1. Casandra
Note de l'auteur :
Salut tout le monde ❤️
Avant de commencer cette lecture, je tiens à préciser qu'il s'agit du second volet de la série Crowned. Vous pouvez retrouver la première partie complète sur mon profil : Crowned in blood: Fated to the enemy.
Ce livre n'est pas indépendant et vous devez avoir lu le premier tome avant d'attaquer celui-ci.
Si vous avez déjà lu le premier et que vous l'avez aimé, merci de laisser un commentaire.
Si cette histoire vous plaît, n'hésitez pas à réagir, commenter et donner votre avis. Ça compte énormément pour moi ! ❤️
PS : la chanson qui m'a inspirée pour l'écriture est Billie Eilish - You should see me in a crown.
Bisous !
-Bee
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Mes paupières semblent cousues, collées par un brouillard épais et lourd qui refuse de quitter mon esprit. Quand je parviens enfin à les ouvrir de force, le monde ne m'agresse pas. Il m'envahit doucement. Tout est flou, une toile maculée de gris sombres et d'ombres profondes. Ma langue a un goût de fer et de poussière, et chaque respiration me donne l'impression de traîner du papier de verre dans mes poumons.
J'essaie de bouger mes mains pour me frotter les yeux, mais je n'arrive pas à les décoller du sol, même d'un centimètre.
Un sifflement aigu m'échappe quand une brûlure familière et atroce irradie mes poignets. Je cligne des yeux rapidement, forçant mon regard à se focaliser sur le métal froid et massif.
De l'argent.
Des menottes en argent enchaînent fermement mes poignets et s'incrustent dans ma peau. Quand je bouge mes jambes, le même tintement métallique retentit au niveau de mes chevilles. Le métal dévore ma chair, envoyant une vibration sourde et constante à travers tout mon système nerveux. Je ferme les yeux et cherche au fond de moi cette étincelle de vitesse ou cette force surnaturelle qui palpite habituellement sous ma peau.
Rien.
L'argent agit comme un neutralisateur. Il coupe mon pouvoir et me laisse avec les limites fragiles et douloureuses d'un corps humain. Cela ne me surprend pas. L'argent a cet effet sur notre espèce : il ne se contente pas de brûler notre peau, il étouffe la magie dans notre sang et fait de nous des cibles faciles.
Je prends une respiration lente et tremblante avant de me forcer à regarder autour de moi pour inspecter les lieux. Le sol sous moi est en pierre solide et inégale, glacé contre ma peau. Je suis assise dans une pièce carrée d'environ trois mètres sur trois. Trois murs sont en béton, humides, avec de l'eau qui ruisselle depuis des fissures invisibles au plafond. Le quatrième mur est fait de barreaux de fer, espacés juste assez pour qu'un homme puisse regarder à travers, mais assez serrés pour empêcher quoi que ce soit de passer.
Une cellule.
Alors que le brouillard dans mon esprit commence à se dissiper, le silence de la pièce est soudain brisé par un flot de souvenirs. Le barrage cède, et les événements de la salle à manger me percutent avec la violence d'un coup physique.
Le fracas du verre. Les portes défoncées. Le chaos des mâchoires qui claquent et des loups qui hurlent.
Et puis… les dagues.
Mon souffle se coupe, un nœud suffocant se forme dans ma poitrine alors que la scène repasse derrière mes paupières. Il n'y a que deux façons de tuer un vampire : la décapitation ou une dague en argent plantée en plein cœur. Les deux hommes en tenue tactique n'ont pas hésité. Ils n'ont pas raté leur coup. Je me souviens précisément du son des lames transperçant la chair, du visage de mes parents se figeant soudainement de manière violente, puis de leur effondrement surnaturel et terrifiant.
Ils ont été réduits en cendres. Juste devant moi.
Dans la salle à manger, là où ils se tenaient en monarques intouchables quelques secondes plus tôt, il ne restait plus que deux tas de poussière grise. On ne revient pas de ça. Aucun facteur de guérison ne peut reformer des cendres. Ils sont partis.
Une larme coule sur ma joue, brûlante contre ma peau froide, mais je l'essuie violemment contre mon épaule. Je ne peux pas me permettre de craquer. Pas maintenant.
Mon esprit se tourne frénétiquement vers mon frère. Quand les portes ont volé en éclats, j'ai eu un aperçu de lui. La panique pure d'un enfant qui voit son monde réduit en cendres. C'est juste un gamin. Malgré toute son arrogance et son éducation royale, il n'est encore qu'un petit garçon.
Mes sentiments envers lui sont compliqués, mais l'idée qu'il puisse être blessé fait monter en moi un grognement féroce et protecteur. Je regarde autour de moi cette cellule vide et sombre, le cœur battant contre mes côtes. Je ne peux que prier pour qu'il ne soit pas enfermé dans une cage comme celle-ci.
Un bruit sourd et métallique résonne dans le couloir, hors de ma vue.
Je me fige totalement, le dos collé contre le mur. Le bruit de pas suit : lents, délibérés et totalement assurés. Les semelles épaisses de bottes en cuir claquent sur le sol en pierre, devenant plus fortes à chaque seconde.
Une silhouette émerge de l'ombre et s'arrête juste devant les barreaux de ma cellule.
La lumière tamisée accroche les lignes acérées de sa mâchoire et ses cheveux blond argenté parfaitement coiffés.
Lukas.
Il reste là un moment, me regardant avec une expression amusée. La façade chaleureuse et amicale qu'il arbore d'habitude à l'académie a totalement disparu, remplacée par un sourire sombre et triomphant qui me retourne l'estomac. Il ne ressemble plus à un étudiant qui joue à la politique. Il ressemble à un vainqueur qui contemple sa prise.
Sans dire un mot, Lukas plonge la main dans la poche de son pantalon ajusté et en sort une lourde clé en fer. Il l'insère dans la serrure de la porte et la tourne avec un clic lent et délibéré. Il pousse la porte et entre.
Il traverse la courte distance qui nous sépare, ses mouvements sont fluides et prédateurs, avant de poser un genou à terre devant moi. Bien que l'argent me brûle, je me recule en me pressant davantage contre le mur, mais les chaînes me retiennent.
Lukas tend la main, ses longs doigts pâles glissant sur mon cou pour caresser doucement ma joue. Son toucher est chaud, mais il me semble glacial sur ma peau.
Je suis trop sous le choc, trop paralysée par l'audace incroyable de sa présence pour dire quoi que ce soit. Les mots sont coincés dans ma gorge, étouffés par un mélange de chagrin et de rage bouillante.
« Regarde-toi », murmure Lukas. Sa voix est un baryton riche et fluide, avec un ton terriblement doux. Il penche la tête, ses yeux glaciaux scrutant mon visage pâle. « Si seulement tu m'avais accepté, Casandra. Si seulement tu avais écouté quand je t'ai proposé un partenariat. »
Ma mâchoire se crispe, ma voix finissant par percer le choc, rauque et éraillée. « Pourquoi ? » je crache en fixant son regard. « Pourquoi as-tu fait ça ? »
Lukas laisse échapper un rire court et moqueur, se relève et fait un pas en arrière en écartant les bras pour désigner la cellule, le château, tout le monde dévasté à l'extérieur.
« Pourquoi ? » répète-t-il, son sourire s'élargissant pour devenir cruel. « Parce qu'il est enfin temps. Il est temps que les gens comme toi paient pour ce que vous nous avez fait. » Il se rapproche, ses yeux brillant d'une lueur fanatique et dangereuse. « Certains appelleraient ça une rébellion, Casandra. Mais nous, nous appelons ça une révolution. Nous reprenons notre pouvoir. Tout le pouvoir. »
Je serre les dents, les chaînes en argent s'enfonçant dans mes poignets alors que je frappe le sol de mes pieds. « Ma famille vous a aidés ! » je crie, ma voix résonnant sur les murs.
Au moment où ces mots franchissent mes lèvres, l'expression de Lukas change. L'amusement s'évapore, remplacé par un éclair de colère soudain et terrifiant.
« Vous nous avez aidés ? » gronde Lukas, sa voix descendant dans une fréquence basse et dangereuse qui vibre dans ma poitrine. « Votre famille ne nous a pas aidés avant que des milliers de loups ne soient déjà morts dans la poussière ! Ils étaient confortablement installés dans leur palais à nous regarder saigner jusqu'à ce qu'il soit commode pour eux d'intervenir. » Il se penche près de moi, son visage à quelques centimètres du mien, son souffle chaud contre ma peau. « Et ils ne l'ont fait que pour gagner du pouvoir. Ton père avait tout à gagner en s'alliant aux loups à la fin. Il ne l'a pas fait parce qu'il se souciait des loups, Casandra. Il l'a fait parce qu'il voulait une couronne. »
« Va en enfer », je murmure en le fixant droit dans ses yeux glaciaux, refusant de laisser la peur transparaître dans mon esprit.
Lukas me regarde pendant un long moment, le silence s'installe. La colère quitte lentement son visage pour être remplacée une fois de plus par ce sourire fluide et irritant. Il baisse la main, ses doigts écartant légèrement une mèche de cheveux sombres de mon front.
« C'est peut-être ce qui m'attend », murmure-t-il doucement. « Mais je pense que je vais beaucoup m'amuser avec toi avant d'en arriver là. »
Il se redresse complètement et dépoussière les genoux de son pantalon d'un geste sec et décontracté. « Si tu m'avais écouté, si tu m'avais choisi comme partenaire quand je t'en ai donné la chance, j'aurais pu exécuter mes plans sans te faire de mal. Tu aurais été à mes côtés. Mais tu as préféré me rejeter. »
Il se dirige vers la porte de la cellule et s'arrête sur le seuil pour regarder par-dessus son épaule.
« J'aurais pu te tuer dans cette salle à manger, tu sais », dit Lukas sur un ton conversationnel, comme s'il parlait de la météo. « Ça aurait été beaucoup plus propre. Mais je ne veux pas que tu meures tout de suite. Je veux jouer avec toi d'abord. »
Il m'offre un dernier sourire cruel, et la lourde porte de fer se referme sur nous avec un fracas assourdissant. Il glisse la clé dans la serrure et la verrouille solidement.
« Je vais te tuer ! » je hurle, ma voix se brisant sous le poids de ma fureur. Je projette mon corps contre les chaînes, l'argent déchirant mes poignets, ignorant la douleur aveuglante alors que je fixe son dos qui s'éloigne.
Lukas ne s'arrête pas. Il regarde simplement par-dessus son épaule, ses cheveux blond argenté captant une dernière fois la lumière tamisée du couloir.
« Tu peux toujours essayer, Cass », lance-t-il, sa voix s'évanouissant dans l'ombre. « Tu peux certainement essayer. »