Chapter 1
_ Encore cette forêt, je t'avais demandé quelque chose de nouveau, de prompt et surtout de vivant.
Iris quitta le tableau des yeux pour les plonger dans ceux de sa sœur. Les mains en point sur les hanches, celle-ci abordait une expression à mi-chemin entre l'agacement et la curiosité.
Comment allait -elle réagir?
_ Tu me l'as déjà peinte, cette forêt. Et elle est tellement flippante et terne que je l'ai mise dans la salle de bain, continua-t-elle en s'inclinant vers elle.
Iris souffla avant de l'ignorer. Elle continua de ses mains tâchée à donner vie à son œuvre.
Mais elle savait qu'Elena marquait un point, ce n'était pas la première fois qu'elle peignait cette forêt. Une forêt pourtant qu'elle n'avait jamais vue de sa vie. Et le pire c'est que l'image s'imposait dans son esprit comme si elle y avait déjà été. Dès lors, ces doigts ne faisaient que suivre le rythme de ses coups de pinceau jusqu'à reproduire l'image dans son esprit, guidés par quelque chose qu'elle ne comprenait pas.
Il est vrai qu'elle s'était énormément améliorée ces derniers temps... mais pas au point d'imaginer un endroit avec autant de réalisme.
_ Tu pourrais au moins me remercier pour ma générosité au lieu de critiquer mon travail. Répondit-elle enfin.
Était-ce le bon moment pour lui dire?
Elena contourna le chevalet avant de venir s'asseoir à côté d'elle, directement sur le sol.
_ Pas quand cette chose m'empêche de dormir.
Iris laissa échapper un petit rire, mais il sonnait davantage nerveux que amusé.
_ Est ce que tu sais au moins où il est en ce moment? Demanda soudainement Elena.
Le sourire d'Iris disparut aussitôt. Elle posa finalement son pinceau dans le verre d'eau posé à côté d'elle. Le sujet qu'elle redoutait venait encore d'être lancé.
_ Tu ne peux pas continuer à faire comme s'il ne se passait rien, gronda sa sœur en se levant pour se mettre devant elle. Reconnais-le Iris... il est en train de se détruire, tu le sais parfaitement.
Si elle savait...
Iris ferma les yeux quelques secondes, cherchant une réponse qui éviterait une nouvelle dispute. Mais peu importe ce qu'elle dirait, elle finirait encore par défendre leur père.
Comme toujours, c'était instinctif.
Au final elle mordit sa lèvre inférieure et laissa sortir ce mensonge.
_ Tu te trompes. Il n'est pas sorti aujourd'hui. Menti - elle.
«_ Je te promets d'arranger ça Iris, je t'en prit fais moi confiance!»
Ce sont les derniers mots que son père lui avait dits avant de claquer la porte derrière lui ce matin, la laissant dans le brouillard le plus total.
Iris se leva et fit mine de s'occuper en déplaçant son tableau pour le faire sécher. Derrière elle, elle sentait le regard d'Elena peser lourdement sur ses épaules, elle essayait de savoir si elle disait vrai ou non. Elle ne savait pas si elle la croyait ou non, mais le soupir qu'elle l'entendit sortir lui donnait une idée. Elle se retourna pour la confronter. Après quelques secondes a se regarder dans le blanc des yeux Elena s'exclama.
_ Tout ce que je fais c'est pour ton bien, Iris. J'aimerais qu'on arrête de se disputer à chaque fois qu'on parle de lui.
_ Pour ça, il faudrait que tu me fasses confiance. Je sais qu'il va changer. Tu n'es plus à la maison, tu ne peux pas remarquer ses petits efforts.
Elle n'en était plus aussi sûr, malheureusement.
Iris ignorait si elle essayait de convaincre sa sœur... ou elle-même.
Iris entrouvrit les lèvres... avant de renoncer.
Elena ne répondit pas. Alors Iris en profita pour s'éclipser dans la salle de bain afin de laver ses mains tachées de peinture. Elle releva lentement les yeux vers son reflet dans le miroir. Pendant un instant elle se força à sourire.
Courageuse.
Voilà ce qu'elle essayait d'être depuis cinq ans.
Depuis la mort de sa mère, son père avait sombré avec une violence qu'elle n'aurait jamais imaginée. Et Iris se demandait parfois combien de temps elle pourrait encore se battre pour retrouver l'homme qu'il était autrefois.
Parce qu'au fond...
Le père qu'elle connaissait était mort le même jour que sa mère.
Oui elle l'avait perdu, car un père n'aurait jamais fait ça à sa fille.
_ Tu t'es noyée là-dedans ou quoi ? Cria Elena depuis le salon.
Iris cligna des yeux avant de sortir de sa torpeur et de revenir vers elle.
_ Tu exagères avec ce tableau. Il n'est pas flippant.
_ Iris...
_ L'atmosphère est froide, d'accord, mais ça ne fait pas peur. Et puis il serait parfait dans le couloir.
Elena croisa ses bras sous sa poitrine et pencha la tête pour scruter Iris, la regardant comme si elle s'exprimait en gaulois.
_ S'il te plaît, je suis encore en train de digérer. Ne commence pas à me parler dans la langue des peintres. Je n'y connais peut-être rien en art, mais je sais reconnaître quelque chose de glauque quand j'en vois une.
Cette fois, Iris éclata réellement de rire..
_ Il est tard, je vais rentrer maintenant, déclara-t-elle.
_ Si tard? Je pensais que tu resterais dormir ici.
Bien sûr qu'Iris voulait rester.
Mais elle ne voulait plus fuir la réalité qui l'attendait depuis ce matin. Elle avait déjà passé la majorité de la journée chez sa sœur. Il était temps de rentrer et d'affronter les problèmes qui l'attendaient.
Du haut de ses vingt-trois ans, elle était capable de gérer ses problèmes seule. Du moins, c'est ce qu'elle essayait de croire.
Ainsi elle prit la décision de ne rien dire a sœur.
_ Pas ce soir malheureusement, répondit-elle. Noah et moi avons réussi à nous trouver une place dans une exposition importante et j'ai encore plusieurs tableaux à terminer.
Le regard d'Elena changea immédiatement à l'évocation de ce prénom. Elle pouvait déjà sentir la remarque arriver.
_ Noah Rivera, le chevalier servant... se moqua Elena. Quand est-ce que tu vas enfin lui laisser une chance?
Iris grimaça.
Cette conversation revenait tellement souvent qu'elle connaissait déjà chacune de ses réponses.
_ Elena, s'agaça Iris.
_ C'est bon, j'ai compris, mais reconnais tout de même qu'il est belle homme.
_ Peut-être, mais je n'ai pas envie d'avoir un petit ami ou nos seule sujet de conversation se baserait sur lui, lui et...lui!
Iris ouvrit la porte de l'appartement et c'est sans grande surprise qu'elle le trouva vide. Elle jeta un regard sur des bouteilles vides qui traînaient encore sur la table basse. Elle essuya rapidement la larme qui avait glissé avant même qu'elle ne s'en rende compte, son père continuait de s'enfoncer lui-même vers le bas malgré tous ses efforts. Même le départ de sa sœur de la maison n'a pas été suffisant afin de provoquer une réaction de sa part. Et maintenant elle devenait victime de son affliction.
Iris posa son sac sur le canapé avant de s'y allonger en boule. Elle ne prit même pas la peine de regarder son téléphone. Elle savait déjà qu'il n'avait répondu à aucun de ses messages.
Allait -il réellement arranger les choses?
À sa grande surprise, du bruit se faisait entendre au fond de l'appartement. Au bout de quelques secondes son père apparut dans le couloir. Celui-ci s'avançait d'une démarche titubante et elle comprit qu'il était temps de lâcher prise. Si le départ d'Elena ne l'avait pas aidé, elle espérait que son départ allait y faire quelque chose.
Iris ragea cette décision de côté, car il y avait un problème plus urgent.
_ Iris...
Il prononçait son prénom difficilement, la voix lourde d'alcool.
Plus il s'approchait, plus l'odeur lui donnait la nausée.
_ Iris... j'ai essayé... j'ai vraiment essayé...
Iris ferma les yeux comme pour accepter le châtiment, mais il en n'était rien, hors de question.
Voilà ce qu'elle récoltait à force de vouloir sauver quelqu'un qui refusait lui-même de l'être.
Elle contourna lentement le canapé avant de venir se placer face à lui.
Ses yeux étaient gonflés. Elle ignorait si c'était l'alcool ou s'il avait vraiment pleuré.
Mais le mal était déjà fait
_ Comment ça, tu a «essayé»? Papa... j'attends encore que tu me dises que tout ce que tu m'a annoncé ce matin n'était qu'une simple et pure blague de mauvais goût.
Gabriel passa ses mains tremblantes sur son visage avant de baisser la tête, rongé par le remords.
_ Je t'en prie, Iris... tu dois me croire. J'ai fait tout mon possible. Mais cet homme... c'est comme s'il n'avait jamais existé.
Iris fronça lentement les sourcils.
_ Tu es en train de me dire... que je suis mariée à un fantôme ?








