My Fucking Majesty

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Summary

La différence entre une victoire et un échec n'est qu'une question de détails Lors d'un gala, Alejandro de la Vega bouscule une servante par erreur. Un geste insignifiant. Un simple accident. Et pourtant... qui aurait pu imaginer qu'une simple rencontre allait bouleverser deux destins ? Mila St-Clair n'est qu'une jeune fille arrivée à Madrid il y a deux ans, essayant de trouver sa place dans un monde qui n'a jamais été le sien. Elle pensait rester invisible, loin des regards et des histoires de pouvoir. Mais dans les coulisses du palais, rien n'est jamais vraiment sans conséquence. Alejandro, héritier du trône d'Espagne, est l'image parfaite du futur roi : charismatique, contrôlé, irréprochable. Pourtant, son image commence à se fissurer. Et pour sauver les apparences, une décision est prise : un mariage arrangé, pensé pour redorer sa réputation. Le hasard n'est qu'une autre façon de nommer le destin.

Status
Ongoing
Chapters
10
Rating
n/a
Age Rating
13+

Chapitre 1 Mila

“Ce n’est pas parce qu’une décision fait mal que c’est la mauvaise.”

C’est la phrase que j’ai lue sur une application de voyance complètement débile que je m’étais entêtée à installer parce que c’était censé faire partie de mes résolutions du Nouvel An, comme si transformer ma vie passait par télécharger des trucs inutiles et croire que mon avenir pouvait être résumé en notifications.

Spoiler : je l’ai supprimée une semaine après, après avoir été bombardée de messages toutes les cinq minutes pour des consultations payantes, comme si l’application insistait pour s’inviter dans ma tête, dans mes choix, dans ma vie.

Et pourtant, malgré le ridicule de tout ça, cette phrase est restée en moi, accrochée quelque part entre mes pensées et mes silences, comme si elle refusait de partir, comme si elle s’était installée sans demander la permission, répétée en boucle dans des moments où je ne la cherche même pas, comme si elle répondait à des questions que je ne formule jamais clairement.

Il y a deux ans, j’étais dans un avion en direction de Madrid, et rien que ce souvenir a encore aujourd’hui quelque chose d’irréel, comme si je regardais la scène de l’extérieur.

Ma mère avait rencontré un nouvel homme, et elle était tombée amoureuse de lui avec cette rapidité qui lui ressemble trop, cette façon de se laisser emporter sans toujours regarder derrière, et moi, j’avais voulu croire que ce n’était qu’une phase, un passage comme les autres, une histoire qui durerait deux mois au maximum avant qu’elle ne s’en lasse comme elle s’était lassée des précédents. Mais cette fois-là, ce n’était pas pareil, et la décision de partir m’avait arrachée à tout ce que je connaissais, à mon petit ami, à ma meilleure amie, à ma ville, à mes repères, à cette vie que je pensais stable sans vraiment me rendre compte qu’elle pouvait disparaître si vite.

Et comme si ça ne suffisait pas, j’ai découvert après coup qu’il m’avait trompée, qu’il s’était mis en couple avec elle derrière mon dos, et cette double perte, celle que j’avais subie et celle que je n’avais pas choisie, avait rendu tout le reste encore plus confus, comme si partir avait été une erreur et une protection en même temps, une douleur et peut-être, au final, une forme de survie.

Javier n’était pas méchant, et c’est justement ça qui rendait tout encore plus compliqué à ressentir correctement. Il était gentil, vraiment, avec cette gentillesse un peu constante, un peu trop propre, un homme profondément amoureux de ma mère, presque aveuglé par elle, avec un sourire toujours prêt, un accent espagnol qui déborde parfois dans ses mots, un confort matériel évident, un sacré porte-monnaie et une maison immense qui ressemble plus à une démonstration de réussite qu’à un foyer. Et ma mère, elle, s’est laissée porter par tout ça, par cette stabilité, par cette attention, par cette facilité presque confortable, tandis que moi, je me suis installée dans une autre logique, celle où je préfère me débrouiller seule, où je préfère ne rien devoir à personne. Je travaille comme serveuse dans des soirées mondaines, des endroits où les gens brillent plus que les lumières au-dessus d’eux, où je croise des princes, des princesses, des chanteurs, des visages connus qui n’ont pour moi rien d’intimidant parce qu’au fond, ils restent des gens comme les autres, juste avec plus d’argent, plus de regards posés sur eux, et moi je suis là, simplement, pour mon salaire, pour mon autonomie, pour cette distance que je garde avec tout ce qui pourrait m’engloutir.

Ma mère ne m’a pas laissé le choix de venir en Espagne. Elle avait déjà tout décidé avant même que j’aie le temps de comprendre ce qui était en train de se passer, les billets d’avion étaient pris, les valises étaient prêtes, sa décision était fermée, comme une porte qu’on claque sans demander si quelqu’un est encore en train de passer de l’autre côté. J’avais l’impression que mon avenir venait d’être déplacé sans mon accord, comme si ma vie n’était qu’un objet qu’on transporte d’un endroit à un autre. J’ai laissé derrière moi mes amies, ma ville, l’appartement dans lequel j’avais grandi, les habitudes que je croyais insignifiantes mais qui en réalité faisaient tout ce que j’étais, tout ça pour Javier, pour cet homme un peu plus âgé que ma mère et qui semblait pourtant si naïf dans sa façon d’aimer et de croire que tout peut être simple, et cette impression-là, au début, m’a suffi pour le détester avant même de vraiment le connaître.

Javier a une fille de mon âge, et ça aurait pu être une tension supplémentaire, quelque chose de compliqué ou de froid, mais c’est devenu tout l’inverse, comme si cette seule coïncidence avait ouvert une porte que je n’attendais pas. Au début, j’étais persuadée qu’elle serait méchante avec moi, une fille à papa typique, sûre d’elle, peut-être arrogante, quelqu’un qui me ferait sentir de trop, mais Maria est devenue ma meilleure amie, et même plus que ça, elle est devenue ma seule vraie stabilité ici, la seule personne qui a réussi à rendre cet endroit un peu moins étranger.

Je descends les marches deux par deux, mon long t-shirt blanc tombant sur mon short, couvrant juste ce qu’il faut, et les marches sont froides sous mes pieds nus, un froid qui me réveille sans violence mais avec une sensation très réelle, presque agréable, comme un rappel que je suis là, dans ce corps, dans ce moment. Les grandes baies vitrées laissent entrer une lumière douce du matin, le soleil inonde la pièce et les oiseaux chantent dehors comme si tout était simple, comme si tout était normal, mais même après deux ans ici, rien ne me donne vraiment l’impression d’être chez moi, je suis toujours un peu en décalage, comme si j’observais une vie qui n’est pas complètement la mienne.

Dans la cuisine, ma mère et Javier sont déjà réveillés, et ils s’embrassent comme si c’était la chose la plus naturelle du monde, comme si leur bonheur occupait tout l’espace sans se soucier du reste, et moi je soupire en détournant légèrement le regard, feignant une réaction de dégoût que j’exagère volontairement pour ne pas avoir à dire ce que je pense vraiment. Ma mère éclate de rire, et Javier me sourit avec cette chaleur constante qu’il semble ne jamais perdre, et je me dis que si il n’était pas aussi gentil, je n’aurais aucun mal à le détester sans culpabilité.

Buenos días, Mila. Bien dormi ?

Je force un sourire, un de ceux qui ne ressemblent à rien de vrai mais qui fonctionnent suffisamment pour éviter les questions, et je réponds sur le même ton.

— Très bien, merci.

Je ne lui retourne pas la question parce que ça me semble inutile, presque faux, comme si m’intéresser à son sommeil n’avait aucun sens dans ma réalité.

Ma mère me désigne une assiette d’œufs au plat et de bacon déjà prête, encore chaude, encore parfaite dans sa simplicité, et je m’approche avant de la prendre dans mes bras, un geste rapide mais sincère, un “merci” murmuré contre elle, presque invisible mais réel. On est proches, malgré tout, malgré nos différences, malgré les décisions qu’elle prend sans toujours me laisser exister dedans.

Je m’assois sur un des tabourets autour de l’îlot central, je mange en silence et je sens déjà la fatigue me revenir alors que je viens à peine de me réveiller, comme si mon corps n’avait jamais vraiment décidé d’être en forme.

— Mila, ce soir on prévoyait d’aller au cinéma, tu veux ven...

Je coupe Javier sans même le laisser finir, sans chercher à adoucir.

— Je ne peux pas désolée, j’ai un service ce soir, et je ne peux pas le louper, il paraît qu’il y aura beaucoup de personnes influentes.

Il sourit tristement, sans insister, et à ce moment-là j’entends des pas rapides dans les escaliers, des pas que je reconnais avant même de la voir.

Maria arrive comme une explosion de mouvement et de lumière, elle me saute presque dessus et me dépose un baiser sur la joue qui laisse une trace de rouge à lèvres, comme toujours, comme si elle signait son passage. Elle est déjà parfaitement habillée, maquillée, prête pour une journée qui semble toujours plus importante que la précédente, et on fait notre petit rituel silencieux de retrouvailles, rapide, évident, familier. Elle salue ma mère, enlace son père, attrape un morceau de pain et annonce qu’elle est déjà en retard pour son cours de yoga avant de disparaître presque aussi vite qu’elle est arrivée, et moi je ris doucement parce qu’elle est toujours comme ça, toujours trop, toujours intense, et pourtant je ne l’imagine pas autrement.

Ma mère reprend ensuite, et je sais déjà ce qu’elle va dire avant même qu’elle ouvre la bouche, parce que cette conversation existe en boucle.

— Ma chérie, je ne comprends pas pourquoi tu travailles alors que Javier et moi avons une bonne situation...

Je la coupe immédiatement, sans agressivité mais sans discussion possible.

— Maman, tu sais très bien que je n’ai pas besoin de vous pour prendre soin de moi.

Elle insiste, et je sens la fatigue de cette discussion répétée des dizaines de fois.

— Tu dis prendre soin de toi mais tu as abandonné les études...

Je soupire, lourdement, parce que ce sujet me traverse toujours au même endroit.

— Parce que tu sais que je ne suis pas faite pour le système scolaire, tu sais qu’ils se moquaient de moi à cause de mon vitiligo .

Et la larme qui tombe n’est pas une surprise, juste une fuite que je n’arrive pas à retenir. Depuis toute petite, mon corps porte ces différences, ces taches apparues à trois ans, appelées vitiligo par les médecins, et si au début j’avais appris à les aimer, à les voir comme quelque chose qui me distinguait, le monde autour de moi avait transformé ça en cible, en prétexte, en cruauté gratuite. Les enfants peuvent être d’une violence simple et constante, ils m’appelaient “la vache”, ils essayaient de colorier mes taches, comme si mon corps était un dessin raté qu’ils pouvaient corriger, et même si je riais au début pour faire comme si ça ne m’atteignait pas, ce rire était devenu une façon de me cacher, jusqu’au moment où je n’ai plus pu, jusqu’à la peur de l’école, jusqu’au départ du système scolaire qui m’avait abîmée plus que je ne voulais l’admettre.

Parce que l’enfer c’était de rire de mon sort avec eux .

Ma mère m’enlace, s’excuse, et je sens ses cheveux contre mon épaule, un contact familier mais chargé de tout ce qui n’a jamais été complètement dit entre nous. Je ne lui ressemble pas, et cette différence est toujours visible, presque symbolique : elle blanche, aux yeux verts, aux cheveux lisses, moi métisse, aux cheveux bouclés, aux yeux marron, marquée par une autre histoire, celle de mon père qui est parti du jour au lendemain pour recommencer sa vie ailleurs, avec une autre femme, sans se retourner, sans explication suffisante pour effacer le vide qu’il a laissé derrière lui.

Derrière nous, Javier nous prend en photo en riant, comme si tout était simple, comme si tout était déjà une scène de famille parfaite, et même s’il est gentil, même s’il est présent, même s’il essaie, je sais déjà qu’il ne représentera jamais une figure paternelle pour moi.

Je termine mon petit déjeuner pendant que ma mère et lui débattent de la place idéale pour s’installer au cinéma ce soir, comme si c’était une décision importante, presque stratégique. Je débarrasse mon assiette malgré la femme de ménage, parce que ça me semble important de garder ce geste-là, ce contrôle-là sur quelque chose de simple. Puis je remonte dans ma chambre, je lance ma playlist, et je me mets à nettoyer, ranger, organiser, comme si remettre de l’ordre dans mon espace pouvait calmer le désordre dans ma tête.

Et pourtant, malgré la routine, malgré le bruit familier de la musique, quelque chose reste en moi, une tension légère mais constante, une pression que je ne nomme pas, une impression diffuse que ce soir sera différent, qu’il y aura plus de monde que d’habitude, plus de regards, plus de présence, et même si je continue à faire comme si tout était normal, au fond de moi, ça serre déjà un peu trop.

:Bonjour en Espagnole

:Le vitiligo est une maladie de la peau qui provoque l’apparition de taches blanches, car certaines zones de la peau perdent leur pigmentation (leur couleur).