Volume 1 : Sous la Marque des Mousquetaires | Chapitre 1.1 : Scène commune
Premier axe : Frère et sœur
Chapitre 1 : Scène commune
« Soklar ! Si tu ne t’arrêtes pas de bouger, on va-t’en faire baver salement ! »
« Bien entendu, et si je reste là à me prendre des coups, ça revient au même ! Tu ne me prendrais pas pour un con, Roro, le gros cochon ?! »
« Je vais me le farcir ! Bordel, il est plus agile qu’un singe ! »
« Même un singe est donc plus intelligent que toi ! »
« Les gamins sont encore en train de se bagarrer. Ils n’arrêtent pas. J’espère qu’ils ne vont rien cassé cette fois. »
Courant à toute allure, je n’hésite pas à mettre un maximum de distance entre moi et mes poursuivants. L’un d’entre eux, avec son nez écrasé, est la cible de mes moqueries mais je ne vais pas chercher à voir s’il est en tête de file. Je peux entendre les soupirs des divers villageois autour de moi. Entre ces derniers, diverses explications résonnent à mes oreilles au sujet de leurs inactions à nous arrêter. Oui, nous ne sommes que des enfants, il faut que jeunesse se fasse et … hey ! C’est qu’ils y mettent les gros moyens hein ?! J’esquive de justesse les jets de pierres pointues, sentant ces dernières caresser mes joues et mes cheveux blonds. Ok ! Y en a assez ! S’ils veulent se battre, je vais me foutre encore plus de leurs tronches ! Je me retourne vers mes agresseurs, disant d’une voix railleuse :
« Ben alors ? Vous êtes cinq et vous n’arrivez même pas à m’attraper. Je pensais que les magiciens étaient bien plus doués que ça ! Vous ne me vendez pas du rêve ! »
« Tu vas voir ! Balancez-lui tout ce que vous pouvez pour le faire tomber ! On va lui faire comprendre ce qu’il en coûte de… »
« Ohla ! Hey, tu n’inverses pas les rôles ? J’étais tranquillement dans mon coin, je n’ai rien fait qu’être présent. C’est toi et ta bande qui avez voulu me chercher des noises. »
Ouais, ouais, je connais la chanson. Je suis différent d’eux. Oh, pas physiquement hein ? Bon sauf par rapport au groin de Roro, enfin son nez. Je suis un adolescent comme les autres. Bon, d’accord, c’est vrai que mes yeux sont un peu différents avec leur couleur argentée mais à part ça ? Ben rien d’autre. Bon, un petit regard à droite puis à gauche. Je m’en sors comment moi dans tout ça ? Les maisons du village sont plutôt solides, constituées de briques et de bois. Même si elles sont vétustes, elles sont robustes. Les fermes à côté ? Oh ça, je n’en ai rien à faire. Comme si cela m’intéressait. Ce n’est pas comme si un champ de blé pouvait réellement me cacher face à la bande à Roro. Surtout que si je me faisais attraper, autant dire que j’allais passer un mauvais quart d’heure.
« Je n’y crois pas ! Soklar ! Qu’est-ce qu’on t’a déjà dit ?! Bordel, je te préviens, je ne vais pas hésiter à la prévenir si tu recommences ! »
« Je ne suis pas fautif, madame Jano ! C’est de la faute à cette foutue bande de balourds qui ne me lâche pas ! Je ne fais rien de mal ! »
Me voilà obligé de m’expliquer à madame Jano. Surtout avec sa menace même pas voilée. Si elle la prévient de ce qui se passe, je vais tellement en baver que je ne suis pas certain que je serais vraiment reconnaissable dans le futur. En même temps, comment ne pas comprendre madame Jano ? Je suis juché sur le toit d’une maison tout en esquivant une entaille de vent.
Je m’y attendais mais là, ils veulent vraiment me blesser ? Fini de plaisanter ? Il faut passer aux choses sérieuses ? On va être deux ! Je m’excuse envers l’épicière une dernière fois avant de commencer à courir sur le toit et de bondir sur celui du commerce voisin. Un bref regard en arrière et voilà que je remarque que deux de mes poursuivants ont abandonné la course. En même temps, quand on n’est pas habitué à la course, on finit lessivé.
Mais bon, Roro est toujours présent et veut me rentrer dans le lard même si ce n’est pas difficile de remarquer qu’il suinte à grosses gouttes. Dès qu’il s’agit de faire du mal à une truie, euh à autrui, on sent que certains se donnent du mal ! Bon, je ferais mieux de terminer ce que j’ai commencé à préparer depuis le début. Je ne suis pas dans la tête de Roro et clairement, je ne veux pas faire aspirer par le vide qui compose son intérieur.
Héhéhé ! Mon piège est à portée ! Je peux le voir au loin ! Et comme l’autre brute me charge comme un taureau, il va tomber droit dedans ! Bon bon bon ! Me voilà en position dans une ruelle du village. Le souci ? C’est qu’il n’y a aucune issue devant moi. Me voilà adossé au mur, regardant à droite et à gauche, l’air apeuré. La ruelle ne laisse pas passer plus de deux personnes côte à côte mais bon, Roro ne va pas me laisser m’échapper maintenant que je suis incapable de reculer.
« Ah, tu as enfin fait l’idiot ! Tu m’auras fait courir, Soklar ! »
« Tu devrais plutôt me remercier, Roro. Je t’ai permis de pratiquer du sport, c’est que ça ne doit pas être fréquent chez toi hein ? C’est ça de croire que la magie facilite la vie de tous les jours, on tombe dans les excès à côté, hahaha ! »
« Tu vas moins faire le malin. Peut-être qu’en faisant croire à un accident, tu auras au minimum un bras cassé ! Je vais te le faire payer ! »
« Et dans le pire des cas ? Tu sais ce qui risquerait de se passer, non ? »
Pour la première fois, je note l’hésitation dans le regard de Roro. Si je crains cette personne, lui aussi la craint. Un peu comme tout le monde dans le village. M’en faire baver ? Oui, bien entendu. Mais pas au point de se la mettre à dos. Mais bon, tout sourire, je reprends la parole avec la ferme intention de le titiller :
« Après tout, tu n’es rien d’autre qu’un poltron, non ? Je veux dire, tu es obligé d’appeler tes potes pour réussir à m’avoir. D’ailleurs, maintenant tu es tout seul. Ils sont aussi peu doués que toi. Ahlala, quelle déception tu dois être pour ta famille ! »
« C’est une grosse blague venant de toi. Tu es encore en train de faire le fier mais tu vas vite comprendre ce qui va t’arriver ! »
Il croit vraiment que je vais rester là sans rien faire ? AH ! Il se trompe lourdement ! Je fonce vers lui, poing brandi en sa direction. Je pousse même un cri pour me donner du courage !
« De qui tu te fous ?! T’es vraiment en train de me prendre pour un idiot ou quoi ? »
Ben tiens ! Il n’est pas tombé dans le panneau, ça c’est vraiment dommage cependant. Ce n’était pas faute d’avoir essayé. J’ai à peine le temps de réagir à ses propos qu’un souffle de vent me balaie, m’arrachant un cri de douleur lorsque mon dos percute le muret derrière moi. Je gémis longuement tout en voyant Roro se rapprocher de moi.
« Bon, on va pouvoir enfin régler nos comptes, toi et moi. »
« C’est vrai. Je crois que je te dois quelques kilos d’ordures bien fraîches. Cadeau de la maison, Roro ! »
C’est à moi de rire maintenant ! Tenant entre mes doigts deux ficelles disposées précédemment, voilà que des détritus se mettent à tomber, les uns après les autres, dans un amas malodorant, sur Roro. En voilà une bonne chose ! Pfiou ! Quelle odeur horrible ! C’est insoutenable ! Mais ce qui est fait est fait, hahaha ! Je peux voir Roro complètement enseveli sous les détritus. Voilà de quoi lui donner une bonne leçon pour la prochaine fois.
« Bon, eh bien, c’était sympa comme tout mais un porc dans une porcherie, tu es enfin chez toi. Je ne vais pas m’incruster trop longtemps quand même et… bon… »
Oups. J’ai peut-être un peu exagéré. Déjà que prépare ce piège n’a pas été une mince affaire et juste ridiculiser me suffisait pour le coup. Mais vu qu’il n’a pas l’air de trop bouger et qu’il me semble à moitié inconscient, ce n’est pas une bonne chose. Bon, je vais avoir les mains dégueulasses mais en tirant de toutes mes forces, j’arrive à l’extraire du tas d’immondices.
« Ah… Ah… Ah… Vraiment, Roro. Tu devrais vraiment te mettre au sport. Ce n’est pas pour moi que je dis ça mais pour ça. Et sincèrement, tu devrais aussi arrêter de vouloir t’en prendre à moi à cause de tout ça. »
Pas sûr qu’il puisse entendre tout ça. Soupirant un peu, au moins, j’aurais la conscience tranquille. Même si Roro est un imbécile de première catégorie mais ça ne veut pas dire pour autant que je lui veux du mal hein ? Cela ne change pas que c’est l’heure de m’éclipser après le méfait accompli.
« Bon avec tout ça, je ferais mieux de m’en aller, moi. »
Hop ! Grimpant sur le muret de la ruelle, je me retrouve bien vite de l’autre côté, comme si de rien n’était. Atterrissant avec aisance, un bref regard autour de moi me rassure. Oui, il n’y a pas de chemin tracé dans la terre, preuve que personne ne passe par là. D’ailleurs, ça serait vraiment étrange et saugrenu que ça soit le cas.
« Pfiou, j’ai plus qu’à rentrer et à me… »
« M’expliquer la situation, n’est-ce pas, Soklar ? »
AIE ! Mais ça fait mal ! Je l’ai senti ce poing sur mon crâne ! Obligé de crier sous la douleur, c’est à peine si j’ai entendu la voix féminine s’exprimer dans mon dos.
« Gra… Grande sœur. Tu… Tu es déjà de retour ?! »
« Hum ? Serait-ce de la peur que je peux ressentir dans ta voix ? Mais pourquoi aurais-tu peur, Soklar ? Qu’est-ce qui te pousse à laisser paraître une telle émotion ? »
Tout en gémissant de douleur, c’est à peine si j’ose prendre la parole. En même temps, celle qui porte cette voix est nulle autre que ma sœur. En me retournant vers elle, je me rappelle à quel point elle est bien plus grande que moi. Plus d’une trentaine de centimètres nous sépare en taille mais surtout, elle est comme à son habitude camouflée dans sa globalité par une cape brune tâchée de sang. Son visage masque de blanc ne laisse filtrer que ses yeux dorés posés sur moi avec intensité. Ce ne sont pas ses yeux qui posent un problème mais le ton dans sa voix. Un ton si tendre, doux et chaleureux que cela me provoque quelques frissons.








