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Un passé impossible à refaire

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Summary

Je m’appelle Ludovic Foster, professeur de mathématiques fraîchement muté dans un village de montagne. Quand la porte de la pension de famille s’ouvre, le passé me frappe en pleine figure. La femme qui se tient devant moi est Laura. La même Laura qui m’a quitté sans explication quinze ans plus tôt. Mais le choc ne s’arrête pas là. Elle a un fils. Un adolescent de quinze ans… qui porte mes yeux. Un fils dont j’ignorais totalement l’existence. Et certaines vérités arrivent toujours au pire moment.

Genre
Drama
Author
CAROLE73
Status
Complete
Chapters
33
Rating
4.9 7 reviews
Age Rating
16+

Chapitre 1 LUDOVIC

AVERTISSEMENT IMPORTANT : Avant de commencer :

Si vous avez des mouchoirs à portée de main… gardez-les.

On ne sait jamais.


LUDOVIC

— File-moi ton carnet. Tout de suite. Je convoque tes parents.

Il me fait un doigt d’honneur, net, sans hésiter. La classe mate, certains rigolent sous cape. Je le fixe, mâchoires serrées. Il me rit au nez, un rire gras, provocateur.

— J’ai pas mon carnet, m’sieur… qu’il balance, sourire en coin, content de son coup.

Je sens le sang pulser dans les tempes. Si je m’écoutais, je lui mettrais mon pied au cul. Mais je sais ce que ça coûte. La dernière fois, une gifle, et c’est moi qu’on a viré à l’autre bout du pays.

— T’as pas ton carnet ? OK. Tu sors. Maintenant. Tu vas en vie scolaire, tu restes là-bas jusqu’à la fin de l’heure. À la sonnerie, tu reviens ici, seul. On fait le rapport d’incident : outrage à enseignant par geste, refus de présenter le carnet. Tout sur Pronote, convocation parents dans les 48 heures, et je te signale au proviseur pour suite disciplinaire.

Il se lève lentement, traîne sa chaise exprès, passe devant moi en soufflant fort. Il sort, claque la porte.

Je rouvre d’un coup sec :

— Toi, au fond qui rigoles encore : dehors aussi. Derrière la porte, dos au mur, là où je te vois par la vitre. Tu bouges pas, tu parles à personne. Si je te vois sur ton téléphone ou discuter, exclusion immédiate et appel direct aux parents.

Il sort en marmonnant un truc. Je referme.

— Page 68, exercice 14. Le prochain qui me teste, même traitement. On reprend.

Je me retourne vers le tableau. Premier jour ici, muté parce que j’ai baffé une élève qui m’avait mis la main aux fesses devant tout le monde l’an dernier. Le rectorat a dit « violence sur élève ». Moi j’ai dit « agression sexuelle ». Mais c’est moi qui ai pris le TGV pour les montagnes.

Et là, jour 1, déjà un doigt d’honneur et des rires.

Je jette un œil par la vitre : le deuxième est adossé, téléphone en main. Je tape deux coups sur la vitre. Il le range en levant les yeux au ciel.

Putain. 40 minutes à tenir. Après, le retour du petit con, le rapport à remplir, les parents qui vont hurler que c’est moi le problème.

C’est tout. Pas de cinéma. Juste la merde quotidienne.

Je m’assois derrière mon bureau, bras croisés, cahier ouvert devant moi comme si je corrigeais quelque chose. En vrai, je les observe. Tous.

J’ai de la chance, les autres ont l’air moins cons. Pas tous, mais une bonne partie. Y en a qui ont vraiment le nez dans l’exercice, crayon en main, qui grattent, qui effacent, qui relisent. Pas des génies, mais au moins ils essaient. Je vois bien ceux qui ont envie de s’en sortir : le petit au premier rang avec ses lunettes qui plisse les yeux sur la consigne, la meuf à gauche qui demande doucement à sa voisine « attends, c’est quoi déjà la formule ? », le grand maigre au fond qui fait mine de rien mais qui copie pas sur son téléphone.

Les autres, ceux qui font semblant ou qui s’en foutent, ils sont là, posés, stylo qui tourne, regard dans le vide ou sur l’écran caché sous la table. Mais même eux, ils osent pas trop bouger aujourd’hui. L’histoire du doigt d’honneur et des deux dehors a calmé le jeu. Pour l’instant.

Je jette un œil par la vitre de la porte. Le rigolo est toujours là, adossé, téléphone rangé depuis que j’ai tapé. L’autre aussi, mais il checke sa montre toutes les 30 secondes, comme si la sonnerie allait le sauver.

Je soupire intérieurement. Putain, j’suis méchant de penser qu'aucun n'ont envie de s’en sortir ? Non. C’est juste que j’en ai marre de voir des gamins qui pourraient faire quelque chose de leur vie se contenter de faire les malins pour exister. Et moi, coincé ici à jouer les flics au lieu d’enseigner.

Je reprends ma voix de prof, pas trop fort, juste assez pour que tout le monde entende :

— Encore 20 minutes. Ceux qui ont fini peuvent relire ou commencer l’exo suivant. Les autres, bossez. Et si quelqu’un a une question, il lève la main. Pas de chahut, pas de téléphone. On est pas au spectacle.

Silence relatif. Quelques crayons qui grattent, un soupir collectif. Je fixe le tableau, mais je les surveille du coin de l’œil.

Premier jour. J’ai déjà deux exclusions temporaires, un rapport à remplir, et pourtant… y a des gamins qui bossent. Ça me fait presque chier de le reconnaître, mais ouais, j’ai de la chance sur ce point-là.

La sonnerie va bientôt retentir. Après, le retour du petit merdeux. Je sais déjà comment ça va se passer : il va entrer la gueule en coin, « j’étais en vie sco m’sieur », moi je vais le faire asseoir, sortir la feuille de rapport, lui demander d’écrire sa version, appeler les parents devant lui si besoin. Classique. Et je vais le faire sans hurler, parce que si je hurle, c’est moi qui perds.

Allez, respire. Tiens jusqu’à la fin de l’heure.

La sonnerie a sonné. Les élèves sortent en file indienne, sans traîner. Je reste derrière mon bureau, la feuille de rapport déjà prête, stylo en main.

Deux minutes plus tard, la porte s’ouvre. Lui. Terry. Il entre seul, mains dans les poches, regard qui évite le mien mais pas complètement. Il a encore ce petit air de défi, mais il est moins gonflé qu’avant.

— Assieds-toi là. Devant.

Il s’assoit sur la chaise que je pointe, jambes écartées, dos voûté.

Je pose la feuille devant lui avec le stylo.

— Tu écris ta version. Tout ce qui s’est passé. Mot pour mot. Après, je remplis ma partie, et on appelle ta mère ensemble.

Il prend le stylo, griffonne vite fait. Je lis par-dessus : « J’ai fait un doigt parce que m’sieur Foster m’a saoulé avec son carnet. J’ai pas voulu être méchant. » Presque une excuse, mais pas vraiment.

Je prends le téléphone fixe du bureau.

— Numéro de ta mère.

Il me le donne sans discuter. Je compose. Ça sonne. Une voix féminine, nette, un peu fatiguée mais professionnelle.

— École primaire des Sapins, bonjour.

Je ferme les yeux une seconde. Putain, il m'a donne un faux numeros, alors je raccroche sans parler, il me regarde étonné

— Son numéro, le vraie .

— Mais c’était le bon !

— Je suis tombé sur une école primaire.

Et là, ce gamin effronté me fait un petit sourire moqueur. Un court instant, ça me rappelle le sourire de ma sœur lorsqu’elle se foutait de ma gueule. Même ses yeux d’acier… on dirait elle.

— Je vous assure, monsieur, ma mère y bosse.

Je soupire et je recompose le numéro.

— Eh, tu m’as pris pour un con ? Tu vas voir…

Je le menace, et son sourire en biais s’élargit encore.

— École primaire des Sapins, bonjour.

Je respire profondément et lui lance un regard noir.

Il ne baisse même pas la tête.

— Bonjour, madame. Monsieur Foster, professeur au collège. Je cherche à joindre la maman de Terry.. Terry Fleury !

— C’est moi. Laura Fleury, directrice. Qu’est-ce qui se passe avec Terry ? rien de grave ...

Je respire un grand coup. Rien de grave ca depend pour qui.

— Madame Fleury, Terry a eu un comportement grave en cours aujourd’hui. Il m’a fait un doigt d’honneur devant toute la classe, a refusé de présenter son carnet, a ri et a provoqué les autres. Je l’ai exclu du cours pour le reste de l’heure, il était en vie scolaire. On remplit un rapport d’incident maintenant. Outrage à enseignant par geste, refus d’obtempérer. Je vous convoque pour un entretien avec le CPE et moi, idéalement dans les prochains jours. Mais je préfère vous avertir, je vais demander son exclusion pour une semaine au moin...

Silence. Long. Puis sa voix, plus basse, tendue.

— Un doigt d’honneur ? Vous êtes certain ? Terry… il est parfois taquin, mais pas comme ça.

— Oui, madame. Je l’ai vu clairement, plusieurs élèves aussi. Il l’a fait exprès, et il a continué à me provoquer après.

Nouveau silence. Elle doit être en train de réaliser que son fils, celui qu’elle gère pense être un saint, car tout les parents vois leur enfant comme des saint, fait le malin au collège .

— D’accord. Envoyez-moi le rapport par mail, je le lirai ce soir. Je peux venir jeudi après 16h30, après la sortie des classes primaires.

— Parfait. Je vous l’envoie aujourd’hui. Merci.

Je raccroche. Terry a tout entendu (haut-parleur activé exprès). Il fixe le sol maintenant, plus de sourire en coin.

— Ta mère est directrice de l’école primaire. Elle va être contente d’apprendre ça.

Il marmonne un truc inaudible, une sorte de « ouais… » traînant qui glisse sur lui comme la pluie sur un ciré. L’insolence est toujours là, nichée dans sa posture.

— Et ton père ? Il fait quoi dans la vie ? demandé-je, tentant de trouver un levier, une autorité à laquelle le rattacher.

Son sourire en coin revient instantanément, plus tranchant qu’auparavant.

— J’ai pas de père, monsieur.

L’aveu tombe comme un couperet, sec et sans émotion apparente. Je le fixe un court instant, le silence s’étirant entre nous deux. C’est là que je décide de frapper, non pas avec la colère, mais avec la culpabilité. Je pense à cette fille de la boulangerie, à sa fatigue, à ses mains farinées, et je transpose cette image sur la mère de Gabriel.

— Et t’as pas honte ? repris-je d’une voix plus basse, presque intime. Te conduire si mal alors que ta mère t’élève seule... Elle doit se crever à la tâche pour te donner un avenir, et toi, tout ce que tu trouves à faire, c’est faire le con en cours ?

L’effet est immédiat.

Le masque se fissure. Terry ne bouge plus. Son sourire s’est évaporé, remplacé par une expression indéchiffrable. Il ne me regarde plus avec défi ; il semble fixer un point invisible sur mon bureau, absorbé par une réflexion soudaine et sombre. Pour la première fois de l’heure, le prédateur de salon a l’air d’un gosse de quatorze ans pris en faute.

Je le laisse mariner dans ce silence. Je sens que j’ai touché une corde sensible, peut-être la seule qui vibre encore chez lui.

Je termine le rapport : faits précis, cases cochées (outrage, refus, perturbation), sanctions proposées (avertissement + convocation + exclusion). Je lui fais signer en bas. Il signe, petit gribouillis rageur. Je signe aussi, je scanne avec mon téléphone, j’envoie à la vie scolaire et au proviseur en copie.

— Tu peux y aller. Mais on va en reparler en conseil avec ta mère .

Il se lève, sort sans claquer la porte cette fois. Elle se referme doucement.

Je reste seul dans la salle vide. Monsieur Foster. Premier jour ici. Muté à cause d’une gifle l’an dernier sur une élève qui m’avait mis la main aux fesses.

Et maintenant, jour 1 : un doigt d’honneur de Terry Fleury, fils de la directrice de la primaire d’à côté.

Fleury.

Ce patronyme, je ne l’avais pas lu depuis des années, mais il suffit d’une seconde pour que le passé remonte à la surface, plus concret que l’odeur de craie de cette salle de classe. Fleury. Ce monde me rappelle une ancienne copine, une étudiante qui bossait à « La Mie Dorée », la boulangerie où je prenais mon sandwich tous les midis.

Je la revois encore derrière son comptoir, avec son tablier légèrement fariné et son sourire qui rendait mes pauses déjeuner moins amères. Elle galérait entre ses révisions et ses heures de service, mais elle avait cette énergie que je n’ai plus. À l’époque, la vie semblait plus simple, ou peut-être était-ce juste avant que je ne devienne ce prof sur la défensive, hanté par le souvenir d’une main qui part trop vite.

Je secoue la tête pour chasser ces images. Le contraste est violent : la douceur de cette vendeuse en boulangerie face au regard d’acier de ce gamin qui porte le même nom.

Est-ce qu’il y a un lien ? Une coïncidence géographique ? Ou est-ce que le destin s’amuse à me coller un Varnet dans les pattes pour me rappeler tout ce que j’ai laissé derrière moi à Paris ?

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Good Writing

1

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Compelling Plot

2

Compelling Plot

Great Character

2

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Strong Dialog

1

Strong Dialog

author

hâte de lire la suite

4 months
author

ça donne envie. Par contre si je peux me permettre je me suis perdue un peu... Terry/Gabriel. je vais relire mais je crois qu'il y a un mix de prénoms...

4 months
author

Encore une histoire qui va encore me tenir en haleine 😘😘❤️❤️

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