Nos ombres enlacées - romance biker - Tome 1

All Rights Reserved ©

Summary

Amara fuit depuis des années. Un passé qu'elle ne peut pas effacer. Un homme qui ne cessera jamais de la traquer. ________________________________________________ ⚠️ Ce roman contient : violences physiques et psychologiques, abus, séquestration, traumatismes, ainsi que des scènes pouvant heurter la sensibilité de certain·e·s lecteur·rice·s. Quand sa route croise celle de Shield, elle ne voit en lui qu'un inconnu de plus... dangereux, froid, imprévisible. Le genre d'homme à éviter. Mais Shield n'est pas n'importe qui. Ancien vice-président d'un club de bikers, il porte lui aussi ses démons, hanté par la perte de sa femme et de sa fille. Revenir au club est déjà une épreuve. Protéger Amara pourrait bien être la chute de trop. Entre violence, secrets et tensions, un marché est conclu : Il l'aidera à se débarrasser de son bourreau. Mais dans un monde où loyauté rime avec sang et où le passé ne pardonne jamais, rien n'est simple. Surtout quand deux âmes brisées commencent à se rapprocher. Jusqu'où peut-on aller pour être libre ? Et que reste-t-il quand tout ce qu'on aime a déjà été détruit ?

Genre
Romance
Author
Ambre
Status
Ongoing
Chapters
33
Rating
4.0 1 review
Age Rating
18+

Chapitre 1

Shield

Il est 1 h du matin quand je commande une nouvelle pinte de bière. Je sais que je devrais lever le pied sur la boisson, mais sans ça impossible d’atténuer la douleur du passé qui me colle à la peau.

Je suis accoudé à ce comptoir depuis bien trop longtemps, mais après tout j’aime bien traîner dans ce genre de trou perdu. La musique, l’odeur du tabac mélangée à celle de l’alcool et du vieux plouc à côté de moi. Ça donne un côté campagnard que j’aime bien, finalement on s’y habitue.

La jolie serveuse dépose devant moi ma pinte, quand j’entends des rires gras me parvenir aux oreilles. Ça doit être encore des vieux du coin qui se battent pour savoir qui a bu le verre de l’autre. Je ne m’attarde pas plus sur ce qu’il se passe autour de moi, du moment qu’on ne m’adresse pas la parole et que je peux boire ma bière tranquillement. Je n’aime pas le contact humain, du moins je n’aime plus ça.

Je m’apprête à boire une gorgée de cette succulente pression premier prix, quand d’un coup une douleur irradie tout le côté gauche de mon visage. Sans que je comprenne pourquoi, je me retrouve affalé sur le vieux comptoir, renversant ma pinte de l’autre côté de celui-ci.

Un sifflement retentit dans mon oreille gauche. Je grimace de douleur et insulte tous les abrutis de ce taudis. En me redressant difficilement, l’alcool n’aidant pas, ma tête tourne, il me faut quelques secondes pour reprendre mes appuis.

Ma stabilité retrouvée, mon regard se pose sur un type d’au moins deux têtes de plus que moi.

— Excuse-moi mon gars, je ne te visais pas toi, mais la poupée qui est là et qui m’a manqué de respect, me dit-il en me donnant une tape sur l’épaule, comme si nous étions potes depuis toujours.

Mon regard se pose sur cette main sale qui continue de me tenir par l’épaule.

En relevant mon visage vers le gars, je n’attends pas pour lui jeter un crachat de sang dans sa tronche et enchaîner par un coup de poing dans son nez.

Le colosse, sale et ingrat, se retrouve à faire quelques mètres en arrière, avant de s’affaler sur une table remplie de verres.

— Oh mon ami, calme-toi, il n’a pas fait exprès, m’explique un de ses potes en relevant son copain de comptoir.

— Je ne suis pas votre ami et ton pote m’a éclaté la mâchoire, lui répondis-je en me retournant pour récupérer mes affaires. Rien à foutre de leurs conneries de bagarres.

Récupérant mes affaires, j’entends qu’une voix de femme insulte un gars, suivie des voix masculines qui râlent et se moquent. Piquant ma curiosité, je me retourne et observe un spectacle assez sympa, pour une fois.

Une jeune femme brune, peau mate, les pieds bien plantés au sol. Elle dégage une force et une confiance en elle.

— Eh ma belle, tu vas venir gentiment t’excuser auprès de mon ami et peut-être on sera clément avec toi, lui ordonne un autre gars.

— Allez-vous faire voir, bande de porcs, affirme la jeune femme en s’apprêtant à partir.

À peine a-t-elle tourné les talons qu’un des types, furieux, lui attrape le bras. Sans perdre une seconde, elle pivote, frappe son poignet pour le dégager, et lui assène un coup sec à l’estomac qui le fait tituber en arrière.

Un autre essaie de la surprendre par derrière, mais elle se baisse, l’évite et lui envoie un coup de coude bien placé. Les autres hésitent quelques secondes, surpris par sa rapidité et sa confiance.

En un clin d’œil, elle se fraye un passage entre eux, donnant de petits coups précis pour les empêcher de la retenir, mais sans chercher à les blesser sérieusement.

Puis, tout aussi vite qu’elle est arrivée, elle disparaît par la porte du bar, son sac sur l’épaule, laissant derrière elle un silence et des hommes ébahis. Je reste planté là, incapable de détacher mes yeux de la porte par laquelle elle est sortie. Qui était cette femme, comment peut-elle être aussi dangereusement rapide et sûre d’elle ?

Confus par la scène qui venait de se produire devant mes yeux, je retourne à ma place et commande une nouvelle pinte de bière fraiche, une dernière avant la fermeture du bar.

Les derniers clients sont tous partis, sauf moi qui m’accroche. Je sais que je devrais partir, mais l’appel de la boisson est plus fort que moi.

Le gérant me pousse gentiment dehors, je suis tellement saoul que je ne me défends pas vraiment, je râle dans ma barbe.

Une fois dehors sur le parking, je traîne ma veste au sol, me dirigeant vers ma moto. Je ne sais pas si je serais capable de conduire, mais de toute façon je ne peux clairement pas rester ici, où je vais me faire dépouiller par les gars des clubs environnants.

En retrouvant ma moto au fond du parking, dans un espace mal éclairé, j’aperçois une silhouette qui est un peu trop proche de Honey. Qui oserait toucher à ma Honey sans ma permission ? Qui est assez fou pour risquer sa vie en posant ses mains sur ma Harley ?

Sans plus réfléchir, je me jette sur la personne, la pousse au sol pour tenter de la maitriser, mais mes gestes sont approximatifs. Je vacille et un coup de poing dans mon visage me fait perdre l’équilibre, le souffle court, et je réalise que je n’arrive pas à le maîtriser. Chaque mouvement est précis, rapide, presque calculé. La silhouette esquive mes coups, me repousse avec une force inattendue et reste inarrêtable. Un instant de silence. Puis une voix sèche, presque moqueuse :

— Tu fais moins le malin maintenant, non ?

Je m’arrête net. La tonalité… c’est une voix féminine. Mon cœur rate un battement. Je cligne des yeux, incapable de comprendre sur le moment.

—Qu… quoi ? Je bredouille encore, sonner.

La silhouette ne répond pas, mais son assurance, sa rapidité, sa démarche… je le comprends enfin. C’est elle… la fille du bar.

— Tu veux quoi à ma moto ?

Je me redresse et m’essuie le nez qui coule le sang.

— Elle est pas mal, elle doit valoir un bon quinze mille dollars, me répond la jeune femme, les bras croisés.

— Tu la touches encore une fois et je ne donne pas cher de ta peau, elle n’est pas à vendre.

— Je n’ai jamais dit que je voulais te l’acheter.

— Dégage de là !

Je l’attrape par le bras et l’envoie à l’opposé de ma moto. Mon geste est incontrôlé et bien plus fort que ce que je voulais. La nana perd à son tour l’équilibre et atterrit dans le torse d’un homme.

Prise par surprise, elle se retourne et se retrouve face à face avec une armoire à glace, suivie de trois autres gars, tout aussi balaise que lui.

— Alors ma belle, on a des soucis avec ce gars ? lui dit l’homme face à elle en me montrant du menton.

— J’ai des problèmes avec personne, moi, j’allais partir.

— Ah non pas déjà, on a envie de s’amuser nous. Pas vrai les gars ? dit-il à ses potes, qui lui répondent en acquiesçant de la tête.

— Mais moi je n’ai pas envie de m’amuser avec vous, allez ciao les gars, amusez-vous entre vous, dit-elle en nous montrant tous les cinq.

Je regarde les montagnes de muscles en face de moi. Elle est barge cette fille, je n’ai pas envie de trainer plus longtemps ici, je sens que la situation va mal tourner. Je reconnais le blason des The revenants, ce gang n’est pas à prendre à la rigolade. Je me suis déjà fritté avec un des leurs il y a quelques mois, et j’en suis moi-même pas sorti indemne.

Je décide de retourner à ma moto, sans trop me soucier des quatre gars derrière moi.

Au moment où je démarre Honey, je vois un des gars attraper la nana par le bras et la ramener vers eux. Je me dis que ce n’est pas mon problème, elle n’avait qu’à pas les provoquer.

Elle se débat, elle se défend plutôt bien, mais les gars prennent petit à petit le dessus sur elle.

Elle ne s’en sortira pas aussi facilement si je ne réagis pas.

Je fais avancer ma moto doucement sur le parking, en direction de la sortie, je réfléchis, je ne peux pas la laisser livrée à elle-même.

Du coin de l’œil je la vois donner des coups pour se défendre, les gars se resserrent au tour d’elle, limitant sa marge de manœuvre. Je ferme les yeux un instant et soupire. Dans quel bourbier je vais encore me mettre ?

Sans plus attendre je donne un coup d’accélération et bifurque vers le groupe.

J’attrape la jeune femme par sa veste et la soulève de tout son poids. Surprise sur le moment, elle capte vite mon intention et suit mon mouvement en grimpant derrière moi.

Je fais rugir ma Honey, avant de planter les quatre brutes sur place.

Elle s’accroche à ma taille et plaque sa tête contre mon dos. C’est perturbant, je n’aime pas qu’on me touche et encore moins qu’on me colle comme ça. Quelle idée j’ai encore eue.

Je fonce, Honey gobe l’asphalte, la lueur des néons nous claque au visage.

Après vingt bonnes minutes de route, je braque sans prévenir sur une petite route de terre qui longe la nationale. Les phares dessinent des traits clairs sur les troncs d’arbres. Le silence qui suit le bruit de la ville me frappe comme une gifle. Elle colle toujours sa tête contre moi, mais je sens qu’elle est loin, concentrée, encore prête à se débattre au moindre faux mouvement.

Je repère un motel en bordure de route, je sors de la route pour m’arrêter sur le parking. Le ronron de la moto meurt, et le monde revient, plus petit, plus proche. Malgré notre arrêt, elle ne se détache pas de moi.

— Tu peux me lâcher !

— Tu comptes me laisser là ?

Je lui jette un regard froid, elle ne croit quand même pas qu’elle va rester avec moi. J’ai d’autres choses à faire que de me coltiner une nana. Non en fait je n’ai rien d’autre à faire, mais je tiens à rester seul, à rester libre. Je soupire fortement.

— Tu as une famille ? Quelqu’un qui peut venir te chercher ?

— Non, personne !

Je descends de ma moto, l’obligeant à se détacher de moi. Elle reste assise sur Honey, comme si c’était un droit acquis. Je la regarde de travers, espérant qu’elle comprenne d’elle-même, mais visiblement elle n’a pas envie d’aller dans mon sens.

— Descends de ma moto !

— Oh ça va monsieur “je ne tiens pas l’alcool”.

Je rêve ou elle se fout ouvertement de ma gueule ?!

— Descends !

— Et sinon, tu vas faire quoi ?

Elle me tape tellement sur les nerfs que je n’attends pas une seconde de plus avant de l’attraper par le bras pour la faire descendre de Honey. Surprise, elle recule de quelques pas, poussée par l’élan que j’impose à son corps.

— Hé, ça va pas! râle-t-elle en réajustant sa veste.

— Je ne veux personne collée dans mon dos, je roule seul. Tu as l’air débrouillarde. Je suis sympa, je te laisse devant ce motel, j’aurais pu t’abandonner sur le bord de la route, ou même pire, entre les mains des sales types de tout à l’heure. Et crois-moi, ils n’auraient pas mis longtemps pour faire de toi leur jouet, lui dis-je en remontant sur ma moto.

— C’est ça, casse-toi, de toute façon je ne peux compter que sur moi-même. Les mecs, vous êtes des incapables, des bons à rien qui ne pensent jamais plus loin que leurs nez, rétorque-t-elle sur un ton agacé et visiblement encore déçu.

Je tourne la tête vers elle, tout en ajustant mon casque. Je l’observe, un sourcil arqué. Parce qu’elle croit que sa réflexion va me faire changer d’avis ?

Je lâche un petit rire, avant d’allumer le moteur de ma douce Honey.

Je décide de ne pas lui répondre et de reprendre ma route, j’ai besoin de trouver un coin tranquille pour dormir. Cette soirée m’a vidée et les effets de l’alcool sont encore suffisamment présents pour engourdir mon cerveau.

Je ne peux me retenir de jeter un coup d’œil derrière moi pour voir sa réaction.

Son air en colère, presque boudeur, les bras croisés sur sa poitrine, me fait lâcher un petit rire dans mon casque. J’ai rarement vu une femme avoir autant de caractère face à un inconnu.

Je me redresse sur ma moto et laisse les emmerdes derrière moi.