Chapitre 1
Je me sens comme une stalker, à être niché dans un coin de la chambre de la fille que je vais tuer. Quelle chambre moche ! Tout en rose. Tout est rose.
Je la regarde. Elle est plutôt mignonne, je ne peux pas mentir. Ada Belair.
Elle est en train de pianoter sur son téléphone. Ah, les jeunots et les…réseaux sociaux, n’est ce pas ? Ca ne m’étonnerait pas que ce soit ce qu’elle fabrique.
Une des amies de Emmie, une des personnes qui connaît peut être la vérité sur ce qui s’est passé le soir de l’accident d’Emmie.
J’ai décidé de prendre son corps.
Pourquoi le sien et pas celui de n’importe quel autre cruche qui était dans leur cercle ?
Hé bien, parce que je fais encore ce que je veux, n’est ce pas ?
Oui, la raison est totalement stupide, et je l’assume.
Parce qu’elle est noire. Oui. Et en général, je prends toujours l’apparence de personnes noires.
Pourquoi ? Peut être parce que j’étais noire avant d’être infiltrée.
Peut être. En vérité, je ne sais pas.
Pourquoi ?
Parce que j’ai tout simplement oublié.
Je ne sais plus qui j’étais avant.
Comme la plupart des infiltrés.
Je décide de me rendre visible à elle.
-Hum hum hum.
Je souris en la voyant sauter.
Ses yeux s’agrandissent lorsqu’elle me voit.
-Qui...qui...qui… qu’est ce que tu fous dans ma chambre ?
-Hé, ne crie pas. Sinon, je te tue. Et je dis à tout le monde que tu es une assassin.
Elle ouvre des grands yeux.
-Qu’est ce que tu racontes ?
Amande !!!
Comme appelé d’un coup de baguette magique, la servante ouvre la porte d’un coup.
-Oui, mademoiselle ?
-Il y a une inconnue dans ma chambre !
Amanda regarde partout.
Puis elle la regarde.
-Il n’y a personne, mademoiselle.
Elle commence à s’agiter.
-Ne me dites pas que tu m’accuse de mentir, Amande !
Il y a quelqu’un, elle est devant moi.
Elle essaye de m’attraper.
Elle ouvre les yeux en tombant sur du vide.
-Toi ! Siffle t elle. Qui est tu, à la fin ?
Sa servante la regarde, le visage empreint d’inquiètude.
-Mademoiselle, vous voyez peut être des choses qui ne sont pas présentes parce que…
-Oh, va t en !
Elle ne la laisse pas finir sa phrase.
La pauvre Amande s’en va aussi vite qu’elle est entrée.
-Qui es tu ?
-Tu n’as pas besoin de le savoir.
Ce que tu as besoin de savoir, cependant, c’est que tu dois me dire qui a essayé de tuer Emmie Char ?
-Emmie Char ? Encore elle, toujours elle!
Elle lâche un rire moqueur.
-Depuis des mois, voilà tout ce dont ils parlent.
Emmie Char, la pauvre fille qui était tyrannisée par les élèves riches et cruels de son école de snobs.
Hé bien, tu sais quoi ? Elle était une grosse salope, une hypocrite, cette fille !
Je la trouve bien calme pour quelqu’un qui vient de voir une inconnue dans sa chambre qui n’a apparemment pas de corps physique. Cependant, elle continue d’enchaîner, sans aucun regard envers moi.
-Elle n’est pas tombée.
Elle a sauté parce qu’elle voulait faire sa victime.
Voilà tout ce qu’elle connaît, le rôle de l’éternelle victime.
-Qu’est ce que tu as vu ce soir là ?
-Rien. Personne n’a rien vu. Tout le monde dormait à poing fermé.
Ce qui est étrange, vu que au pensionnat, il y a toujours des gens qui sont réveillés la nuit, à boire, fumer ou déconner.
-Comment tu peux être sure ?
-Allez, arrête de parler à quelque chose qui n’existe pas, grommelle t elle.
Tout cela parce que j’arrête pas de vomir et de refuser de manger, je me mets à imaginer des trucs…
Sérieusement, elle croit toujours être en train d’halluciner.
Bon, je dois avouer que cela ne me dérange pas vraiment.
Comme ça, plus vite je prends possession de son corps.
Il n’y aura pas de débat.
Mais attend...pourquoi elle ne mange pas ?
La culpabilité à cause de l’accident d’Emmie ?
Pourtant, elle ne semble pas très coupable, n’est ce pas ?
Serait ce un symptôme caché ?
-Tu n’aimais vraiment pas Emmie ?
-Je la détestais.
-Jusqu’à la tuer ?
-Qu’est ce que je raconte ? Je suis complètement folle, j’ai dit que j’arrêtais de parler avec toi.
Allez, au revoir.
Elle agite ses mains devant elle, comme pour me chasser.
Et c’est à ce moment que j’attaque.
Enfin, attaquer est un mot bien grandiloquent.
Il n’y a quasiment rien eu.
Je suis simplement entrée comme j’entrerais dans n’importe quel endroit.
Je la sens tressaillir.
Mais cela ne dure qu’une fraction de seconde.
Qu’est ce que cela fait, de devenir quelqu’un ?
Hé bien, cela ne fait rien.
Au début.
Après, tu reçois tous les souvenirs de la personne.
Je scanne les souvenirs récents.
Je trie, je trie, je trie. Et qu’est ce que je vois ?
Rien. Non, je rigole. Cela serait bien fâcheux, n’est ce pas ?
Je scanne les souvenirs autour de Emmie.
Je vois Ada ignorer Emmie pour aller parler à d’autres personnes, être plutôt grossière et rude envers Emmie, qui reste plutôt sage et douce.
Rien que des phrases stéréotype de fille méchante, j’ai envie de rire.
Je n’ai pas tué quelqu’un qui ne le méritait pas.
Puis je vois Emmie et elle discuter.
Emmie sourit, alors qu’elle est en train de vomir.
-Sale conne, dit Emmie en souriant.
Tu n’aurais pas dû me sous estimer.
Maintenant, tout le monde sait qui tu es vraiment.
-Je vais te tuer ! crie Ada. J’ai sauté quelque chose ?
De quoi parle t elle ?
Tout d’un coup, je ne vois plus rien dans ses souvenirs et je suis renvoyée à la réalité.
Qu’est ce que c’est que cela ?
Ca ne m’est jamais arrivée.
J’arrive toujours à voir les souvenirs de tout le monde chez qui je suis entrée.
Je réessaye d’aller vers ce moment, mais c’est comme si il y avait un immense mur qui continue à bloquer mon chemin.
Pourtant, je peux voir les autres souvenirs dont je me fiche comme d’une guigne.
Bouhou, la fille que je possède a été adoptée par une famille très riche.
Elle ne sait pas vraiment d’où elle vient, donc il lui arrive souvent de ne pas se sentir vraiment à sa place. Et quand elle était petite, elle était grosse.
Ce qui lui a valu beaucoup de complexes, elle qui a grandi au milieu de filles fines et jolies.
Ses parents ne lui montrent quasiment pas d’affection et elle Doit tout le temps travailler.
Elle a développé des troubles alimentaires, et mange beaucoup pour ensuite aller vomir, quelque chose que ses parents savent mais n’ont jamais vraiment relevé.
Cependant, à travers tout, elle avait sa meilleure amie, Georgina.
Qui est elle ?
Elle est parfaite.
Elle a toujours eu des meilleures notes qu’elle, plus d’attention auprès des gens.
Elle est belle,calme, et très prévenante envers son amie.
Qui a toujours été jalouse d’elle.
Parce que elle se sent invisible près de Georgina.
Parce que au fond, elle sait que si elle n’était pas son amie, elle ne serait pas invitée à toutes ces fêtes.
Parce que la famille de Georgina est largement plus riche que la sienne.
Après tout, ils sont nobles.
Les parents adoptifs de Ada sont new money, des arrivistes qui ont fait fortune dans la tech.
Evidemment, cela n’a pas le cachet du titre de comtesse.
La pauvre. Elle a vraiment morflé, il est vrai.
Les garçons ont toujours voulu Georgina, pas elle.
Et les filles voulaient être son amie pour se rapprocher de Georgina.
Elle déteste Georgina.
Et ? Que devrais je dire ? Que je la plains ?
Pas vraiment.
Compliqué de plaindre une fille qui est apparement suspecte dans la tentative de meurtre d’une innocente. Moi, je n’y crois pas à tout ce maragoui autour de la méchante Emmie.
Son téléphone sonne.
Un message d’un certain Robert. Le petit copain de Georgina, et le crush de Ada depuis toujours.
Georgina m’a plaqué. Elle a dit je te largue et puis elle m’a bloqué de partout.
Tu sais ce qu’il y a ?
-Non, je ne sais pas ce qu’il y a.
Tu peux l’appeler, s’il te plaît ?
-Non, j’ai une autre idée. Viens me voir.
J’ai quelque chose d’intéressant à te montrer.
En vrai, je n’ai rien à lui montrer.
A part ma joliesse.
Mais j’aurais bien une idée qui me permettra d’en savoir plus sur l’incident.
Quand il vient, il me serre directement dans ses bras, le sourire aux lèvres.
Comme si il ne vient pas de se faire jeter par sa petite copine.
Je le dévisage de haut en bas. Mouais, il est pas ouf. Après, tu va me dire que j’ai pas à trouver un garçon beaucoup plus jeune que moi attirant. Et tu aurais raison.
Ce n’est pas que je veux le trouver attirant, c’est que je ne comprends pas ce qui rend Ada si obsédée par lui. Elle est amoureuse de lui depuis qu’ils sont enfants, et je vois pas pourquoi.
Il est basique, cheveux noirs yeux noirs, traits du visage assez fins, oui. Mais quelqu’un comme lui, tu en trouves partout. Et puis, son nom est Robert ?
Il est pas moche, mais il n’y a rien de spécial. Le pire, c’est que il est insupportable.
Rien qu’à le voir marcher, je sens qu’il est arrogant, ignorant et complètement idiot.
Oui, comment tu peux déduire la personnalité de quelqu’un seulement en le voyant marcher ?
Hé bien, en vrai je dois avouer que j’ai menti.
J’aime simplement beaucoup juger les gens, surtout les hommes.
Je sonde ses émotions.
Est-ce qu’il faisait semblant d’être effondré au téléphone ?
Je sonde ses émotions, et je sens…qu’il est sincèrement content de voir son amie.
Et il y a aussi de la tristesse. Donc il est vraiment triste ?
Je l’accueille dans ma chambre. Oui, c’est ma chambre maintenant.
Je lui demande les détails de la séparation. Et puis, il parle.
BLABLABLABLA. Rien de vraiment intéressant.
Je dois être l’amie dévouée, cependant, donc je souris et je hoche la tête, et je pose ma main sur la sienne. Il a de grandes mains. J’aime bien les grandes mains. Je me concentre sur ses mains.
C’est peut être une des vraies seules choses qu’il a vraiment pour lui.
-Alors, qu’est ce que tu as à me montrer ?
Ah, il a enfin fini son atermoiement.
-J’ai un plan que tu devais entendre de vive voix.
-Quel est le plan ?
-Sors avec moi.
Son visage se plisse soudainement, et il s’écarte de moi.
-Pardon ? Je pense que j’ai pas bien entendu.
-Tu as très bien entendu.
-Tu es l’amie de mon ex.
-Et ?
-Et ? Elle va nous détester !
-Je vais faire semblant de sortir avec toi. Je veux pas vraiment sortir avec toi.
Et puis elle va être jalouse, et chercher à te reconquérir.
-Non, elle va tout simplement nous détester.
Tu ne la connais pas, ou quoi?
-C’est hilarant, parce que dans tout ce que tu dis, je ne t’ai pas entendu dire que tu ne peux pas être avec moi parce que je ne t’intéresse pas du tout.
Il se fige. Et me regarde avec des grands yeux, comme pris sur le fait.
-Quoi ? Qu’est ce que tu insinue ?
-J’insinue que tu me veux.
Tu le sais, non ? Que je t’ai toujours voulu ?
Je m’approche de lui.
J’entoure mes mains autour de ses épaules.
Il est tout rouge, ce que je trouve adorable.
-Ecoute, on ne devrait pas…
D’accord, je te veux mais celle que j’aime est Georgina.
J’ai envie de pouffer. Il n’a pas résisté longtemps, ce clown.
Après, il faut avouer que elle est vraiment sublime.
Je mords son oreille. Je l’entends jurer doucement.
Je penche ma tête, ses lèvres frôlent les miennes…puis il recule ?
-Non, on ne peut pas.
Ou…si on peut…mais personne ne doit le savoir.
-Oui bien sûr. Je te jure que personne ne le saura, je susurre en l’embrassant.
Enfin, il se relâche. Il m’embrasse avec passion.
Sans savoir que j’ai allumé mon téléphone pour enregistrer notre charmante interaction, et l’envoyer à sa petite amie. Enfin, plutôt son ancienne petite amie.








