Chapter 1
Il y a mille ans, le continent d’Elythera ne formait qu’un seul royaume.
Les peuples de l’Ombre, de l’Eau, de la Terre, de la Lumière et du Feu vivaient ensemble sous un même ciel.
Mais tout changea lors de la Grand Fracture.
Une guerre si terrible qu’elle déchira le continent en cinq royaumes distincts.
Depuis ce jour, une prophétie traverse les siècles.
“Quand les cinq royaumes seront menacés par les ténèbres, un enfant portant l’Équilibre Primordial naîtra. Il réunira Elythera… ou causera sa destruction.”
Pendant mille ans, personne ne crut réellement à cette prophétie.
Jusqu’à aujourd’hui.
Dans un petit village isolé de Terragaïa vivait un garçon nommé Kairo Voltarist.
Les habitants ne l’appelaient jamais par son prénom.
Pour eux, il n’était que :
“L’Enfant Sans Pouvoir.”
Dans un monde où chaque personne possédait un élément, Voltarist n’avait montré aucun signe de magie.
Les autres enfants se moquaient de lui.
Les adultes le regardaient avec mépris.
Même sa famille adoptive le considérait comme un fardeau.
Ce matin-là, Voltarist transportait des pierres sous un soleil brûlant.
Ses mains étaient couvertes de blessures.
“Plus vite !” cria son père adoptif.
Voltarist baissa la tête et continua.
Mais au fond de lui, une seule pensée revenait sans cesse.
Où sont mes vrais parents ?
Depuis aussi loin qu’il s’en souvienne, il rêvait d’eux.
Il ignorait leurs visages.
Ignorait leurs noms.
Mais il était certain d’une chose.
Ils étaient quelque part.
Et un jour, il les retrouverait.
Sans le savoir, ce jour approchait.
Très bientôt, le destin d’Elythera tout entière allait commencer à se réveiller.
Quinze ans plus tard…
Le soleil se levait sur le village de pierre de Terragaïa.
Voltarist transportait des blocs de roche sous le regard des habitants.
— Hé, Voltarist ! Plus vite ! cria un villageois.
— Je fais de mon mieux…
— Ton mieux ? Même un enfant de dix ans maîtrise déjà la Terre. Toi, tu n’as toujours rien.
Des rires éclatèrent autour de lui.
Voltarist serra les dents mais continua à avancer.
Soudain, une voix inconnue retentit derrière la foule.
— Voilà donc comment vous traitez un enfant ?
Les villageois se retournèrent.
Un vieil homme vêtu d’un long manteau blanc avançait lentement à l’aide d’un bâton.
— Qui êtes-vous ? demanda un villageois.
— Un voyageur.
Son regard se posa sur Voltarist.
Pendant quelques secondes, il resta silencieux.
Comme s’il observait quelque chose que personne d’autre ne pouvait voir.
— Toi… Comment t’appelles-tu ?
— Kairo Voltarist.
— Voltarist, alors.
Le vieil homme sourit légèrement.
— Tu portes un nom étrange pour quelqu’un que l’on prétend sans pouvoir.
— Vous aussi vous êtes venu vous moquer de moi ?
— Non.
Voltarist leva les yeux.
C’était la première fois qu’un étranger lui répondait ainsi.
— Dis-moi, Voltarist… As-tu déjà eu l’impression que quelque chose dormait à l’intérieur de toi ?
— Je ne comprends pas.
— Un pouvoir. Une présence. Quelque chose qui attend son heure.
— Si j’avais un pouvoir, tout le monde le saurait déjà.
Le vieil homme éclata de rire.
— Non, jeune Voltarist. Les plus grands pouvoirs sont souvent ceux qui prennent le plus de temps à se réveiller.
— Qui êtes-vous exactement ?
— Aether Valen.
— Pourquoi me parlez-vous ?
Aether regarda le ciel.
— Parce que j’ai voyagé à travers les cinq royaumes.
Puis il fixa Voltarist droit dans les yeux.
— Et pourtant, je n’ai jamais rencontré quelqu’un comme toi.
Le cœur de Voltarist s’accéléra.
Pour la première fois de sa vie…
Quelqu’un semblait croire en lui.
Le silence s’installa quelques secondes.
Voltarist ne quittait pas le vieil homme des yeux.
— Vous me connaissez ?
— Non.
— Alors pourquoi dites-vous ça ?
Aether sourit.
— Parce que tes yeux racontent une histoire différente de celle que ce village raconte sur toi.
Les villageois échangèrent des regards agacés.
— Ne l’écoutez pas, vieil homme, lança l’un d’eux. Ce garçon est inutile.
— Inutile ? répéta Aether.
Son regard se posa sur l’homme.
— Dites-moi… combien de fois a-t-il porté vos pierres ?
L’homme resta silencieux.
— Combien de fois a-t-il réparé vos maisons ?
Personne ne répondit.
— Combien de fois a-t-il travaillé pendant que vos propres enfants jouaient ?
Le village entier se tut.
Voltarist baissa la tête.
Personne ne l’avait jamais défendu auparavant.
Jamais.
Aether s’approcha.
— Viens marcher avec moi.
— Moi ?
— Oui, toi.
— J’ai encore du travail.
— Le travail sera toujours là demain.
Voltarist hésita.
Puis il posa la pierre qu’il transportait.
Son père adoptif sortit aussitôt de la foule.
— Où crois-tu aller ?
— Je…
— Retourne travailler !
Aether s’interposa calmement.
— Laissez-le respirer un instant.
— Ça ne vous regarde pas !
Le vieil homme ne répondit pas.
Son regard devint soudain plus sérieux.
L’homme recula d’un pas sans comprendre pourquoi.
Comme si une pression invisible pesait sur ses épaules.
— Voltarist.
— Oui ?
— Viens.
Cette fois, le garçon le suivit.
Ils quittèrent le village et empruntèrent un sentier menant aux falaises de Terragaïa.
Le vent soufflait entre les immenses montagnes.
Après plusieurs minutes de marche, Aether s’arrêta au bord d’un précipice.
— Regarde.
Voltarist leva les yeux.
Pour la première fois, il apercevait l’immensité du royaume.
Des chaînes de montagnes s’étendaient jusqu’à l’horizon.
— C’est…
— Grand ?
— Oui.
— Et pourtant, Terragaïa n’est qu’un des cinq royaumes.
Les yeux de Voltarist s’agrandirent.
— Vous avez vraiment vu les autres ?
— Tous.
— Luméria aussi ?
— Oui.
— Aqualis ?
— Oui.
— Même Nocthara ?
Aether sourit.
— Même Nocthara.
Voltarist sentit son cœur battre plus vite.
Depuis toujours, il rêvait de voir le monde au-delà du village.
— Alors dites-moi…
Sa voix trembla légèrement.
— Avez-vous déjà vu mes parents ?
Aether resta silencieux.
Le sourire disparut de son visage.
— Non.
Voltarist baissa les yeux.
Encore une fois.
Toujours la même réponse.
Non.
Mais Aether posa une main sur son épaule.
— Je ne les ai jamais rencontrés.
Puis il ajouta :
— Mais je sais une chose.
— Laquelle ?
— Ils ne t’ont pas abandonné parce qu’ils ne t’aimaient pas.
Voltarist releva brusquement la tête.
— Comment pouvez-vous le savoir ?
— Parce que certaines séparations ne sont pas un choix.
Le garçon resta figé.
Pour la première fois de sa vie…
Une petite étincelle d’espoir venait de naître dans son cœur.
Mais soudain…
CRAAAAK !
Un bruit immense retentit dans la montagne.
Les oiseaux s’envolèrent dans toutes les directions.
Aether se retourna instantanément.
Son visage venait de changer.
— Recule, Voltarist.
— Qu’est-ce qui se passe ?
Le vieil homme observait la forêt au loin.
Quelque chose approchait.
Quelque chose d’anormal.
Et quelques secondes plus tard…
Deux yeux rouges apparurent dans l’obscurité.








