OSER T'AIMER

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Summary

Après le décès tragique de son ex-compagne Laura, Ludovic, un professeur de mathématiques rigoureux et protecteur, retourne s'installer en Normandie avec son fils de quatorze ans, Terry. Si Terry adore sa tante Sophie, la jeune sœur de Laura, Ludovic, lui, nourrit une rancœur tenace à son égard : il ne lui pardonne pas d'avoir couvert les errances de sa sœur par le passé. Sophie est une femme lumineuse, mais prisonnière d'un handicap invisible : un trouble « multi-dys » sévère qui fragilise sa mémoire et bouscule sa perception du monde. Entre le prof cartésien et la jeune femme écorchée, la tension est électrique. Mais derrière la colère de Ludovic se cache un désir sauvage qui finit par exploser. Ils s'engueulent, se déchirent, et s'abandonnent l'un à l'autre.

Genre
Romance
Author
CAROLE73
Status
Complete
Chapters
45
Rating
5.0 9 reviews
Age Rating
18+

Chapitre 1

Ce roman fait suite au livre : Un passé impossible à refaire


DÉDICACE

À mon fils, et à toutes les personnes qui portent en elles un ou plusieurs troubles « dys ».

Ce livre est pour vous.

À tous ceux dont le cerveau danse autrement.

À ceux qui ont été étiquetés, mal compris, mis de côté. À ceux pour qui les lettres bougent, les mots résistent, les lignes fuient, les mains refusent d'écrire !

Vous n’êtes pas cassés. Vous n’êtes pas moins.

Vous êtes différents, courageux, et capables d’aimer profondément.

Ce roman parle de gens abîmés qui apprennent à se laisser aimer. Il parle de Sophie, qui a grandi en croyant qu’elle était de trop et nulle parce que différente.

De Ludovic, qui avait peur de s'attacher de nouveau .

De Terry, qui regardait les adultes essayer de s’en sortir.

Il parle, quelque part, de vous et de nous.

Avec tout mon amour et une immense fierté d'avoir un fils différent !


Ludovic

On arrive enfin dans la rue de mes parents. Rien qu’en voyant les voitures garées en double file, les SUV des beau frère, la vieille 206 de mon petit frère et la BMW rutilante de mon beau-frère, je sais que tout le monde est déjà là, ou presque. Pour se garer, ça va être galère.

Comme d’habitude. Je tourne lentement autour du pâté de maisons, cherchant une place qui n’existe pas vraiment. Finalement, je me glisse entre une poubelle et une camionnette de livraison, à moitié sur le trottoir. Ça fera l’affaire.

À côté de moi, Terry dort profondément.

Deux ou trois virages de montagne et il s’est écroulé, la tête contre la vitre, la bouche légèrement entrouverte. Il a dormi pratiquement tout le chemin depuis le péage. Il s’est réveillé juste pour le repas du midi – un sandwich triangle et une canette de soda avalés sur une aire d’autoroute –, puis il a replongé dans le sommeil comme si son corps n’avait attendu que ça.

Je pense qu’il récupère de ces derniers mois.

Les nuits courtes, les cris, les déménagements, le vide laissé par Laura… tout ça pèse lourd sur un gamin de quatorze ans, même s’il fait semblant que non.

Surtout que nous avons passé le week-end à vider la maison de Laura. On a trié, emballé, jeté ce qui ne servait plus, gardé ce qui comptait. J’ai pris ce qu’on aura besoin pour notre futur chez nous : ses posters de jeux vidéo, sa console, ses vêtements préférés, ses livres de fantasy écornés, sa couverture fétiche avec le trou au coin. Le camion de déménagement arrivera demain pour tout emmener dans le box que je loue depuis des mois.

Mes propres meubles y sont déjà entreposés. Ça fait bizarre de voir nos vies réduites à des cartons empilés dans un hangar anonyme, mais c’est comme ça.

On repart de zéro. Ou presque.

Je n’ai toujours pas trouvé de logement. J’ai visité trois appartements la semaine dernière en visio – un deux-pièces trop sombre, un trois-pièces trop cher, un autre qui me semblait parfait mais qui a été pris lesoir meme

Rien qui me convienne vraiment.

En attendant, on va rester chez mes parents.

Un mois, grand maximum.

Je me répète ça comme une promesse.

Un mois pour souffler, pour que Terry retrouve un rythme, pour que je trouve un truc rapide pour nous deux.

Un trois pièces fera l’affaire en attendant mieux.

Quelque chose avec une vraie chambre pour lui, une cuisine où on pourra faire des crêpes le dimanche, une fenêtre qui donne sur un arbre ou sur la rue. Quelque chose qui ressemble à un chez-nous.

Je le regarde dormir. Sa respiration est lente, régulière. Ses cheveux ont poussé depuis l’été ; ils lui tombent sur les yeux. Il a encore ce visage d’enfant, même s’il fait tout pour avoir l’air plus grand.

Dans la semaine, je lui ai demandé ce qui lui ferait plaisir pour les fêtes. Il m’a répondu « rien » avec ce ton buté qu’il prend parfois. Ça m’a étonné.

Pas vexé, juste… surpris. Et inquiet.

— Un jeu pour ta Play ? j’avais proposé.

— Non, rien.

— Terry, c’est les fêtes qui arrivent. Dis-moi. Tu veux de l’argent ? Un nouveau casque ? Des baskets ?

— Non, vraiment, je veux rien. Je suis grand pour toutes ces conneries.

Il avait haussé les épaules, regardé ailleurs. J’avais laissé tomber. Mais ça m’avait travaillé toute la nuit.

Peut-être qu’il n’ose pas me demander. Peut-être qu’il pense que je ne suis pas encore assez « père » pour ça. Peut-être qu’il a peur que je dise non. Ou pire : que je dise oui par pitié.

Je coupe le moteur. Le silence s’installe dans l’habitacle, seulement troublé par sa respiration et le tic-tac du refroidissement. Je pose une main sur son épaule, très doucement.

— Terry… on est arrivés.

Il grogne, se redresse à moitié, cligne des yeux comme s’il revenait d’un autre monde.

— Déjà ?

— Ouais. Chez papi et mamie.

Il hoche la tête, encore ensommeillé. Il regarde par la vitre, l'air inquiet

— Un soucis ?

— Et si tes parents ne m’aiment pas !

— Mes parents aiment tous leurs petits-enfants, ce n’est pas chez eux que tu manqueras d’amour. Mais par contre, pas d’insultes, pas de gros mots, on est ok !

— Je vais essayer.

— Non, tu ne vas pas essayer, tu vas t’y tenir.

Il a baissé le regard, mais je préférais mettre les choses au clair avant.

Il détache sa ceinture, attrape son sac à dos posé à ses pieds. Je sors en premier, contourne la voiture pour ouvrir sa portière. Il descend, s’étire, grimace un peu – son dos le fait encore souffrir après les heures assis.

— Tu veux que je porte ton sac ? je propose.

— Non, ça va.

Il le met sur mon épaule quand même. On marche côte à côte vers la maison. La porte s’ouvre avant qu’on arrive – ma mère apparaît sur le seuil, tablier autour de la taille, sourire immense.

— Les voilà !

Elle descend les trois marches en courant presque, embrasse Terry sur les deux joues, puis moi. Elle sent la cannelle, le chocolat chaud et le feu de bois.

— Entrez, entrez ! Il fait un froid de canard.

On entre. L’odeur de marrons, du chocolat et de dinde qui cuit nous enveloppe comme une couverture. La maison est pleine de voix, de rires, de cris d’enfants qui courent dans le couloir. Mon père arrive de la cuisine, torchon sur l’épaule, verre de rouge à la main.

— Alors, le voyage ?

— Long, mais tranquille, je réponds.

Il regarde Terry, lui ébouriffe les cheveux.

— c'est donc toi Terry ?

Terry rougit, hausse les épaules.

— Bonjour monsieur

Mon père rit, un rire grave et chaleureux qui résonne dans l’entrée.

— Appelle-moi Papy comme les autres, ici les « monsieur », c’est pour mes clients.

Terry me jette un regard mal à l’aise, les épaules légèrement rentrées. Il reste planté là, sac à dos sur une épaule, comme s’il ne savait pas quoi faire de ses mains. Je lui passe un bras autour des épaules, juste un geste léger pour le rassurer, et il se détend un tout petit peu.

J’embrasse mes parents. Maman me serre fort, comme si j’avais dix ans et que je revenais d’une colo trop longue ; papa me donne une accolade bourrue, une tape dans le dos qui veut dire « content de te voir, fiston ».

Maman nous pousse gentiment vers le salon, mais je l’arrête en levant une main.

— On pourrait vider la voiture avant, si ça te dérange pas ?

— Non bien sûr, viens, je te montre.

On la suit dans l’escalier. Les marches craquent sous nos pas – toujours les mêmes craquements, ceux de mon enfance. Terry monte derrière moi, silencieux, les yeux grands ouverts sur les photos accrochées au mur : moi à trois ans sur un tricycle, moi à douze ans avec un ballon, moi à vingt ans en costard le jour de mon diplôme.

Arrivés à l’étage, maman ouvre la porte de mon ancienne chambre.

— Je t’ai mis dans ton ancienne chambre avec Terry. Il prendra le lit de ton frère.

Elle se tourne vers lui, sourire doux, un peu ému.

— Tu as fait bon voyage, mon garçon ?

Terry hoche la tête, les lèvres pincées.

— Ça va.

— Je t’embête pas trop ! Tu sais, je suis contente de te connaître. En bas, ne prends pas peur : y a tous tes cousins et cousines qui sont là, ou presque. On attend encore tonton Lionel avec sa femme… mais tout le monde est venu cette année, surtout pour te rencontrer.

Je vois mon fils se raidir, les épaules remontées, le regard fuyant. Je ris doucement pour détendre l’atmosphère.

— Arrête, maman, tu le stresses.

— Oh, on mange pas encore les enfants !

J’ouvre la chambre en grand. Maman a déjà fait les lits : draps propres qui sentent la lavande, oreillers gonflés, une petite lampe de chevet allumée sur la commode. Je pose le sac à dos de Terry sur le lit de droite – celui qui était à moi quand j’étais ado.

— Je vais chercher les valises. Enlève ton manteau, mets-toi à l’aise.

Maman lui sourit encore, mais cette fois elle voit sa méfiance. Elle soupire légèrement, pas fâchée, juste un peu triste.

— Bon… on se retrouve en bas.

Elle sort, referme la porte doucement. Terry me regarde, les bras ballants.

— Je suis obligé de descendre ?

Je ris, un vrai rire cette fois.

— Hé, bonhomme, c’est les fêtes. Bien sûr que tu descends. Et je te rassure : personne va te manger.

Il hausse les épaules, enlève son manteau, le pose sur le dossier d’une chaise. Il reste debout, les mains dans les poches de son jean, l’air perdu.

— Avec maman, on faisait les fêtes tous les deux. Toujours. Sauf quand elle avait un mec, évidemment.

Je m’assois sur le bord du lit, le regarde.

— Et tes grands-parents ?

— On les voyait presque jamais. Y a que tata qui venait nous voir. Maman, elle s'entendait pas trop avec eux.

— Tu sais que ta tante sera chez nous au jour de l’an ? Elle vient tous les ans depuis qu’elle bosse au cabinet de mon père.

— Je sais pas… Je sais juste que mes grands-parents n’aiment pas les fêtes. C’est ce que disait maman.

— Et c’est ce que dit aussi ta tante ce qui fait que mes parents l’invitent tous les ans.

Il fronce les sourcils, perplexe.

— Ils travaillent dans quoi, tes parents ?

— Mes parents sont avocats. Et ta tante est leur assistante depuis des années ou un truc comme ca !

— Ouais… elle dit qu’elle se plaît dans son travail. Mais tata, elle a un handicap que disait maman, moi je le vois pas.

—Je sais et moi non plus j'ai jamais rien vu, mais je la voit pas souvent non plus.

Il se tait un moment, regarde autour de lui : les posters de foot délavés scotchés au mur depuis dix ans, l’étagère pleine de vieux livres de poche, la fenêtre qui donne sur le jardin où la neige commence à tomber doucement.

— C’est bizarre d’être ici.

— Bizarre comment ?

Il hausse les épaules, s’assoit à côté de moi sur le lit, les mains jointes entre les genoux.

— Je sais pas… C’est trop… familial. Trop de gens. Trop de bruit en bas.

Je passe un bras autour de ses épaules – doucement, sans forcer.

— Tu peux monter quand tu veux, OK ? Si c’est trop, tu dis « j’ai mal au ventre » ou « je suis fatigué », et tu remontes. Personne te jugera.

Il hoche la tête, mais il ne bouge pas.

— Tu crois qu’ils vont me poser plein de questions ?

— Probable. Mais je serai là. Et si quelqu’un te saoule trop, tu me fais signe, je m’en occupe.

Il esquisse un petit sourire – le premier vrai depuis qu’on est arrivés.

— OK.

Je me lève, attrape les clés de la voiture et descends les escaliers en deux enjambées. À peine arrivé en bas que je tombe nez à nez avec mon frère aîné, Lionel, qui franchit la porte d’entrée avec sa femme, Geraldine, et leurs gamins – Julien mon filleul qui a l'age de terry, , Léo 12 ans, qui court déjà vers la cuisine en criant « Mamie ! », et Zoé, cinq ans, qui tire sur la manche de sa mère pour montrer le sapin et les deux derniers qui on quelques semaines.

— Ludovic !

Lionel me voit, s’arrête net, un grand sourire aux lèvres. Il cherche du regard autour de moi, comme s’il s’attendait à voir quelqu’un surgir de derrière le portemanteau.

— Il est en haut, je dis en souriant malgré moi.

— Bordel, j’ai hâte de voir ton fils ! Quelle surprise, quand même…

— Je me suis dit pareil, crois-moi.

Il rit, ce rire franc et bruyant qui remplit toute la pièce, puis me tape sur l’épaule – une tape d’homme, forte, qui fait vibrer les os.

— Tu vas où ?

— Vider la voiture. On s’installe ici quelques semaines, le temps que je trouve un appartement.

— Ouais, maman est aux anges. Attends, je vais t’aider…

Il pose son sac de cadeaux par terre, embrasse Geraldine qui file déjà avec les enfants vers le salon, et me suit dehors. L’air est glacial, la neige crisse sous nos semelles. On marche jusqu’à la voiture, garée de travers sur le trottoir.

Il m’aide à sortir les deux grosses valises du coffre, grogne un peu en soulevant la plus lourde.

— T’as mis des briques dedans ou quoi ?

— C’est surtout les affaires de Terry. Il a plus de bouquins et de jeux vidéo que moi.

On remonte les valises ensemble. Lionel me tape encore sur l’épaule en montant les marches.

— Et toi, tu vas bien ? Tu t’en remets ?

Je hausse les épaules, pose une valise sur le palier du premier étage.

— C’est pas facile tous les jours. Même si je n’avais plus de sentiments amoureux pour Laura depuis longtemps… ça m’a mis un coup. Et puis me retrouver papa solo… j’avais jamais imaginé.

Il s’arrête, me regarde sérieusement.

— On est là si t’as besoin de quelque chose, hein. Vraiment. Même si ca traine en longueur, on peut vous héberger aussi, on a une chambre d'amis.

— Merci. Je cherche activement un logement. Si t’entends parler d’un truc…

— Promis. Si j’entends parler d’un appartement ou d’une maison a prix correcte, je te le dis direct.

On pose les valises devant la porte de ma chambre. Lionel jette un œil à l’intérieur : Terry est assis sur le lit , en train de regarder son téléphone, écouteurs dans les oreilles. Il lève les yeux quand on entre, enlève un écouteur.

Lionel sourit, s’accroupit à sa hauteur.

— Salut, Terry. Moi c’est Lionel, ton tonton. Content de te rencontrer enfin.

Terry hoche la tête, un peu raide.

— Salut.

Lionel ne force pas. Il se redresse, me donne une dernière tape sur l’épaule.

— Bon, je descends rejoindre les autres. On se voit en bas, OK ? Et si t’as besoin d’un coup de main pour installer quoi que ce soit…

— Ça va aller. Merci.

Il sort.

Je ferme la porte doucement. Terry me regarde.

— Il est cool, ton frère.

— Ouais. Un peu bruyant, mais cool.

Il sourit – un vrai sourire, cette fois.

— Il a des enfants ?

— Cinq, la sa femme viens d'avoir des jumeaux. Ils sont en bas, Tu verras tous le monde a plein d'enfants ici.

Terry rit doucement.

— Ça va être le bordel.

— Probable. T’es prêt à descendre ou tu veux rester un peu ici ?

Il hésite, regarde la porte, puis moi.

— Je descends… mais tu restes avec moi, hein ?

— Évidemment.

Il se lève, enlève son sweat, le pose sur le lit. Il porte un tee-shirt noir avec un logo de jeu vidéo que je ne connais pas. Il se regarde dans le miroir de l’armoire, passe une main dans ses cheveux pour les remettre un peu en place.

— J’ai l’air comment ?

— T’as l’air d’un mec qui va survivre à un repas de famille. C’est déjà pas mal.

Il rit, un rire nerveux mais sincère.

On descend ensemble. Les voix montent jusqu’à nous : rires, cris d’enfants, tintement de verres. Quand on entre dans le salon, une vague de chaleur nous enveloppe – le feu de cheminée, les gens, les odeurs de nourriture. Ma mère nous voit, lève les bras au ciel.

— Les voilà !

Tout le monde se tourne. Les cousins s’approchent, les tantes sourient, les oncles hochent la tête. Terry se crispe un peu à côté de moi. Je pose une main sur son épaule.

— Respire. C’est juste une famille. Ils sont bruyants, mais ils sont gentils.

Il hoche la tête.

Ma mère s’approche, un plateau de marrons chauds à la main.

— Tiens, mon chéri. Pour toi et Terry.

Terry prend un marron, souffle dessus, mord dedans. Il fait « mmmh » malgré lui.

— C’est bon ?

— Grave.

Les cousins l’entourent déjà. Théo, lui montre son nouveau jeu sur sa Switch.

Je reste un peu en retrait, un verre de vin chaud à la main. Mon père s’approche, me tape sur l’épaule.

— Il est bien, ton gamin.

— Ouais… il est bien.

Il me regarde, sérieux soudain.

— Tu vas t’en sortir, Ludovic. Avec lui. Avec tout ça.

Je hoche la tête, la gorge un peu serrée.

— J’espère.

— Ta mère et moi, on est là si tu as besoin, fiston, dit papa en posant une main ferme sur mon épaule. Elle t’a dit « maman », hein ? On mettra le petit dans la chambre de Cynthia dès que tout le monde sera parti.

Je hoche la tête, un peu gêné.

— Heu… oui, elle a dit qu’il aurait sa chambre. Mais sinon, c’est pas grave, papa. Je compte pas non plus vous embêter pendant des années.

Il fronce légèrement les sourcils, retire sa main pour croiser les bras, mais son regard reste doux.

— Tu ne nous embêtes pas. Jamais. T’entends ? Cette maison est la tienne autant que la nôtre. Et Terry, c’est notre petit-fils. On l’attendait depuis longtemps, même si on savait pas encore qu’il existait.

Il marque une pause, jette un coup d’œil vers l’escalier où Terry semble attendre, à l’écart mais déjà moins crispé.

— Prends le temps qu’il te faut pour trouver un logement. Un mois, deux mois… on s’en fout. Tant que vous êtes bien. Et si t’as besoin d’un coup de main pour chercher, pour déménager, pour garder Terry quand tu visites des apparts… tu demandes.

— Je voudrais qu’il le visite avec moi ; je voudrais que cela lui plaise aussi.

Je sens ma gorge se serrer un peu. Pas d’émotion brute, juste… cette simplicité. Cette évidence familiale que j’avais presque oubliée ces derniers mois.

— Merci, papa.

Il me donne une petite tape sur la nuque, un geste d’avant, quand j’étais ado et que je rentrais après une bêtise.

— Allez, va rejoindre ton fils avant que les cousins le kidnappent pour une partie de console. Et dis-lui que papi lui garde une part de bûche en plus.

Je souris malgré moi.

— Il va adorer.

Papa retourne vers la cuisine, où maman s’active déjà avec les plateaux d’apéro.

L'une de mes sœurs est déjà en train de l'aider, ils on tu pousser le canapé pour mettre toute les tables dans le salon .

Je reste une seconde dans le couloir, à regarder Terry rire à une blague de Théo. Il a l’air… presque à sa place.

Je respire un grand coup.

Peut-être que ce Noël ne sera pas parfait.

Mais il sera à nous.

Et ça, c’est déjà énorme.

Mon premier noël en qualité de papa !