Chapitre 1
PDV Tamaki
Deux jours s’étaient écoulés depuis notre mission pour sauver la petite Eri des griffes d’Overhaul. Deux jours seulement... et pourtant, j’avais l’impression qu’une éternité s’était abattue sur nous. Beaucoup d’entre nous avaient été transportés à l’hôpital, certains dans un état critique. Sir Nighteye avait été emmené d’urgence, mais malgré tous les efforts des médecins, il avait succombé à ses blessures. Sa mort planait encore dans les couloirs comme une ombre froide et silencieuse.
Mirio... lui aussi avait été blessé. Pas seulement physiquement. Il avait perdu son alter. Perdu une partie de lui-même. Je ne l’avais vu qu’une seule fois depuis la fin de la mission, juste après que Sir Nighteye ait rendu son dernier souffle. Cette scène me hante encore. Mon soleil, celui qui illuminait tout autour de lui, s’était effondré devant moi, brisé, hurlant de douleur et de chagrin. Je n’avais jamais entendu un son aussi déchirant. Mon cœur s’était fissuré, puis brisé net. Voir Mirio souffrir... c’était insupportable.
Lui qui souriait toujours, lui qui trouvait toujours un mot pour encourager les autres, lui qui portait la lumière même dans les moments les plus sombres... il s’était écroulé dans mes bras, en larmes. De vraies larmes, lourdes, incontrôlables. Je l’avais tenu contre moi, incapable de faire autre chose que de le serrer, de murmurer des mots maladroits, de passer ma main dans ses cheveux pour tenter de calmer la tempête qui le ravageait. Il n’avait cessé de pleurer que le lendemain, après s’être endormi contre moi, épuisé par la douleur. Je n’avais pas bougé de la nuit, de peur de le réveiller, de peur qu’il retombe dans ce gouffre.
Eri, elle, était toujours sous surveillance constante. Les infirmiers se relayaient pour veiller sur elle, et Aizawa-sensei, alias EraserHead, restait souvent à ses côtés pour l’aider à stabiliser son alter. La petite semblait perdue, fragile, comme un oisillon tombé du nid. Mais elle était en sécurité maintenant. Et quelque part, savoir cela me donnait un peu de force.
On avait tout donné pour sauver cette petite. Les héros professionnels, les élèves de seconde A — Izuku, Kirishima, Ochako... Mirio. Tous avaient risqué leur vie sans hésiter. Et moi ? Moi, je n’arrivais pas à me convaincre que j’avais servi à quelque chose. J’avais l’impression d’avoir été inutile. Incapable de protéger mon soleil. Incapable de faire la moindre différence. Cette pensée me rongeait, encore et encore, comme une lame froide plantée dans ma poitrine.
EraserHead avait beau me répéter que mon intervention avait été décisive, que sans moi ils n’auraient peut-être jamais eu le temps d’atteindre Eri... je n’arrivais pas à le croire. Comment un être aussi faible que moi aurait-il pu être utile ? Comment un Omega, dans un monde où la force est tout, aurait-il pu changer quoi que ce soit ?
Être un Omega dans le milieu héroïque, c’est porter une étiquette invisible mais lourde. Une faiblesse potentielle. Une vulnérabilité que les vilains n’hésiteraient pas à exploiter. La plupart d’entre eux sont des Alphas, puissants, agressifs, capables de submerger un Omega d’un simple déferlement de phéromones. Il suffirait d’un instant, d’un relâchement, d’une chaleur imprévue... même si je prends des suppresseurs pour les bloquer, la peur reste là . Tapie au fond de moi.
Je comprends pourquoi les gens nous voient comme des maillons faibles. Je comprends, mais ça ne rend pas les choses plus faciles. Ça ne fait qu’alimenter cette voix dans ma tête qui me répète que je ne suis pas fait pour ce monde, que je ne suis qu’un poids mort que les autres doivent traîner.
Et pourtant... malgré tout ça, malgré mes doutes, malgré ma nature... j’étais là . J’avais agi. J’avais fait quelque chose. Mais chaque fois que j’essaie de m’en convaincre, l’image de Mirio s’effondrant dans mes bras revient me hanter. Son cri, sa douleur, sa lumière brisée. Et je me dis que si j’avais été plus fort, plus rapide, plus digne... peut-être que les choses auraient été différentes.
Peut-être que je n’aurais pas laissé mon soleil tomber.
J’allais replonger dans mes pensées, prêt à me laisser happer une nouvelle fois par ce tourbillon de culpabilité et de doutes, lorsqu’on frappa doucement à la porte de ma chambre d’hôpital. Le son me fit sursauter. Pendant un instant, je restai immobile, comme si mon esprit avait du mal à revenir au présent.
Ça doit être Nejire. Elle m’avait dit qu’elle passerait aujourd’hui pour prendre de mes nouvelles. Elle tient toujours ses promesses.
Tamaki :u-une minute...!
Je réalisai seulement à ce moment-là que je n’avais même pas fini d’enfiler mon tee-shirt. J’étais tellement perdu dans mes pensées que j’avais laissé le tissu à moitié passé, comme un idiot. Je l’enfilai en vitesse, les doigts un peu tremblants, puis me dirigeai vers la porte.
Quand je l’ouvris, je tombai sur Nejire, ma meilleure amie, debout sur le pas de la porte. Elle tenait une petite fleur entre ses doigts, une couleur douce, presque pastel, qui contrastait avec la blancheur froide de l’hôpital. Son sourire était léger, tendre, un sourire qui cherchait à rassurer sans brusquer. Rien qu’en la voyant, une partie de la tension dans ma poitrine se relâcha.
Nejire :Hey, Tamaki... ça va ? Ça fait deux jours qu’on s’est pas vus maintenant. Tu vas un peu mieux ?
Sa voix était douce, mais je pouvais sentir l’inquiétude derrière. Elle entra dans la chambre dès que je me décalai pour lui laisser le passage. Elle ne perdit pas de temps à observer l’état de la pièce, ni mon visage encore marqué par la fatigue et les nuits trop courtes. Elle posa la fleur sur la petite table près du lit, comme pour y déposer un peu de chaleur dans cet endroit impersonnel.
Tamaki :J’ai juste envie de rentrer chez moi...
Les mots m’avaient échappé dans un souffle, presque inaudibles. Je ne savais même pas si je les pensais vraiment ou si c’était juste ma manière de fuir, encore une fois.
Nejire retint un petit ricanement, pas moqueur, juste... tendre. Elle venait de remplir un petit vase d’eau qu’elle avait trouvé sur la table, y déposant la fleur qu’elle avait apportée. Le geste était simple, mais il apportait un peu de couleur dans cette chambre trop blanche, trop froide.
Nejire :Quoi qu’il se passe, où que tu sois, tu veux toujours rentrer chez toi, Tamaki.
Sa voix était douce. Beaucoup plus douce que d’habitude. Elle a toujours été gentille, lumineuse, mais là ... c’était différent. Comme si elle avait peur de me brusquer, peur que je me brise encore un peu plus.
Je ne trouvai rien à répondre. Les mots restaient coincés dans ma gorge, lourds, inutiles. Alors, comme souvent, je me réfugiai dans le silence. Je me dirigeai vers un coin de la chambre, celui où la lumière était la plus faible, et je m’y laissai glisser. Je posai mon front contre le mur froid, espérant que ce contact glacé calmerait un peu le chaos dans ma tête.
Je sentais le regard de Nejire sur moi. Pas insistant, pas intrusif. Juste... inquiet. Elle me connaissait trop bien. Elle savait que lorsque je me repliais comme ça, c’était que quelque chose n’allait vraiment pas.
Le mur était dur, froid, immobile. Tout ce que je n’étais pas. Moi, j’étais tremblant, instable, rempli de doutes. Et plus j’essayais de respirer calmement, plus la culpabilité me serrait la poitrine.
J’avais envie de rentrer chez moi, oui. Mais ce que je voulais vraiment... c’était disparaître un instant. Ne plus penser. Ne plus sentir. Ne plus me rappeler le cri de Mirio, son corps effondré dans mes bras, sa lumière brisée.
Et surtout... ne plus entendre cette voix dans ma tête qui me répétait que j’avais échoué.
Elle s’approcha de moi sans un bruit, puis s’assit simplement par terre, juste derrière moi. Elle ne me toucha pas tout de suite, Nejire savait que parfois, le moindre contact pouvait me faire sursauter. Elle attendait toujours que je respire un peu avant de franchir cette distance.
Nejire :Tu ne penses pas que tu devrais aller voir Mirio ? Je suis sûre qu’il n’attend que toi... et ça te ferait du bien de lui parler.
Tamaki :N-Non...! Surtout pas Mirio...!
Les mots étaient sortis trop vite, trop fort, comme un réflexe de panique. Un silence lourd tomba aussitôt dans la pièce. Je fermai les yeux, cherchant à me couper du monde. Mes mains montèrent d’elles-mêmes pour couvrir mes longues oreilles, comme si j’essayais d’étouffer un bruit qui n’existait même pas. C’était ridicule... mais c’était tout ce que je trouvais pour ne pas me laisser envahir par mes pensées.
Je sentis alors un mouvement derrière moi. Lent, mesuré, presque hésitant. Les doigts de Nejire vinrent effleurer mes poignets, puis elle prit mes mains avec une douceur infinie. Elle les abaissa lentement, les ramenant le long de mon corps, comme si elle remettait chaque pièce de moi à sa place. Puis, seulement à ce moment-là , elle passa ses bras autour de mon cou et posa sa tête sur mon épaule.
Son étreinte n’était ni envahissante ni brusque. C’était un cocon. Une chaleur douce, stable, qui me donnait l’impression que je pouvais respirer un peu mieux.
Nejire :Tu sais... pendant ce combat, tu as été très courageux et très fort. Tu as retenu plusieurs types à toi seul pour nous permettre d’avancer plus vite. Tu t’es battu comme un héros, Tamaki. Mirio et moi... on a été très fiers de toi.
Sa voix vibrait contre ma peau, douce et sincère.
Ses mots me transpercèrent plus sûrement qu’une lame. Pas parce qu’ils faisaient mal... mais parce qu’ils touchaient quelque chose que j’essayais désespérément de cacher. Je sentis ma gorge se serrer. Je n’arrivais pas à comprendre comment elle pouvait dire ça. Comment elle pouvait croire ça.
Moi, un héros ? Moi, courageux ? Moi, digne de fierté ?
Je n’arrivais même pas à soutenir le regard de Mirio sans sentir mon cœur se tordre. Comment aurais-je pu être quelqu’un de fort ?
Et pourtant... dans les bras de Nejire, avec sa voix douce qui glissait dans mes oreilles, une petite part de moi, minuscule, fragile, avait envie de la croire.
Nejire resserra un peu son étreinte autour de moi, sans me forcer, juste assez pour que je sente sa présence, sa chaleur, son soutien. Sa voix, quand elle reprit, était douce mais ferme, comme si elle cherchait à me ramener sur terre sans me brusquer.
Nejire :Je sais ce que tu penses. Que l’état de Mirio est de ta faute... Mais rien de tout ça n’est vrai. Tu te battais contre d’autres adversaires, très loin de lui. Tu ne peux pas être partout en même temps, Tamaki.
Elle marqua une pause, comme si elle voulait s’assurer que j’écoutais vraiment.
Je serrai les dents. Une partie de moi voulait croire ses mots, mais l’autre... l’autre refusait de lâcher prise.
Tamaki :Mais Mirio, actuellement il—
Nejire :Il est triste, oui.
Sa voix se fit encore plus douce, presque un murmure.
Nejire:C’est normal. C’est un être humain, même s’il fait tout pour ne montrer que le positif. Il a perdu Sir Nighteye... et son alter... en se battant courageusement. Ce sont les risques du métier, Tamaki. Tu n’y es pour rien.
Je sentis ma gorge se serrer. Je voulais protester, dire que si j’avais été plus fort, plus rapide, plus... quelque chose, peut-être que Mirio n’aurait pas eu à tout sacrifier. Mais aucun son ne sortit.
Nejire glissa légèrement sa tête contre mon épaule, comme pour m’empêcher de replonger dans mes pensées sombres.
Nejire :Cependant... Tu pourrais faire un effort pour aller le voir. Pour le réconforter un peu. Je suis sûre qu’il t’attend. Et qu’il s’inquiète pour toi autant que tu t’inquiètes pour lui.
Je sentis mon cœur rater un battement. Mirio... s’inquiéter pour moi ?
Nejire :Tu lui manques énormément, Tamaki. Et en ce moment, il a besoin d’Amajiki Tamaki, son meilleur ami. Pas de Sun Eater, le héros qui s’est battu il y a deux jours pour permettre aux autres de sauver une petite fille. Elle resserra un peu son étreinte. Il a besoin de toi. Juste toi.
Ses mots résonnèrent en moi comme un écho douloureux. Moi ? Mirio aurait besoin... de moi ?
Je ne savais pas quoi répondre. Je ne savais même pas si j’en étais capable. Mais pour la première fois depuis deux jours, une minuscule étincelle de quelque chose, peut-être du courage, peut-être de l’espoir, se ralluma au fond de ma poitrine.
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