Le contrat du 7e étage

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Summary

Elle doit l'interviewer. Il veut la dominer. Et elle ne sait pas encore que c'est le même homme. Lucy vient de quitter son copain parce qu'elle n'arrive plus à jouir sans imaginer des cordes autour de ses poignets. Elle veut essayer le BDSM, elle cherche un dom, elle tourne en rond. Un samedi matin, dans un café, elle croise un inconnu. Beau. Gris. Des mains d'artiste. Il lui montre par erreur ses photos : des femmes attachées, offertes, en extase. Lucy est fascinée. Il lui tend un flyer. « J'espère t'y voir. » Ce qu'elle ne sait pas encore ? C'est le photographe qu'elle doit interviewer lundi pour son magazine. Elle va devoir poser des questions pro à l'homme qui a vu son string trempé. Lui, il va la regarder droit dans les yeux et sourire. Parce qu'il sait. Et parce qu'au club, il compte bien la retrouver. À genoux.

Genre
Erotica
Author
~ L ~
Status
Complete
Chapters
20
Rating
4.7 7 reviews
Age Rating
18+

Chapitre 1 - Sous son regard gris

Point de vue Lucy

Ok putain pour faire court : je viens de quitter mon copain. Y a deux semaines. Non, pas parce qu’il m’a trompé.

Mais parce que je ressens plus rien pour lui. Non ! Pas en amour, il est adorable mais je sais pas... J’étais pas excitée quand on faisait l’amour. J’ai longtemps cru avoir un problème. Et pourtant, dès que je regardais un porno avec des salauds qui se faisaient attacher, je mouillais comme une dingue.

Mais je me disais que j’étais complètement folle. Ça faisait un an que notre couple n’était plus comme avant. Alors on s’est quitté – ou plutôtjel’ai quitté. Et bizarrement, je me sens grave bien !

Depuis, j’ai fait des recherches. Pas mal. Beaucoup, même. Des nuits entières à lire des blogs, des témoignages, des glossaires. Le bondage, le shibari, le soft dom, le rigging...

Des mots que je connaissais pas avant. Des mots qui me faisaient bizarre au début. Maintenant, je les répète dans ma tête comme une litanie. Je pense que – ou plutôt je veux essayer le BDSM. Surtout le bondage. Mais qu’importe, en vrai. Je veux justesavoir. Sentir. Être attachée et plus avoir le contrôle, pour une fois. Me dire que quelqu’un d’autre décide. Ça me terrifie et ça m’excite en même temps.

Mais voilà. Deux semaines que je tourne en rond. Sans savoir où aller, ni qui contacter. Les applis ? J’en ai téléchargé une. Je l’ai ouverte trois fois. J’ai regardé les profils, j’ai commencé à écrire un message, j’ai tout effacé. Les clubs ? J’ose pas y aller seule. Et si je tombe sur des tarés ? Et si je me fais mal ?

Bref.

On est samedi matin. Je me suis levée tard, j’ai traîné au lit à regarder le plafond, j’ai pensé à lui – mon ex – et j’ai rien ressenti. C’est bon, ça veut dire que c’est la bonne décision. Je suis d’humeur à aller prendre un café. Pas chez moi. Pas au Starbucks de merde à côté de mon taf. Un vrai café. Celui du coin, rue des Martyrs, là où les serveuses te disent bonjour et où les croissants sont encore chauds.

J’enfile un jean, un pull large, pas de maquillage. J’attache mes cheveux en chignon vite fait. Je ressemble à rien mais j’en ai rien à foutre. Je prends mon sac, mon ordinateur, au cas où, et je sors.

Dehors il fait frais. Un samedi matin calme. Les gens font leurs courses, promènent leur chien, traînent en terrasse. Moi j’ai qu’une envie : mon café, mon coin, et mes recherches.

J’entre. Le café est petit. Et il est plein. Toutes les tables sont prises. Et là – je vois une place libre. Table pour deux, contre la fenêtre. Y a un type, déjà installé. Il travaille sur son ordinateur, il a l’air concentré. Pas de veste sur la chaise d’en face. Rien. Juste son café à lui, à moitié bu. Je tente.

Je m’approche.

« Excusez-moi, puis-je m’asseoir ici ? »

Il lève la tête. Il me dévisage. Pas rapidement. Pas comme un mec pressé qui veut se débarrasser de toi. Non. Il prend son temps. Ses yeux descendent sur mon visage, s’attardent une seconde de trop sur ma bouche, puis il sourit.

Et je rougis.

Seigneur. Il est beau.

Pas beau comme un acteur. Beau comme un truc qu’on a pas le droit de toucher. La trentaine, cheveux foncés avec des mèches grises sur les tempes, la mâchoire carrée, la peau mate. Il porte une chemise blanche impeccable, manches retroussées sur des avant-bras musclés. Pas de cravate. Les deux premiers boutons ouverts. Je vois le début de son torse. Je vois aussi ses mains. Longues, fines, posées sur le clavier. Et une bague en argent à l’index droit. Il sent bon. Je sais pas comment je le sais à distance mais il sent bon.

« Je vous en prie », dit-il poliment.

Il range sa chaise, fait un petit geste de la main. Je m’assois en vitesse, presque trop vite, et je sens mes joues encore chaudes. Je pose mon sac par terre, je sors mon ordinateur, je le calle sur la table en bois ciré. Lui, il a déjà repris son travail. Il regarde son écran avec une intensité que je trouve presque intimidante. Il tape. Lentement. Comme s’il pesait chaque mot.

Je commande un expresso à la serveuse qui passe. Elle arrive, la petite tasse fume. Je la prends, je bois une gorgée. Amer. Chaud. Parfait. Je pose la tasse, j’ouvre mon navigateur, et je me remets à chercher.

Un dom. Juste un dom. Quelque chose de léger. Enfin, c’est compliqué.

Je rouvre l’appli. Celle au logo noir. Je scrolle. Les profils défilent. Maître_Noir, 52 ans, “recherche esclave totale”. DarkSoul, 47 ans, “discipline stricte uniquement”. SirJames, 38 ans, photo floue, pas de bio. Je swipe gauche, gauche, gauche. Y a un mec sympa, peut-être. « Dom débutant cherche partenaire patiente ». Je clique. Sa photo : un jardin, un chien, un sourire gentil. Mais je sais pas. Il me plaît pas. J’ai envie d’un truc plus... plus lui.

Mes pensées dérivent vers le type d’en face. J’imagine ses mains. Ses doigts longs. La bague. J’imagine qu’il attache. Qu’il commande. Je me sens conne.

Je passe une heure à chercher.

Je dois faire une tête à crever.

Je soupire. Un soupir long, profond, un peu théâtral. La vieille dame qui tricote à côté me jette un coup d’œil. Je m’en fous.

Et là...

L’homme en face lève les yeux de son écran.

Enfin.

Il me regarde. Il pose ses yeux sur moi comme on pose une main sur une nuque. Avec lenteur. Avec poids. Il prend mon visage fatigué, mes yeux cernés, ma bouche un peu ouverte. Il ne sourit pas tout de suite. Il observe.

« Vous allez bien ? »

Sa voix. Putain, sa voix. Grave, chaude, calme. Une voix qui pourrait donner des ordres sans jamais s’énerver. Je frissonne. Vraiment. Un petit frisson que j’essaye de cacher en me redressant trop vite.

Je rougis. Mes joues deviennent brûlantes. Mes oreilles aussi. Pourquoi je rougis ? Il a rien dit de spécial. Il a demandé si j’allais bien, c’est tout. Mais c’est lui. C’est sa manière de dire les mots, comme s’ils avaient un double sens.

« Oui... c’est juste... »

Mes mots s’étouffent dans ma gorge. Je tourne mon visage vers mon écran éteint. Je peux pas lui dire. Je vais pas lui dire que je cherche un dom. La honteeeee. Enfin... pas vraiment la honte. C’est plus compliqué que ça. C’est l’intimité. C’est ce truc que je garde pour moi, mes nuits, mon corps, mes doigts qui tremblent quand j’imagine des menottes. On dit pas ça à un inconnu dans un café.

Mais lui, il attend. Il a haussé un sourcil. Curieux. Pas pressant. Juste... présent.

« Vous faites quoi ? » je relance, la voix un peu rauque.

Il tourne doucement son ordinateur vers moi. Pas entièrement. Un angle. Une invitation.

« Je regarde des photos que j’ai prises », dit-il.

Ses doigts. Il a pianoté sur le clavier juste avant. Des doigts longs, secs, précis. Des doigts d’artiste ou de chirurgien. La bague en argent brille sous la lumière du café. J’imagine ces doigts tenant un appareil photo. J’imagine ces doigts fermant des sangles. J’imagine ces doigts sur ma peau, traçant des lignes invisibles.

Je sens une chaleur entre mes cuisses. Une chaleur familière. Celle qui précède les mauvaises décisions.

« Oh, vous êtes photographe ? »

« Oui , je bosse avec des magasines pour des photos de nature »

Il dit ça en baissant les yeux une seconde, comme s’il se souvenait de quelque chose. Ses cils sont longs.

« Je peux voir ? »

Ma question sort plus basse que prévue. Presque un murmure. Presseante. Je me penche vers lui, instinctivement, mes seins frôlent le bord de la table.

Il semble paniquer un peu. Ses doigts pianotent très vite sur son ordi. Plus vite que tout à l’heure. Il clique à gauche, à droite, ferme un truc, ouvre un autre.

Il retourne l’ordinateur.

Je regarde. Oh, c’est des belles photos de la nature. Des arbres morts dans le brouillard. Un lac gelé au lever du soleil. Une feuille qui brûle.

Je ne sais pas pourquoi j’appuie sur la photo. Tout doucement. Du bout de l’index. À peine une pression.

Je ne pensais pas que son ordi était tactile.

Seigneur.

L’onglet se ferme. Un autre. Celui qui était caché derrière. L’écran bascule. Un document Word est ouvert en arrière-plan.

Et je vois.

Des femmes. En lingerie légère. Attachées. Dans toutes sortes de positions.

La première est à genoux, les poignets liés dans le dos, la tête renversée, la bouche entrouverte. Elle porte un body en dentelle noire, presque transparent, ses seins pointent à travers le tissu, ses mamelons sont durs. Des cordes rouges entourent ses cuisses, descendent jusqu’à ses chevilles. Son visage... son visage est en extase. Les yeux mi-clos, les joues roses, la respiration visiblement courte. On dirait qu’elle va jouir. Ou qu’elle vient de jouir.

La deuxième est allongée sur le ventre, les bras écartés en croix, attachée à un lit. Son dos est nu, sa nuque offerte, ses fesses rondes relevées par un coussin. Quelqu’un a écrit des mots sur sa peau à l’encre noire. Je ne vois pas lesquels. Mais j’imagine. “À moi”. “Soumise”. Son prénom, peut-être.

La troisième... la troisième me regarde droit dans l’objectif. Ses poignets sont attachés au-dessus de sa tête, son corps est tendu comme un arc, ses jambes sont liées écartées, et elle sourit. Elle sourit comme si c’était l’endroit le plus sûr du monde. Sa lingerie est blanche, presque virginale, mais ses tétons pointent à travers la soie. La lumière vient d’en haut, chaude, dorée, elle baigne ses hanches, son ventre, l’ombre entre ses cuisses.

Mon visage passe de la surprise à l’appréciation.

Mes lèvres s’entrouvrent. Mes narines se pincèrent. Ma respiration s’accélère. Je sens mes propres mamelons se durcir sous mon pull. Mon string devient collant. Une pulsation sourde, régulière, insiste entre mes jambes.

« Je les trouve magnifiques », dis-je.

Ma voix n’est plus la même. Elle est devenue rauque, presque intime, comme si j’étais seule dans ma chambre la nuit. Mon regard ne quitte pas l’écran. Je ne peux pas le quitter. Ces femmes... elles sont belles, oui. Mais ce n’est pas que ça. Elles sont libres. Libres d’être attachées. Libres de s’abandonner. Elles ont fait confiance à celui qui tient l’appareil. À lui.

Je relève les yeux vers lui sans m’en rendre compte.

Il me regarde.

Vraiment.

Ses yeux gris sont fixes, intenses, comme s’il lisait en moi. Sa bouche n’est plus neutre. Il a les lèvres légèrement entrouvertes. Sa pomme d’Adam bouge quand il avale sa salive. Ses doigts – ses longs doigts – sont posés à plat sur la table, immobiles. L’index droit frémit. Juste un tout petit peu.

Il reprend son ordinateur. D’un geste lent, calculé, presque théâtral. Il ferme le document Word sans un bruit. L’écran redevient sombre.

Oh non.

Putain.

Il va voir que je sais qu’il prend des photos de femmes.

Il va réaliser que j’ai vu.

PUTAIN.

Il me regarde. Ses yeux plissés. Sa tête penchée sur le côté. Il réfléchit. Je le vois réfléchir. Son regard va de mon visage rougi à la table, de la table à ma main posée près de la sienne, de ma main à ma poitrine qui se soulève trop vite. Il assemble les morceaux. Il comprend que j’ai vu. Que j’ai aimé. Que je suis encore là, à le regarder, à respirer trop fort, à mouiller mon string comme une collégienne.

Et puis il rigole.

Pas un grand rire. Pas un rire méchant. Un rire grave, discret, presque intérieur. Ses yeux brillent. Sa bouche s’étire en un sourire que je ne sais pas déchiffrer – un sourire de connivence, de découverte, d’amusement. Il pose ses deux coudes sur la table, il se penche légèrement vers moi, et son parfum m’arrive enfin. Cuir. Bois. Un peu de sueur propre. Quelque chose d’animal.

Il me regarde droit dans les yeux.

Et je panique.

Merde. Faut que je fuis.