PROLOGUE
DAMIEN
—Alors comme ça, tu as planté la ou les graines ?
— Tu sais que je ne fais pas dans la démesure. Une cartouche a suffi, et l’échographie a confirmé Ouais, y’en a deux, putain ! réplique mon meilleur ami.
Du pur Sandro, toujours à glisser des termes militaires, même dans une simple conversation.
—Comment tu vas faire pour gérer ?
— Je gère des hommes, je peux gérer des mômes.
— Pas sûr que t’arrives. Deux gosses à la fois, mon pote, c’est pas du tout pareil.
— Tu vas arrêter de stresser mon homme, toi, m’engueule gentiment Lena.
— C’est parce qu’il n’y connaît rien qu’il dit balance ça, me pique Chloé.
Chloé. Mon ex qui a décrété que j’avais trop de démons en moi pour pouvoir l’aimer vraiment. Qu’est-ce qu’elle en sait ? Rien. Je pensais pouvoir gérer mes sentiments comme on gère une section. Elle ne voyait pas les choses ainsi. Ne m’a laissé aucune chance. Ne s’en est pas donné non plus. Elle n’est pas Lena. Je ne l’ai pas bien pris. J’ai tenté de tourner la page. La voir reste compliqué. Son amitié avec Lena et Sandro n’arrange pas les choses. Je me retrouve souvent invité en même temps qu’elle dans leur cosy appartement Parisien. De fait, aujourd’hui, je ne sais plus ce que je veux. Elle ? Certainement. Encore faut-il que je trouve la force de lui avouer. De me battre pour ça comme me le conseille Sandro.
— Qui te dit, que je sais pas de quoi je parle ?
— T’as pas de gosses !Même pas de neveux ou nièces.
J’aurai pu. Si mon frère était toujours de ce monde.
La dernière image de gravée au fer rouge sur mes rétines, me revient avec une intensité douloureuse : son regard fixe sur le plafond, une seringue gisant au sol, témoin silencieux de sa chute finale. Aujourd’hui encore, la rage me tord les tripes, y reste bloquée. J’avais tout tenté : hébergé pour mieux le surveiller, essayé de lui insuffler mon propre goût de vivre. Résultat ? Sa mort avec une dernière dose, payée avec mes maigres économies de job d’été volées. Mes poings se serrent involontairement, une goutte de sueur dévale de mon front.
—Damien ? Ça va ? s’inquiète Lena toujours en mode observation.
— Oui, prétends-je en reprenant mes esprits. Fait chaud chez vous.
Sandro me fixe. Il sait que l’allusion à des neveux m’a perturbé. Il connait mon drame personnel à la différence de Chloé avec qui je n’ai jamais partagé cette histoire familiale.
—De toute façon, reviens à la charge Chloé, c’est une manie chez toi, de donner ton avis sur des sujets que tu ne maitrises pas. Monsieur je sais tout.
—Chloé, arrête ! intervient Sandro.
—Quoi ! C’est vrai ! Tu peux pas dire le contraire, renchérit mon ex qui semble chercher le conflit. Tu connais bien ton pote et cette fâcheuse tendance...
—Chloé, c’était juste pour parler, ne prend pas ça à la lettre, la coupe son amie. Vous allez pas encore vous disputer !
—C’est rien. Y a pas de quoi en faire toute une histoire, interviens-je.
—Bien sûr que non, mais ça me contrarie que vous soyez chien et chat dès que vous êtes face à face, renchérit Lena.
—C’est peut-être mieux que j’arrête de venir, alors, proposé-je.
Sandro et Lena soupirent, Chloé détourne les yeux.
—Je suis désolée, finit-elle par lâcher toujours sans me regarder.
—Bien ! Passons à l’apéro, alors, déclare Lena en se levant.
Nous la suivons vers la terrasse. Le temps se prête à un repas dehors. Chloé passe à quelques centimètres de moi. Son parfum, mélange de savon chirurgical et de vanille, — me frappe de plein fouet, plus violent qu’une grenade offensive. L’image d’elle, nue sur mon lit, nos ébats intenses, me reviennent.Ma main s’égare sur ses reins. Elle tressaille comme si je l’avais brulée, son regard se rive à moi par-dessus son épaule.
— Tu joues à quoi, Damien ? murmure-t-elle.
—Désolé, ça m’a échappé, m’excusé-je en reculant d’un pas.
—Ne me fais pas ça.Tu ne peux pas me faire ça !
Manifestement notre connexion physique persiste malgré sa décision.Sandro a peut-être raison. Je dois me battre pour qu’un nous, puisse exister.