Jamais Deux Sans Trois by Cathy Woodwine at Inkitt
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Jamais deux sans trois

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Summary

Catherine pensait avoir tracé une trajectoire parfaite. Elle s'est bâti une forteresse confortable à Montréal auprès d’Ethan, son ancre et sa sécurité depuis dix ans. Mais certains liens ne se rompent jamais tout à fait. Lorsque son ex-mari, le charismatique et puissant Stephen, resurgit soudainement dans son orbite, les murs si bien structurés de son univers commencent à se fissurer. Hantée par l'emprise psychologique que Stephen exerce toujours sur elle, Catherine se laisse aspirer par une gravité incontournable. Pas à pas, sous le ciel gris de Montréal, un trio complexe et hors normes prend forme, un arrangement inédit où l'intellect, les souvenirs et les désirs inavoués s'entrechoquent. Et dans l'ombre de cette équation déjà hautement explosive, Jake, le frère de Stephen, opère en sourdine, ajoutant une tension lourde et silencieuse à ce jeu psychologique à haut risque. Pour cette femme habituée à tout analyser, la logique ne sera d'aucun secours face aux frères Murray. Protégera-t-elle la vie paisible qu'elle a tant sacrifié à construire, ou se laissera-t-elle emporter par les règles sauvages d'un jeu qu'elle n'aurait jamais cru devoir rejouer ?

Status
Ongoing
Chapters
2
Rating
n/a
Age Rating
18+

Chapitre 1

10 octobre (20h00) – Montréal

Ethan est parti en Afrique depuis des semaines déjà. La maison est trop grande, trop silencieuse. Pour tromper l’attente et essayer de comprendre le chaos de mes pensées, j’ai eu besoin d’ouvrir ce journal. Quand je regarde où j’en suis aujourd’hui, je me demande encore comment tout a commencé...

J’avais vingt-quatre ans, le cœur plein d’illusions, quand Stephen est entré dans ma vie comme une bourrasque. Il avait ce regard bleu acier, ce sourire désarmant et cette assurance folle qui donnait l’impression qu’il contrôlait déjà la fin de notre histoire. Il prétendait en avoir vingt-neuf, mais il en avait trente-quatre. Ce premier mensonge aurait dû m’alerter, mais j’étais trop occupée à tomber amoureuse.

Et puis, un jour, il m’a demandé en mariage.

C’était à l’aéroport d’Atlanta, en plein cœur du tumulte des départs, entre le brouhaha des annonces de vols et le vrombissement lointain des moteurs. Impeccable dans son uniforme de pilote, il m’a prise fermement par la main pour me conduire devant ses collègues, juste à côté de la porte d’embarquement. Là, sans prévenir, il s’est mis à genoux.

À cette époque, aucun téléphone ne filmait la scène. Juste nous deux, sous les regards curieux des passagers en transit. La bague qu’il a sortie de l’écrin était énorme, scintillante, presque indécente à force d’éclat. Il m’a regardée avec ce mélange de tendresse et de théâtralité qu’il maîtrisait à la perfection :

— “Cat, I want to keep doing crazy things with you. I want you next to me, in every airport, every city, every storm. Will you marry me?”

Sa voix de commandant portait loin. Ses collègues se sont mis à applaudir. Prise dans le vertige absolu du moment, complètement aveuglée par l’illusion, j’ai dit oui. Je ne savais pas encore que cette scène grandiose serait le premier acte d’une emprise qui ne m’extirperait jamais de ses filets.

Nous nous sommes mariés en Géorgie, sous une chaleur lourde. J’ai tout quitté, laissant Montréal derrière moi pour m’installer à Atlanta. Mais Stephen volait haut, loin et tout le temps. Son absence est rapidement devenue une constante, une ombre pesante sur les pièces vides de notre quotidien. Il partait pour des semaines, revenant avec des récits de ciel infini, comme s’il habitait une planète parallèle. Moi, je restais clouée au sol, rongée par le manque. Sans permis de travail américain, je n’avais pas d’amis, pas de repères, pas d’existence propre.

Pourtant, lorsqu’il rentrait enfin, le reste du monde s’arrêtait. Il déposait sa lourde valise dans l’entrée, m’attrapait par la taille et m’emmenait dans la chambre avec une urgence brute. Sa peau sentait encore le cockpit, le vieux cuir et le ciel froid des hautes altitudes. Nos corps se réemboîtaient dans une géométrie parfaite, faite de gestes précis et de silences brûlants. C’était physique, animal. Et je m’accrochais à cette intensité comme à la preuve irréfutable de son amour.

Mais le soufflet retombait aussi vite. La porte se refermait, et le gouffre de la solitude se rouvrait.

À bout de forces, j’ai fini par fuir à Montréal, espérant respirer. C’était mal le connaître. Stephen a toujours eu ce talent pour se rendre indispensable au moment où on veut le quitter et il m’a suivi.Il partait encore longtemps, mais heureusement, j’étais ici, entourée de ma famille. Plus tard, il a carrément changé de carrière pour devenir instructeur de vol au Québec. Une transition parfaite pour lui : il aimait enseigner, transmettre, mais surtout garder le contrôle sur ses élèves comme sur sa vie.

Nous avons ensuite vécu une année magique à Cancún, une parenthèse dorée où on a cru pouvoir tout recommencer. Mais le retour à la réalité a été brutal. Je savais au fond de moi qu’il me trompait. Stephen a fini par franchir une ligne rouge que je n’aurais jamais crue possible : il a mis enceinte sa maîtresse. Il m’a demandé le divorce, le visage impassible, avec cette froideur glaciale qu’il masquait derrière une fausse noblesse :

— “It’s the right thing to do.”

Mon grand rêve s’est brisé. Pour sauver mon amour-propre, j’ai fui le plus loin possible, au Belize, puis au Honduras, me réfugiant dans l’océan pour enseigner la plongée sous-marine. Je cherchais juste un endroit pour respirer sans étouffer.

Et puis, au milieu de mon naufrage, j’ai revu Jake.

Le frère cadet de Stephen. Je l’avais rencontré le jour de notre mariage en Géorgie, et il m’avait troublée dès le premier regard. Il était silencieux, mystérieux, possédant les mêmes yeux bleu-gris que Stephen, mais avec une présence radicalement différente, beaucoup plus brute. Ancien Navy SEAL, pilote d’hélicoptère de combat, il vivait désormais isolé en Floride, au bord d’un bayou sauvage qu’il appelait fièrement “The Beach”. Quand il m’a appelée de nulle part pour m’inviter à venir me poser chez lui, j’ai dit oui sans hésiter. Il avait toujours été écrit en filigrane dans un coin de ma tête.

Nos corps se sont unis dans une lenteur presque sacrée, d’une douceur absolue. Le lendemain, alors qu’il était déjà parti courir sur la plage, je flottais encore dans ses draps, balançant entre un apaisement total et le vertige d’un grand déséquilibre.

Nous avons vécu des jours suspendus, des nuits pleines de tendresse et de passion. Puis, la parenthèse s’est refermée et je suis rentrée à Montréal, le cœur en miettes. Mon divorce était finalisé ; Stephen s’était remarié avec cette autre Catherine, un affront suprême. Pour me raccrocher à une routine, je suis retournée à mon poste chez Santé Canada. Malgré la distance, Jake et moi avons continué de nous voir entre ses contrats sur les plateformes pétrolières.

Il a débarqué un jour au volant de son vieux Land Rover. Dès que mes yeux ont croisé les siens, j’ai su que je l’aimais éperdument. Nous sommes partis pour la Syrie. C’est là-bas que j’ai découvert qu’il parlait parfaitement arabe, et cette facette secrète me fascinait. Mais la nuit, le masque tombait. Jake se réveillait en sursaut, me serrait contre lui à m’en briser les côtes, et parlait tout seul dans cette langue étrangère. Le jour, il gardait ses démons d’Afghanistan en sourdine, mais l’obscurité finissait toujours par les libérer. Malgré tout, dans ses bras, je me sentais en sécurité, persuadée qu’il tiendrait bon pour nous deux.

Je le voyais comme un héros, un homme qui avait traversé l’enfer et savait encore offrir le calme. Avec mon hypersensibilité, je voulais apprivoiser son silence et aimer jusqu’à ses démons.

Mais la vie n’est jamais simple.

Stephen n’avait jamais vraiment disparu. Jake et moi lui cachions notre relation, nous réfugiant derrière ce confort fragile tant que personne ne posait de questions. Mais Stephen possédait un flair animal pour savoir quand j’avais un autre homme dans ma vie. Un jour, il est passé chez moi à l’improviste, ouvrant la porte avec sa clé. Il a posé son regard de pilote sur l’entrée… et il a vu.

Les bottes militaires et le vieux sac de toile kaki de Jake.

Stephen n’a pas décroché un mot. Dans ses yeux bleus, il n’y avait que cette lueur glaciale, ce mélange de blessure d’orgueil et de contrôle absolu. Il a fait demi-tour. Quelques jours plus tard, il m’a confrontée avec ce calme tranchant :

— “So it’s Jake, huh?”

Je n’ai pas eu la force de nier. Il s’est mis à rire, d’un rire court et vide :

— “Figures. He always wanted what I had. He’ll never be able to give you what you deserve.”

Ce n’était pas de la jalousie amoureuse, c’était du pur mépris. Il ne supportait pas l’idée que son cadet puisse un jour être à sa hauteur. Pour lui, je n’étais pas un choix, j’étais un territoire à défendre.

Jake a fini par lui dire, incapable de porter ce secret plus longtemps. Stephen l’avait simplement traité de jackass, lui assurant qu’il s’en fichait. Mais la réalité était tout autre. Chaque fois que Jake planifiait de monter à Montréal, Stephen débarquait chez moi la veille. Il me faisait l’amour avec une rage sourde, pour marquer sa propriété et effacer la moindre trace cellulaire de son frère. Et moi, dans mes moments de détresse, je me perdais à nouveau dans ses bras familiers, cruellement partagée entre un besoin viscéral de tendresse et la certitude de ne servir que de nourriture à son ego.

Ils se tournaient autour depuis toujours, deux pôles contraires forgés dans le même moule. Je sentais leur guerre fraternelle vibrer dans chaque silence.

Après trois ans d’une relation instable, Jake m’a annoncé qu’il partait s’installer en France pour un contrat de pilotage en haute montagne. En une seconde, j’ai compris qu’il ne voulait pas d’une vraie vie de couple avec moi. En colère et humiliée, j’ai bouclé une valise et je suis partie me réfugier chez mon oncle à Barcelone, sans lui laisser un mot.

Pendant tout mon séjour en Espagne, mon téléphone est resté muet. Le silence de Jake était total. À mon arrival à Montréal, Stephen m’attendait à l’aéroport, savourant le plaisir de m’annoncer la fin de mon histoire : Jake était déjà parti en France.

Après ce deuil, ma liaison toxique avec Stephen s’est intensifiée, rythmée par ses visites secrètes et mes week-ends de solitude. Puis un matin, un éclair de lucidité m’a sauvée. J’ai dit assez. Je me suis jetée à corps perdu dans l’escalade pour respirer à nouveau, et c’est au pied d’une paroi que j’ai rencontré Ethan.

Il avait vingt-sept ans, j’en avais trente-six. Il trimballait une maturité tranquille, un calme minéral et une force qui me fascinaient. Je le trouvais terriblement sexy. Je l’ai invité chez moi et je lui ai fait l’amour avec toute l’expérience de ma trentaine. Mais engluée dans mon passé, je continuais en secret à chercher satisfaction dans les bras de Stephen, incapable de choisir entre la lumière de l’avenir et la pénombre de mes draps clandestins.

Puis le diagnostic est tombé : cancer du col. Les traitements lourds ont commencé, redéfinissant mon corps en une zone de combat. Refusant d’imposer cette version affaiblie de moi-même à Stephen, j’ai coupé les ponts avec lui sans explication. Ethan, lui, est resté solide comme un roc, m’enveloppant d’une tendresse infinie. Dans cette paix sacrée, j’ai trouvé mon refuge.

Une fois la rémission prononcée, j’ai vu un besoin viscéral de fuir et je suis partie seule au Pérou pour me réapproprier ma force brute. À mon retour, j’ai voulu me consacrer uniquement à Ethan. Nous avons acheté une vieille bâtisse qu’il a rénovée de ses mains. Il avait pris de profondes racines, et pour la première fois, j’étais enfin amoureuse d’un homme sur que je pouvais m’appuyer.

Après dix années d’une vie commune paisible—une décennie entière de routine rassurante—, Stephen est revenu. Il avait passé ces dix ans en orbite, tissant même une camaraderie surprenante avec Ethan, une alliance silencieuse pour préserver mon équilibre. Ethan ignorait tout de mon passé avec Jake, mais Stephen savait. Il attendait que le vent tourne.

Puis un jour, il m’a annoncé son divorce et m’a balancé qu’il voulait qu’on se ré-épouse en Floride. Je ne lui ai pas donné la réponse qu’il attendait.

Mais un Murray n’abandonne jamais. Stephen a continué à m’écrire chaque jour. Des messages lourds de nostalgie, de reproches déguisés, de fausses questions. Il harcelait mon écran pour savoir ce qu’Ethan avait de plus que lui. Il me rappelait l’électricité de nos corps, comme s’il suffisait de convoquer de vieux souvenirs pour me faire plier. Comme si le désir brut pouvait effacer les cicatrices.

Épuisée par cette insistance toxique, j’ai fini par craquer. J’ai tout dit à Ethan, sans le moindre détour. Il m’a écoutée en silence, avant de me lâcher ce coup de poignard : Stephen lui en avait déjà glissé un mot lors d’une de leurs sorties. Il lui avait même souhaité “bonne chance” avec moi. Tout cela n’était qu’un vulgaire jeu entre hommes. Un échange amical de codes masculins et de territoires.

Le sol s’est dérobé sous mes pieds. Je reconnaissais ce scénario malsain pour l’avoir déjà vécu.

Chapters
1. Chapitre 1
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