es vraiment un heureux mélange de tes deux parents. Tu as la beauté de ta mère et le corps solide et fort de ton père.

De nouveau, elle se rapprocha et prit mon visage entre ses mains.

-Je suis sûre qu’ils sont fiers de toi de là où ils sont.

Nonno éclata de rire.

-Tu viens de mettre ta vie en danger, Lucia. Personne ne touche autant un Dom de la mafia sans risquer qu’un de nos hommes ne le neutralise, heureusement qu’ils sont prévenus.

Aussitôt, elle recula en écarquillant les yeux et se pinçant les lèvres.

-Je suis désolée, je me suis laissée emporter.

-Ça ne compte pas pour la famille, lui dis-je, en lui posant un baiser sur le front.

Marco vint la prendre par la taille et me tendit la main en souriant.

-Lucia, tu ne peux pas faire un câlin à un futur Dom.

Elle lui tapa le bras ludiquement et tout le monde se mit à rire.