Chapitre 1
Le dessin de mes rêves
Élève Le-ana
Le-ana aimait l'école. Et par-dessus tout, elle avait une imagination qu'elle rêvait de réussir à dessiner.
Quand elle regardait ses amis dessiner, cela lui semblait si facile. Un canard, un chien, la maman de sa meilleure amie en train de cuisiner… Elle voyait leurs traits, et au fond d'elle, quelque chose lui disait :moi aussi, je peux.
Mais dès qu'elle prenait le crayon, sa main faisait le contraire. Toujours le contraire. Les traits partaient dans le mauvais sens, les formes ne ressemblaient à rien. Sa tête voyait le dessin. Sa main, elle, ne l'entendait pas.
Alors Le-ana restait dans son coin. Et elle gribouillait.
Chaque matin, son père lui disait : rentre directement à la maison après l'école. La nuit tombe bien vite.
Le-ana répondait. Oui, oui papa quand ses pieds, eux, prenaient toujours le même petit détour.
À quelques pas de chez elle, un vieux monsieur tenait une librairie. Il ne vendait plus grand-chose, mais ses étagères débordaient de vieux livres. Un jour, Le-ana avait poussé sa porte à la recherche d'un livre pour apprendre à dessiner.
Sa boutique… que dire… elle ne pouvait pas vraiment se décrire. Elle se vivait. Et c'est exactement ce que la petite fille fit.
— Une vraie mine d'or. Quel endroit magique… Je suis convaincue que c'est ici que je trouverai mon livre de dessin parfait.
Rien que cette odeur inhabituelle de vieux bouquins, le désordre des étagères avec leur charme fou, le double fond de la boutique qui laissait penser qu'elle n'était pas encore au bout de ses surprises… Le meilleur semblait attendre dans l'arrière-boutique. Une vraie maison-librairie à triple dimension. Et ce jardin privé, que l'on apercevait tout au fond, envoyait ses odeurs de fleurs se mêler à celles des livres hors d'âge, dans une fanfare de lumière.
Après cette découverte émouvante, elle prit une grande respiration et entra franchement dans ce lieu sorti d'un conte fantastique.
Le vieux monsieur l'accueillit d'abord avec un sourire étonné et bienveillant.
— Que puis-je faire pour la jeune demoiselle ?
Puis il lui tendit un biscuit, sorti d'une vieille boîte métallique tellement ancienne qu'elle ressemblait à un trésor échappé d'une histoire d'Égypte antique.
Le-ana tendit aussitôt les mains, sans détourner son regard des merveilles qui l'entouraient. Puis, après un moment, elle finit par lui dire qu'elle cherchait un livre de dessin.
Au fil du temps, leur relation devint amicale. À chaque passage de Le-ana, un rituel s'était installé. Il lui ouvrait sa pièce préférée, celle où elle pouvait plonger dans les livres pour nourrir son imagination — et ses rêves de dessins.
Là, Le-ana oubliait tout. Elle tournait les pages, étudiait chaque dessin, le retournait dans tous les sens. Comment avaient-ils fait ça ? Ce trait-là, cette forme-là ?
C'était toujours le vieux monsieur qui la ramenait à la réalité.
— Il faut rentrer, lui disait-il avec tendresse. Tes parents t'attendent. Je garde tous tes livres de côté pour demain. Allez, vas-y — j'ai mes canards à nourrir, moi !
Le-ana attrapait son cartable et repartait en courant, le cœur un peu plus léger.
À la maison, ses parents fronçaient les sourcils.
— Où étais-tu ?
La maman frottait avec force un verre qui n'avait plus besoin d'être essuyé. Le-ana baissa lourdement la tête.
— Je me suis arrêtée chez le vieux monsieur… pour mes devoirs.
Elle n'osait pas dire la vraie raison. Même si mentir lui donnait mal au ventre, ce qu'elle faisait à la librairie était un secret qu'elle n'était pas encore prête à partager — ni avec ses parents, ni avec ses amis de l'école.
— Tu avais reçu des instructions claires, ma petite.
— Oui, mais… mais…
Ses mains devinrent moites. Elle comprit qu'elle ne trouverait aucun argument pour expliquer la vraie raison de son détour après l'école.
Elle essaya une dernière fois. Mais tout ce qui sortit fut un triste :
— Pardon…
À table, alors que sa maman cherchait à savoir quels devoirs elle faisait à la librairie, Le-ana cherchait ses mots.
— Vous saviez que le vieux monsieur a de vrais canards ? dit-elle soudain. Ce soir, il allait les nourrir ! Dis, on pourrait aller acheter des œufs chez lui ce week-end ?
Ses parents sourirent. La conversation glissa vers les canards, vers le vieux libraire. Le-ana avait détourné le danger.
Mais déjà, elle n'était plus vraiment là.
Dans sa tête, il y avait un dessin. Un qu'elle avait vu tout à l'heure sur une page, et qu'elle voulait essayer de copier. Juste essayer.
Elle avala ses dernières bouchées, demanda à sortir de table, et fila s'installer dans le coin du canapé avec une feuille et un crayon.
Une heure passa. Puis deux.
— Et si je faisais cette ligne comme ça… Non. Plutôt comme ça.
Elle gommait. Recommençait.
— Comme ça ? Non plus.
Les idées se bousculaient. Les traits résistaient. Mais elle continuait — parce qu'au fond, elle ne pouvait pas s'arrêter.
Puis, sans qu'elle s'en rende compte, ses gestes ralentirent. Ses épaules s'affaissèrent. Sa tête glissa doucement sur le côté.
Le crayon roula sur la feuille.
Et Le-ana s'en alla ailleurs.
De l'autre côté de la porte des rêves, Le-ana se retrouva dans la librairie.
— Bonjour, Monsieur Papy Shin-Seo !
— Bonjour, ma petite. Alors, que veux-tu dessiner aujourd'hui ?
Le-ana porta un doigt à ses lèvres.
— Chut… C'est un secret. Personne ne doit le savoir.
Le vieux monsieur sourit. Puis forma une pince de crabe avec son pouce et son index, la posa sur ses lèvres et la fit lentement glisser de gauche à droite.
— Cadenas fermé. Promis.
Le-ana s'installa et prit son crayon. Mais ses traits repartaient de travers, et son visage se froissa.
Alors Papy Shin-Seo se pencha doucement au-dessus de son épaule et murmura :
— Tant que tes yeux voient et que tes doigts bougent… tu y arriveras. Aie confiance.
Le-ana releva la tête. Cette phrase résonna en elle et la toucha en plein cœur. Elle la répéta tout bas, comme pour ne plus jamais l'oublier.
Puis elle changea de feuille, souffla sur la pointe de son crayon et recommença avec détermination.
Premier trait.
— Tiens... ça ressemble à quelque chose.
Deuxième, troisième...
Un toit apparut. Puis des piliers. Puis des montagnes au loin.
Dans le rêve, tout semblait presque facile. Les traits venaient tout seuls.
Mais, au fur et à mesure qu'elle dessinait, quelque chose d'étrange s'installa. Comme si elle connaissait cet endroit. Elle ne savait pas encore pourquoi. C'était juste une sensation... fragile, comme un souvenir qu'on n'arrive pas à attraper.
Monsieur Papy Shin-Seo entra dans la pièce avec un verre de jus de fruits... puis s'arrêta net.
Quelque chose l'avait cloué sur place. Quelque chose qu'il ne pensait plus jamais revoir de son vivant...
— C... c'est frappant... cette ressemblance avec...
Il tira doucement sur sa vieille chemise, retira ses lunettes pour s'offrir un nouveau regard.
Mais...
Ses mots ne virent jamais le jour.
Le-ana, étonnée, leva les yeux.
— Qu'y a-t-il, Monsieur Papy Shin-Seo ?
Il ne répondit pas tout de suite.
Puis il dit, la voix hésitante :
— Recule un peu. Regarde ce que tu as dessiné.
Le-ana recula. Elle pencha la tête sur le côté, son crayon pointé vers le dessin, puis fronça les sourcils.
— Mais... je crois que je connais cet endroit...
Elle ouvrit la bouche. La referma.
Les mots ne venaient pas. Seulement cette certitude, étrange et têtue, que ses mains avaient su avant elle.
Le vieux monsieur murmura enfin :
— Mon village d'enfance. J'habitais ici avec mes parents.
À nouveau, il ôta ses lunettes. Cette fois, il essuya discrètement ses yeux.
Le-ana resta silencieuse un instant.
Puis demanda :
— Vous avez quel âge, Monsieur Shin ?
Un large sourire illumina son visage, dévoilant ses gencives roses et les quelques dents courageuses qui résistaient encore malgré son grand âge.
— Ah... petite... Je pourrais être ton arrière-grand-père, et peut-être même ton arrière-arrière-grand-père. J'ai quatre-vingt-neuf ans.
Ah... Tous ça...
— Alors... c'est impossible que je connaisse votre maison d'enfance... n'est-ce pas ?
Le vieux monsieur hocha lentement la tête. Ses yeux brillaient d'un bonheur immense et ancien.
Le-ana reprit son souffle.
Une lumière sembla s'allumer en elle.
Dans ce rêve, dans cette librairie, auprès de ce vieil homme... elle touchait à quelque chose de plus grand qu'elle.
Était-il un lointain membre de sa famille ? Un ancien voisin ? Elle n'en savait rien.
Mais une chose était devenue une évidence.
Elle touchait sa vie intérieure... peut-être même ses vies d'avant.
Cette idée la réconforta.
Alors elle se tourna de nouveau vers son dessin et continua, à sa manière, comme elle l'avait toujours fait, sans se corriger.









