L’écho des coups

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Résumé

Après sept ans d'absence, Elizabeth revient dans la maison qui l'a vue grandir. Sept ans plus tôt, elle avait fui son frère, cet aîné qu'elle aimait plus que tout, mais qui, après la mort de leur mère, avait laissé la colère le consumer jusqu'à devenir violent. Jusqu'à ce qu'une seule fois, cette colère se retourne contre elle. Ce jour-là, elle a compris qu'il n'y aurait pas de retour en arrière. Alors, elle est partie, convaincue de ne jamais revenir. Mais le destin s'est chargé de la briser autrement. Ce qu'elle pensait être un nouveau départ s'est transformé en un cauchemar encore plus sombre. Sept ans de supplice. De mots qui détruisent, de coups qui marquent. De peur et de silence. Aujourd'hui, elle n'a plus le choix. Pour survivre, pour respirer, elle doit fuir à nouveau. Et il n'y a qu'un seul endroit où aller, la maison qu'elle avait juré de ne plus jamais revoir. Le seul endroit où elle peut encore prétendre à un semblant de sécurité. Mais après tout ce temps, après tout ce qu'elle a vécu, pourra-t-elle vraiment faire confiance à celui qu'elle a fui autrefois ?

Genre :
Drama
Auteur :
Rotarria
Statut :
En cours
Chapitres :
6
Rating
5.0 1 avis
Classification par âge :
18+

Chapter 1

Elizabeth

1


Je suis là. Debout sur le trottoir, ma valise à la main, le cœur complètement en vrac. Le bus a disparu depuis de bonnes minutes déjà, laissant derrière lui une odeur d'essence brûlée et de pneus usés, mais moi, je suis toujours plantée là. Incapable d'avancer. Incapable de reculer.

Quelle idée j'ai eue de venir ici!

La maison est là, juste en face. L'ancienne maison de maman. Rien n'a changé. Enfin, presque rien. La peinture est un peu plus écaillée, le portail grince sous le vent, et le vieux cerisier, dans le jardin celui que j'aimais tant, est mort, réduit à un tronc sec et fendu. Comme s'il avait cessé de respirer avec elle.

Mon ventre se tord. Pas de faim. Juste ce vide, ce genre de trou noir qu'aucun repas ne peut combler. Mes doigts se resserrent sur la poignée de ma valise, assez fort pour que mes jointures blanchissent. Il fait froid, mais je transpire. J'ai envie de vomir aussi. De pleurer. De courir. Surtout de courir. Mais je suis là. Encore. Toujours plantée au même endroit, comme une fichue statue de cire.

Sept ans. Sept putains d'années. Pas un appel, pas un message, pas même une carte d'anniversaire. Rien. Silence radio. Et maintenant, je me tiens devant cette porte, comme si tout ça n'avait jamais existé. Comme si je pouvais juste frapper et dire... quoi ? Salut, c'est moi. Tu te souviens ?

Grosse connerie, ouais.

Mes yeux glissent sur la façade. La lumière est allumée à l'étage. Il est là. De l'autre côté. Peut-être qu'il dort. Peut-être qu'il regarde la télé. Peut-être qu'il s'en fout. Et si c'était le cas ? S'il ouvrait la porte et qu'il me regardait comme une étrangère ? Après tout, c'est ce qu'on est devenus, non ? Des étrangers avec trop de souvenirs en commun. Des souvenirs insurmontables.

Je ferme les yeux. Inspire. Expire. Une. Deux. Trois fois. Ça ne sert à rien. La peur est toujours là, accrochée à mes côtes, griffant chaque battement de mon cœur. J'avale cette douleur et je monte les marches du perron. Une par une, comme si chaque pas pouvait me faire changer d'avis. Mais non. Je suis là. Mon bras se lève. Je frappe.

Une fois. Deux fois.

Pas de retour en arrière possible maintenant !

Je me tiens là, les paumes moites, attendant. Puis la porte s'ouvre.

Pas sur mon frère.

Non, un autre homme. Un géant. Ses épaules semblent prendre toute la porte, son regard balaye le mien comme si je n'étais qu'une ombre. Son visage est dur, presque impassible, mais ses yeux sont curieux, comme s'il attendait quelque chose sans savoir quoi. Il ne sourit pas. Il me jauge, me scrute d'une manière qui me fait me sentir encore plus petite.

— C'est pour quoi ?

Le son de sa voix me prend de court. Il claque dans l'air froid, sec et abrupt, comme une porte qu'on referme trop fort. Rien de doux, rien de rassurant. Juste une évidence tranchante, presque une mise en garde.

Je prends une grande inspiration et je lâche ces quelques mots.

— C'est... je suis... Elizabeth.

Il me dévisage un moment. Il ne dit rien, juste un mouvement de tête pour me faire entrer. Pas un mot. Pas de geste chaleureux. Il est un bloc de glace, massif et silencieux. Je me faufile à l'intérieur, me sentant soudainement encore plus perdue dans cet endroit qui fut un jour le mien, mais qui ne l'est plus aujourd'hui.

Il ferme la porte derrière moi sans un bruit.

— Enzo, c'est pour toi.

Sa voix résonne dans la maison, grave et posée. Un silence s'installe, lourd, presque pesant. Puis, des bruits de pas. Des pas lents.

Je lève les yeux.

En haut des escaliers, une silhouette massive vient d'apparaître.

Il est là.

Le temps semble suspendu.

Mon frère s'arrête net, une main posée sur la rambarde, l'autre toujours accrochée à son téléphone. Son regard me frappe en plein cœur. Il ne bouge pas. Moi non plus.

Sept ans. Sept ans sans se voir, et pourtant, je le reconnais immédiatement. Mais il a changé. Il n'a plus ce visage de ses vingt et un ans dont je me souviens. Ses traits se sont durcis, son regard est plus sombre, marqué par quelque chose que je ne peux pas nommer. Il est plus grand, plus large, plus imposant encore que dans mes souvenirs. Chaque muscle sous son t-shirt tend le tissu. Il n'a plus rien du garçon que j'ai quitté.

Lui aussi me fixe, et je vois dans ses yeux qu'il ne s'attendait pas à ça. Peut-être que lui aussi s'était fait une autre image de moi, de la femme que je suis devenue.

Un instant, j'ai l'impression qu'il va parler, qu'il va descendre, qu'il va dire quelque chose. Mais il reste figé en haut des marches, comme si le choc l'avait coupé dans son élan.

L'homme à côté de moi, son ami, sans doute. Brise le silence d'un ton neutre.

— T'as perdu ta langue, Enzo ?

Mais Enzo ne répond pas. Il me fixe encore, comme si j'étais un fantôme.

Et peut-être que c'est le cas.

Le silence est lourd. Presque suffocant.

Puis Enzo bouge enfin.

Lentement, il descend les escaliers. Une marche après l'autre, avec cette façon de se déplacer qui lui est propre, maîtrisée, pesée, comme s'il calculait chacun de ses mouvements. Il ne me quitte pas des yeux. Moi non plus.

À côté de moi, son ami, ce colosse à la voix de roc ne dit rien. Il observe, jauge la scène, puis au bout d'un instant, il se détourne.

— Je vous laisse.

Sa voix brise à peine le silence. Il passe près de moi, ouvre une porte et disparaît sans un bruit.

Maintenant, il ne reste plus que nous deux.

Enzo descend encore. Je sens mon souffle se coincer quelque part dans ma poitrine. Il s'arrête à quelques centimètres de moi, et c'est là que je réalise vraiment.

Il est immense.

C'est idiot, parce que je le savais déjà, mais le voir de si près, le sentir dominer l'espace, c'est différent. Plus écrasant. Sa carrure est imposante, mais ce n'est pas seulement ça. C'est sa présence. L'énergie qu'il dégage. Quelque chose de brut, de contenu, comme une force qui ne demande qu'à exploser mais qui, pour l'instant, reste sous contrôle.

Il me regarde. Ses yeux cherchent quelque chose sur mon visage, peut-être des traces du passé, peut-être une explication à ma présence devant lui. Il ouvre la bouche, mais je le coupe avant qu'il ne puisse parler.

— Salut.

Un seul mot. Un souffle. Presque inaudible.

Ses sourcils se froncent légèrement, comme s'il ne savait pas quoi faire de cette simplicité. Puis il lâche un rire bref, sec. Un rire sans amusement.

— Salut ? C'est tout ce que t'as à dire ?

Je ne réponds pas. Je ne sais pas quoi répondre à vrai dire. J'avais besoin d'un endroit où me réfugier et c'est le premier qui m'est passé par la tête. Mais je ne le dis pas...il ne doit rien savoir.

Son regard fini par s'adoucit, à peine, une ombre de quelque chose que je ne reconnais pas traverse son visage. Il lève une main vers moi. Doucement. Comme s'il voulait me toucher. Comme s'il voulait s'assurer que je suis bien là, réel, que je ne vais pas disparaître sous ses doigts.

Mais avant qu'il ne puisse m'atteindre, mon corps réagit tout seul.

Un mouvement de recul. Instinctif. Presque trop violent.

Comme si sa main brûlait.

Un silence glacé s'abat entre nous.

Son bras reste suspendu dans l'air une fraction de seconde, puis il se fige. Ses yeux, d'abord surpris, se durcissent imperceptiblement, ils deviennent noirs. Effrayant.

— Qu'est-ce que tu fais bordel... ?

Sa voix est plus basse, plus rauque. Il me regarde bizarrement, comme s'il ne comprenait pas ce qui venait de se passer.

Moi non plus.

Je n'ai pas réfléchi. Je ne me suis pas dit Ne le laisse pas te toucher. C'est mon corps qui a décidé. Mon corps, habitué à autre chose. À la violence, jamais à la tendresse.

Je détourne les yeux, honteuse de mon comportement.

Je l'entends expirer lentement, comme s'il essayait d'assembler des pensées qui lui échappent. Puis sa main retombe le long de son corps, et il recule d'un pas.

— Tu comptes me dire ce que tu fous ici ?

Sa voix a changé. Moins douce. Plus fermée.

Je serre les lèvres. Je pourrais lui dire la vérité maintenant. Tout balancer. Mais non. Impossible.

— Je... Je voulais juste... revenir.

Mensonge. Il le sait. Je le sais. Mais il ne dit rien. Il me fixe encore une seconde, puis fini par hochet la tête.

— T'as mangé un truc ?

Je fronce les sourcils, prise de court par la question.

— Hein ?

— Est-ce que t'as mangé aujourd'hui ?

Comme si c'était ça, la priorité. Comme si c'était normal, après sept ans d'absence, de simplement demander si j'ai mangé.

Je secoue la tête. Non, mon estomac refuse toute nourriture.

— Viens.

Il se détourne sans attendre ma réponse et disparaît dans la cuisine.

Je reste plantée là une seconde, la gorge serrée, avant de le suivre.